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Republique Démocratique du Congo

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  Citer Romain Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Sujet: Republique Démocratique du Congo
    Envoyé : 24 Apr 2008 à 21:59
Je pense qu'un sujet sur le plus grand pays d'Afrique n'est pas superflu !
 
Et on commence en beauté :
 

CONGO / Entretien exclusif

« Le rapport maîtres-esclaves, c'est fini »

COLETTE BRAECKMAN

jeudi 24 avril 2008, 08:32

EXCLUSIF PRÉCIS, CARRÉ, SANS CONCESSION. Joseph Kabila, le président congolais, remet les pendules à l'heure avec la Belgique après la visite ministérielle conduite par Karel De Gucht à Kinshasa. « Il est inacceptable de venir à Kinshasa pour donner des leçons », se fâche-t-il. Entretien exclusif au « Soir ».
L'éditorial de Colette Braeckman et son blog.

*

EPA

ENTRETIEN

KINSHASA

DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE

Barbe poivre et sel, cheveux drus, regard brillant, le président Joseph Kabila s'est donné un look de maquisard, de « freedom fighter », illustrant peut-être les combats qui se mènent en ce moment avec pour enjeu la souveraineté et le décollage économique du Congo.

Ces dernières semaines, depuis qu'il exerce la présidence de la Communauté des Etats d'Afrique centrale, il a multiplié les voyages : Zambie, Afrique du Sud, Inde, une réunion à New York au Conseil de Sécurité dont il était rentré un jour plus tôt que prévu pour recevoir lundi la délégation belge, composée du ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht, des ministres de la Défense Pieter De Crem et de la Coopération Charles Michel.

Un agenda chahuté, les Belges ayant pris comme une offense le fait que le rendez-vous qu'eux-mêmes avaient suggéré pour lundi matin soit déplacé en fin d'après-midi… Au cours des deux rencontres avec le trio belge, mené par Karel De Gucht, les échanges furent parfois rudes, à la limite de l'incident.

« Le partenariat belgo-congolais est vraiment très fort, il devrait survivre à ces tensions », devait conclure Pieter De Crem avant de repartir pour la Belgique alors que ses deux collègues s'envolaient pour l'est du pays.

Au lendemain de son dernier entretien, mené durant une heure quarante avec la délégation belge, le président Kabila a accepté de répondre aux questions du Soir.

Au-delà des péripéties liées à l'agenda proprement dit, quel bilan tirez-vous de la visite de la délégation belge ?

Il me semble que la mission n'était pas très bien organisée, parce qu'au départ il n'était question que de la visite du ministre de la Défense, invité par son homologue Chikez pour faire le point sur le partenariat militaire que nous apprécions beaucoup et entendons bien continuer. Les ministres De Gucht et Charles Michel ont décidé ensuite de venir ensemble. J'ai donc reçu la délégation dirigée par le ministre De Gucht qui m'a délivré un message au nom du gouvernement belge. Mais quel message ! Un message que je n'ai pas du tout apprécié et je le lui ai dit. Pour moi, l'essentiel, c'est que la Belgique doit se décider à propos du type de relations qu'elle souhaite entretenir avec la République démocratique du Congo. Soit de bonnes, de très bonnes relations de partenariat adulte avec un Etat souverain et indépendant, soit des relations de maître à esclave. Le gouvernement belge doit lever l'option sur ce point et construire une relation sur la base de son choix.

Estimez-vous qu'au cours de cet entretien avec vous, c'est le Congo qui aurait été traité injustement ?

Il ne s'agit pas de moi, de ma personne. Mais je constate que chaque fois qu'une mission est dirigée par le ministre des Affaires étrangères, c'est avec beaucoup d'arrogance, comme si nos visiteurs venaient ici pour nous donner des leçons. C'est inacceptable. Le Congo n'acceptera jamais cela, et surtout pas moi. Un autre peut-être, mais pas moi. Dans ce pays, on a versé le sang, et pour notre indépendance, et pour notre libération. Je n'accepterai jamais de leçons de la part de qui que ce soit, qu'il s'agisse du ministre des Affaires étrangères belge ou chinois, peu importe. La Belgique doit décider du type de relations qu'elle souhaite entretenir avec le Congo.

Il est vrai cependant que la Belgique entretient une relation de longue durée avec le Congo ?

Oui, mais la Belgique est d'abord un partenaire. Moi, j'espère bien que la Belgique sera toujours un pays ami, un pays frère, avec lequel je n'ai personnellement aucun problème. Mais une année et demie après les élections, on ne peut pas traiter avec la République démocratique du Congo comme si on était dans les années 90, qui ont été marquées par la conférence nationale souveraine, la transition, les guerres, etc. Il faut savoir que le Congo a complètement changé, et c'est cela le point de départ : il y a ici un pouvoir légitime. Même avant, je ne pouvais pas accepter que les gens puissent traiter avec notre pays comme s'il était encore une colonie…

Votre réaction aux entretiens avec la délégation belge porte-t-elle sur la forme ou sur le contenu de ce qui a été dit ?

Il y avait un problème sur la forme aussi, mais c'est surtout le contenu qui posait problème. Après notre réunion d'hier, j'espérais bien que, sur cette base, nous pourrions tourner la page. Les points de friction portaient entre autres sur le poste de rapporteur pour les droits de l'homme. Nous avons demandé que ce poste ne soit pas reconduit. L'Etat congolais n'est-il pas souverain ? Nous prenons nos décisions en fonction de nos intérêts, de la politique de notre pays et surtout de son développement. Un rapporteur spécial ici ? Mais pourquoi chez nous et pas dans d'autres pays d'Afrique ? La situation est-elle tellement grave ici qu'il faut que quelqu'un soit toujours là à observer, à surveiller ? J'ai suivi les positions des ONG, belges et autres, mais je répète que c'est inacceptable.

Ce que je refuse, c'est qu'une sorte de tutelle continue à s'exercer sur nous. Je ne récuse pas le droit de regard, car ici on applique la transparence. Qu'il s'agisse des droits de l'homme, de la gouvernance, tout le monde peut regarder ce qu'il veut. Je me considère comme le premier défenseur des droits de l'homme. Mais une tutelle, non, c'est inacceptable.

L'incident avec la Belgique est-il clos ?

Il n'y a pas d'incident, car je n'ai pas voulu qu'il y en ait, il n'y a eu que le début d'un incident, quelque chose comme une provocation… Je sais seulement qu'en Angola, en Afrique du Sud, en Tanzanie, au Soudan et ailleurs, si la délégation belge portait un message comme elle l'a fait ici, elle aurait été chassée. C'est la dernière fois que j'ai accepté de recevoir une délégation porteuse d'un tel message. La prochaine fois, il y aura certainement un incident…

Quoiqu'on puisse penser du gouvernement congolais, l'arrogance coloniale du ministre des affaires étrangères est proprement stupéfiante Angry
Vive le socialisme !
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  Citer Rep. Dem Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 23 Nov 2008 à 07:50

Un sujet sur le violent conflit qui se déroule à l'est du Congo entre l'armée congolaise et les rebelles dirigés par le général Nkunda (et soutenu par le Rwanda).

Un article assez intéressant sur ce sujet:


Nkunda, gendarme des puissants groupes opposés à l’entrée de la Chine au Congo
Adolfo Pérez Esquivel, Cynthia A McKinney


Congo, une guerre pour le droit à l’exploitation 
Le Forum International pour la Vérité et la Justice dans l’Afrique des Grands Lacs a dénoncé, hier, à Madrid, le fait que les milices du général rebelle congolais Laurent Nkunda agissent comme les « gendarmes » au service de grands intérêts internationaux qui, à partir du Rwanda, s’opposent à l’entrée de la Chine en République Démocratique du Congo (RDC) pour l’exploitation des ressources minières de ce pays africain, selon l’information transmise par Europa Press.

... 

Suite de l'article: http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2008-11-20%2017:02:45&log=invites



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  Citer Rep. Dem Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Nov 2008 à 07:48
Congo : conflit interne ou intervention étrangère ?
Tony Busselen

La guerre dans l’est du Congo fait rage. Intervention rwandaise, dit Kinshasa. Problèmes internes congolais rétorque Kigali. Pourquoi cette guerre ? Pourquoi maintenant ? Laurent Nkunda, un rebelle ? Quels intérêts défendent les protagonistes ? Va-t-on vers une nouvelle guerre régionale ? En attendant ce sont les civils qui trinquent. Dossier.

Tony Busselen, Solidaire 17 novembre 2008

Que se passe-t-il au Nord-Kivu ?

Depuis que les troupes du seigneur de guerre Laurent Nkunda ont relancé la guerre le 28 août, 250 000 civils ont été chassés de leurs maisons. Le 28 octobre, les nkundistes ont lancé une offensive à partir de la région de Virunga et depuis le camp de réfugiés à Mugunga. La MONUC (la force de l’ONU au Congo, ndlr) a reconnu que cette opération a provoqué en une journée le déplacement de 45 000 personnes. Une partie vers Goma au sud et une autre partie à Rutshuru et Kiwanja au nord.

Les nkundistes ont utilisé ces flots de réfugiés comme bouclier humain pour se rapprocher de Goma et occuper le centre de Rutshuru et la ville de Kiwanja. Les 30 000 habitants de Kiwanja ont été les témoins de l’arrivée des troupes de Nkunda. Des villageois contactés par téléphone témoignent que le noyau dur des forces nkundistes sont des soldats et des mercenaires rwandais et étrangers bien équipés, qui peu après la conquête de la ville ont continué leur avancée laissant derrière eux des soldats de Nkunda même. Des jeunes du village ont voulu se défendre et se sont attaqué aux nkundistes avec des armes prises au bureau de la police locale. Mais les casques bleus casernés à Kiwanja auraient dispersé les jeunes laissant libre cours aux exactions des nkundistes.

Nettoyage ethnique

À Kiwanja vivent de nombreux membres de l’ethnie commerçante des Banande, installés dans la région depuis une génération ou plus longtemps. Ils sont originaires de la région de Butembo au Nord. Ils ont été la cible privilégiée des obus des nkundistes. Le seul hôtel du village, l'hôtel Grefamu, propriété d'une famille de l’ethnie des Nande, a été détruit avec ses occupants. Cinq milles personnes ont alors trouvé refuge auprès des casques bleus et 15 000 dans la paroisse du village. D'autres se sont enfuis dans la forêt. Un premier bilan du massacre fait état de 217 cadavres comptés à l'hôpital, mais personne ne peut estimer pour le moment la réelle ampleur de ce massacre. Des témoins rapportent que le 13 novembre, les gens rentrant chez eux retrouvent au fur et à mesure des cadavres dissimulés à la vue des journalistes.

Presque toutes les familles Banande qui ont pu échapper au massacre se sont enfuies vers leur région d’origine de Butembo. Mais les Banyabwisha (Hutus congolais) qui vivent ici depuis toujours, n'ont nulle part où aller. Les nkundistes les ont rassemblés de force sous les yeux de la MONUC et des caméras de la presse internationale au stade local pour les faire chanter « la gloire du CNDP » (le mouvement de Laurent Nkunda, ndlr).

Qui s’affronte au Congo ?

Laurent Nkunda, le pion du Rwanda

Laurent Nkunda est un Tutsi congolais engagé dans l'armée de Paul Kagame (actuel président du Rwanda, ndlr) en 1994 dans sa lutte contre les génocidaires Hutus.
En 1998, il rejoint au Congo la « rébellion » pro-rwandaise, le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie, ndlr), comme officier. Il a commis plusieurs crimes de guerre, entre autres en mai 2002 à Kisangani et en juin 2004 à Bukavu. Il a ensuite été intégré dans l'armée congolaise, selon les accords appliqués à partir de 2003. Mais, en 2004, il entreprend une mutinerie contre le gouvernement congolais. Le Rwanda nie appuyer Nkunda. Pourtant de nombreuses preuves, confirmées par des journalistes, par l’organisation américaine de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch, et le Ministre des affaires étrangères burundais contredisent Kigali. Laurent Nkunda est financé par des hommes d'affaires proche de Paul Kagame telle que les frères Alexis et Modeste Makabuza et l'homme le plus riche du Rwanda, Tribert Rujugiro. Il est approvisionné en hommes et en matériel par l'armée rwandaise à travers l'Ouganda, allié du Rwanda durant la guerre d'agression contre le Congo en 1998-2003. L'Ouganda a d'ailleurs menacé, récemment encore, de relancer la guerre à cause d'un différent sur l'exploitation du pétrole au lac Albert.
L'intervention du Rwanda et de l'Ouganda sont en contradiction avec la chartre de l'ONU et les règles des relations internationales qui demandent un respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque pays membre de l'ONU. Le Rwanda et l'Ouganda sont les alliés préférés des États-Unis et de la Grande-Bretagne dans la région.

La République Démocratique du Congo et la SADC

Lors des élections, la majorité des Congolais a voté pour Joseph Kabila, l'actuel président. L'armée congolaise est « en construction » depuis 2003, selon un système de brassage des différentes milices qui se sont battues pendant la guerre de 1998-2003. Ce brassage a été imposé par l'Occident et fait que l'armée congolaise reste affaiblie par la division et la corruption. Depuis 1997, sous Laurent Kabila, père de l'actuel président, le Congo est devenu membre de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe). La SADC est l’un des organes de coopération régionale les plus importants d’Afrique. Parmi ses membres : l’Angola, le Zimbabwe, le Mozambique et l’Afrique du Sud. Les membres de la SADC ont un accord d'entre aide en cas d'agression d'un de leurs membres. Ce qui rend une intervention de troupes des pays membres de la SADC à côté de l'armée congolaise parfaitement légale et justifiée. Dire qu'avec une telle intervention, le conflit deviendrait une guerre internationale, n'est pas juste puisque c'est le Rwanda qui a agressé le Congo.

Quels sont les enjeux de la guerre ?

Les richesses locales du Kivu permettent aux milices, au Rwanda et à l'Ouganda de financer l'instabilité et l'agression qui plongent des millions de Congolais dans l’insécurité. Cette situation n'est possible que grâce à la complicité tacite de la MONUC, des États-Unis et des états membres de l'Union européenne.

La question clé pour comprendre cette guerre est la suivante : d'où vient cette attitude complaisante des États-Unis vis-à-vis de l'agression du Rwanda et de l'Ouganda ainsi que l'hostilité de certains hommes politiques belges comme Karel De Gucht, ministre des Affaires étrangères, envers le gouvernement congolais ? La réponse est claire. Le gouvernement congolais et le président Joseph Kabila sont en contradiction avec les intérêts des multinationales et des gouvernements américains et européens. Il y a trois points de discorde.

Un gouvernement trop indépendant

Le Congo est beaucoup trop important pour les multinationales, pour le laisser se développer en dehors d'une tutelle occidentale. Les Etats-Unis et l’Europe n’acceptent pas que Joseph Kabila ait constitué un gouvernement sur base d'une majorité parlementaire sans représentant des anciens rebelles pro-rwandais et pro-ougandais. Or Américains et Européens avaient voulu un gouvernement plus hybride, composé de diverses forces opposées les unes aux autres au sein desquelles les diverses grandes puissances pourraient recruter leurs pions.

Le grand rival chinois

La signature d'un contrat avec la Chine sur l'échange d'infrastructures contre du cuivre et du cobalt pour un total de 9 milliards de dollars a été très mal accueillie par les multinationales et les gouvernements américains et européens. Il s'agit d'un tremblement de terre dans ce qui était jusque-là la chasse gardée de l'Occident.

Des contrats revus et corrigés

Le gouvernement congolais a décidé de revoir les termes des 60 contrats miniers les plus importants. Inacceptable pour les multinationales occidentales. L'état congolais fait face à la plus grande multinationale active dans le secteur du cuivre : Freeport McMoran. Selon le gouvernement congolais, Freeport a obtenu indûment la majorité des actions dans la société minière congolaise Tenke Fungurume. D’obscures machinations ont réduit les parts de la société congolaise Gécamines de 48 à 14 %. Kinshasa donne le choix :annuler ou revoir le contrat. Un blasphème dans l'église du néo-colonialisme.

Comment en finir avec les génocidaires rwandais ?

Sur base de l'idéologie raciste des colonisateurs, l'idéologie ethno-raciste a été créée au Rwanda pendant la colonisation en encourageant et en développant des conceptions et des pratiques discriminatoires qui existaient dans la culture pré-coloniale. Ensuite ces idées ont été exportées au Congo après son indépendance.

C'est une idéologie qui, depuis 1959, a rendu possible des massacres de civils Tutsis au nom de l'autodéfense des Hutus et des massacres de civils Hutus au nom de l'autodéfense des Tutsis. Cette idéologie génocidaire a été employée dans les années 90 par les États-Unis et la France pour mener une guerre, par forces africaines interposées, pour le contrôle de l'Afrique centrale. Washington s'appuyait sur les Forces Patriotique Rwandaises (FPR) de Paul Kagame (actuel président du Rwanda, ndlr) et la France appuyait l'armée de l’ancien président rwandais Habyarimana et les milices Interahamwe responsables du génocide en 1994.

En deux décennies, cette guerre par Africains interposés entre la France et les États-Unis a coûté la vie à plus de 6 millions d'Africains au Rwanda, au Burundi et au Congo. Sous la direction du président du Rwanda, Paul Kagame, le FPR est devenu l'allié principale de l'impérialisme américain dans la région.

Promouvoir un dialogue entre les Rwandais

La haine raciste entre Tutsis et Hutus forme la base du pouvoir de Paul Kagame. Comment peut-il prétendre défendre les Tutsis en organisant le massacre de civils Hutus au Rwanda et au Congo et en causant la mort de millions de Congolais ?

Tant que les Africains s'entre-tuent, ce ne sont que les intérêts des puissances néo-coloniales qui sont servis. L'opposition démocratique rwandaise demande un dialogue inter rwandais. Un tel dialogue peut isoler les extrémistes propagateurs de l'idéologie raciste au sein des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, parmi lesquelles se trouvent des anciens génocidaires hutus, ndlr) comme au sein du FPR de Paul Kagame. Les Rwandais seuls ne pourront probablement pas réaliser ce dialogue et mettre fin au carnage. Ils auront besoin de l'aide des forces nationalistes congolaises et africaines. Les Européens démocrates et anti-coloniaux ont le devoir d'appuyer l'Afrique dans cette réconciliation.

Un programme pour la paix

Il faut exiger des gouvernements belge, français, américain et britannique et de l'Union Européenne :

1. Qu'ils condamnent le gouvernement du Rwanda pour violation répétée de l'intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo (RDC) et pour violation des règles du droit international en ce qui concerne les relations entre états souverains.

2. Qu'ils reconnaissent et soutiennent le droit du gouvernement légitime du Congo de défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale, de renforcer son armée et de faire appel à ses alliés.

3. Qu'ils reconnaissent le droit du peuple rwandais à un dialogue de réconciliation nationale.


http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2008-11-20+17:15:24&log=invites



Edité par Rep. Dem - 24 Nov 2008 à 07:48
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 11 Dec 2008 à 15:00

Guerre de ressources
La RDC est prise en tenailles par les pays industrialisés

Sitôt signée la concession des mines de coltan accordée à des sociétés chinoises par le gouvernement de RDC, les États industrialisés ont provoqué le chaos au Kivu tout en feignant de le déplorer. Présent à la dernière session du Conseil des droits de l’homme, « Horizons et débats » rapporte l’hypocrisie des délégations des grandes puissances.
 
 

La position officielle de la RDC
Empêcher les multinationales de continuer leur commerce morbide

Lors de la Session spéciale du Conseil des droits de l’homme consacrée à la guerre du Kivu (28 novembre 2008), l’ambassadeur de la République démocratique du Congo (RDC) a appelé les États membres à mettre fin aux violations des droits de l’homme en condamnant les causes du conflit plutôt que ses conséquences, les États qui soufflent sur les braises plutôt que celui qui en est victime. Nous reproduisons son intervention.
 
 

La même guerre continue
Les massacres se poursuivent à l’Est du Congo, tandis que la diplomatie prend son temps
par Peter Küpfer

Après des années de massacres inter-ethniques, la région des Grands lacs connaît une nouvelle guerre, celle du Kivu. Une nouvelle fois, les populations sont victimes de bandes armées de l’extérieur dont la fonction principale est de vider la zone, en tuant les uns et en chassant les autres, pour faciliter l’exploitation de son sous-sol par les grandes puissances. Ces dernières ont une stratégie simple : prenons le temps de négocier, le génocide n’est pas fini…
 


Edité par T 34 - 11 Dec 2008 à 15:01
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Apr 2009 à 20:06
 
(source : AllAfrica 03/04/09)

Kinshasa — A Bukavu, le dos des femmes coûte moins cher que les camions pour transporter la viande et le sable. Celles-ci poussées par la pauvreté travaillent comme des bêtes de somme, jusqu’à épuisement, pour gagner de quoi nourrir leurs familles.

«Quatre vingt kg de viande au dos sur plus de 3 km pour en gagner 300 gr à partager avec papa et nos 3 enfants», halète Adolphine Karhongo, la tête baissée prise dans un bandeau qui supporte cette lourde charge, en train de grimper sur la pente raide du camp militaire Saïo de Bukavu, le chef-lieu de la province du Sud-Kivu en Rd Congo. Un peu plus loin dans la ville, une colonne de femmes escalade péniblement la montée de Pageco, chargées de sacs de sable.

Partout dans Bukavu, on voit des femmes écrasées par des sacs plus lourds qu’elles, pieds nus souvent quelque soit le temps, qui font du portage pour gagner leur vie. Certaines apportent des campagnes, feuilles de manioc, haricots, braise, pour les vendre au marché. D’autres descendent en ville où elles transportent de la viande ou du sable remplaçant les camions jugés coûteux…

Ployant sous un sac en jute ensanglanté contenant deux pattes de boeuf, Marie-Josée Ndamuso explique qu’elles n’ont guère le choix car leurs conjoints sont des portefaix, des sentinelles ou des sans-emploi qui ne gagnent pas grand chose. «Je travaille surtout avec Dieudonné Lukanja du marché de Nyawera qui me paie environ 300 gr de viande et 500 Fc (0,5 $) pour la farine», se console-t-elle. Ce boucher confirme payer au total 1 200 gr de chair ou boyau valant 4 800 Fc (5,1 $) et 2 000 Fc (2,5 $) pour la pâte de manioc aux 4 mamans qui acheminent une carcasse entière de l’abattoir public de Ruzizi près de la frontière rwandaise dans les marchés de la ville, soit plusieurs kms.

Selon le nombre de bêtes qu’il a fait abattre, elles peuvent effectuer 3 ou 4 navettes par jour. «C’est moins cher et plus rapide que les camionnettes du Groupe d’actions d’assainissement public (Gasap) qui nous faisait payer 10 $ par vache après nous avoir fait attendre toute une éternité pour que son véhicule soit rempli», sourit-il en disant que les affaires restent les affaires ! Elles sont ainsi des centaines de femmes de faubourgs de la ville (Ciriri, Kasha, Panzi ) à venir transporter, du lundi au samedi, des quartiers de viande qui viennent d’être abattus. PLUS COMMODES ET MOINS CHERES

L’ancien maire de Bukavu, Prosper Mushobekwa, a confié, d’août à novembre 2008, à Gasap (une association qui s’occupe du ramassage des immondices dans des parcelles des nantis et va les incinérer vers l’abattoir public de Ruzizi), le transport des bêtes abattues dans les différents marchés de la ville. Le vétérinaire de l’abattoir approuve la démarche de cette autorité municipale, hygiéniste de formation. «Ces campagnardes emballent la chair dans des sacs à linge sales. Elles suent sous de lourdes charges sur de longues distances», proteste-t-il. Son collègue Roger Buhendwa de Nyawera est plus catégorique. Il affirme interdire la vente, dans le marché, de la viande de toute bête abattue depuis 48 heures, à cause de sa putréfaction avancée. Selon leur président Dieudonné Byaombe, les bouchers reconnaissent ces inconvénients mais boudent le prix de 10 $ par carcasse demandé par Gasap pour le transport. «La ville n’a pas de chambres froides. Nous devons tout faire pour que la marchandise reste propre à la consommation humaine. Ces femmes portefaix sont indispensables, les hommes refusant que le sang dégouline sur eux en pleine ville », soutient-il, serein.

Des constructeurs tiennent aussi ce même raisonnement pour le transport du sable. Selon le conducteur d’une camionnette stationnée au beach Muhanzi, au bord du lac Kivu, les femmes sont sollicitées par ceux qui veulent faire transporter 2 ou 3 m3 et ne veulent pas payer les 35 et 50 $ selon la distance demandé par véhicule de 6 m3. Ces porteuses montent également dans les camions pour ensuite faire parvenir ce matériau aux chantiers inaccessibles par route. «Trois d’entre nous se partagent les 100 kg d’un mètre cube et se font payer chacune 1 500 Fc (environ 2 $)», indique Célestine Chizungu, soulevant sur le dos un énorme sac de sable à l’aide d’une corde qui soutient sa charge par le front.

Misère et maladies

La secrétaire exécutive du Réseau des femmes pour le développement et la paix (Rfdp), Vénancie Bisimwa s’apitoie sur le sort de ces femmes portefaix. «Elles subissent une forte pression du mari qui les contraint à faire ce boulot et des enfants qui attendent tout d’elles. J’en ai reçu, en 2006, une qui est revenue travailler au beach deux semaines après son accouchement, se souvient-elle. Cette mère qui allaitait et sa maisonnée n’avaient plus rien à se mettre sous la dent». La pauvre cherchait assistance pour faire soigner ses hémorragies, courbatures et maux de reins.

La paroisse catholique de Cahi avait expérimenté, au début des années 1990, l’élevage des ânes pour alléger les fardeaux des mamans portefaix mais ceux-ci, qui avaient commencé à transporter du sable et des vivres au beach, ont disparu pendant la guerre. Marie-Louise Luhinzo a tenté, en 2002, d’en faire des balayeuses de la ville. «Ces femmes ne veulent pas travailler et attendre un salaire. Elles sont habituées à vivre au jour le jour», constate la présidente de l’Association des femmes juristes du Congo (Afejuco), Julienne Mushagalusha. Pour Dieudonné Sango de la Société civile à Bukavu, ces habitantes de la périphérie de la ville n’ont pas d’espace pour cultiver. Pour faire manger les leurs, elles n’ont pas le choix. C’est la pauvreté qui les contraint à ce rude métier que leurs maris ne se risquent pas à faire.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Apr 2009 à 23:49
Kabila: "Nous sommes un gentil géant qui veut vivre en paix avec ses voisins"
Joseph Kabila   
L'avenir a publié une traduction d'une interview de Joseph Kabila donnée au New York Times dont cinq passages ont ici été retenus. La version complète et en anglais est disponible sur le site du New York Times.


1. Sur la coopération avec le Rwanda et l'amélioration des relations

Entre les pays et les nations, tout est avant tout question d’intérêts. Quels sont nos intérêts ? C’est d’avoir un voisin épris de paix, un voisin qui respecte notre intégrité territoriale, un voisin qui respecte notre indépendance. Et, bien sûr, un voisin avec lequel nous pouvons faire des affaires. Quels sont les intérêts du Rwanda au Congo ? J’aime croire que ce sont les mêmes intérêts. Cependant, s’il y avait un agenda caché, et si le Rwanda contrôlait illégalement des concessions minières ou s’il donnait un coup de main à ce qui se passe au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, alors nous serions loin de la confiance. Nous leur accordons le bénéfice du doute. Une fois de plus, probablement pour la dernière fois.

2. Sur le contrat chinois

Je ne comprends pas la résistance que nous avons rencontrée. Qu’est-ce que le contrat chinois ? Nous avons dit que nous avions cinq priorités : les infrastructures, la santé, l’éducation, l’eau, l’électricité et le logement. Maintenant, comment pouvons-nous faire face à ces priorités ? Nous avons besoin d’argent, de beaucoup d’argent. Pas des 100 millions de dollars US de la Banque Mondiale ou des 300 millions du FMI. Non, nous avons besoin de plus d’argent, surtout que nous sommes toujours endettés de près de 12 milliards de dollars. Et qu’à cela se rajoute 50 à 60 millions de dollars US par mois, ce qui est énorme. Donnez-moi 50 millions de dollars chaque mois pour le secteur social et nous pourrons aller de l’avant. Quoi qu’il en soit, c’est une autre affaire. Mais nous avons dit : « oui, nous avons des priorités », et nous avons parlé à tout le monde. « Américains, avez-vous l’argent ? » « Non, pas pour le moment. » « Union européenne, avez-vous trois ou quatre milliards de dollars pour ces priorités ? » « Non, nous avons nos propres priorités. » Ensuite, nous avons dit : pourquoi ne pas parler à d’autres personnes, comme les Chinois ? Alors nous leur avons dit : « Avez-vous l’argent ? » Et ils ont dit : « Oui, nous pouvons discuter. » Donc, nous avons discuté.

Question : avez-vous un ressentiment envers l’Occident à propos de cette affaire ?

Eh bien, je ne comprends pas pourquoi ils nous ont dit de ne pas signer ces accords. Probablement parce qu’il y a beaucoup d’ignorance, l’ignorance de la difficulté de notre situation. Bien sûr, lorsque vous êtes assis à Washington ou à New York, vous croyez que tout le monde est comme à Washington ou à New York. Mais les gens souffrent. Qu’est-ce qui m’a révolté moi ? C’est le fait qu’il y ait une résistance à cet accord sans faire une contre-proposition.

3. Sur le nouveau commandement de l'armée Américaine pour l'Afrique : AFRICOM

Que pensez-vous d’Africom (le nouveau commandement militaire américain en Afrique) ? Quel intérêt y a-t-il à accueillir cette base ici ?

L’installation de cette base au Congo est hors de question. Nous ne pensons pas que le Congo doive servir de base et ce pour quiconque ou n’importe quelle puissance, pas du tout. Mais nous avons un programme avec le gouvernement américain pour former certaines troupes de notre armée.

4. Sur la classe politique congolaise

Mobutu a dirigé ce pays pendant 37 ans. Il a créé une classe politique, une mentalité, et nous n’avons pas encore mis fin à cela. Les anciennes mauvaises méthodes sont toujours là : corruption, mauvaise gestion, etc. Notre plus grande erreur, c’est que nous n’avons pas trouvé assez de temps pour entraîner et former nos propres cadres. On n’a pas besoin d’un millier de personnes pour transformer un pays. Non, on n’a besoin que de 3, 4, 10 ou 15 personnes avec des convictions, déterminées et résolues. Ai-je ces 15 personnes ? Probablement 5, 6, voire 7, mais pas encore 15.

5. Sur le rôle stratégique du Congo en Afrique

Je crois que le monde est vraiment conscient de ce qu’il se passe au Congo. Mais ce dont il a eu connaissance ce sont les choses négatives qu’il se passe au Congo : la guerre, le viol, les massacres, etc.  Mais ce que le monde doit savoir c’est que le Congo est un pays stratégique sur ce continent. Les gens ne peuvent pas prétendre développer les autres pays sans utiliser le Congo comme une véritable locomotive et un moteur. Et le Congo est ouvert pour discuter et faire des affaires avec n’importe qui. (…) Le monde est-il prêt à voir un Congo fort ? Je l’espère. C’est un autre point d’interrogation, étant donné que beaucoup de gens ont peur, notamment dans cette région. Mais nous disons que le Congo est un géant, un gentil géant. Nous sommes une grande nation, un gentil géant qui veut vivre en paix avec ses voisins.

 

Source: Intal

Corrigé par Khalil Ben Mohamed pour Investig'Action

 
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L’ingérence sournoise du FMI et de la Banque mondiale en République démocratique du Congo

Article Mondialisation.ca, Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde

Le FMI a remporté une nouvelle victoire au terme de sa dernière mission en République démocratique du Congo (RDC) en obtenant la révision du fameux contrat chinois conclu en 2007. La suppression dans ce contrat de la garantie de l’Etat congolais ramène ainsi le prêt controversé de la Chine de 9 à 6 milliards de dollars. Cette convention qualifiée à tort de « contrat du siècle » prévoyait au départ 6 milliards d’investissements dans le développement d’infrastructures et 3 milliards de dollars pour le secteur minier. Le FMI a donc gagné le bras de fer contre la Chine mais surtout gardé la mainmise sur la politique économique de la RDC.

Cette nouvelle ingérence du FMI dans les affaires internes de la RDC démontre une fois de plus toute l’hypocrisie des puissances occidentales qui utilisent les institutions financières internationales (IFI) pour piller les ressources naturelles appartenant aux Congolais. En effet, au moment des négociations pour la révision du contrat chinois, la Banque mondiale, épaulée par l’ambassadrice du Canada et Hillary Clinton lors de leur passage à Kinshasa, faisait pression sur le gouvernement congolais pour qu’il revienne sur sa décision de résilier le « partenariat » KMT (Kingamyambo Musonoi Tailings) conclu illégalement entre l’entreprise canadienne First Quantum, l'Etat congolais, l’entreprise publique congolaise Gécamines, la sud-africaine Industrial Development Corporation et la SFI (Société financière internationale) qui n’est autre que la filiale de la Banque mondiale chargée d’appuyer le secteur privé[1]… Force est donc de constater que les contrats léonins ne posent plus de problème aux IFI lorsque les intérêts des puissances occidentales sont en jeu !

Il ne fait aucun doute que le contrat chinois est une nouvelle offensive du géant asiatique pour s’accaparer les ressources minières du continent noir et qu’il va générer une nouvelle dette pour la RDC. Officiellement, c’est ce risque de surendettement qui a poussé le FMI à intervenir dans cette convention bilatérale. En pratiquant un chantage inacceptable, il est finalement parvenu à ses fins, maintenant ainsi sa tutelle sur la RDC. Le chantage était double : sans révision du contrat, la RDC aurait pu faire une croix sur un nouvel accord triennal avec le FMI ainsi que sur un allègement de sa dette…attendu depuis 2003 !

Or, cette dette que l’Etat congolais continue de rembourser malgré la crise économique mondiale est une dette « odieuse », puisqu’une très large partie a été contractée par le dictateur Mobutu avec la complicité des créanciers occidentaux, notamment du FMI et de la Banque mondiale. Pour fonder la nullité de cette dette qui n’a aucune valeur légale, les pouvoirs publics devraient procéder immédiatement à l’audit de cette dette afin d’en révéler la part illégitime : celle qui n’a pas profité à la population. Chaque année, le service de la dette accapare environ 500 millions de dollars, soit presque trois fois l’aide d’urgence accordée par le FMI en mars dernier.

La RDC n’est pas un cas isolé. Dans l’ensemble des pays en développement, le remboursement des dettes illégitimes assorti des conditionnalités dictées par les bailleurs de fonds internationaux constituent un obstacle à la satisfaction des besoins humains fondamentaux ainsi qu’une violation manifeste du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et notamment de leurs ressources naturelles. Dès lors, l’émancipation des populations du Sud passera nécessairement par l’annulation inconditionnelle de la dette du tiers-monde et la rupture nette des accords avec les IFI. En effet, les pays en développement n’ont rien à attendre de ces deux institutions incapables de s’affranchir du credo néo-libéral responsable de la paupérisation de milliards d’individus depuis la crise de la dette de 1982. Rappelons également que ces institutions se sont rendues complices de graves violations de droit humains en soutenant financièrement des dictatures comme celles de Mobutu et l’apartheid en Afrique du Sud. La Banque mondiale et le FMI doivent donc impérativement rendre des comptes devant la justice et être remplacées par de nouvelles organisations internationales démocratiques et respectueuses des droits humains fondamentaux.


Edité par AllXS - 18 Oct 2009 à 18:22
«Il est impossible d'en finir avec le capitalisme sans en avoir fini avec la social-démocratie dans le mouvement ouvrier.» (J. Staline : les Questions du léninisme, 1950)

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Comment les pays créanciers décident au Congo
Renaud Vivien et Damien Millet   
A quelques jours d’intervalle, le ministère français de l’Économie réunissait en grande pompe le « Forum Franco-Chinois de promotion du commerce et de l’investissement » et en toute discrétion le « Club de Paris ». Cette seconde instance, composée de créanciers publics, a enjoint à la RDC d’annuler ses contrats commerciaux avec… la Chine. 
S’appuyant sur le mécanisme de la dette odieuse, les Occidentaux poursuivent leur politique néo-coloniale malgré la globalisation. Ils interdisent aux Africains de choisir leurs partenaires commerciaux et aux Chinois de s’approvisionner en Afrique. Ils exigent l’exclusivité du commerce avec l’Afrique et avec la Chine.

Les 19 pays créanciers composant le Club de Paris [1] se sont réunis le 18 novembre pour examiner le cas de la République démocratique du Congo (RDC), après deux reports liés à la révision du très controversé contrat chinois. Ce contrat, qui hypothèque de gigantesques quantités de minerais au profit de la Chine en échange de la construction d’infrastructures en RDC, a finalement pu être révisé dans le sens souhaité par les bailleurs de fonds occidentaux représentés par le FMI [2]. Suite à cela, l’affaire semblait réglée : le Club de Paris allait accorder les assurances financières demandées par le FMI pour conclure un nouveau programme de 3 ans avec le gouvernement congolais d’ici la fin 2009 et effacer début 2010 une partie importante de sa dette extérieure publique. Loin s’en faut ! Le Club de Paris a décidé, à son tour, de « faire chanter » la RDC en exigeant le maintien de deux contrats léonins signés avec des transnationales occidentales.

Le Club de Paris prouve une fois encore qu’il est une instance gouvernée par le Nord dans laquelle les pays du Sud ne jouent qu’un rôle de figurant. Aucun membre du gouvernement congolais n’a été invité aux discussions menées à Bercy, au ministère français des Finances, où siège le Club de Paris. Ce Club se définit lui-même comme une « non-institution » n’ayant pas de personnalité juridique. L’avantage est clair : le Club de Paris n’encourt aucune responsabilité quant à ses actes et ne peut donc être poursuivi en justice puisqu’officiellement, il n’existe pas !

Pourtant, ses décisions sont lourdes de conséquences pour les populations du tiers-monde car c’est en son sein qu’est décidé, de concert avec le FMI et la Banque mondiale, si un pays endetté du Sud « mérite » un rééchelonnement ou un allégement de dette. Lorsqu’il donne son feu vert, le pays concerné, toujours isolé face à ce front uni de créanciers, doit appliquer les mesures néolibérales dictées par ces bailleurs de fonds, dont les intérêts se confondent avec le secteur privé.

Le 18 novembre dernier, c’est la RDC qui en a fait les frais puisque le Club de Paris a décidé d’aller au-delà de la seule révision du contrat chinois exigée par le FMI en s’ingérant encore plus dans ses contrats miniers, domaine qui relève pourtant de la souveraineté permanente de la RDC, selon le droit international et l’article 9 de sa Constitution.

Officiellement, c’est le risque d’augmentation de la dette congolaise, lié à la garantie d’Etat initialement prévue dans le contrat chinois, qui avait justifié l’ingérence du FMI dans les affaires internes congolaises.

Mais en réalité, la RDC, à l’instar d’autres pays africains regorgeant de ressources naturelles, est le théâtre d’une compétition acharnée entre les pays occidentaux et la Chine, dont l’appétit ne cesse de grandir au point d’être aujourd’hui le troisième partenaire commercial pour l’Afrique derrière les États-Unis et la France. Le Club de Paris est donc l’instrument qu’ont utilisé les pays occidentaux, notamment le Canada et les États-Unis, pour exiger du gouvernement congolais qu’il revienne sur sa décision de résilier le contrat ayant donné naissance au consortium Kingamyambo Musonoi Tailings (KMT) et de réviser la convention créant Tenke Fungurume Mining (TFM), dans lesquelles les États-Unis et le Canada ont d’importants intérêts.

Les bailleurs de fonds occidentaux appliquent la politique du « deux poids, deux mesures » selon qu’il s’agisse d’un contrat conclu avec la Chine ou avec une entreprise occidentale. Les intérêts du secteur privé l’emportent sur les considérations de légalité et de développement puisque le caractère frauduleux de ces deux conventions a été rapporté par la Commission de « revisitation » des contrats miniers, mise sur pied en RDC en 2007 [3]. Les États du Nord se servent du Club de Paris et des institutions financières internationales, où ils sont surreprésentés, comme d’un cheval de Troie pour s’accaparer les ressources naturelles du Sud.

C’est le trio infernal Club de Paris – FMI – Banque mondiale qui a organisé à partir de 2002 le blanchiment de la dette odieuse de la RDC en restructurant les arriérés laissés par le dictateur Mobutu. Il s’agissait à l’époque de prêter de l’argent au gouvernement pour apurer les vieilles dettes du dictateur, permettre au gouvernement de transition de s’endetter à nouveau tout en lui imposant des politiques antisociales, notamment un nouveau Code minier très favorable aux transnationales.

En 2009, la dette continue d’asphyxier le peuple congolais dont les droits humains fondamentaux sont piétinés pour assurer le remboursement du service de la dette. Malgré les effets d’annonce des créanciers qui promettaient une annulation de la dette congolaise, celle-ci s’élève aujourd’hui à 12,3 milliards de dollars, soit l’équivalent de la somme réclamée à la RDC au moment de la mort de Laurent Désiré Kabila en 2001… Or, cette dette est l’archétype d’une dette odieuse, nulle en droit international car elle a été contractée par une dictature, sans bénéfice pour la population et avec la complicité des créanciers. Le gouvernement congolais pourrait donc la répudier, ce qui lui permettrait de surcroît de ne plus accepter les diktats du Club de Paris.

Le chantage du Club de Paris n’est pas une surprise : cette instance illégitime est depuis sa création à la fois juge et partie. Elle doit donc être purement et simplement abolie, tout comme la dette de la RDC.

En attendant, le gouvernement congolais doit suspendre unilatéralement le paiement de cette dette, à l’instar de l’Équateur en novembre 2008 et de l’Argentine qui avait décrété en 2001 la plus importante suspension de paiement de la dette extérieure de l’Histoire, pour plus de 80 milliards de dollars, tant envers les créanciers privés qu’envers le Club de Paris, et ce sans que des représailles n’aient lieu.
La crise économique nécessite des actes forts et immédiats contre la dette, et au profit des peuples. Pour ce faire, les pays du Sud auraient tout intérêt à constituer un front uni pour le non-paiement de la dette.


Renaud Vivien est membre du CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde),

 Damien Millet est secrétaire général du CADTM France. Dernier livre publié : Le système dette, Tome 1 : La Paz, Syllepse (2009).
 
Notes: 
 

[1] Institution informelle qui s’est réunie pour la première fois en 1956, composée aujourd’hui de 19 pays : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Irlande, Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Russie, Suède et Suisse. Pour une analyse détaillée, lire Damien Millet et Eric Toussaint, 60 Questions 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, CADTM-Syllepse, 2008, p 21.
[2] « L’ingérence sournoise du FMI et de la Banque mondiale en République démocratique du Congo », par Renaud Vivien, Yvonne Ngoyi, Victor Nzuzi, Dani Ndombele, José Mukadi et Luc Mukendi, Réseau Voltaire, 8 octobre 2009.
[3] « Au terme de la revisitation, Contrats miniers : 23 maintenus, 14 résiliés, 2 à finaliser », Groupe @venir CD, 16 novembre 2009.
 
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La RDC dans l'étau du FMI
Renaud Vivien   
 
Renaud Vivien
 
Le 11 décembre, la RDC a conclu un accord de financement de trois ans avec le FMI, après avoir cédé à toutes les exigences de ses bailleurs de fonds. D’abord, en révisant sous la pression du FMI un contrat conclu avec la Chine que les puissance occidentales voyaient d’un mauvais œil, puis en s’engageant à encore améliorer le « climat des affaires » sur injonction du Club de Paris, un groupe informel réunissant 19 riches pays créanciers, dont les intérêts économiques en RDC sont considérables. Les garanties données par le Club de Paris étaient un préalable obligatoire à la conclusion de ce programme avec le FMI ainsi qu’à un allègement de sa dette externe, dont le paiement annuel absorbe un quart des dépenses publiques !

Mais la route est encore longue et parsemée de conditionnalités avant d’atteindre le fameux « point d’achèvement », qui donne droit à cet allègement de dette et qui constitue l’ultime étape de la stratégie PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) promue par le FMI et la Banque mondiale pour soi-disant régler le problème de la dette. La RDC attend cet allègement depuis 2003 et pourrait bien l’attendre encore longtemps… En effet, pour le « mériter », le gouvernement congolais devra s’attacher entre autres au « développement du secteur privé, notamment par la réforme des entreprises publiques (…) la protection de l’investissement étranger et l’amélioration de la transparence dans la gestion des ressources naturelles », indique le communiqué de presse du FMI |1|.

Autrement dit, la RDC doit achever la privatisation de ses secteurs stratégiques (mines, énergie, industrie, transport ) déjà très largement contrôlés par les transnationales, impliquant le licenciement massif des travailleurs, comme ce fut le cas en 2003 avec l’opération mal nommée « Départs volontaires ». Ce plan de licenciement financé intégralement par la Banque mondiale a violé les droits de 10 655 agents de la Gécamines, l’entreprise publique minière située au Katanga, qui attendent toujours le paiement de leurs arriérés de salaires et les indemnités prévues par le droit congolais.

« La protection de l’investissement étranger » signifie, quant à elle, une interdiction pour les autorités de revoir les contrats miniers conclus illégalement avec les transnationales (sauf si elles sont chinoises !). Rappelons en effet, que le Canada s’était opposé à la conclusion d’un accord avec le FMI lors de la réunion du Club de Paris du 18 novembre où aucun officiel congolais n’était invité. Le but était alors de faire pression sur le gouvernement, qui avait annoncé quelques jours plus tôt la résiliation d’un contrat frauduleux signé avec l’entreprise canadienne First Quantum. L’affaire a finalement été réglée suite à l’engagement du gouvernement d’améliorer « le climat des affaires »…

Concernant « la gestion des ressources naturelles », le FMI fait comme à son habitude reposer la seule responsabilité sur la RDC en omettant le rôle néfaste de sa partenaire, la Banque mondiale, incapable de changer de politique. Selon les ONG Greenpeace, Global Witness et Rainforest |2| : «  En tant que bailleur principal de la réforme forestière congolaise, la Banque mondiale porte une responsabilité particulière pour les résultats médiocres observés à ce jour (…) Les conclusions du rapport d’enquête de 2007 réalisé par le Panel d’Inspection |3|, révélant le parti pris de la Banque mondiale en faveur de l’exploitation industrielle, au détriment des communautés locales, semblent avoir été largement ignorées ». Malgré les enjeux liés à la déforestation et au changement climatique, le FMI s’inscrit toujours à l’instar de la Banque mondiale dans cette logique de l’exploitation industrielle du bois en transformant un peu plus la RDC en véritable paradis pour les transnationales, comme si les bénéfices réalisés par ces dernières allaient en bout de course profiter au peuple congolais. Pourtant, c’est l’inverse qui se produit dans l’ensemble des pays en développement : les populations s’enfoncent dans la pauvreté tandis que les rapatriements des bénéfices réalisés par les transnationales augmentent, culminant en 2008 à 298 milliards de dollars !

Que va gagner la RDC en appliquant toutes ces conditionnalités ? Pas grand chose : environ 560 millions de dollars étalés sur trois années à condition que le FMI juge satisfaisante l’application de ses politiques. En effet, la RDC est sous haute surveillance puisque le programme triennal est évalué au fur et à mesure de sa mise en œuvre. Au total, six missions d’évaluation du FMI sont prévues, conditionnant le décaissement des différentes tranches financières. L’allègement de la dette dépendra des résultats de la première évaluation prévue en mars 2010. Rien n’est donc acquis, sachant que le précédent accord avait été suspendu par le FMI en 2006 et que l’Ukraine s’est vu refuser en octobre dernier la dernière tranche d’une aide FMI, après avoir adopté une loi augmentant le salaire minimum. Dans l’hypothèse où le gouvernement congolais fait un sans-faute, il continuera à supporter une dette de 4 milliards de dollars, après l’allègement espéré. La difficulté restera de trouver les ressources financières pour la rembourser, vu que les privatisations imposées par les bailleurs de fonds entraîneront moins de recettes budgétaires. Le gouvernement devra alors se réendetter à moins qu’il ne fasse un autre choix.

Cet autre choix pourrait être de refuser de payer la dette afin d’assurer en priorité les besoins humains fondamentaux de sa population et se débarrasser de la tutelle néo-coloniale des créanciers. Un tel acte unilatéral est fondé en droit international, d’autant que la dette congolaise est une dette odieuse, constituée principalement d’arriérés impayés par l’ex-dictateur Mobutu. Elle n’a donc aucune valeur juridique car les créanciers connaissaient la nature dictatoriale du régime mobutiste. Le Forum sur la corruption, qui s’est ouvert en RDC le 16 décembre, pourrait être une occasion pour les mouvement sociaux congolais d’exiger la mise en place d’un audit de cette dette pour en révéler le caractère illicite et identifier les détournements afin de légitimer la répudiation de la dette et exiger la restitution des biens mal acquis. Seulement 3% des avoirs détournés au niveau mondial ont été restitués à ce jour, malgré la ratification de la Convention de l’ONU contre la corruption par la majorité des pays du Nord, qui consacre la restitution des avoirs détournés comme un principe fondamental du droit international.

Notes:
| http://www.imf.org/external/french/...

|| Lettre ouverte du 3 décembre 2009 adressée à la banque : « La Banque mondiale et le secteur forestier en République démocratique du Congo, feuille de vigne ?

|| Le Panel d’Inspection est l’organe interne à la Banque mondiale chargé d’enquêter sur les violations commise par cette dernière dans les projets qu’elle appuie.

Source: CADTM

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RD Congo : La Banque mondiale au cœur des « affaires »


AUTEUR:  Renaud VIVIEN


Le budget 2010 de la République Démocratique du Congo (RDC) a été promulgué le 25 janvier dernier. S’élevant à 6,2 milliards de dollars (soit 77 fois moins que celui de la France |1| pour une population de taille équivalente), ce budget est taillé sur mesure pour satisfaire les créanciers et les investisseurs étrangers au détriment des besoins fondamentaux de la population. Alors que les dépenses sociales se limitent aux seules rémunérations du personnel de la fonction publique, le poste budgétaire attribué au remboursement de la dette figure, quant à lui, en bonne position. L’Etat congolais a prévu de consacrer cette année environ 430 millions de dollars au paiement de sa dette publique extérieure, malgré la crise économique et l’illégalité de cette dette. En effet, le peuple congolais continue de payer encore en 2010 les arriérés impayés légués par le dictateur Mobutu avec la complicité des créanciers occidentaux. En droit international, on qualifie cette dette d’ « odieuse ». Or, la doctrine juridique de la dette odieuse constitue une des exceptions au principe de continuité de l’Etat, selon lequel les gouvernements doivent honorer les engagements financiers de leurs prédécesseurs. Le gouvernement congolais pourrait donc légalement refuser de rembourser cette dette et ainsi économiser des centaines de millions de dollars par an.

Pourquoi ne le fait-il pas ? L’explication repose essentiellement sur un calcul économique fait sur le court terme : l’ « aide » internationale représente pas moins de 46,3% des recettes totales du budget 2010 et la RDC espère obtenir cette année un allègement de sa dette attendu depuis 2003 ! Face à une telle dépendance, le gouvernement congolais fait donc le choix de se plier aux injonctions de ses bailleurs de fonds, réunis au sein des Institutions financières internationales (IFI) et du Club de Paris, un groupe informel réunissant 19 riches pays créanciers dont la Belgique.

Le prix de cette docilité est très élevé : la RDC doit renoncer à sa souveraineté en s’engageant à suivre à la lettre les réformes structurelles dictées par les IFI dans le Document Stratégique de Croissance et de Réduction de la pauvreté (DSCRP). Conformément à ce programme triennal, pâle copie des plans d’ajustement structurels (PAS) imposés par le FMI et la Banque mondiale à l’ensemble des pays du Sud au lendemain de la crise de la dette de 1982, le gouvernement congolais doit impérativement améliorer « le climat des affaires ». Autrement dit, le gouvernement doit œuvrer pour le bien-être des transnationales en accélérant le bradage de ses ressources naturelles et en privatisant ses secteurs stratégiques. Cette politique de privatisation a non seulement des conséquences importantes sur le plan économique puisqu’elle entraîne automatiquement moins de recettes pour l’Etat, mais également sur le plan humain avec des dizaines de milliers d’emplois supprimés.

Et ces futurs « ex-travailleurs » congolais ne pourront pas compter sur un quelconque système de protection sociale car cela risquerait de dégrader « le climat des affaires ». En effet, la Banque mondiale encourage les Etats à éliminer la protection sociale des travailleurs au Sud mais également au Nord |2|, notamment à travers la publication de son rapport annuel Doing Business (« Faire des affaires ») où la banque établit un classement de tous les pays en fonction de leur facilité à y « faire des affaires ». Plus la législation d’un pays facilite les licenciements et mieux il est côté ! A titre d’exemple, le Rwanda enregistre en 2009 la plus importante progression car les employeurs ne sont plus tenus de procéder à des consultations préalables avec les représentants des salariés (concernant les restructurations) ni d’en aviser l’inspection du travail. A l’inverse, le Portugal est déclassé pour avoir rallongé de deux semaines la période de préavis de licenciement.

Il n’est donc pas étonnant de retrouver la Banque mondiale aux avant postes dans l’opération « départs volontaires » en RDC. Entre 2003 et 2004, ce plan de licenciement illégal a frappé 10 655 travailleurs de la Gécamines (l’entreprise publique minière située dans la province du Katanga), qui n’étaient plus payés depuis plusieurs mois. C’est dans ce contexte que la Banque mondiale est intervenue en finançant ces licenciements, sur demande du gouvernement congolais, mais en prenant le soin d’imposer au préalable ses conditions illégales : la banque a plafonné le montant des indemnités selon une forme «  pour solde de tout compte  » et un mode de calcul qui violent le droit du travail congolais et les normes de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Alors que l’enveloppe sollicitée par la direction de la Gécamines était de 120 millions de dollars contre 240 millions réclamés par les travailleurs, le consultant chargé par la Banque mondiale de calculer le montant de l’indemnisation, propose seulement un forfait « pour solde de tout compte » de 43 millions de dollars !

Aujourd’hui, les ex-employés de la Gécamines n’ont toujours pas reçu les indemnités prévues par le droit et la Banque mondiale continue de faire peser toute la responsabilité sur le gouvernement et la Gécamines. Les 10 655 victimes ne se laissent pas faire et se sont rapidement organisés en créant le Collectif des ex-agents de la Gécamines. Plusieurs d’entre eux réclament des comptes à la Banque mondiale et ont saisi son Panel d’Inspection, qui est chargé d’enquêter sur les violations qu’elle aurait commises dans les projets où elle est impliquée. Bien que ce dernier ait déclaré leur requête recevable, ses rapports n’ont aucune force contraignante sur la direction de la banque. Seul un jugement rendu par un tribunal ordinaire pourrait contraindre la banque à réparer les dommages causé aux populations. Un procès contre la Banque mondiale pour de telles violations constituerait un précédent. La banque ne peut être au-dessus des lois d’autant qu’elle ne bénéfice pas de l’immunité de juridiction. Selon ses propres statuts, elle peut être poursuivie en justice dans tous les pays où elle dispose d’une représentation.

Les travailleurs congolais sont victimes de la même logique capitaliste que celle qui prévaut au Nord où les droits du et au travail sont bafoués. La solidarité internationale doit donc se renforcer contre les politiques anti-sociales des IFI et pour l’annulation totale et sans condition de la dette du Sud.

Notes

|1| http://www.legifrance.gouv.fr/affic...

|2| Eric Toussaint, Un coup d’œil dans le rétroviseur : L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, éditions Le cerisier, 2010


Source : l'auteur

Article original publié le le 23 février dans le quotidien français L’Humanité, le 24 février dans le quotidien congolais Le Potentiel et le 26 février dans le quotidien belge La Libre Belgique.

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Retour sur un atroce massacre en RDC

Human Rights Watch détaille dans un rapport l’exécution planifiée de 321 civils.

C’est un rapport dont la lecture est insoutenable. L’association Human Rights Watch a publié hier la première enquête documentée sur un massacre de civils perpétré et « planifié » en décembre 2009 par les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), dans la région de Makombo, située au nord-est de la République démocratique du Congo. Ce document de 67 pages révèle qu’au moins 321 civils ont été tués et 250 autres enlevés du 14 au 17 décembre 2009 au cours d’une attaque planifiée par la LRA. « Le massacre de Makombo est l’un des pires jamais commis par la LRA pendant ses vingt-trois ans d’histoire sanglante, pourtant il n’a pas été signalé pendant des mois », souligne Anneke Van Woudenberg, chercheuse pour HRW. Active depuis 1988 dans le nord de l’Ouganda, la rébellion de la LRA est réputée pour être une des plus barbares au monde. Depuis cinq ans, elle s’est repliée dans l’extrême nord-est de la RDC, mais aussi en Centrafrique et au Sud-Soudan.

« Les forces de la LRA ont attaqué au moins dix villages, capturant, tuant et enlevant des centaines de civils, y compris des femmes et des enfants. La grande majorité des victimes étaient des hommes adultes que les combattants de la LRA ont d’abord ligotés, avant de les tuer à coups de machettes ou de leur écraser le crâne à coups de hache et de lourds gourdins », raconte le rapport. Mi-avril, le Conseil de sécurité de l’ONU se rendra en RDC pour évaluer la protection des civils alors que le retrait des casques bleus y est envisagé.

Damien Roustel

Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Jun 2010 à 17:22
Les spéculateurs du coltan: haro sur le Congo
 
 
Raf Custers   
 
Le droit international s'applique-t-il à tous les pays ? Israël le bafoue en toute impunité. Avec la Colombie qui assassine et déporte au profit des multinationales, l’Union européenne signe un traité de libre échange. Avec  les dictatures arabes, les Etats-Unis font un commerce juteux et discret.


Par contre, quand les intérêts de l'autoproclamée « communauté internationale » paraissent menacés, alors elle ressort bien vite le prétexte des droits de l’homme et le principe d’ingérence humanitaire cher à Bernard Kouchner.


Exemple : le Congo. Raf Custers s'est demandé pourquoi certaines multinationales, d’habitude guère préoccupées par la vie des populations du Sud, ont tout à coup invoqué les droits de l'homme à propos du coltan et du Congo. Enquête sur un pseudo mystère...

Investig'Action


Le 8 décembre 2009, un certain Ron MacDonald participe à une réunion de travail à l’OCDE, à Paris. MacDonald se présente comme conseiller en politique internationale d’une société minière canadienne. La réunion traite des investissements dans le secteur minier et de la façon dont les minerais « contaminés » peuvent être éloignés du commerce. Le Congo ne figure pas expressément à l’ordre du jour de la réunion. Mais MacDonald détourne toutefois la discussion dans cette direction, au moyen d’une intervention qui est loin d’être du goût de tous les participants. Il plaide, ni plus ni moins, pour un embargo contre l’exportation de ces minerais à partir du Congo. Le sort des Congolais n’est cependant pas la préoccupation majeure de MacDonald. Il n’est là que pour défendre les seuls intérêts de la firme qui a loué ses services.

 
L’OCDE, l’organisation des pays occidentaux les plus riches, est elle aussi préoccupée par le commerce des minerais. Il y est question de minerais « sales » ou « contaminés ». Plus d’une organisation d’aide au développement se plaint que ces minerais entrent dans la fabrication d’appareils électroniques à usage quotidien. On les dit « contaminés » parce qu’ils sont extraits dans des conditions indignes pour les travailleurs. Par exemple, dans les mines exploitées par les rebelles et où des enfants doivent également travailler en tant qu’esclaves. Il s’agit surtout ici du tantale, le minerai entrant aussi dans la fabrication de certains composants des GSM, ou du minerai d’étain (cassitérite). Ces deux minerais sont entre autres produits dans l’Est du Congo, une région qui, depuis 1994, a été dévastée par des guerres successives et qui est demeurée très instable. Pour empêcher les minerais sales de débarquer dans le circuit commercial, l’OCDE entend pratiquer la « due diligence » (contrôle rigoureux) [1a]. Les commerçants ou les utilisateurs des minerais doivent donc chercher à vérifier activement si leurs matières premières proviennent bien de mines « propres », exploitées légalement et de façon normale.

 
Auprès de l’OCDE, MacDonald représente la firme Commerce Resources, une entreprise minière de Vancouver au Canada. D’après nos recherches, Commerce Resources n’a pas d’intérêts miniers au Congo. En 2008 et 2009, la société n’apparaissait sur aucune liste des propriétés minières dans l’Est du Congo. À la réunion de l’OCDE participent également des entreprises qui, au Congo, achètent surtout de l’étain. Il semble qu’elles n’aient guère été enchantées du message de MacDonald, estimant que le Canadien contrecarre leurs activités et que Commerce Resources est sur le même pied que deux poids lourds du commerce du tantale, à savoir Cabot et Talison, sur lesquels nous reviendrons plus loin. D’autres participants ne connaissent même pas Commerce Resources et se demandent qui est ce Chevalier blanc au message si peu engageant.

MacDonald n’a jamais réagit à nos demandes d’informations. Nous avons toutefois pu vérifier que l’homme n’est nullement un expert minier, mais bel et bien un lobbyiste. Il est à la tête d’une société de marketing, Cansource Marketing, et c’est via cette société qu’il s’est fait engager par Commerce Resources. En septembre 2009, Commerce Resources a payé à Cansource Marketing des honoraires pour services rendus. MacDonald et son partenaire Mark Buggio (ou Baggio selon d’autres documents) ont reçu un portefeuille de 8750 actions de Commerce Resources cotées au Venture Exchange de la Bourse de Toronto. MacDonald et Buggio sont ainsi devenu co-actionnaires de Commerce Resources.

 
Comme on l’a dit, Commerce Resources n’a pas de plans au Congo mais, au Canada, la société entend lancer deux mines : le projet Eldor dans la province du Québec et le projet Blue River, en Colombie-Britannique. À Eldor, un domaine de près de 19.000 hectares, Commerce Resources a découvert, entre autres, des sédiments de tantale. Depuis 2008, la société est occupée à répertorier les veines de minerai. À Blue River aussi, une concession d’environ 1000 km², se trouve également un gisement de tantale, prétend Commerce Resources. Si on veut comprendre l’engouement de la firme vis-à-vis du Congo, il ne faut pas chercher plus loin. Commerce Resources a besoin d’argent et de clients afin de financer ses projets à Eldor et Blue River. Elle essaie d’attirer des acheteurs mais surtout, dans la phase actuelle, des investisseurs via les Bourses de Toronto et de Francfort, où elle chaque fois notée. Afin d’intéresser ces investisseurs, elle suit une double tactique. Elle présente Eldor et Blue River comme des mines très prometteuses, « propres » et sûres. Et elle noircit systématiquement le Congo.
 
 

Le lobbying politique


La campagne de Commerce Resources dure depuis plus longtemps déjà. Mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle s’intensifie vraiment. Au début, le Congo ne recevait des volées de bois vert que dans les textes de la firme. Dans une brochure de février 2009 sur Blue River, Commerce Resources écrit : « L’exploitation minière dans cette partie du monde [l’Afrique, RC] s’opère souvent de façon illégale et est associée à des violations extrêmes des droits de l’homme et il est bien connu que les produits de la vente du coltan africain servent à soutenir la violence militaire et tribale [1]. »


Sur son site Internet, Commerce Resources joue la corde sensible du sentiment envers la nature. Le Congo et son voisin le Rwanda sont cités dans un même souffle, et la chose ne peut que marquer les esprits. Puis le texte poursuit : « La guerre civile, le pillage des parcs nationaux et l’exportation au profit du financement des milices, font que l’organisation internationale du tantale déconseille fortement à ses membres d’acheter du minerai dans les territoires où le bien-être des humains aussi bien que la vie sauvage et la nature sont menacés [2]. » La conclusion est toute prête : les acheteurs doivent s’approvisionner à des « sources respectueuses de l’éthique comme Blue River », là où des lois stables protègent les droits de l’homme et l’environnement. Même si Blue River n’est pas encore productif et les acheteurs devront payer le prix fort [3].
 
Entre-temps, Commerce Resources a rejoint un lobby nord-américain contre le Congo. Le noyau dur de ce lobby provient de l’establishment politique des États-Unis. L’Enough Project y est très actif. Le cofondateur d’Enough, John Prendergast, est désormais catalogué d’activiste des droits de l’homme. Mais, sous le président Clinton, il dirigeait le bureau des Affaires africaines auprès du Conseil de la sécurité nationale et il était conseiller spécial auprès du ministère américain des Affaires étrangères. Enough cible l’opinion publique américaine. Désormais, il racole du soutien actif pour deux propositions de loi, le Congo Conflict Minerals Act (Loi sur les minerais liés au conflit congolais) au Sénat américain et le Conflict Minerals Trade Act (Loi sur le commerce des minerais liés au conflit), à la Chambre des représentants [4]. Ces propositions compliquent à l’extrême la tâche des entreprises américaines qui envisageraient d’acheter des « minerais liés au conflit » congolais [5]. Si ces propositions passent, il y aura de fait un embargo américain contre les minerais congolais. Dans la pratique, l’Enough Project fait déjà en public le procès des entreprises qui traiteraient du tantale en provenance du Congo, comme la firme Niotan, au Nevada [5b].

 
Commerce Resources ne se contente pas de sympathiser avec ce lobby, elle fait également sa publicité. Le 21 avril 2010, dans un message sur Facebook, Commerce Resources cite un lien renvoyant à Enough. Le groupe de pression vient tout juste de se démener pendant dix jours pour renforcer la campagne pour le Conflict Minerals Trade Act. Et ses efforts sont payants. Le 23 avril, via Facebook, un certain Shaun Ledding fait savoir à Commerce Resources : « L’intérêt pour la recherche des métaux bruts tel le tantale en provenance des zones sans conflit va croissant. » Il s’avère que Ledding est l’un des cinq directeurs de Commerce Resources.

La compagnie introduit également le lobby pro-embargo dans le monde des affaires. Début avril 2010, se tient au Crowne Plaza de Los Angeles le Rare Metals Summit (Sommet des métaux rares), une bourse professionnelle pour les producteurs et les négociants. Commerce Resources est le principal sponsor de cette bourse. La firme peut donc marquer de son sceau le déroulement de l’affaire. Elle fait intervenir ses propres directeurs comme orateurs dans divers groupes de travail. Et elle largue un certain Ron MacDonald sur le panel du groupe de travail « Sustainable Mining » (Exploitation minière durable). Mais, cette fois, MacDonald n’est pas là en qualité de conseiller de Commerce Resources, mais en tant que président de… CanSource International. Et qui accompagne MacDonald dans le panel ? Un certain David Sullivan, de… Enough. C’est dans le besoin qu’on reconnaît ses amis. Le message du duo fait mouche. Via Twitter, Commerce Resources fait savoir que des « officiels américains » – en se gardant bien de les nommer – se font du mouron. Ils n’achèteront pas de tantale du Congo pour les stocks stratégiques des États-Unis. « On a besoin de nouvelle marchandise propre », conclut-on sur Twitter.
 
 

Crise dans le secteur



Si, par pur intérêt égoïste, il n’y avait qu’une seule entreprise pour échauffer les esprits contre le Congo. Mais il y en a bien davantage. D’après Enough Project, le membre du Congrès, James McDermott, est soutenu par plusieurs fabricants d’électronique [6]. De quelles entreprises il s’agit n’est pas très clair. Mais, tout bien pesé, tous les importants acteurs du tantale ont intérêt à couper les arrivages du Congo. En janvier 2010, un journal australien écrit que la firme Talison mène « la lutte contre le tantale sanglant ». « Les entreprises d’électronique et autres utilisateurs finaux peuvent aujourd’hui acheter du tantale auprès de fournisseurs responsables et respectueux de l’éthique. Et le pouvoir des consommateurs peut contribuer à faire progresser cette cause », déclare David Miller, un patron de Talison [7]. Quelle hypocrisie !

 

Augmenter le prix : réduire l’offre

 
Talison est potentiellement le plus gros producteur de tantale au monde. Mais, en 2008, la firme a fermé sa mine de Wodgina pour diverses raisons : avec la crise économique, la demande de tantale sur le marché mondial s’est effondrée, l’industrie électronique a comprimé ses coûts et cela a accru la demande de tantale bon marché entre autre en provenance du Congo. Et Talison ne pouvait rien y faire. Pourquoi Talison prétend-il mener des actions en faveur du tantale propre ? La réponse est simple. Déjà, en 2008, Talison se plaignait de ce que le prix du tantale demeurait à peu près stable, alors que les prix du cuivre, de l’or, du nickel et de l’étain augmentaient. Talison déclare depuis 2009 qu’il va rouvrir Wodgina. « Mais », dit un trader, « Talison veut que les prix commencent d’abord par augmenter sérieusement. Le prix du tantale tourne autour de 40 dollars la livre, alors que Talison veut le faire monter à 120 dollars. » C’est faisable en réduisant considérablement l’offre. Et pourquoi pas celle en provenance du Congo ?

 
Un autre acteur important n’est autre que Cabot, aux États-Unis. La firme a une mine de tantale dans le Manitoba (Canada) mais fournit également du tantale raffiné en tant que matière première à l’industrie électronique. Cabot fait sa propre publicité en affirmant qu’il n’achète en aucun cas de tantale du Congo. Notre tantale, dit la firme sur son site Internet, nous le tirons exclusivement de notre propre exploitation au Manitoba, chez Talison (Wodgina) et chez Noventa, qui possède une mine au Mozambique. Cette déclaration date d’août 2008 [8]. Depuis lors, bien des choses ont changé. Car, comme nous l’avons dit plus haut, Talison a mis à l’arrêt son importante mine de tantale et, de plus, Cabot et Noventa ont fait pareil. Mais Cabot est loin d’être en cale sèche. Selon des initiés, la firme dispose de stocks de tantale suffisants pour tenir deux ans.

Un autre acteur de poids est HC Starck, une société établie à Goslar, près de Hanovre, en Allemagne. À l’instar de Cabot, HC Starck est un intermédiaire entre les sociétés minières et les utilisateurs de tantale. En compagnie de Cabot et de la firme Ningxia en Chine, HC Starck achèterait sur le marché mondial 70 % de tout le tantale brut. Et il paraît que HC Starck, lui aussi, a des stocks importants, pour l’instant.
S’enrichir sur le dos des Congolais



Il s’avère maintenant que le Congo devient un facteur important pour sortir de cette impasse des gros stocks et des bas prix. En automne 2009, un analyste américain annonce que la tendance va changer. Du fait que l’on a considérablement réduit l’offre et que les stocks peuvent donc d’épuiser rapidement, dit-il, nous pourrions être confrontés dans les trois ans à une sérieuse pénurie de tantale. En ce moment, poursuit-il, il n’y a plus que trois sources d’approvisionnement, à savoir le Brésil, la Chine et quelques mines en Afrique. Et c’est alors qu’il sort une conclusion surprenante : espérons que deux nouvelles mines commencent à fonctionner au Canada, « dont l’une est Blue River », car ce seront « les deux sources de tantale acceptables et respectueuses de l’éthique » [8b]. Cet analyste a-t-il succombé au marketing de Commerce Resources ? Quelques mois plus tard, HC Starck voit également une nouvelle tendance. La firme allemande déclare que les prix reviennent à la normale et ce, pour une raison remarquable : « Les prix sont sous pression parce que les utilisateurs finaux réclament désormais des matériaux irréprochables sur le plan de l’éthique. Et on assiste actuellement à un glissement dans les achats, du Congo frappé par des conflits, vers d’autres fournisseurs, et ce glissement va aboutir à des prix plus élevés [9]. »


 S’il existe une source de contamination dans le secteur du tantale, il semble qu’il faille la chercher du côté de Commerce Resources plutôt que dans l’Est du Congo. Le développeur de projet canadien – car, pour l’instant, Commerce Resources n’est rien de plus – impose en la ressassant une image négative du Congo afin de faire tourner sa propre boutique. C’est le comble du cynisme. En effet, ce « marketing du conflit » se sert abusivement du Congo pour faire grimper le cours en bourse de Commerce Resources. Cela n’améliorera en aucun cas la situation des Congolais.


Raf Custers



Notes



[1a] La réunion de l’OCDE du 8 décembre 2009 avait été annoncée sous l’intitulé : « Promotion des investissements responsables via la facilitation de la due diligence. »

[1] « Le coltan est la dénomination africaine du tantale exploité dans les mines de la République démocratique du Congo (RDC), en Afrique de l’Est. Les Nations unies rapportent que l’exploitation minière dans cette partie du monde est souvent pratiquée illégalement et associée à des violations extrêmes des droits de l’homme. En outre, on sait que les fonds émanant de la vente du coltan servent contribuent entre autres à soutenir la violence militaire et tribale. » Dans : Blue River Tantalum-Niobium Project. Commerce Resources Corp. Newsletter, février 2009.

[2] « Dans le passé, les pays de l’Afrique centrale, tels la République démocratique du Congo (RDC-Kinshasa), le Rwanda et leurs voisins ont été la source de tonnages importants. La guerre civile, le pillage des parcs naturels et l’exportation des minerais, diamants et autres ressources naturelles en vue de financer des milices ont poussé des organisations comme le Centre d’études international sur le tantale-niobium (TIC) à insister auprès de leurs membres pour qu’ils veillent à obtenir leurs matières premières auprès de sources légales. Les membres sont vivement encouragés à s’abstenir de se procurer leur marchandise dans des régions où le bien-être humain ou la nature sont menacés. » Dans : About coltan. Commerce Resources Corp. Voir : http://www.commerceresources.com/s/AboutTantalum.asp

[3] « Cela repose sur cette conscience de ce qu’il y a un mouvement souterrain permettant aux acheteurs de payer des primes pour du tantale garanti « propre », en provenance de mines respectant davantage l’éthique, comme Blue River, du Canada. La Colombie-Britannique et le Canada proposent un environnement politique stable, avec des lois stables protégeant les droits de l’homme et l’environnement. Ces considérations préoccupent de plus en plus les investisseurs et les acheteurs de tantale et de niobium qui cherchent des contrats à long terme et des sources sûres d’approvisionnement en tantale. » Dans : Blue River, op. cit.

[4] Pour un florilège des slogans utilisés, voir par exemple

http://www.enoughproject.org/publications/eastern-congo-action-plan-end-... en

http://www.raisehopeforcongo.org/special-page/take-action-congo
[5] En avril 2009, une proposition de Congo Conflict Minerals Act a été introduite au Sénat américain par les sénateurs Sam Brownback (rép.), Dick Durbin et Russ Feingold (dém.). Voir : http://www.govtrack.us/congress/bill.xpd?bill=s111-891

En novembre 2009, une proposition de Conflict Minerals Trade Act a été introduite à la Chambre des représentants par James McDermott (dém.). Voir :

http://www.govtrack.us/congress/bill.xpd?bill=h111-4128
[5b] Voir : http://www.enoughproject.org/blogs/niotan-inc-fails-address-concerns-abo...

[6] John Prendergast & Sasha Lezhnev, From Mine to Mobile Phone. The Conflict Minerals Supply Chain (De la mine au mobilophone. La chaîne d’approvisionnement des minerais du conflit).

[7] « Il existe pour les sociétés d’électronique et autres utilisateurs finaux du tantale une réelle opportunité de se procurer leur tantale uniquement à partir d’une source responsable et soucieuse de l’éthique. (…) Le pouvoir des consommateurs nous aidera à résoudre cette question. » Dans : Kate Emery. Talison leads charge to halt ‘blood tantalum’ (Talison mène la charge afin de bloquer le « tantale sanglant »), The West Australian, 16 janvier 2010.

[8] http://www.cabot-corp.com/Tantalum/Capacitors/Product-Information/GN2008...

[8b] Australia's Talison to restart Wodgina tantalum mine (La firme australienne Talison sur le point de rouvrir sa mine de tantale de Wodgina), Reuters, 23 septembre 2009 ; Tantalum industry in dire need for new resources (L’industrie du tantale a un besoin urgent de ressources nouvelles), Reuters, 21 octobre 2009.

[9] H.C. Starck reacts to reversal of price trends in raw materials (HC S réagit au revirement de la tendance des prix des matières premières). Communiqué de presse, 25 février 2010.

 

Image 1: Creuseurs artisanaux à Numbi dans le Sud Kivu (photo Raf Custers)

Image 2: Acheteur de minerais à Shabunda dans le Sud Kivu (photo Raf Custers) 

 


Edité par T 34 - 22 Dec 2010 à 22:40
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Jun 2010 à 14:48
Congo 60-10: permanences et ruptures
 
Colette Braeckman   

Rétablir la démocratie, restaurer l’état de droit, reconstruire l’économie…Les promesses pleuvent, les injonctions aussi… Cependant, dans ces formules qui se multiplient à l’occasion du 50 eme anniversaire de l’indépendance du Congo, deux lettres sont inutiles : « re ». Car l’examen du passé devrait inciter à plus de réalisme : quelles ont été les périodes où le peuple congolais a véritablement vécu en démocratie ? Où il a été bénéficiaire des ressources de son économie ?



Durant les 80 ans de colonisation, même les Européens vivant au Congo n’avaient pas le droit de voter, ni au Congo ni en Belgique. Quant aux Congolais, non seulement ils n’avaient pas le droit de se déplacer d’une ville, d’une province à l’autre sauf en sollicitant des autorisations accordées au compte gouttes, mais ce n’est qu’à la fin des années 50 que des élections furent organisées au niveau communal, dans les grandes villes. Peut-on parler d’un Etat de droit, alors que le pays était sous tutelle, que toutes les décisions importantes étaient prises au Parlement belge, que les Congolais n’étaient que des exécutants ?


De 1960 à 1965, le pays fut déchiré par les sécessions, les rebellions, les guerres, jusqu’à ce qu’à la veille des élections que Moïse Tshombe se promettait d’organiser, le général Mobutu prenne le pouvoir avec l’appui des Américains. Il s’y installa pour un règne qui allait durer 32 ans et qui n’incommoda les Occidentaux qu’après la fin de la guerre froide, lorsque le vieil allié de la lutte anti communiste cessa d’être utile.


La disparition de Mobutu, après la guerre de 96-97, ne fut pas synonyme de cette démocratie à laquelle les Congolais aspiraient depuis la Conférence nationale souveraine au début des années 90. Au contraire, la fin du dictateur, l’effondrement de son armée, la ruine de toutes les structures de l’Etat et de l’appareil économique, allaient permettre l’ouverture d’une nouvelle décennie de guerre, de rébellions, de pillages… Les accords dits de Sun City, en 2003, qui conduisirent au partage du pouvoir entre chefs rebelles, furent conclus sur base d’amnistie et d’impunité pour les crimes de guerre, les violences qui avaient entraîné 5 millions de morts. Ces accords entraînèrent, certes, le retrait des troupes étrangères qui avaient envahi le pays et puisé dans ses ressources, mais ils consacrèrent aussi un principe qui allait représenter un bien mauvais exemple : ils avaient démontré que c’est à la pointe du fusil que peut se conquérir le pouvoir politique. Il fallut attendre les élections présidentielle et législative de 2006, soutenues par la communauté internationale, pour que le Congo soit enfin doté d’un cadre politique fragile certes, mais légitime : les fondements de l’état de droit étaient enfin posés, restait à édifier ce dernier. Autrement dit, même si l’on compte les années qui suivirent immédiatement l’indépendance, le Congo n’a connu, au cours de ses 130 années d’existence, que moins de dix années de démocratie !


En ces moments de commémoration, où Belges et Congolais, au plus haut niveau, vont sans doute s’interroger sur leur longue relation et renouveler leur partenariat, il est temps de s’interroger sur les traits particuliers que la Belgique a légués au Congo. Certaines caractéristiques se sont inscrites dans l’histoire du pays, elles ont rendu difficile la comparaison avec d’autres anciennes colonies, et surtout, elles éclairent les particularités et les difficultés du présent.


Rappelons certains de ces traits : le Congo, tout d’abord, étant la seule colonie de la Belgique, fut en quelque sorte son « enfant unique », n’entretenant de relations qu’avec sa métropole, sans appartenir à un ensemble « francophone », « anglophone » ou « lusophone ». Même si l’usage généralisé du français comme « lingua franca » fait de la RDC le plus grand pays francophone, il n’appartient pas pour autant à la « Françafrique », la zone d’influence française. En fait, sa géographie lui donne le droit de participer à toutes les unions régionales, de l’Afrique centrale, des Grands Lacs, d’Afrique australe et d’Afrique de l’Est.


Sitôt que ses ambitions commencèrent à se concrétiser, Léopold II dut défendre sa colonie, considérée comme sa propriété privée, contre les appétits des puissances de l’époque. Dans ses méthodes aussi, il fut un précurseur : il utilisa des lobbyistes, aux Etats unis et en Grande Bretagne, paya des journalistes, recourut aux arguments humanitaires (la lutte contre l’esclavage) et surtout il promit d’ouvrir le bassin du Congo au commerce international, une promesse qu’il ne tint pas, pas plus que la Belgique par la suite. Ce n’est qu’au 21eme siècle que ce pays est devenu un vaste espace mondialisé, où se croisent des partenaires venus de partout et notamment d’Asie, au grand dam des Belges qui assistent à l’émancipation de leur « enfant unique ».


A nouveau, comme au début du 20eme siècle, le Congo fait l’objet de campagnes humanitaires, où la dénonciation des violences sexuelles remplace l’effroi que suscitaient naguère le scandale des mains coupées. Les temps certes ont changé, mais aujourd’hui comme hier, c’est le goût du lucre, le désir de soumettre les populations, pour qu’elles travaillent, livrent les richesses des mines ou du sol, qui est à l’origine de ces violences abominables.


Dès la reprise du Congo par la Belgique en 1908, les nouvelles autorités mirent fin aux aspects les plus révoltants du règne léopoldien. Emile Vandervelde lui-même, ému par de nombreux rapports, s’était rendu en Afrique et à son retour il allait mener la charge. Il faut cependant noter que s’il s’éleva contre les abus les plus criants et demanda qu’il y soit mis fin, le leader socialiste n’alla cependant pas jusqu’à dénoncer le fait colonial lui-même. A son tour, la colonisation belge allait profondément modeler le pays et la population, imprimer au Congo des traits qui persisteront longtemps après l’indépendance. Le premier est la division spatiale des Congolais, les différences de densité démographique. Rappelons que durant l’époque coloniale les Congolais ne pouvaient pratiquement pas voyager, n’avaient guère de contacts entre eux, l’administration indirecte reposait sur les autorités coutumières et renforçait les sentiments d’appartenance, les particularités de chaque groupe ethnique étant régulièrement mises en avant ou utilisées par le colonisateur. Ce « tribalisme », renforcé au lendemain de l’indépendance par les encouragements dispensés aux rebellions du Katanga et du Kasaï, allait, par la suite, rendre particulièrement difficile le renforcement d’un sentiment d’appartenance commun. Il fallut attendre la fin de la période coloniale pour qu’un personnage comme Lumumba prenne une dimension nationale et le discours prononcé le 30 juin 1960 devant le roi Baudouin, perçu comme une « insulte » peut aussi être considéré comme un discours fondateur, destiné à unifier la mémoire commune de tous les Congolais…


Par la suite, Mobutu essaya lui aussi de tenir compte des équilibres ethniques, et, s’il lui arriva de diviser pour régner, il s’employa aussi, à sa manière, à renforcer ce sentiment national, forgé dans le culte du mobutisme, les rites de l’authenticité, inventés de toutes pièces. Paradoxalement, alors qu’à la fin du siècle dernier, l’existence même du pays était mise en question, que la « faillite » de l’Etat était unanimement dénoncée, c’est la population congolaise qui démontra son attachement à l’unité du pays, dénonçant les invasions étrangères et opposant un cinglant désaveu électoral aux groupes rebelles (le RCD Goma entre autres à qui incarnaient cette tendance centrifuge.


La colonisation belge, nous l’avons dit, reposait sur le pouvoir indirect : les administrateurs territoriaux, relativement peu nombreux pour gérer d’aussi vastes territoires, étaient relayés par l’autorité des « chefs ». Ces derniers étaient tenus de collaborer avec le pouvoir colonial, qu’il s’agisse de fournir de la main d’œuvre, de veiller à ce que l’impôt soit payé, et de recruter les hommes qui allaient devenir les soldats de la Force publique. Ces chefs n’étaient pas toujours les véritables autorités traditionnelles, qui refusaient de collaborer avec le pouvoir colonial. Cachées, destituées, voire éliminées, ces autorités légitimes furent souvent remplacées par des chefs choisis par les Blancs, « médaillés » par eux, dont le soutien était obtenu moyennant des avantages en nature ou en prestige. Ne peut on voir dans cette pratique les origines de deux traits qui ont persisté jusqu’à nos jours : un certain autoritarisme du « chef » à quelque niveau qu’il se situe et surtout la vénalité des élites politiques, qui considèrent le pouvoir comme une façon de s’enrichir ?


Indirect, le pouvoir colonial reposait sur ce qu’on appela la « trinité » de l’époque : les trusts, c’est-à-dire les grandes sociétés, l’administration territoriale qui collaborait avec les pouvoirs locaux et les missions. Ces dernières se virent confier l’encadrement moral, ou spirituel des populations congolaises et surtout les tâches d’enseignement. A noter qu’en Belgique, les milieux laïcs qui luttaient contre le monopole de l’enseignement catholique mirent du temps à transporter leur lutte au Congo : dans un premier temps, acquis sans doute à l’idéologie coloniale qui considérait qu’il fallait encadrer et « civiliser » les indigènes, ils ne s’opposèrent pas au monopole des missions catholiques. Il fallut attendre 1954 pour qu’Auguste Buisseret inaugure au Congo les premières écoles non confessionnelles ce qui fut salué avec reconnaissance par Lumumba et les leaders nationalistes. Pour beaucoup de Congolais « évolués » en effet cette apparition de l’école laïque fut vécue comme un début de libération.


Auparavant, durant des décennies, les missionnaires s’étaient employés à « faire évoluer », à « civiliser » les Congolais : ils avaient appris les langues locales, mais avaient brûlé les fétiches et toutes les manifestations des croyances traditionnelles, ils avaient opéré, en profondeur, un véritable lavage de cerveau, mais ils avaient aussi posé le large socle de la pyramide de l’enseignement, généralisant l’enseignement à la base, bien plus répandu que dans les pays voisins. Alors que le pouvoir politique ne se montrait guère empressé de former des universitaires, qui étaient moins d’une dizaine en 1960, l’Eglise, confrontée aux nécessités de l’encadrement, avait africanisé beaucoup plus tôt et les séminaires apparurent longtemps comme la seule voie pour poursuivre des études supérieures…


A ceux qui s’étonnent du contraste entre les potentialités du sol congolais et les faibles performances de l’agriculture, il importe peut-être de rappeler qu’à l’époque coloniale, les grandes sociétés, toujours en quête de main d’œuvre, étendaient toujours plus loin leur politique de recrutement, le Congo était l’un des pays les plus industrialisés d’Afrique et sa population l’une des plus prolétarisées. Ces besoins des sociétés accentuaient l’exode rural, d’autant plus que l’agriculture était devenue synonyme de corvées et d’obligations en tous genres. En effet, l’agronome était l’un des personnages les plus détestés des Congolais : il imposait les cultures obligatoires, mettait en place les cultures de rente, obligeait les paysans à des corvées, des travaux d’utilité publique. Même si ces cultures vivrières obligatoires, ou la lutte anti érosive apparaissaient comme des mesures utiles, la contrainte qu’elle représentait suffisait à détourner de l’agriculture ceux qui le pouvaient. Le désaveu avait d’autres racines encore : pour punir les opposants, les fortes têtes, l’autorité coloniale recourait au châtiment de la « relégation », c’est-à-dire l’assignation à résidence dans un coin de brousse, ce qui était vécu comme un châtiment. Cette pratique était encore en usage du temps de Mobutu et elle a certainement contribué au peu de popularité du « retour à l’agriculture ». A cela s’ajoute le fait que depuis les
« terres vacantes » de Léopold II, les grandes sociétés, les compagnies à charte produisant pour l’exportation s’étaient accaparées de larges étendues de terres traditionnelles, dépossédant les paysans obligés de chercher ailleurs d’autres sources de revenus.


Certes, à la veille de l’indépendance, l’économie du Congo était florissante. Le pays, avec ses ressources propres ( la Charte coloniale avait soigneusement séparé les économies de la métropole et de la Colonie) présentait un degré d’industrialisation, d’urbanisation remarquable en Afrique, le réseau routier était l’un des meilleurs du continent. Dans les années d’après guerre, des investissements importants avaient été réalisés dans le domaine de la recherche agricole ou en sciences naturelles, dans les années 50, le plan décennal avait été contracté pour permettre une vraie politique de santé qui allait enrayer l ’effondrement démographique enregistré depuis le début de la colonie et qui permettre la généralisation de l’enseignement de base.


Les progrès économique du Congo, amplement illustrés par la propagande coloniale, suscitaient l’admiration et les pavillons congolais de l’Expo 58 allait être l’apogée de ce triomphalisme colonial. Mais nul ne s’était avisé du fait que les « évolués » congolais, lassés de constater que tous les efforts déployés ne leur avaient pas amené la considération et l’égalité de salaires qu’ils espéraient nourrissaient désormais un autre espoir, celui de prendre enfin en mains leur destin. Et nul n’avait réalisé que si c’était de la main d’œuvre congolaise qui avait construit les routes, les hôpitaux, les écoles, les administrations, les nationaux, pour autant ne disposaient, ni au propre ni au figuré, des clés de ces imposants édifices. Le développement était réel, mais la population ne se l’était pas approprié, il bénéficiait à d’autres, les Congolais n’en recevaient que des miettes… Comment s’étonner des lors des révoltes, du manque d’entretien de bâtiments que les Congolais ne considéraient pas comme leurs ?


Aujourd’hui, après une décennie de tutelle internationale, symbolisée par le « groupe d’accompagnement de la transition « CIAT, par la Mission des Nations Unies pour le Congo, par les programmes du Fonds monétaire international qui, face aux contrats chinois se livra à un véritable chantage, on constate que l’autorité congolaise, approuvée par une bonne partie de l’opinion, se prépare à secouer le joug, à mettre en cause les ONG, à demander le départ de la MONUC, bref, à revendiquer sa souveraineté. L’histoire tourne en boucle : ce que l’on appelle aujourd’hui le « durcissement »du pouvoir, cette exigence de souveraineté, rappelle les espoirs et les revendications de 1960. Les Congolais seront-ils mieux entendus et respectés aujourd’hui qu’hier ?

Source: Le carnet de Colette Braeckman

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Les dessous de l’allègement de la dette de la République démocratique du Congo

 

Le 1er juillet 2010, le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale annonçaient officiellement l’atteinte par la République Démocratique du Congo (RD Congo) du point d’achèvement de l’initiative PPTE, en toutes lettres, "Pays Pauvres Très Endettés". Une expression humiliante inventée par les pays riches du Nord pour qualifier certains pays du Sud, qui sont éligibles à recevoir d’importants allègements de dettes à condition qu’ils appliquent certaines politiques décidées par les bailleurs de fonds occidentaux. En franchissant l’ultime étape de cette stratégie PPTE, la RD Congo a donc enfin obtenu une réduction de sa dette publique extérieure. Pour autant, le problème est loin d’être réglé...

Alors que la plupart des médias considèrent cet allègement de dette, tantôt comme une victoire du gouvernement congolais parvenu à arracher cet accord avec les Institutions financières internationales (IFI), tantôt comme un cadeau offert par les créanciers aux Congolais cinquante ans après leur indépendance (en droit), le CADTM estime au contraire qu’il n’y a pas de quoi se réjouir. L’atteinte du point d’achèvement constitue, en effet, la conclusion logique de la soumission du gouvernement congolais aux diktats des bailleurs de fonds occidentaux organisés au sein du FMI, de la Banque mondiale et du Club de Paris. Cette affirmation repose sur quatre constats

Premier constat : La dette extérieure publique de la RD Congo n’a pas été annulée

L’atteinte du point d’achèvement ne signifie jamais que la dette extérieure publique du pays concerné est annulée. En effet, la stratégie PPTE vise simplement à rendre la dette de ces pays "soutenable" selon les critères définis arbitrairement par les riches créanciers du Nord.

L’objectif de ces créanciers est double. D’une part, ces allègements de dette permettent de faire payer les pays du Sud au maximum de leurs possibilités. Avec un budget de seulement 4,9 milliards de dollars en 2009, la RD Congo ne pouvait raisonnablement pas s’acquitter de l’intégralité de cette dette qui culminait à plus de 13 milliards de dollars avant l’atteinte du point d’achèvement. D’autre part, les créanciers visent à légitimer leur action en faisant passer ces allègements de dette comme des actes de générosité en direction des peuples du Sud. Or, il n’en est rien. Les allègements de dette ne sont jamais desintéressés car (presque) toujours assortis de conditionnalités politiques et économiques, incompatibles avec le droit des peuples à disposer d’eux-même.

Conformément à la stratégie PPTE, la dette extérieure publique congolaise n’est donc pas effacée. Elle s’élève aujourd’hui de 2,931 milliards de dollars |1|. Ce boulet continuera de peser sur les finances de l’Etat congolais pour les prochaines années au détriment des besoins humains des Congolais-e-s. Et les créanciers pourront, du même coup, garder la mainmise sur la politique du pays puisque toute future rénégociation de la dette sera conditionnée par l’engagement du gouvernement congolais à appliquer les politiques dictées par le FMI, la Banque mondiale et le Club de Paris.

Une réunion avec le Club de Paris |2| est d’ores et déjà prévue en octobre en vue de négocier un accord bilatéral sur le reste de cette dette |3|..

Deuxième constat : les bailleurs de fonds occidentaux récompensent le gouvernement congolais pous sa relative docilité

L’atteinte du point d’achèvement par la RD Congo vient récompenser les "efforts" entrepris pendant près d’une décennie par le gouvernement de Joseph Kabila afin de satisfaire ses créanciers occidentaux. En effet, pour que le pays revienne dans le giron financier international et qu’il soit admis dans l’initiative PPTE, les autorités congolaises ont été contraintes au début des années 2000 de reprendre le remboursement de la dette (suspendu dans les années 90), dont la nature odieuse |4| est pourtant avérée. Car cette dette est constituée très largement d’arriérés impayés du dictateur Mobutu |5|. Or, selon la doctrine de la dette odieuse formulée par le juriste Alexander Sack en 1927 : « Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier (…). Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir |6|. ».

Cette doctrine constitue une exception à l’obligation de remboursement de la dette, qui n’a d’ailleurs jamais été considérée comme absolue au regard de l’Histoire |7|. Les créanciers ne peuvent donc faire valoir le principe de continuité de l’Etat pour obliger le gouvernement congolais à rembourser la dette de Mobutu. Rappelons ici que la Banque mondiale et la Belgique sont même allées plus loin dans l’illégalité puisqu’elles ont organisé, au moment de l’indépendance du Congo en 1960, le transfert la dette contractée par l’ancienne métropole coloniale à l’égard de la Banque mondiale sur le dos du nouvel Etat indépendant. Ce qui est strictement interdit par le Traité de Versailles de 1919 |8|.

En dépit du caractère frauduleux de cette dette qui n’a pas pu échapper aux créanciers, ces derniers ont pourtant pressé le gouvernement de la rembourser, en ayant au préalable pris le soin de la "maquiller". En effet, le trio infernal Club de Paris - FMI - Banque mondiale a organisé à partir de 2002 le blanchiment de cette dette odieuse en restructurant les arriérés laissés par Mobutu. Il s’agissait de prêter de l’argent au gouvernement pour apurer les vieilles dettes du dictateur tout en lui imposant des conditionnalités comme l’adoption de l’actuel Code minier favorable aux investisseurs étrangers.

En conclusion, cette "association de malfaiteurs" a permis non seulement la formation d’une nouvelle dette (en apparence) "propre" supportée par le peuple congolais mais également d’une nouvelle mise sous tutelle du pays par les IFI. En échange, la RD Congo a atteint très vite le point de décision de l’initiative PPTE (étape intermédiaire avant le point d’achèvement) dès 2003. Les choses se sont ensuite compliquées puisque la RD Congo a dû attendre juillet 2010 pour atteindre le point d’achèvement, alors que le processus PPTE n’est censé durer au total que 6 ans....

Les motifs de ce blocage tel qu’avancés par les créanciers occidentaux sont divers : un taux d’inflation trop élevé, une mauvaise "gouvernance" combinée à une insécurité juridique pour les investisseurs étrangers en raison de la révision de certains contrats miniers comme le contrat KMT signé entre autres avec l’entreprise minière canadienne First Quantum Minerals |9| ou encore le risque d’augmentation de la dette congolaise lié à la conclusion du contrat signé avec la Chine |10|.

Mais derrière les motifs officiels, se cachent bien évidemment des raisons d’ordre économique et géopolitique. L’attitude du Canada, qui a tenté d’inscrire à l’ordre du jour du G20 de Toronto en juin 2010 le différend entre First Quantum et la RD Congo, en est une parfaite illustration |11|.

L’enjeu pour le Canada comme pour les autres pays membres du Club de Paris est de garder la mainmise sur les ressources naturelles de la RD Congo en utilisant l’alibi de la dette et du très à la mode "climat des affaires" pour maintenir leurs contrats léonins en l’état et essayer de contrecarrer l’offensive des pays dits "émergents" tels que la Chine en Afrique. Cette stratégie s’est révélée en partie efficace puisque, sous la pression du FMI, le contrat (léonin) signé avec la Chine a finalement été révisé en octobre 2009, au mépris de la souveraineté permanente du pays sur ses ressources naturelles, inscrite à l’article 9 de la Constitution congolaise. Ces concessions ont aussitôt permis la conclusion d’un nouvel accord triennal (2010-2012) avec le FMI en décembre 2009, puis de l’atteinte du point d’achèvement en juillet 2010. Mais en septembre 2010, les choses se compliquent à nouveau puisque la Banque mondiale a suspendu un prêt de 100 millions de dollars, par solidarité avec sa filiale, la SFI (Société financière internationale), actionnaire dans le contrat KMT...

Troisième constat : L’allègement de la dette congolaise profite d’abord aux entreprises transnationales et aux créanciers occidentaux

La réduction des sommes destinées chaque année au remboursement de la dette odieuse du Congo, conséquence de l’atteinte du point d’achèvement, aura malheureusement un impact extrêmement limité sur les conditions de vie de la population congolaise, compte tenu des priorités des bailleurs de fonds occidentaux et du gouvernement congolais. Car parmi ces priorités, on retrouve le sacro-saint "climat des affaires" dont l’amélioration est suppliée par les investisseurs étrangers et les bailleurs de fonds....

Que signifie "amélioration du climat des affaires" ? Ce concept fourre-tout (à l’instar de "bonne gouvernance") peut être rattaché directement au rapport Doing Business ("Faire des affaires") publié chaque année par la Banque mondiale, qui classe quasiment tous les pays du monde en fonction de leur facilité à y "faire des affaires", en prenant plusieurs indicateurs dont celui relatif à la flexibilité de l’emploi. Plus la législation d’un pays facilite les licenciements et mieux il est côté |12| ! A titre d’exemple, le Rwanda enregistrait en 2009 la plus importante progression car les employeurs ne sont plus tenus de procéder à des consultations préalables avec les représentants des salariés (concernant les restructurations) ni d’en aviser l’inspection du travail. On peut trouver une autre explication de l’"amélioration du climat des affaires" dans le programme triennal conclu entre la RD Congo et le FMI en décembre 2009, qui met l’accent sur le « développement du secteur privé, notamment par la réforme des entreprises publique" et "la protection de l’investissement étranger" |13| ».

En d’autres termes, les autorités congolaises doivent achever la privatisation des secteurs stratégiques du pays (secteur minier, forestier, télécommunication, etc) avec tous les licenciements que cela implique, comme lors de l’opération "Départs volontaires |14|" mise sur pied par la Banque mondiale et le gouvernement congolais.

L’objectif étant d’assurer les profits des transnationales et de leur garantir que les contrats passés ne seront pas modifiés ou résilés, quand bien même ils seraient déséquilibrés, voire illégaux.

Les riches pays créanciers du Nord profitent aussi directement des mesures d’allègement de dette dans la mesure où ils inscrivent les montants annulés (en prenant leur valeur nominale) dans leur aide publique au développement (APD) pour la gonfler artificiellement.... Malgré cette pratique, les pays de l’OCDE n’ont consacré en 2009 que 97,5 milliards d’euros à l’APD, soit 0,31 % de leur revenu national cumulé, au lieu des 0,7% comme ils s’y sont pourtant engagés.

Enfin, les fonds vautours, dont la stratégie est de racheter à très bas prix des dettes de pays en développement à leur insu pour ensuite les contraindre par voie judiciaire à les rembourser au prix fort (c’est-à-dire le montant initial des dettes, augmenté d’intérêts, de pénalités et de divers frais de justice), pourraient bien être les autres grands gagnants du point d’achèvement. En effet, la méthode de ces fonds d’investissement privés est, pour l’instant, imparable et se nourrit notamment des allègements de dette car ils procurent provisoirement aux pays du Sud une bouffée d’oxygène financier.

L’atteinte du point d’achèvement constitue donc une opportunité pour ces fonds vautours d’obtenir devant les tribunaux étrangers le paiement de leurs créances acquises immoralement |15|. La RD Congo pourrait se protéger des attaques de ces fonds « charognards » en adoptant par exemple une loi, à l’instar de la Belgique, pour les empêcher d’extorquer les ressources financières du pays.

Quatrième constat : la dette congolaise risque d’exploser à court et moyen terme

Le fait que la RD Congo ait terminé son "parcours du combattant PPTE", ne signifie aucunement que sa dette va rester à un niveau "soutenable". En effet, le stock actuel de près de 3 milliards de dollars a de très fortes chances d’augmenter fortement pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la dette va mécaniquement augmenter dans les prochains mois sous l’effet de la crise mondiale (qui n’est pas terminée !) et des prêts léonins comme ceux accordés par la Chine.

Puis, l’amélioration du "climat des affaires" imposée par les IFI risque également de générer une dette en raison de la privatisation des entreprises publiques. Ce bradage entraîne automatiquement, en plus des licenciements massifs, une diminution des recettes pour l’Etat. Dans ces conditions, la mobilisation des ressouces internes au pays pour financer le développement restera extrêmement problématique. L’Etat congolais n’aura alors guère le choix de se tourner vers les créanciers étrangers pour contracter de nouvelles dettes avec les conditionnalités que cela implique...

On le voit bien, l’atteinte du point d’achèvement ne rompt pas le cercle vicieux de la dette. La spoliation et la domination du pays par les créanciers étrangers ont de beaux jours devant eux tant que la dette congolaise ne sera pas totalement annulée et que le système capitaliste ne sera pas remis en cause. Une des réponses immédiates serait de suspendre le remboursement de la dette (avec gel des intérêts) et de l’auditer pour identifier la part odieuse devant par conséquent être annulée sans condition. Mais la principale difficulté vient du fait que, dans l’état actuel des rapports de forces, les créanciers ne prendront jamais pareille initiative. La dette constitue pour eux un formidable outil pour contrôler les politiques des pays du Sud.

Face à l’unité formée par la Banque mondiale, le FMI et le Club de Paris, la RD Congo et les autres pays du Sud devraient faire front commun pour répudier la dette et rompre les accords avec les IFI qui empêchent l’exercice de leur droit à l’autodétermination. Pour ce faire, la solidarité entre les peuples du Sud mais également ceux du Nord sera déterminante. Car après tout, nous partageons les mêmes intérêts. La crise mondiale nous le rappelle : les populations du Nord sont frappées par des plans d’austérité légitimés par la dette publique des pays riches et sont victimes, à leur tour, du diktat du FMI.

par Renaud Vivien , Yvonne Ngoyi, Luc Mukendi, Victor Nzuzi

Les auteurs sont respectivement membres du CADTM Belgique, UFDH, CADTM Lubumbashi et NAD Kinshasa. Tous sont membres du réseau CADTM

SOURCE : http://www.cadtm.org/Les-dessous-de...

notes articles

|1| Après une polémique sur le montant réel de la réduction de la dette accordée à la RDC, c’est finalement 10,774 milliards de dollars de dettes qui ont été annulées.

|2| Institution informelle qui s’est réunie pour la première fois en 1956, composée aujourd’hui de 19 pays : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Irlande, Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Russie, Suède et Suisse. Pour une analyse détaillée, lire Damien Millet et Eric Toussaint, /60 Questions 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale/, CADTM-Syllepse, 2008, p 21.

|3| La dette due à l’égard de cette instance illégitime est d’environ 760 millions de dollars

|4| Lire la position du CADTM sur la dette odieuse http://www.cadtm.org/Dette-illegiti...

|5| A partir de 1965, lorsque Mobutu prend le pouvoir, la dette congolaise va fortement augmenter. La dette du Congo passe alors de 32 millions de dollars en 1965 à 10, 274 milliards en 1990 au moment où il est lâché par l’Occident en raison de la fin de la Guerre froide.

|6| Alexander Sack, Les Effets des Transformations des Etats sur leurs dettes publiques et autres obligations financières, 1927

|7| R. Howse,The concept of odious debt in public international law, juillet 2007, http://unctad.org/en/docs/osgdp2007...

|8| Le Traité de Versailles dispose dans son article 255 que la Pologne est exonérée de payer « la fraction de la dette dont la Commission des Réparations attribuera l’origine aux mesures prises par les gouvernements allemand et prussien pour la colonisation allemande de la Pologne ».

|9| Il s’agit de la joint-venture KMT (Kingamyambo Musonoi Tailings) conclue entre l’entreprise canadienne First Quantum, l’Etat congolais, l’entreprise publique congolaise Gécamines, la sud-africaine Industrial Development Corporation et la SFI (Société financière internationale) qui n’est autre que la filiale de la Banque mondiale chargée d’appuyer le secteur privé

|10| Ce contrat qualifié à tort de « contrat du siècle » prévoyait au départ 6 milliards d’investissements dans le développement d’infrastructures et 3 milliards de dollars pour le secteur minier. Sous la pression du FMI, la garantie de l’Etat congolais a été supprimée ramenant ainsi le prêt controversé de la Chine de 9 à 6 milliards de dollars.

|11| Delphine Abadie, Le Canada en République Démocratique du Congo : « ô mes amis, il n’y a nul ami..., http://www.cadtm.org/Le-Canada-en-R...

|12| Renaud Vivien, "La Banque mondiale au coeur des affaires", http://www.cadtm.org/RD-Congo-La-Ba...

|13| Communiqué de presse du FMI n° 09/455, http://www.imf.org/external/french/...

|14| L’opération« Départs volontaires » mise sur pied en 2003 est un plan de licenciement financé intégralement par la Banque mondiale. Cette opéraiton a violé les droits de 10 655 agents de la Gécamines, qui attendent toujours le paiement de leurs arriérés de salaires et les indemnités prévus par le droit congolais.

|15| Lire le rapport de la plateforme Dette et développement et du CNCD-11.11.11, intitulé "Un vautour peut en cacher un autre : ou comment nos lois encouragent les prédateurs des pays pauvres endettés", juin 2009. http://www.cncd.be/IMG/pdf/RAPPORT_...

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En RDC, 48 viols par heure

Une marche partira de Paris jeudi en direction de Bruxelles pour alerter sur les viols de masse commis par des groupes armées dans l’est de la République démocratique du Congo.

Chaque jour, en République démocratique du Congo, 1 152 femmes et filles sont victimes de viol. Soit, à chaque heure qui passe, 48 femmes violées. Au cœur d’une guerre qui, depuis quatorze ans, a fait près de 5 millions de morts dans la région des Grands Lacs, les femmes de l’est de la RDC sont systématiquement cibles de violences sexuelles dont le but est de déstructurer des communautés entières. Féministes et femmes de la diaspora congolaise lancent aujourd’hui un cri d’alarme pour dénoncer ce qu’elles appellent un «féminicide». Jeudi, une marche organisée en partenariat avec l’association Ni putes ni soumises partira à 13 heures de l’esplanade des Droits-de-l’Homme, au Trocadéro, à Paris. Les participantes marcheront pendant 14 jours, jusqu’à Bruxelles. «Dans cette guerre économique pour le contrôle des ressources minières du Kivu, les groupes armés ont recours au viol comme arme de guerre pour détruire les communautés, pousser les populations à fuir et vider la région de ses habitants», résume Marie Inyongo, l’une des organisatrices. Ces femmes violées portent le fardeau de la douleur physique et psychique. Mais aussi celui de «la honte et l’humiliation», témoigne une victime aujourd’hui réfugiée en Europe, attaquée par un groupe de faux militaires alors qu’elle se rendait à la messe de minuit, un soir de Noël, à Bukavu. Parce qu’elle tentait de se défendre, ses agresseurs lui ont planté un couteau dans le ventre. «Lorsque j’ai ensuite fondé une association pour témoigner et défendre les femmes et fillettes victimes de viols, les malheurs ont recommencé. J’ai été enlevée, menacée, séquestrée», murmure-t-elle. Malgré la présence de 17 000 casques bleus de la Monusco dans le pays, les viols de masse se poursuivent. Entre le 10 et le 12 juin, selon le HCR, 170 femmes ont été violées dans les villages de Nakiele et Abala, près de Fizi, dans le Sud-Kivu. Probablement victimes d’anciens miliciens intégrés à l’armée nationale.

Rosa Moussaoui

Source


 


Edité par T 34 - 06 Oct 2011 à 05:54
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Violences électorales en RDC

Le scrutin présidentiel 
et législatif a été marqué par la confusion et 
les soupçons de fraude.

Après une fin de campagne très tendue, les élections présidentielle et législatives en République démocratique du Congo (RDC) ont été émaillées, lundi, de violences meurtrières. Dans la province du Katanga (sud), des hommes armés ont été abattus par les forces de l’ordre après l’attaque d’un bureau de vote. À Kananga, chef-lieu de la province du Kasai occidental (centre), une douzaine de bureaux de vote ont été incendiés après la découverte de bulletins de vote précochés en faveur du président sortant, Joseph Kabila. « Je les ai vus, les observateurs les ont vus, les journalistes les ont vus. Ils existent », a assuré à l’AFP Anaclet Tshimbalanga, président du groupe de défense des droits de l’homme TDH. À Kinshasa, où des affrontements avaient éclaté samedi, l’opposant historique et candidat à l’élection présidentielle Étienne Tshisekedi a dû contourner un barrage des forces de l’ordre pour pouvoir se rendre dans un bureau de vote en fin de journée. Désorganisation, impréparation logistique et complexité du vote, avec des bulletins pour les législatives pouvant atteindre plusieurs dizaines de pages, ont également rendu le scrutin chaotique. Au point que les opérations de vote se poursuivaient hier dans certaines localités, alors même que le dépouillement commençait dans d’autres. Autre source de confusion, les listes électorales, sur lesquelles de nombreux électeurs en possession de cartes peinaient à trouver leurs noms. Le dépouillement s’annonce tout aussi complexe, avec 11 candidats à la présidentielle 18 500 candidats aux législatives. Dans un tel contexte, en dépit des déclarations de la commission électorale qui juge « satisfaisant » le déroulement du scrutin, des observateurs s’attendent à des contestations. Hier après-midi, des concurrents de Joseph Kabila exigeait l’invalidation pure et simple d’un scrutin dont ils mettent en doute la sincérité.

Rosa Moussaoui

Introuvable démocratie en République Démocratique du Congo

Héritier du fauteuil présidentiel après l’assassinat de son père en 2001, Joseph Kabila, candidat à sa propre succession, apparaît comme le favori d’une élection fermée.

Les Congolais votaient hier pour élire le président et le Parlement de la RDC, après une fin de campagne marqué par des violences meurtrières, les soupçons de fraudes et les incertitudes quant à l’organisation logistique du scrutin.

Héritier du fauteuil présidentiel après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, en 2001, élu en 2006, Joseph Kabila, candidat à sa propre succession, apparaît comme le favori de ce scrutin fermé. Face à lui, onze candidats et une opposition divisée, que le chef de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Étienne Tshisekedi, soixante-dix-huit ans, n’est pas parvenu à fédérer. Le président sortant, qui a mobilisé moyens et médias d’État en sa faveur, se pose en candidat de la « stabilité », dans un pays pourtant toujours en proie à une guerre chronique. Gangrenée par la corruption à tous les niveaux de l’État et de la société, la RDC reste en fait l’otage des convoitises de ses voisins et des grandes puissances.

Le pays recèle de fabuleuses ressources naturelles : diamant, or, cuivre, cobalt, étain, manganèse, plomb, zinc, charbon, uranium, pétrole. Son sous-sol abrite, entre autres, 70 % des réserves mondiales de coltan, minerai nécessaire à la fabrication des téléphones portables.

Alors que les deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté, le désordre entretenu par les groupes rebelles, les milices et les militaires garantit la poursuite du grand pillage. Loin des promesses de « stabilité » de Joseph Kabila.

Rosa Moussaoui

Congo : orage postélectoral

Les résultats partiels de la présidentielle sont contestés par l’opposition, qui exhorte le président sortant à « respecter la volonté du peuple ».

Un climat de grande tension régnait hier encore en République démocratique du Congo (RDC), alors que la commission électorale (Céni) égrène, depuis vendredi, des résultats partiels de l’élection présidentielle du 28 novembre. Dimanche, le président de la Céni, le pasteur Daniel Ngoyi Mulunda, assurant disposer des résultats de 33 792 bureaux de vote et minimisant les nombreux cas de fraude et d’irrégularités relevés par les observateurs, a fait état d’une avance du président sortant, Joseph Kabila, sur son principal rival, l’opposant historique Étienne Tshisekedi. Ce dernier se placerait en tête dans les provinces du Bas-Congo, du Kasaï-Occidental et du Kasaï-Oriental, ainsi qu’à Kinshasa. Le président-candidat l’emporterait, lui, dans six provinces (Bandundu, Katanga, Maniema, Province orientale, Nord et Sud-Kivu). Mais ces résultats partiels sont fermement contestés par l’opposition. Dès vendredi, Tshisekedi et son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), exhortaient la Céni et Joseph Kabila à « respecter la volonté du peuple ». « En cas de besoin », l’opposant s’est dit prêt à lancer « un mot d’ordre ». Le lendemain, Vital Kamerhe, candidat à l’élection présidentielle, ancien président de l’Assemblée nationale passé à l’opposition, a lui aussi jugé « nuls » les résultats partiels livrés par la Céni. Dans une déclaration commune, six partis d’opposition ont dénoncé, samedi, « le caractère illégal de ces publications » qui visent, selon eux, « à préparer psychologiquement la population à la fraude ». Ces contestations devraient contraindre la Céni à repousser la proclamation des résultats provisoires, initialement prévue ce jour. Après un scrutin marqué par les violences, la confusion et la désorganisation, le pouvoir semble vouloir jouer la carte de la dramatisation. Le couvre-feu a été décrété à Mbuji-Mayi, la capitale du Kasaï-Oriental, favorable à Étienne Tshisekedi, tandis que la garde républicaine a été déployée à Lubumbashi, la capitale du Katanga. Signe de l’inquiétude de la population : des milliers de Congolais ont déjà quitté Kinshasa pour trouver refuge de l’autre côté du fleuve, à Brazzaville.

Rosa Moussaoui

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Edité par T 34 - 09 Dec 2011 à 01:53
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 10 Dec 2011 à 01:19

Présidentielles en RDC : Étienne Tshisekedi se proclame président

L'opposant historique Etienne Tshisekedi s'est déclaré vendredi "président élu de la République démocratique du Congo", et "rejette en bloc" les résultats provisoires annoncés plus tôt dans l'après-midi donnant la victoire au président sortant Joseph Kabila.

"Je considère ces résultats comme une véritable provocation à notre peuple et je les rejette en bloc. En conséquence je me considère depuis ce jour comme le président élu de la République démocratique du Congo", a déclaré Etienne Tshisekedi, qui remercie "ses compatriotes pour leur confiance". Il "exhorte" ces derniers "à rester soudés comme un seul homme derrière moi pour faire face aux évenements qui vont suivre", ajoute-il.

"J'en appelle à la communauté internationale qui n'a cessé de m'inviter à assurer un processus apaisé afin que non seulement ils trouvent une solution à ce problème mais qu'ils prennent toutes les dispositions pour que le sang des Congolais ne puisse plus couler sur le sol de ce pays", poursuit l'opposant.

A Kinshasa, l'annonce des résultats a déclenché une explosion de joie et de klaxons dans le quartier résidentiel de la Gombe, jusque-là désert et silencieux et où se trouve la résidence du président sortant et désormais président-élu. Dans d'autres quartiers de la capitale kinoise, des partisans de Tshisekedi commençaient en revanche à manifester.

Etienne Tshisekedi, 78 ans, est crédité de 32,33% des suffrages contre 48,95% à Joseph Kabila, 40 ans, qui a été déclaré vainqueur de la présidentielle à un tour du 28 novembre, par la Commission électorale lors de la proclamation des résultats provisoires vendredi à Kinshasa. Ces résultats doivent désormais être validés par la Cour Suprême de Justice (CSJ) qui désignera le 17 décembre le vainqueur définitif.

Des incidents ont éclaté et des tirs ont été entendus vendredi dans certains quartiers de Kinshasa, après l'annonce de la victoire du président sortant Joseph Kabila à la présidentielle. Dans le quartier de Bandale, des jeunes ont incendié des pneus et jeté des pierres en direction de policiers armés qui ont été déployés en force dans la zone. Des tirs ont été entendus dans ce quartier et également dans celui de Limete (est) et des pillages ont été signalés notamment à Kintembo (nord-ouest), selon des témoins.

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Edité par T 34 - 13 Dec 2011 à 06:55
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Dec 2011 à 00:09

Congo : les Occidentaux réservés sur le résultat des élections, mais les Africains solidaires de Kabila

Le 9 décembre (soit avec quatre jours d'avance sur le calendrier prévu), la commission électorale congolaise (CENI) proclamait le président sortant Joseph Kabila vainqueur du scrutin électoral par 49 % des voix contre 33 à Etienne Tshisekedi, 79 ans, ancien premier ministre de la transition démocratique sous Mobutu (mais aussi ministre de l'intérieur de Mobutu peu après l'assassinat de Lumumba) et président de l'Union pour la Démocratie et le progrès social (UDPS), lequel a immédiatement contesté ces résultats.

Vital Kamerhe, autre candidat malheureux a saisi la cour suprême. Selon Kamerhe, 3 000 à 5 000 cartes d'électeurs ont été distribuées à des mineurs par des kabilistes. En outre, des centaines de PC électoraux prouveraient les bourrages d'urnes. Sur le bureau de vote « Collège Jean Calvin » à Lubumbashi (Code/BV: 12001/C), par exemple, la commission électorale accorde 369 voix sur les 494 exprimées à  Joseph Kabila contre 74 attribuées à Etienne Tshisekedi, alors que le procès verbal "authentique" signé par les membres du centre présenté par Vamerhe le crédite  Kabila de seulement 169 voix.

Semblant pencher en faveur de Tsishekedi, le 14 décembre, les Etats-Unis ont dénoncé de "graves irrégularités" par la voix de la porte-parole du département d'Etat Victoria Nuland.

A l'inverse, le 16 décembre, alors que la Cour Suprême de Justice ne s’était pas encore prononcée, les chefs d’État des pays de la région des Grands Lacs, réunis à Kampala, rendaient leur verdict: l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, la Zambie, le Burundi, la République Centrafricaine, ont reconnu (à l'exception du Rwanda qui a attendu plus longtemps) la réélection du président Joseph Kabila et appelé «ceux qui ne sont pas satisfaits du résultat de l’élection à l’accepter et à travailler pour reconstruire le pays.» L'Afrique du Sud s'est jointe à eux assez rapidement,  probablement pour contrer les tentations d'ingérence des Etats-Unis.

En Belgique,  la diaspora congolaise, qui n'a pas le droit de voter au Congo lorsqu'elle a la double nationalité, a largement manifesté en faveur de Tshisekedi. Parmi eux le 17 décembre beaucoup brandissaient des drapeaux nationalistes flamands ainsi que le portrait du chef de la droite indépendantiste flamande, Bart De Wever. Tony Busselen du Parti du travail belge rappelait, quant à lui, dans un reportage du 13 décembre les liens de Tshisekedi avec la dictature de Mobutu, et estimait que malgré ses concessions aux Occidentaux Kabila, qui reste sur une ligne de coopération avec la Chine et les pays émergents, demeurait le seul candidat crédible de la mouvance lumumbiste, de la gauche congolaise et  du refus de l'ingérence occidentale.

Le scepticisme des Occidentaux semble se nourrir de certaines dérives autoritaires du régime de Kabila qui avait été pourtant leur homme pendant une décennie (soutenu notamment par le Rwanda après l'assassinat de son père). L’enrichissement de son entourage. La répression de journalistes et d’opposants. L’assassinat en 2010 de Floribert Chebeya, militant des droits de l’homme. Puis l’imposition d’un scrutin présidentiel à un seul tour pour favoriser le chef d’Etat sortant.

Il est peu probable toutefois, compte tenu de l'équilibre des forces sur le continent africain, que Washington et les Européens se rallient d'emblée aux prétentions de Tshisekedi (qui a appelé l'armée a lui obéir doit prêter serment parallèlement à Kabila au stade des Martyrs de Kinshasa vendredi). Certains plaident pour une partage du pouvoir entre le président sortant et son principal opposant comme cela s'est fait en 2007 au Kenya et en 2008 au Zimbabwe. L'ancien ministre belge Louis Michel s'est prononcé en ce sens.

Delphine Jaen


Investiture sous tension en République du Congo

Joseph Kabila, président sortant de la République démocratique du Congo, a été investi hier pour un deuxième mandat. Son élection est contestée par son rival Étienne Tshisekedi.

Il a juré de « sauvegarder l’unité nationale, de ne (se) laisser guider que par l’intérêt général et le respect des droits de la personne humaine »… Joseph Kabila, quarante ans, président sortant de la République démocratique du Congo, a prêté serment hier à Kinshasa devant Dieu et la nation.

Robert Mugabe, le président omnipotent du Zimbabwe, était le seul chef d’État présent à cette cérémonie d’investiture. Mais une douzaine de pays africains étaient représentés par leur premier ministre ou des ministres, sans compter quelques ambassadeurs de pays tels que la France, la Belgique, la Grande-Bretagne.

Étienne Tshisekedi, principal opposant de Kabila junior et candidat malheureux de l’élection du 28 novembre, conteste les résultats du scrutin présidentiel. Des observateurs locaux et internationaux ont fait état de nombreuses irrégularités au cours du scrutin. Dans la région du Katanga, on a ainsi recensé dans la circonscription de Malemba-Nkulu un taux de participation de 99,46 % et un score de 100 % pour Joseph Kabila, soit plus de 2,5 millions de voix !

La Cour suprême de justice (CSJ) a pourtant validé hier la victoire de Joseph 
Kabila (48,95 % des voix) devant Étienne Tshisekedi (32,33 %).

Âgé de soixante-dix-neuf ans, celui-ci ne compte pas en rester là. Après s’être proclamé « président élu », il a annoncé qu’il prêterait lui aussi serment « devant le peuple ». Cette investiture parallèle devrait avoir lieu vendredi au stade des Martyrs de Kinshasa.

La situation est très tendue et fait craindre une explosion de violences. Une dizaine de chars de la garde républicaine ont été déployés dans la capitale, dont quatre devant le stade des Martyrs, a constaté l’Agence France-Presse. Selon l’ONG Human Rights Watch, au moins 18 civils ont été tués au cours de la campagne. L’association de défense des droits de l’homme a pointé du doigt les forces armées de la garde républicaine.

Lors de son intronisation, le nouveau président de la République démocratique du Congo a rejeté la responsabilité de ces violences sur l’opposition. Il a rendu hommage « aux victimes innocentes de l’intolérance politique et des discours d’incitation à la haine et à la violence de certains acteurs politiques ». Avant d’ajouter que les forces de sécurité avaient « dans des conditions particulièrement difficiles fait preuve de patriotisme et de professionnalisme, avant pendant et après le scrutin ».

Il a également déclaré : « Vous avez été appelés à choisir entre d’une part les promesses chimériques sur fond de discours incendiaires, et d’autre part la perspective de la consolidation de la paix et de la stabilité, la poursuite de la reconstruction du pays et la crédibilité du projet de sa modernisation. Vous avez opté pour la continuité et l’œuvre grandiose commencée à mon initiative. » En toute modestie…

La France appelle au dialogue

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, 
a appelé les Congolais à s’abstenir de toute violence après la réélection contestée de Joseph Kabila. « Ce que nous souhaitons c’est que des deux côtés on évite toutes les violences, et jusqu’à présent cela semble être le cas », a-t-il dit. « Nous nous appuyons beaucoup sur les institutions régionales, les Africains eux-mêmes, les voisins du Congo, pour envoyer ce message de dialogue 
et d’abstention de toute violence », a-t-il poursuivi.

Damien Roustel



Edité par T 34 - 24 Dec 2011 à 04:45
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Dec 2011 à 21:55

Congo : l’ingérence de l’Occident est déplacée

 

Tony Busselen

 
En ce qui concerne les élections au Congo, beaucoup d’observateurs sont de l'avis qu'il a été question de fraude massive, que les élections sont illégitimes et que l'Occident devrait s’ingérer pour éviter le chaos et la guerre civile. Voici quelques remarques à ce propos.



Lors de cette campagne pour les législatives, 18.000 candidats se sont présentés devant les électeurs congolais. Sur la photo : Un candidat indépendant bat campagne dans un village au Kwilu.
 


Organiser des élections en République Démocratique du Congo est une énorme tâche. Dans un pays grand comme toute l'Europe de l'Ouest et sans infrastructures correctes, 18,9 millions d'électeurs ont pu voter dans 60.417 bureaux de vote. Rassembler, compter et vérifier tous ces votes est un énorme travail. Le président Kabila a lui-même avoué que dans une telle situation des erreurs se produisent vite. Or, le fait de parler de fraude massive, dénigre le travail et la prestation de milliers d'employés de la commission de vote CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante).


Quels sont les faits ? Les résultats de 3.448 bureaux de vote (au total il y en avaient 63.865) ne sont pas connus car ils ont dû fermer les bureaux suite à des violences le jour du vote ou n'ont pas été ouverts à cause de l'intimidation de collaborateurs du CENI. Le président du CENI, le pasteur Mulunda, avait prévenu que les bureaux de vote où il y aurait de la violence seraient fermés et que ces voix ne seraient donc pas comptées parmi les résultats. Dans quelques bureaux de vote, il y avait également un manque de matériel. Au total 5% des bureaux de vote ne pouvaient donc fonctionner correctement. Le nombre exact et leur emplacement peuvent être vérifiés sur le site officiel de la commission de vote (1).



Les accusations réfutées


Certaines missions d'observations de l'Occident en ont conclu que les procès-verbaux de ces bureaux de vote se seraient « perdus ». Certains, dans leur préoccupation paternaliste aveugle pour les Congolais, ont eu en plus une imagination débordante. Par exemple, lors du débat au Sénat le 15 décembre, Bert Anciaux du SP.a, a réussi à faire une extrapolation complètement fictive des observations du Carter Center en suggérant que « nous pouvons parler de 5,6 millions de votes perdus (2) ».  La réalité est que dans les 3.448 bureaux de vote qui n'ont pas été comptés, il y avait exactement 1.375.156 électeurs inscrits (3). Ce qui représente 4,29% du total des électeurs inscrits. 


Au Katanga, dans certains districts, il y aurait eu un pourcentage plus élevé d'électeurs qui se seraient présentés que dans d'autres régions. Dans la plupart de ces districts les électeurs auraient voté massivement – dans un cas même pour 100% – pour Kabila. Mais ces districts de votes en question sont le fief de Kabila et lors des élections en 2006, qui eux ont été reconnus par l’Occident comme légitimes, des résultats similaires ont été enregistrés dans ces districts.


Mathématiquement parlant, Kabila est sans aucun doute le gagnant des ces élections. Il a reçu trois millions de votes en plus que Tshisekedi. Ni les votes des 3.448 bureaux de votes qui étaient fermés, ni la vérification des résultats de vote que les observateurs suspectent d'être « anormalement en faveur de Kabila », pourraient combler cet écart entre Kabila et Tshisekedi.


Cependant, les doutes du Carter Center concernant la crédibilité de ces élections ont été « approfondis » par d’autres. Le cardinal Monsengwo a ainsi affirmé que le nombre de votes de Tshisekedi aurait diminué entre l'annonce des résultats provisoires le 6 décembre et des résultats définitifs le 9 décembre. Tout le monde peut constater sur le site de la MONUSCO que cela est de la fantaisie (cf. la note en dessous de cet article « le Cardinal – politicien »).


Hillary Clinton déplore que ces irrégularités n'aient pas été étudiées par la Cour de Justice congolaise. Cependant, cette Cour, comme toute autre Cour, ne pouvait que juger sur base de preuves déposées. L'opposition avait deux jours pour déposer plainte, mais Vital Kamerhe, un des candidats de l'opposition, avait déjà déclaré le 28 novembre qu'il avait assez de preuves de fraude. Il avait donc deux semaines complètes pour établir un dossier sur base des PV des milliers de témoins de son parti qui l'avaient reçu dans les bureaux de vote le 28 novembre. Or, il n’a déposé qu’une plainte superficielle et globale ne contenant aucune référence vers un PV d'un bureau de vote (4).


La commission de vote congolaise a répondu en détail à toutes les différentes plaintes et accusations des principales missions d'observations (5). Malgré cela, les autorités congolaises se voient accusées de non-respect des électeurs congolais.



L'agitation de Tshisekedi


Regardons les choses sous un autre angle. Pourquoi n'entendons-nous pas de critique de la part des observateurs occidentaux sur les nombreuses et évidentes tentatives de l'opposition de discréditer ces élections ? Une semaine avant les élections, la presse de l'opposition a lancé la rumeur que trois millions de bulletins de vote pré-remplis provenant d'Afrique du Sud étaient en route vers Kinshasa. N'était-il donc pas surprenant de voir des électeurs énervés s'attaquer à des camionnettes contenant des bulletins de votes vierges en étant convaincus qu'ils étaient déjà remplis ? Pourquoi ne mentionne-t-on pas que le site du CENI a été hacké pour diffuser des faux résultats ? Pourquoi les observateurs occidentaux se taisent à propos de la déclaration de Tshisekedi qui affirmait qu'il gagnerait les élections, et que la perte des élections ne pourrait qu'être due à une fraude ?


Le principe démocratique fondamental pour le Congo est apparemment « une population doit pouvoir rejeter ses dirigeants par les urnes ». Connaître l'idéologie et le programme politique de l'opposition ainsi que le débat politique pour que l’électeur puisse faire un choix conscient n'est même pas nécessaire. Lundi, Tshisekedi a déclaré devant les caméras « Quant au fauteurs en eaux troubles, à commencer par monsieur Kabila, je vous demande à vous tous de rechercher ce monsieur partout où il est sur le territoire national et de me l’amener ici vivant. Celui qui m’amènera Kabila ici ligoté, aura une récompense très important. » Pour celui qui connaît un peu l'histoire congolaise, cela ressemble à Lumumba qui a été trainé à un certain moment devant Mobutu...


Un langage si tyrannique et si haineux domine les discours de Tshisekedi déjà depuis le début de sa campagne électorale. Il semble que le poujadisme et l'antipolitique, contre lequel on se bat à juste titre en Europe, sont au Congo des principes démocratiques évidents.


Pour résoudre la crise politique ainsi créée, il n’existe, selon beaucoup d’avocats de l’interventionnisme occidental, qu’une seule bonne vieille recette, celle du « dialogue national », si possible avec l’intervention d’un « solide médiateur étranger », pour former « un gouvernement d’unité nationale ». Depuis quand le jeu démocratique oblige-t-il les vainqueurs et les perdants aux élections à former ensemble un gouvernement ? Est-ce ça respecter la volonté du peuple Congolais ?


Au Congo, cette formule a été appliquée à plusieurs reprises : en 1961, 1991, 1996, 1999, 2003 et 2006. Elle a été rejetée en 1996 et en 2006, mais toutes les autres fois les Congolais ont dû gober et le résultat de ces intrigues au sein de la classe politique congolaise sous la guidance des Occidentaux s’est toujours révélé catastrophique pour la population.



Paternalisme ou solidarité ?


Force est de constater que les gouvernements occidentaux ne se sont pas montrés très secourables lors de la préparation des élections congolaises. Où sont passés les 40% d’aide promis ? Au final, le Congo a dû assumer lui-même 95% du processus électoral. L’unique aide reçue est venue de ses alliés du Sud, à savoir l’Afrique du Sud, l’Angola, la Chine... Pour la première fois dans toute l’histoire du Congo, un gouvernement élu a pu mener son mandat jusqu’au bout et organiser des élections sans crise institutionnelle.


Remettre en question ces élections sur base d’exagérations et plaider pour l’ingérence de l’Occident est tout à fait déplacé. Après 75 ans de colonialisme, 36 ans de dictature néocoloniale et 5 ans de guerre d’agression, pendant laquelle l’Occident daignait réagir, le peuple congolais en a par-dessus la tête de la tutelle et de l’ingérence de l’Occident. Il faut résolument changer la mentalité ici en Europe et défendre des relations entre les pays européens et la RDC sur base d’égalité.

 



PS : Jeudi 22 décembre, la commission électorale congolaise a annoncé que le comptage des voix avait été suspendu. Des experts américains et britanniques se rendront avec la Monusco dans les bureaux de compilation en vue d’apporter une « aide technique » lors de la compilation des résultats des bureaux de votes pour le parlement. Ce travail est beaucoup plus complexe pour les législatives que pour les élections présidentielles. En effet, il y a 18.000 candidats pour 500 places, ça fait donc 36 candidats par siège. La pression sur les agents de la CENI dans les 169 centres de compilation est énorme, ici il y a beaucoup plus de matière de conflits que pour les résidentielles.


En plus, vu les critiques exagérées de certaines missions d’observation sur les élections présidentielles, le danger existe que tout le processus électoral soit mis en question aussi bien à l’étranger qu’au Congo même. Le chaos qui serait crée de cette façon pourrait rendre inévitable la « solution » qui consiste à organiser des négociations au sein de la classe politique sous la guidance de l’Occident. Cela voudrait dire que pour la énième fois la volonté du peuple Congolais serait niée et que des pions de l’Occident seraient encore une fois imposés au sein de l’appareil d’état congolais.


En faisant appel pour cette matière complexe à des experts occidentaux, le gouvernement congolais prouve que son but est vraiment d’organiser des élections démocratiques, paisibles et transparentes. Des élections qui réussissent à respecter le choix du peuple congolais.


La question est naturellement de savoir si ces experts envoyés par les gouvernements américain et britannique sauraient eux enclins à respecter la volonté des électeurs congolais. Le risque est grand qu’ils essaient d'intégrer dans le parlement et dans le gouvernement le plus de forces pro-Occidentales possible. Mais des tentatives éventuelles de manipulation par ces « experts » susciteront sans doute une résistance de la part du peuple congolais.


L’annonce des résultats électoraux est prévue mi-janvier. Attendons voir.






Note : le cardinal-politicien

 

Le cardinal Monsengwo prétend que le 9 décembre, Tshisekedi aurait perdu 64.000 voix par rapport à l’avant-dernier comptage partiel, dont les résultats avaient été publiés trois jours auparavant. Le cardinal Monsengwo a également ajouté qu’entre le 6 et le 9 décembre, les résultats supplémentaires de 34.000 bureaux de vote étaient arrivés et sur base de ces chiffres, il estime que les résultats annoncés par le CENI « ne sont pas conformes à la vérité ni à la justice ». Une déclaration qui a même été relayée au Vatican (6).


Or, les chiffres qui sont publiés sur le site de la Monusco montrent que le 9 décembre, Tshisekedi obtient 170.217 voix de plus par rapport au 6 décembre et non 64.000 voix de moins. De plus, il est question de 3.397 bureaux de vote supplémentaires et non 34.000 (7).


A ce stade, il serait peut-être utile de rappeler qui est réellement le cardinal Monsengwo. Cela fait à présent deux décennies que Monsengwo profite de son statut de dirigeant ecclésiastique pour s’attribuer un rôle politique actif au Congo. Depuis le début des années '90, il compte parmi les principaux personnages vers qui l’Occident s’est tourné à chaque situation critique. Le 24 avril 1990, il a fait partie des initiateurs de la « politique de démocratisation » lancée par Mobutu sur ordre de ses maîtres. Fin 1991, il a présidé la conférence nationale souveraine, en 1994 il a appuyé la candidature de Kengo wa Dondo au poste de premier ministre, et en mai 1997, alors que les troupes de libération envoyées par Kabila se trouvaient aux portes de Kinshasa, l’axe Washington-Paris-Bruxelles a tenté in extremis d’installer le cardinal comme successeur de Mobutu pour ainsi empêcher la victoire de Laurent Kabila. Le 28 janvier 2001, trois jours après la prestation de serment de Joseph Kabila en tant que président, qui succède à son père assassiné, Monsengwo définit dans un discours la stratégie des forces néocoloniales du Congo. Monsengwo explique alors que le renversement de Mobutu était une erreur qui a conduit à la dictature de Laurent Kabila. Pour rectifier le tir, la seule solution est « le dialogue inter-congolais dans le cadre des Accords de Lusaka en vue de récréer le consensus national de la CNS rompu par Kabila (8) ».




 


Notes


(1) ceni.gouv.cd

(2)  Lors de ce débat au sénat, Bert Anciaux s’est comporté comme l’avant-garde de la sainte indignation exigeant l’ingérence Occidentale. Il déclarait : «  Cette incontestable gabegie et ces fraudes indéniables n’incitent elles pas le ministre à prendre sans délai l’initiative d’une politique énergique contre le dictateur Kabila et à impliquer à cet effet les alliés traditionnels tels que la France et les États Unis afin de former, au Conseil de sécurité des Nations Unies, une coalition capable d’offrir enfin une réelle perspective d’avenir démocratique aux millions de Congolais, ne serait ce que pour éviter ou contrôler autant que possible une débâcle accompagnée de graves violences ? Je n’ai pas besoin de me référer au Centre Carter. Il est déjà question de 850 000 voix perdues, pour 15% de bureaux de dépouillement contrôlés. Si l’on extrapole à la totalité des bureaux de vote, on arrive à un total de 5,6 millions. Nous devons tenir compte de ces chiffres et agir. Le ministre a ainsi l’occasion d’asseoir sa crédibilité pour le reste de la législature.  »

(3) aeta-network.org

(4) Le seul contrôle valable des résultats que la CENI a proclamés, se trouve dans la comparaison avec les PV’s faites et signés par le président de la CENI dans chaque bureau de vote ainsi que par les témoins présents le jour du vote. Or dans la plainte que Kamerhe a déposée au près de la Cour Suprème de Justice il ne se trouvait aucune référence à un tel PV. On peut le vérifier dans le texte de la plainte qui se trouve ici.

(5) lacolombepoingdegaucheenrdc.wordpress.com

(6) asca.it

(7) radiookapi.net

(8) Une analyse de ce discours, sous la conduite de Ludo Martens, est disponible sur deboutcongolais.info



Tony Busselen est l’auteur d'Une histoire populaire du Congo édité chez Aden en 2010. Il est aussi responsable pour les pages internationales de l’hebdomadaire Solidaire et membre du groupe Congo d'Intal.



Source : michelcollon.info


Au Sud Kivu, un journal à tout prix

 
 
Le courrier

Dans l’est du Congo, sortir un journal n’est pas chose facile. Et quand le titre est indépendant et dirigé par une femme, Solange Lusiku, cela relève de l’exploit.

Solange Lusiku, journaliste radio devenue éditrice un peu malgré elle, a relevé le défi. Sa détermination et son engagement lui ont valu de recevoir, début février, le doctorat honoris causa de l’Université catholique de Louvain (UCL, Belgique). Depuis 2007, Le Souverain est le seul journal à paraître à Bukavu, à l’est de la RDC.

Tout a commencé par une promesse faite au fondateur du journal, Emmanuel Barhayiga. En février 2007, alors qu’il est cloué au lit par la maladie, il demande à Solange Lusiku de reprendre l’édition du titre. M. Barhayiga décède en avril et, en juin, « hantée par cette dette morale », Solange se lance dans l’aventure. « Il était question que je produise un numéro ou deux, que je paye cette dette et que je reste moralement quitte », explique-t-elle. Mais c’était sans imaginer l’engouement que susciterait le projet au sein de la population.

Elle travaille alors pour l’ONG Caucus des femmes congolaises du Sud Kivu pour la paix, « une organisation qui constitue un cadre de concertation et qui regroupe des femmes de toutes les tendances et idéologies, avec l’objectif de les faire participer à la gestion de la chose publique ». Avant cela, Solange était passée par les radios communautaires de la région. La presse écrite elle n’y avait jamais touché. Elle a dû vaincre ses appréhensions mais aussi les préjugés de la société patriarcale. « Il y avait certaines réticences dues aux stéréotypes liés à la femme. Des gens qui essayaient de me décourager ou d’influencer mon mari en lui disant : ‘Si les hommes ont échoué, comment votre épouse peut penser qu’elle va réussir ?’ » Mais tout cela n’a fait que renforcer sa détermination et son envie « de les défier un peu et d’avancer toujours plus ».

C’est cette détermination qui lui a permis de maintenir l’édition du journal dans le temps et qui lui a valu la reconnaissance de l’université belge. « Un titre honorifique, mais aussi un défi », comme elle le souligne. Le Courrier l’a rencontrée à cette occasion.

Comment sont sortis les premiers numéros du Souverain ?

A part Le Souverain il n’y a pas d’autre journal à Bukavu. A l’époque il y avait des petits bulletins de liaison des ONG et de l’Eglise catholique. Ces bulletins étaient imprimés sur format A4. Mais nous voulions produire un journal professionnel, sur format A3. Pour cela il fallait imprimer à Kinshasa, parce qu’il n’y a pas d’imprimerie qui tire à ce format-là à Bukavu. Il fallait donc prendre le bateau jusqu’à Goma, au Nord Kivu, ensuite prendre l’avion du lendemain pour Kinshasa et une fois à Kinshasa produire le journal. Et comment le produire ? En province, comme il n’y a pas de presse écrite, il n’y a pas de repères, donc je n’avais personne à qui demander conseil. Mais j’avais quelques connaissances dans la profession à Kinshasa, dans la presse écrite, et ils étaient d’accord de m’aider à mettre en page le journal.

J’ai commencé à recruter des gens dans les rangs de la société civile où j’évoluais, et d’autres aussi parmi mes relations, pour m’aider à écrire. Chacun m’amenait les papiers manuscrits au bureau du Caucus où je travaillais, et moi j’amenais tout ça dans un secrétariat public pour la saisie des textes, et je les récupérais sur clé USB. Cette clé USB, l’argent pour l’impression du journal, les feuilles de montages, etc., tout cela partait alors avec une connaissance, dans une enveloppe avec le nom du journaliste à Kinshasa et son numéro de téléphone. Au retour c’était la même chose, le journaliste de Kinshasa cherchait quelqu’un qui rentrait à Bukavu, lui confiait le lot de journaux et le tout arrivait chez nous entre trois semaines et un mois plus tard.

Quelle a été la réaction de la population aux premières parutions ?

Nous avons commencé avec 250 exemplaires (500 aujourd’hui, ndlr). La première fois que c’est arrivé à Bukavu, on a remarqué l’engouement des gens, des nostalgiques de l’époque où il y avait encore des journaux au pays. Beaucoup de gens voulaient lire. Du coup les 250 exemplaires n’ont pas suffi, mais c’est tout ce qu’il y avait. Alors les gens se passaient le journal pour le lire. On avait encore beaucoup de choses à améliorer, on n’avait pas encore de ligne éditoriale bien définie. Mais on a fait un premier numéro, puis un deuxième, ensuite un troisième. Et au lieu d’arrêter on y a pris goût, parce que tout le monde s’intéressait. Il fallait continuer !

Ensuite, avec l’aide d’un journaliste belge d’origine congolaise, l’équipe s’est formée à l’écriture. Il nous a aussi fourni tout un encadrement méthodologique et éditorial pendant près de deux ans. Nous avons défini la ligne éditoriale avec toute l’équipe et élaboré la charte de notre journal, pour éviter de naviguer à vue. Nous nous sommes fixé pour mission de produire des articles qui rentrent dans le cadre de la promotion de la démocratie, des droits de la femme. Donc coupler démocratie et femme parce que pour nous celle-ci est un des piliers de la société. Une société où les droits de la femme sont bafoués ne peut pas évoluer.

Quel est l’état d’avancement du projet aujourd’hui ?

Nous sommes entrés en contact avec une association en Belgique qui s’appelle Rencontre des continents, et cette association nous a parrainés dans l’introduction d’un projet afin d’obtenir des fonds pour produire le journal pendant un an. Cela nous a permis d’obtenir des ordinateurs pour travailler, de payer le loyer, etc., et c’est comme ça que nous avons commencé le travail proprement dit. Maintenant nous savons monter le journal, nous le mettons sur DVD et nous traversons la frontière. Kinshasa est très loin et à côté de chez nous, au Burundi, il y une bonne qualité de journaux, alors nous l’imprimons là-bas.

Mais cela représente aussi un problème parce que nous devons traverser la frontière avec le Rwanda. En allant c’est facile, c’est le retour qui est plus difficile parce que le Rwanda est un pays où l’espace démocratique n’est pas ouvert, la libre expression n’existe pas. Et comme nous évoluons dans la région des Grands Lacs, nous ne pouvons pas ne pas parler de ce qui se passe au Rwanda, de ce qui se passe entre le Rwanda et le Congo, et du coup ça expose celui qui voyage avec le lot. Alors, parfois, il faut embarquer les journaux dans un bus, et prendre place dans un autre bus. Dieu merci nous n’avons jamais été attrapés. Mais si cela arrivait un jour ce serait la pire des choses, parce que là-bas il n’y a pas de pitié.

Avez-vous rencontré des problèmes avec les autorités congolaises ?

Pour ce qui est du journal non, mais avant oui. Je sais que, maintenant, ils ont peur de nous parce qu’ils savent que nous avons tout un réseau de gens, d’amis, d’organisations qui apprécient notre travail. Alors parfois ils m’appellent au téléphone, ils se fâchent carrément et me disent ‘tu veux qu’on te donne le luxe de t’exiler ?’. Il y a aussi des tentatives de nous acheter, certains nous proposent de faire partie de leur cabinet et de devenir chargé de communication. Moi je refuse tout ça parce que nous ne voulons pas être inféodés politiquement ou liés à la religion, afin de rester vraiment indépendants. Encore aujourd’hui nous n’avons pas les moyens de garder notre autonomie financière, nous produisons à perte. Mais nous gagnons en terme de combat et non en terme d’argent.

Il y a beaucoup de journalistes indépendants en RDC mais ils n’ont pas les moyens de vivre leur indépendance, ils doivent se plier ou s’autocensurer. Beaucoup d’entre eux ont peur de dire les choses tout haut. N’oublions pas que nous sommes dans une région où trois journalistes et un défenseur des droits humains ont été assassinés ces dernières années. C’est aussi une zone convoitée où opèrent une floraison de multinationales qui exploitent les ressources naturelles avec des contrats fallacieux. Alors parfois nous sommes contraints de passer certaines informations à des confrères qui sont en sécurité pour les publier, afin de nous protéger nous-mêmes. En fait, nous vivons avec une espérance de vie de vingt-quatre heures renouvelable.

http://www.lecourrier.ch

 


Edité par T 34 - 14 Mar 2012 à 18:38
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 May 2012 à 04:17

RDC : la guerre pour le coltan change de forme sur Internet

Cette semaine le monde des Hacktivistes s’est saisi d’un dossier trop méconnu.  Les Anonymous ont mis leur puissance en matière de communication pour dénoncer et punir les multinationales qui profitent du coltan sans tenir compte des dégâts causés sur les hommes et la nature en République démocratique du Congo.

Cette opération a autant pour but d’informer que d’attaquer quelques grandes multinationales qui font leurs profits du le commerce de cette matière première au mépris des conséquences. Le coltan est un minerai radioactif utilisé en chimie mais surtout dans tous les téléphones mobiles. 80 % des réserves sont en RDC et particulièrement dans la région du Kivu. Des bandes armées sont en lutte pour le contrôle de mines illégales à ciel ouvert, faisant de nombreuses victimes. Ce sont principalement des enfants qui extraient à mains nues ce minerai radioactif, ce qui fait également des ravages. En outre les mines illégales à ciel ouvert détruisent l’écosystème de la région. La guerre pour le contrôle des matières premières au Congo a fait 5 millions de victimes depuis 1998.

L'Allemand Bayer premier sur le coltan

Les entreprises qui en profitent sont avant tout l’Allemand Bayer (via sa filiale HC Stark) qui raffine (en tantalite) la moitié du Coltan en circulation. Sony, Samsung LG et tous les constructeurs de téléphones portables en premier lieu, mais aussi les téléviseurs à plasma, GPS, ordinateurs portables... Ce sont dont les entreprises ciblées depuis le 10 mai par Anonymous. Les moyens d’action sont habituels même s’ils se perfectionnent. Ainsi mettent-ils hors service les sites Internet des entreprises visés, les participants n’ont même plus à télécharger de programme, ils peuvent se joindre à l’attaque directement depuis leur navigateur. Les anonymes ont repéré plusieurs failles de sécurité chez les sites attaqués, on ne sait pas encore si et de quelle manière elles seront exploitées même si on peut miser sur une publication de données confidentielles. A noter que l'opération d'Anonymous se fait dans le cadre de l'OP Greenrights, dont la cible principale jusque là était  Monsento.

Mais certainement plus important, Anonymous informe. La communication est efficace, avec vidéos et communiqué. Les chiffres avancés interpellent, mais ne sont malheureusement pas sourcés, on n’a pas réussi pour l’heure à tous les vérifier. Par exemple :
– Chaque kilo de coltan extrait coûte la vie à deux enfants
– La population d’éléphants aurait diminué de 80% dans la région
– La population de gorilles aurait chuté de 90%

D’importants documentaires commencent à être faits sur la question, d’autant que le coltan est au cœur d’un conflit en RDC qui a fait déjà 5 millions de morts. Le pionnier étant le film allemand : Blood in the mobile.

  • Ci-dessous un film fait pour Canal Plus dans le cadre des jeudi investigation, Du sang dans nos portables (Tac presse).

Pi. M.

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