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Tunisie

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Dec 2011 à 00:07

Bouazizi, l’étincelle tunisienne

Il y a un an, 
jour pour jour, 
un jeune chômeur de Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi, s’immolait par 
le feu. Ce geste 
de désespoir allait embraser tout 
le pays, puis tout le monde arabe.

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, vingt-six ans, s’immolait par le feu devant le siège de la wilaya de Sidi Bouzid. En s’aspergeant d’essence avant de craquer une allumette, le jeune vendeur ambulant, à qui des agents de police avaient confisqué sa maigre marchandise, ignorait que son geste allait déclencher un incendie qui allait emporter Zine Abidine Ben Ali et d’autres dirigeants arabes. Le lendemain, des manifestants choqués par ce geste de désespoir organisent un simple sit-in de protestation qui se transforme en émeute quand le gouverneur (préfet) les fait brutalement évacuer à coups de matraques, de gaz ­lacrymogènes. La protestation gagne alors d’autres localités de cette région frontalière de l’Algérie. À Menzel Bouzaiane, Mohamed Amari est le premier manifestant tué par balles par la police. D’autres jeunes tomberont dans les jours suivants, comme à Kasserine où 47 personnes sont tuées par la police !

 La précarité était la règle

Le geste de Bouazizi est intervenu dans un contexte de crise sociale exacerbée, où le taux de chômage frôlait les 15 %, où la précarité était la règle et où la pauvreté touchait un Tunisien sur trois, avec à l’arrière-plan une répression frappant tout Tunisien émettant la moindre critique contre le régime. Pourtant, deux ans auparavant, durant six mois, la région minière de Gafsa, riche en phosphates, particulièrement la ville de Redeyef, avait été le théâtre d’un mouvement social sans précédent. Grèves, manifestations pacifiques de la population avaient été durement réprimées par le ­régime de Ben Ali, avec à la clé de lourdes condamnations de syndicalistes et de militants de la société civile. Le pouvoir dictatorial n’avait pas vu que le mouvement social de Gafsa était annonciateur d’un mouvement de protestation qui allait l’emporter et donner le signal d’un embrasement plus vaste, du Maghreb au Proche-Orient.

Un an après, que reste-t-il de ce vent révolutionnaire qui a fait table rase de vingt-trois années de dictature ? Ce ne sont pas ceux qui ont fait la révolution, ces milliers de blogueurs, traqués par la police de Ben Ali, ces centaines de milliers de jeunes, de syndicalistes, de femmes, envahissant la rue tunisienne, scandant « dégage ! », qui ont gagné. Mais ceux qui n’ont pas pris part à cette révolution, les islamistes, très discrets, attendant de voir comment la situation allait évoluer avant de s’engager.

 Une forte abstention

Certes, Ennahdha, qui n’avait pas de concurrent sur sa droite, est arrivée en tête des élections pour la Constituante : 89 sièges sur les 217 en jeu. Les partis de gauche et de centre gauche ont obtenu 81 sièges. Reste que ces élections ont été marquées par une forte abstention : un Tunisien sur deux en âge de voter ne s’est pas rendu aux urnes. Le fait est qu’en dépit du puissant soutien financier des pétromonarchies du Golfe, notamment du Qatar, le parti islamiste a été contraint de nouer des alliances, acceptant que la présidence de la République soit confiée à un opposant de la première heure, Moncef Marzouki. Quoique cette alliance contre-nature s’explique par le souci d’éviter une déstabilisation de la Tunisie, voire un scénario à l’algérienne, la société civile tunisienne, celle qui a été en pointe contre Ben Ali, femmes en tête, ne veut pas voir la « révolution » confisquée par les forces réactionnaires et islamistes dont le projet de société s’inscrit en droite ligne de ce que préconisent Washington, Paris et leurs alliés. Cette société civile entend peser sur les débats concernant le devenir du pays. Rien n’est donc encore joué en Tunisie.

Hassane Zerrouky

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Edité par T 34 - 27 Dec 2011 à 23:09
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Dec 2011 à 22:52

L’islamiste Jebali premier ministre

Le nouveau président tunisien, Moncef Marzouki, a chargé hier le secrétaire général d’Ennahda, Hamadi Jebali, de former un gouvernement. La situation sociale reste explosive.

Le numéro deux d’Ennahda, Hamadi Jebali, va pouvoir prendre ses quartiers à la Casbah, dans le palais tunisois réservé au premier ministre. Hier, sans surprise, le nouveau président tunisien, Moncef Marzouki, a chargé ce dirigeant islamiste de former un gouvernement. Ce nom ne sort pas du chapeau. Il avait été avancé par le camp islamiste dès le lendemain des élections du 23 octobre à l’Assemblée constituante. Hamadi Jebali, soixante-deux ans, a passé quinze ans dans les geôles de Ben Ali pour « appartenance à une organisation illégale et complot ». Figure historique du mouvement islamiste tunisien, cet ingénieur en énergie solaire symbolise la répression qui frappa le Mouvement de tendance islamique (MTI), devenu Ennahda en 1989. Originaire de Sousse, comme le dictateur déchu, le nouveau premier ministre tunisien, proche des Américains, veut soigner son image de « réformateur » attaché à un « processus démocratique irréversible ». Derrière les apparences et les assurances se dissimule un fondamentaliste convaincu, dénoncent au contraire ses détracteurs, ulcérés par sa référence, lors d’un meeting, à l’instauration d’un califat (système de gouvernement basé sur la loi islamique, la charia). Hamadi Jebali dispose officiellement d’un délai de vingt et un jours pour former son gouvernement, qui entrerait en fonctions après un vote de confiance de l’Assemblée constituante. Dans les faits, la composition de la nouvelle équipe gouvernementale devrait être connue d’ici la fin de la semaine. Il faut dire que la liste des ministres fait l’objet d’intenses tractations depuis plusieurs semaines déjà entre Ennahda et ses partenaires d’Ettakatol (sociaux-démocrates) et du Congrès pour la République (CPR), la formation de Moncef Marzouki.

 

Marchandage et portefeuilles ministériels

Au terme de ces marchandages, les portefeuilles régaliens de l’Intérieur et de la Justice devraient échoir à Ennahda. Persistance d’un népotisme hérité des années Ben Ali ? Le nom de Rafik Ben Abdessalem, gendre du chef d’Ennahda, Rached Ghannouchi, est cité pour les Affaires étrangères. Ettakatol pourrait se voir confier les postes épineux des Finances, du Tourisme, du Commerce, des Affaires sociales. La Jeunesse, les Sports, la Réforme administrative reviendraient au CPR. Les désaccords persistent, en revanche, sur les ministères de la Culture et de l’Éducation. Ce spectacle de partage du gâteau gouvernemental entre partenaires formant un attelage pour le moins hétéroclite a le don d’exaspérer de nombreux Tunisiens. « Ennahda, Ettakatol et le CPR ont passé beaucoup de temps à se distribuer les postes, au lieu de s’attaquer aux problèmes brûlants de l’emploi, de la pauvreté, de l’insécurité, regrette le syndicaliste et défenseur des droits de l’homme Messaoud Romdhani. Pour Ennahda c’est stratégique, ils ont besoin d’une vitrine d’unité, d’ouverture et de respectabilité. Mais en réalité, tout le pouvoir sera concentré entre leurs mains. Les prérogatives du président Marzouki sont limitées. Les islamistes auront les mains libres pour avancer leurs pions et aller vers un régime religieux. » Des objectifs aux antipodes des espoirs soulevés par la révolution tunisienne.

Un taux de chômage à 18 %

La situation économique et sociale ne cesse de se détériorer dans le pays. Alors que le gouvernement tablait pour 2011 sur une bien maigre croissance, entre 0,2 et 1 %, celle-ci sera en fait nulle, prédit le gouverneur de la Banque centrale (BCT), Mustapha Kamel Nabli. Cette stagnation devrait entraîner une hausse du taux de chômage, qui dépasserait les 18 %, une estimation probablement sous-évaluée. L’économie tunisienne a souffert 
d’un recul de 3,3 % du PIB durant le premier trimestre 2011. Celle-ci s’explique en partie par la chute brutale (plus de 50 %) des recettes liées au tourisme, un secteur qui représente 7 % 
du PIB et emploie quelque 700 000 personnes.

Rosa Moussaoui

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Tunisie.« Un déséquilibre évident des pouvoirs »

La réalisatrice Selma Baccar est députée du Pôle démocratique et moderniste (gauche).

Comment réagissez-vous à l’avènement d’un pouvoir dominé par les islamistes d’Ennahda ?

Selma Baccar. Les cinq députés du Pôle démocratique ont noué une alliance avec le Parti démocrate progressiste (PDP) et d’autres élus indépendants en vue de faire entendre raison à cette union contre nature des trois grands partis majoritaires, Ettakatol, Ennahda et le Congrès pour la république (CPR). Malheureusement, aucune logique politique ne l’a emporté. Nous sommes face au mur des « 140 doigts » qui se lèvent chaque fois d’une manière unanime pour contrer nos propositions. 
Plus grave encore est le déséquilibre des pouvoirs entre le président de la République (CPR) et le premier ministre (Ennahda). Il est évident que le premier occupe un poste factice : il n’a aucun pouvoir d’action réel sur les décisions politiques à venir.

Craignez-vous une remise en cause 
du code du statut personnel ?

Selma Baccar. Je ne pense pas qu’Ennahda pourra remettre en cause les libertés de la femme. Dans l’immédiat du moins. Les islamistes miment, comme Ben Ali avant eux, le respect de la liberté des femmes. Nous avons même réussi à placer le code du statut personnel dans les « jugements essentiels », c’est-à-dire qu’il faut les deux tiers des voix à l’Assemblée constituante pour en modifier des articles. Quoi qu’il en soit, nous serons très vigilants. 
Le code du statut personnel est, 
à nos yeux, intouchable.

Le président, Moncef Marzouki, a déclaré, lors de son discours d’investiture : « Nous protégeons les femmes qui portent le niqab, le hidjab et les safirats », ces dernières, qui ne portent pas le voile, pouvant être qualifiées de femmes de petite vertu…

Selma Baccar. En arabe littéraire pur, ce terme, « safirat », signifie « celle qui ne porte pas le voile ». Mais ce même terme est utilisé, dans les milieux intégristes, pour désigner des femmes aux mœurs légères. 
Je ne remets pas en doute la bonne foi de Marzouki. Mais l’ordre d’énonciation est choquant. 
Cette déclaration laisse entendre 
qu’il souhaite faire l’équilibre entre les deux extrêmes. Ennahda prétend se poser en arbitre entre l’extrême droite salafiste et les franges modernistes de la société tunisienne. Quoi qu’il en soit, je refuse la peur qui inhibe. Je préfère la lutte 
et la vigilance.

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Dec 2011 à 23:47

Tunisie : mini-Constitution

L’Assemblée constituante a voté une charte fondamentale provisoire.

L’Assemblée nationale constituante tunisienne a adopté, la nuit dernière, une Constitution provisoire destinée à régir la nation. Le texte a été adopté, après cinq jours d’âpres débats, par 141  voix pour, 37 contre et 39 abstentions. Il définit les conditions d’exercice des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire jusqu’à la tenue d’élections générales, en principe dans un an, et à la promulgation d’une charte définitive. Le président de l’Assemblée, Mustapha Ben Jaafar, a déclaré ouvertes les candidatures à la présidence de la République. L’élection du président aura lieu cet après-midi, ce devrait être Moncef Marzouki, chef du Congrès pour la République (CPR), qui désignera au poste de chef de gouvernement Hammadi Jebali, numéro deux du parti islamiste Ennahdha. Ce scénario résulte d’un accord de la coalition majoritaire entre les islamistes et deux partis de centre gauche, le CPR et Ettakatol, de Ben Jaafar.

Bernard Duraud

Tunisie: Moncef Marzouki, premier président de la République de Tunisie

L'un des plus farouches opposants au régime de Ben Ali élu président de la République par l'Assemblée nationale constituante issue de l'élection du 23 octobre, premier scrutin pluraliste libre de l'histoire du pays. La page de la dictature paraît bel et bien tournée avec l'arrivée ce lundi soir de Moncef Marzouki au sommet de l'état tunisien.

A 66 ans, ce combattant des Droits de l'Homme, actuel dirigeant du Congrès pour la République (CPR, gauche nationaliste), a recueilli 153 voix pour, 3 contre, 2 abstentions et 44 votes blancs sur un total de 202 votants.

"Fier d'être Tunisien"

"Je ressens du soulagement, de la joie, a t'il expliqué à TV5 Monde après sa désignation. La volonté du peuple a été plus forte que celle de la dictature. Je suis très fier d'être tunisien." Après avoir pris ses quartiers au palais présidentiel de Carthage, avant de prêter serment sur le Coran devant la Constituante ce mardi matin, le nouveau président tunisien devra désigner un chef de gouvernement, qui doit être l'islamiste Hamadi Jebali, dont la future équipe doit obtenir la confiance de l'assemblée.

Le pari de l'alliance avec les islamistes

Critiqué pour avoir choisi de faire alliance avec le parti des islamistes d'Ennahda, Moncef Marzouki a fait face lors du scrutin au vote blanc de quarante quatre élus de gauche qui ont marqué ainsi leur opposition aux pouvoirs jugés démesurés qui seront attribués au Premier ministre islamiste, au détriment de ceux du président élu. Ce dernier leur a répondu: "Nous sommes des laics modérés. Nous avons en face des islamistes modérés. Essayons de travailler ensemble plutôt que d'aller à l'affrontement. Essayons de trouver des solutions pratiques aux nombreux problèmes pratiques des Tunisiens, comme la désertification, les problèmes économiques. Mon premier rôle consiste à défendre les droits de l'Homme, de la femme et de l'enfant. Une ligne rouge  a été tracée avec mon élection."

Se tourner vers l'Europe

Autre objectif que s'est assigné Moncef Marzouki: la politique étrangère. "Avec le premier ministre, je vais dialoguer notamment avec l'Europe. Je connais les problèmes de l'Europe. Mais aider la Tunisie est quelque chose d'important. Ce pays va devenir un laboratoire, si la transition démocratique est une réussite, ce pourrait être un exemple pour tout le monde."

Les pouvoirs du président. Selon la constitution provisoire votée samedi par l'Assemblée constituante, le chef de l'Etat est le chef suprême des forces armées et définit la politique étrangère en concertation avec le Premier ministre. Il promulgue et publie les lois votées par la Constituante, nomme et révoque les hauts gradés et le Mufti (autorité religieuse) en concertation avec le chef du gouvernement. Il peut être démis de ses fonctions par deux-tiers au moins des élus. Son mandat devrait durer un an au moins jusqu'à la rédaction et l'adoption d'une constitution définitive par l'Assemblée constituante et la tenue d'élections générales.

  • A lire sur la Tunisie:

Tunisie: une mini-constitution adoptée

Tunis: accord de gouvernement

  • A lire sur Moncef Marzouki:

Marzouki, chef de l'état tunisien

Moncef Marzouki à l'Humanité: "Ce gouvernement est un élément d'instabilité"

Tunisie: l'opposant Marzouki candidat à la présidentielle 

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Edité par T 34 - 14 Dec 2011 à 04:05
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 10 Dec 2011 à 02:04

La Tunisie toujours sans gouvernement

Le texte organisant les pouvoirs n’a pas été voté alors que la situation se dégrade.

Plus d’un mois et demi après les élections du 23 octobre, la Tunisie est toujours sans gouvernement et sans chef d’État alors que, sur le plan économique, les indicateurs sont au rouge : un taux de chômage frôlant les 20 % et des prévisions de croissance nulles pour 2012, selon Mustapha Kemal Nabli, le gouverneur de la Banque centrale tunisienne. Tandis que le mécontentement social grandit comme en témoigne la multiplication des conflits sociaux à l’intérieur du pays. L’Assemblée constituante, qui a repris ses travaux, peine à adopter un minimum de textes permettant d’assurer la gestion d’un pays en situation de vacance de pouvoir. Certes, le gouvernement sortant de Caïd Essebsi continue d’assurer la gestion des affaires courantes. Mais le retard pris dans l’adoption d’un texte sur l’organisation des pouvoirs publics, en raison de divergences apparues sur les attributions dévolues au chef de l’État et au premier ministre, risque d’aggraver l’exaspération populaire. Ce n’est qu’après l’adoption de ce texte, qui a commencé à être examiné en séance plénière par les 217 députés, qu’interviendront l’élection du président de la République, en principe Moncef Marzouki, et la formation du gouvernement. Ce qui prendra certainement plusieurs jours. Pendant ce temps, depuis le 30 novembre, des centaines de personnes, dont des chômeurs du bassin minier de Gafsa, manifestent à l’extérieur de l’Assemblée en scandant : « Liberté, dignité ! » Samedi, un millier d’islamistes ont tenté de les déloger par la force. Sans y parvenir.

Hassane Zerrouky

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Dec 2011 à 01:34

Brusque tension en Tunisie

Face aux islamistes qui voudraient imposer leur projet au pays, les militants de gauche et les démocrates tunisiens, soutenus par les syndicalistes, se mobilisent.

«Ce n’est que vers une heure du matin que nous avons pu quitter la place du Bardo, devant l’Assemblée nationale. Les islamistes – près de trois mille – nous ont bombardés avec des pierres. Il y a beaucoup de blessés parmi nous », explique à l’Humanité Ines Benothman, porte-parole des militants de gauche, chômeurs et femmes observant un sit-in devant le Parlement tunisien. La jeune réalisatrice tunisienne, sous le choc de ce qui s’est passé dans la soirée de samedi à dimanche, reste déterminée. « Nous allons continuer malgré les intimidations de Ennahdha et des salafistes. Nous exigeons plus de liberté, que la priorité soit accordée à l’emploi, à la réalisation des objectifs de la révolution. Les Tunisiens ne se sont pas débarrassés de Ben Ali pour demander une assemblée constituante, mais un gouvernement transitoire qui réalise ce pour quoi ils se sont sacrifiés, et non pour qu’on nous vole notre révolution avec l’argent du Qatar. (…) Les syndicats de base de Sfax, Djerba et du bassin minier de Gafsa ont décidé de rejoindre notre mouvement. On en attend plusieurs centaines », a-t-elle ajouté. « Pas question qu’ils rognent les droits des femmes », ajoute une autre militante.

Hier matin, le malaise était persistant. Un millier d’islamistes, brandissant des emblèmes d’Ennahdha et du Parti Tahrir (salafiste), scandant « Les communistes menacent la Tunisie ! », « Nous sommes la majorité, laïcité dégage ! », « Le peuple veut un État islamique et l’application de la charia ! », faisaient face aux militants de gauche. Depuis mercredi, un millier d’hommes et de femmes campent devant le Parlement tunisien, à l’appel de 25 organisations sociales et politiques, avec pour mots d’ordre : « Travail, liberté, dignité. » D’autres brandissaient des pancartes sur lesquelles il était écrit « Non à la dictature religieuse », « Salafisme = régression ».

Cette brusque tension, sur fond d’un contexte social explosif, survient un mois et demi après les élections du 23 octobre. Au plan politique, la situation reste bloquée. Il n’y a toujours pas de gouvernement, en dépit d’un accord entre les trois partis arrivés en tête du scrutin accordant le premier ministère à Hamadi Jebali (islamiste), la présidence du Parlement à Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol, centre gauche) et la présidence de la République à Moncef Marzouki (CPR, centre gauche). Or, ce dernier a déclaré qu’il n’acceptera pas « une présidence fictive » mais « une présidence avec des prérogatives réelles ». Qui plus est, Ettakatol et le CPR accusent Ennahdha de vouloir tout accaparer.

H. Z.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 29 Nov 2011 à 20:57

L’éternel retour à la case départ

 

Presque 8 mois après le déclenchement de la révolution arabe à Sidi Bouzid, annonciateur d’une nouvelle saison de l’histoire des peuples arabes en lutte contre les tyrans et la misère qui leur est imposée, les protestations et les mouvements populaires ne connaissent aucun répit, que ce soit en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Syrie, en Libye, au Bahreïn et même en Arabie saoudite.

Les Tunisiens ont été les premiers à oser briser les épines de la dictature et leur révolution a connu bien des hauts et des bas, entre protestations populaires, confrontations directes, sit-in (Kasbah 1 et Kasbah 2, qui ont provoqué la chute du gouvernement Ghannouchi et la décision d’élire une assemblée constituante).

Elle est passée à une seconde étape, qualifiée de
transition démocratique"
, qui s’est traduite par l’élection de l’Assemblée constituante le 23 octobre. Or, le jour même de l’inauguration de cette assemblée, censée instaurer une nouvelle légitimité, les protestations ont éclaté à nouveau, à Tunis, devant le siège même de l’Assemblée au Bardo, avec la participation des associations et de s organisations de la société civile. La même nuit, des manifestations ont éclaté à Kasserine, semblables à celles déclenchées en janvier. Le mouvement protestataire a fait tache d’huile le lendemain, touchant Thala, Foussana, Gafsa, Redeyef, Madhilla, Gabès. Les slogans criés revendiquaient le droit au travail et à la dignité, la création d’emplois. On croyait revivre les événements de Gafsa-Redeyef de 2008 et de Sidi Bouzid en 2010-2011 : L’emploi est un droit, bande de voleurs !

Ce rappel n’est pas gratuit. Un message vient d’être envoyé aux élus assis au Bardo, à savoir que la source de légitimité, ce sont les mouvements populaires. Ceux-ci sont prêts à redescendre dans la rue à tout moment, pour opérer un retour à la case départ.

Source: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=6285
Date de parution de l'article original: 26/11/2011
 
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Nov 2011 à 18:05
Après la victoire du parti Ennahda en Tunisie : quelles perspectives pour les femmes ? Pourquoi cette faiblesse de la gauche ?
 
" Les bombes de l’OTAN ont ouvert la voie à la charia" : Interview de Radhia Nasraoui
 
Gitta Düperthal

 

Après sa victoire à l’élection de l’Assemblée constituante tunisienne, le 23 octobre, le parti islamiste Ennahda a entamé des négociations en vue de former un gouvernement de transition. Les partis « Congrès pour la république « (CPR) et « Ettakatol » ont déjà eu des entretiens avec les islamistes. Le Parti Ennahda a obtenu 41,5 % des voix et donc 90 des 217 sièges de l’Assemblée constituante. C’est le numéro 2 du parti qui doit être chef du gouvernement. Le CPR constitue la deuxième force avec 30 mandats, suivi par Ettakatol avec 21 sièges. La Pétition pour la justice et le développement a remporté 19 sièges, mais six de ses candidats, dont celui de Sidi Bouzid, ont été invalidés pour irrégularités. Les députés sont chargés d’élaborer une nouvelle Constitution et de choisir le Président, qui ensuite nommera le chef du gouvernement de transition.

À Sidi Bouzid, d’où étaient partis le mouvement contestataire tunisien, le résultat des élections a déclenché des protestations parfois violentes. Le dirigeant d’Ennahda a appelé les habitants de la ville au calme. Il a annoncé « la formation d’un système démocratique » et promis de s’engager en faveur du rôle des femmes «dans le processus de prise de décisions au niveau politique » et de ne pas revenir sur les acquis. Selon lui, 49 femmes siégeront à l’Assemblée constituante dont 42 pour le parti Ennahda. Il a annoncé qu’il formerait dans un délai d’un mois un gouvernement provisoire de coalition.

Le 14 janvier 32011 les jeunes révolutionnaires tunisiens ont chassé le dictateur Zine El Abidine. Dans les rues de Tunis et le reste du pays l’atmosphère était encore à la révolte, juste avant les élections du 23 octobre. Maintenant, après la victoire du parti islamiste Ennahda de Rachid Ghannouchi avec plus de 41% des voix à l’élection de l’Assemblée constituante le pays est sous le choc. Comment cela a-t-il pu se produire ?

 
Ce sont les premières élections libres après plus de 20 ans de dictature. Les Tunisiens et Tunisiennes manquent encore de conscience politique. Beaucoup ne savaient pas au juste pour qui voter en entrant dans les bureaux de vote. Il y avait plus de 100 listes au total. Quelques-unes, créées par les anciens partisans de Ben Ali membres du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) visaient clairement à semer la confusion dans ces premières élections libres. Le Parti communiste (PCOT) participait sous le nom d’’ Alternative Révolutionnaire », mais mon nom - je suis connue comme défenseure des droits humains et en raison de ma lutte contre la torture- n’était pas mentionné dans le matériel de vote. En revanche les médias ont véritablement sponsorisé Ghannouchi : pas un talk-show à la télévision, pas un article de presse qui n’ait mentionné son nom ou ne l’ait adroitement mis en valeur. Beaucoup ont choisi Ennahda en désespoir de cause par crainte d’accorder par erreur leur voix à d’anciens soutiens de la dictature.
 
 

Manifestation de femmes contre Ennahda , mercredi à Tunis. Photo Reuters

Immédiatement après les élections ont eu lieu des manifestations où l’on criait : « Ennahda-30 dinar » Qu’est-ce que cela signifie ?

La victoire de Ghannouchi a été en partie achetée. Des milliards ont été distribués pour acheter les électeurs. Les gens d’Ennahda ont parcouru le pays et ont distribué à pleines mains des vivres, des cartes de téléphone mobile ou de l’argent pour les recharger, voire tout simplement des pots-de-vin. C’est surtout dans les zones défavorisées qu’ils ont profité de la pauvreté des gens et de leur manque de certaines denrées. J’ai même entendu dire qu’ils avaient offert un agneau pour l’Aïd-Adha (fête du « mouton », en souvenir du « sacrifice d’Abraham» NdlT), qui commence le 6 novembre. La presse annonçait ces jours derniers que les moutons manqueraient pour cette fête ! La veille des élections, ils ont distribué des morceaux de viande à des familles particulièrement pauvres. Ça ne peut plus s’appeler « campagne électorale ». C’est tout simplement de la corruption.

Y a-t-il des preuves ?

Bien sûr ça n’a pas été filmé, mais beaucoup de témoins ont rapporté de tels faits.

Donc Ennahda a distribué de l’argent. Dans de nombreuses villes, le parti islamiste a occupé en pleine campagne électorale la place principale et célébré sur des écrans géants la future victoire de leur leader Ghannouchi, fêté comme une star. Pendant ce temps d’autres partis tenaient leurs réunions dans de Maisons des jeunes de quartiers excentrés. Où Ennahda a-t-il trouvé l’argent ?

C’est une question que nous nous posons aussi. On a dit que l’argent venait d’Arabie saoudite. Il est pensable que ce pays trouve avantage à installer coûte que coûte un système politique islamiste en Tunisie. Car la Tunisie joue un rôle d’avant-garde pour les autres pays arabes. L’argent distribué par le parti est une chose. Il est plus regrettable qu’on ait exercé des pressions sur les électeurs en amont des élections. Une camarade m’a raconté que sa mère avait reçu plusieurs visites de partisans agressifs d’Ennahda, qui l’avait incitée à voter pour leur parti jusqu’à ce que, de guerre lasse, elle le leur promette. Ce sont surtout des gens âgés habitant en zone rurale qui ont pu se sentir menacés ou intimidés. Là aussi il y a des témoignages.

Depuis la victoire des islamistes, des jeunes gens qui se disent ironiquement « chômeurs diplômés » se rassemblent chaque jour sur l’avenue Bourguiba à Tunis. La plupart ont bouclé un cursus universitaire, mais beaucoup cherchent en vain un boulot depuis des années. Ils disent avoir l’impression que le parti Ennahda a volé leur révolution et craindre pour leur avenir. Ils revendiquaient des libertés civiles et sont obligés de discuter de problèmes dépassés : Les femmes doivent-elles se voiler ? La charia sera-t-elle inscrite dans la Constitution, ou les hommes seront-ils autorisés à être polygames ? Tout espoir est-il perdu ?

Ennahda est un parti de droite qui ramène brutalement notre révolte au Moyen-Âge. S’il se prétend inoffensif et lance des signaux en ce sens, c’est seulement en raison de la pression de la rue. Dès qu’elle faiblira, les islamistes jetteront le masque. Mais croyez-vous sérieusement que des femmes tunisiennes émancipées et éclairées se laisseront jamais remettre au pas ? Pour ma part je préfère mourir que de porter un niqab (voile qui enveloppe entièrement, ne laissant voir que les yeux, NdlR). Ils n’oseront jamais, car le combat ne fait que commencer. Dans un an il y a de nouvelles élections.

Que craignez-vous qu’Ennahda inscrive dans la Constitution ?

Ce qui m’inspire quelque inquiétude, c’est que l’opposition n’est pas préparée à se défendre si l’on ampute les libertés. Et je n’ai pas confiance dans ce parti. Il montre un visage jovial, il joue les gentils islamistes tolérants d’à côté - mais par en-dessous il discrédite sans cesse les forces progressistes. Par exemple, dans leurs rangs, on lançait récemment m’idée que les femmes ne pourraient plus travailler qu’à mi-temps. Ce qui signifie leur retirer toute base économique, car personne ne peut vivre d’un travail à mi-temps. C’est le porte-parole d’Ennahda qui en a parlé, bien que par ailleurs il joue les gentils. Il faut être sur nos gardes et bien écouter ce qu’ils projettent.
 
 

Radhia Nasraoui, Photo Reuters

 Quels droits pourrait-on retirer aux femmes - ou du moins affaiblir ?

Nous étions en bonne route. Au cours du printemps arabe, nous avons avancé à grands pas, pour acquérir plus de droits. Et voilà que maintenant les forces réactionnaires arrivent la gueule enfarinée. Ghannouchi, par exemple, déclare très sérieusement  que si les hommes sont au chômage, c’est parce que les femmes veulent à tout prix travailler. Avec des arguments qui n’en sont pas, de type populiste, il dresse les femmes contre les hommes et réciproquement. Et voilà.

La pression sur les femmes augmente -t-elle déjà dans la vie de tous les jours ?

Oui, on attaque les femmes sous l’angle de la morale. Par exemple on a placardé dans les mosquées une photo de Bouchra Belhaj Hamida, l’ex-présidente de la grande organisation progressiste féminine « l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates ». Sur cette photo elle buvait un verre de vin. Ce qui revient dans ces milieux à la discréditer en la présentant comme une buveuse et une prostituée.

Pourquoi le PCOT a-t-il eu si peu de succès à ces élections ? 1,5% seulement ?

Nous n’avons pas eu les mêmes chances que d’autres partis. À la différence d’Ennahda les médias nous ont laissés de côté. Nous avons été trop critiques à leurs yeux, nous avons critiqué le gouvernement de manière trop radicale - pas comme le grand parti islamiste, qui met une sourdine. Je n‘ai été invitée à aucun talk-show où j’aurais pu exposer les buts du PCOT. Mon mari, Hamma Hammami, Premier secrétaire du Parti, a été présenté comme un athée, afin de suggérer aux gens qu’ils devaient choisir: ou leur religion, ou le PCOT qui est dirigé par un athée. Ce que les gens feront est alors évident. Ils ont ainsi essayé de discréditer Hamma et de le présenter sous un mauvais jour. Les médias ont présenté la campagne électorale comme s’il s’agissait de choisir entre les religieux et les autres, et non une politique. On a instrumentalisé l’Islam pour monter les gens contre nous. Nous n’avions donc aucune chance de lancer un débat sur la démocratie et le respect des droits humains et de ceux des femmes.

Quelles autres choses ont pu désavantager le PCOT ?

Avant tout les partis libéraux, tels que le « Parti Démocrate Progressiste » (PDP), qui se sont comportés comme naguère le RCD de Ben Ali. L’alliance « Pôle démocratique moderniste » a discrédité les autres partis laïcs. Elle a répandu la crainte en parlant contre la religion sur un ton qui a fait croire à des gens accoutumés à vivre en dictature qu’on les persécuterait et les opprimerait s’ils votaient pour des partis laïcs. Ils ont craint des interdictions qui les empêcheraient de pratiquer leur religion. Cette coalition de partis laïcs était également suspecte aux yeux des Tunisiens et Tunisiennes parce qu’elle se présentait comme étroitement liée aux pays capitalistes européens et aux USA. Les gens craignaient donc de voir les prix s’envoler. Le PCOT s’est bien démarqué du Bloc démocratique moderniste en se donnant le nom d’Alliance révolutionnaire, mais malheureusement la majorité ne l’a pas perçu. Nous aurons désormais beaucoup à faire pour que les gens comprennent les buts de notre communisme démocratique. En outre il a été difficile de trouver les candidats du PCOT sur les bulletins de vote. Même des gens que nous connaissons personnellement n’ont pu identifier notre liste parmi les 100 listes en concurrence. Ni mon nom ni celui de Hamma n’étant mentionnés, nous étions simplement « l’Alternative révolutionnaire ».
 
Quelle est votre attitude personnelle vis-à-vis de la religion ?
 
Il y a deux manières de pratiquer sa religion : ou l’on se jette à plat ventre cinq fois par jour sur le tapis de prières et l’on est persuadé d’être un bon musulman - tant pis si parallèlement on commet des délits, si on vole ou trompe les autres. Ce n’est pas contradictoire. Ou bien on croit à l’idéal de la bonté humaine et l’on refuse de voir les autres vivre dans la pauvreté et les difficultés. Ce sont deux approches radicalement différentes. Mais un parti politique n’a rien à voir avec une Église, il n’est pas compétent en matière religieuse. Chacun a le droit de croire ce qu’il veut. Le problème, c’est quand on fait un usage pervers de la religion en politique, à l’occasion d’élections. C’est exactement ce que fait Ennahda. Ils donnent à penser que seuls des croyants peuvent faire de la politique. Il faudra faire comprendre clairement aux gens que la politique et la religion n’ont rien à voir et ne doivent donc aucunement être mises en corrélation.

En Algérie des militaires corrompus ont très consciemment laissé des trublions islamistes semer la terreur et le régime a utilisé ces attaques contre la population civile pour faire peur aux gens, engendrer le chaos et en a profité pour élargir et fortifier son propre pouvoir. La situation risque-t-elle d’en arriver là en Tunisie ? 

J’espère bien que non. Mais en Tunisie aussi de jeunes femmes se laissent convaincre que la polygamie a ses bons côtés et qu’un homme a le droit d’avoir quatre femmes. Tant que ce sera le cas et que les gens ne se seront pas remis des 23 ans de dictature bénaliste, le risque de tyrannie persistera. Mais nous serons sur nos gardes et surveillerons de près les propagandistes en question. C’est grave que la Libye institue maintenant la charia au lieu d’une législation démocratique. Les bombes de l’OTAN lui ont ouvert la voie. De toute évidence les gouvernements des pays capitalistes se moquent totalement du sort des habitants et de leurs libertés. Ils jouent leur propre jeu sans sourciller. Par le passé, ils ont soutenu des dictatures sans se soucier si elles respectaient les droits humains. De la même façon, ils maintiendront au pouvoir des tyrans religieux, du moment que ceux-ci ne contrecarrent pas leurs propres intérêts économiques.
 
Que pensez-vous de la politique d’Obama ?
 
Obama a soutenu l’islamisme « modéré » d’Ennahda, qui ne le dérange en rien. Ennahda ne causera aucun tort aux pays capitalistes. Ce parti se laissera enrôler exactement comme Ben Ali et agira comme lui: il ouvrira les marchés et facilitera leur expansion.
 
Quel rôle jouent l’armée et la police depuis la chute de Ben Ali ?
 
 L’armée ferait bien maintenant de revenir dans ses casernes. Elle n’a rien perdu de ses positions politiques. Quant à la police, rien n’a changé. Tout continue comme par le passé. La Révolution de jasmin du 14 janvier n’a pas mis un terme à la torture. L’organisation de défense des droits humains où je milite a tout récemment publié un rapport qui nous a forcés à constater que la méthode du «poulet rôti » est toujours en usage : on suspend les personnes à une barre et on les fait tourner autour de leur axe jusqu’à ce qu’ils perdent connaissance. Ils violent leurs victimes avec des bâtons et les frappent. L’arrivée d’Ennahda au pouvoir ne changera sans doute pas grand-chose. Ils laisseront tranquilles les forces de l’ancien régime. Leur campagne électorale a déjà montré combien ils étaient corrompus. Ils risquent d’appliquer les mêmes méthodes que Ben Ali - de toute évidence le Président des États-Unis et le Président français, Nicolas Sarkozy, y comptent bien. Tous deux ont largement soutenu la dictature de Ben Ali, pourquoi retireraient-ils leur sympathie à un régime religieux ?
 
Qu’attendez-vous des réseaux et mouvements sociaux internationaux ?
 
La solidarité internationale est d’une importance capitale pour les Tunisiens et Tunisiennes. Cela nous aiderait beaucoup que les mouvements sociaux étrangers inondent leurs gouvernements de protestations, afin de leur montrer qu’ils ne se donnent pas le beau rôle en soutenant des régimes qui ne respectent pas les droits humains et ne garantissent ni la liberté religieuse ni d’autres droits démocratiques.
 
Radhia Nasraoui est avocate à Tunis. En 2003 elle a été cofondatrice de l’organisation de défense des droits humains "Association de lutte contre la torture".
Pour l’élection de l’Assemblée, constituante Radhia Nasraoui était candidate sur la liste "Alternative Révolutionnaire". Elle est mariée au Premier secrétaire du PCOT (Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie), Hamma Hammami.

 
Merci à Junge Welt
Source: http://www.jungewelt.de/2011/11-05/001.php
Date de parution de l'article original: 05/11/2011
Traduit par  Michèle Mialane
 

Tunis, accord de gouvernement

Les islamistes d’Ennahdha et les deux partis de gauche, 
le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, ont conclu vendredi un accord de répartition concernant les trois postes clés de l’État. La présidence de la République est attribuée à Moncef Marzouki (CPR), l’Assemblée constituante à Mustapha Benjaafar (Ettakatol) et le premier ministère à Hamadi Jebali (Ennahdha). L’accord, qui doit être officialisé ce lundi, demeure toutefois 
sous réserve de validation par l’Assemblée constituante.

Marzouki, chef de l’État tunisien

L’Assemblée constituante, élue le 23 octobre, a débuté hier sa séance à Tunis.

Alors que l’Assemblée constituante élue le 23 octobre débutait hier sa première séance au palais du Bardo à Tunis, un millier de personnes manifestaient devant le siège du Parlement, brandissant des banderoles avec des slogans tels que « Non à la théodémocratie », « Pas de peur, pas de panique, le pouvoir revient au peuple », « Pas touche au code du statut personnel ». La députée non voilée d’Ennahdha, Souad Abderahim, surnommée la Sarah Palin tunisienne, qui avait jugé « inconcevable d’élaborer une loi portant protection des mères célibataires dans une société arabo-musulmane », a été prise à partie par les manifestants aux cris de « Dégage ! » 

Après l’ouverture de la séance, les députés devaient prêter serment sur le Coran avant de commencer par valider un accord de principe, dit « déclaration d’entente nationale » entre Ennahdha (islamiste) et les deux partis de centre gauche, le Congrès pour la république (CPR) et Ettakatol, sur la répartition des postes clés au sommet de l’État. Sauf surprise, la présidence du pays reviendrait à Moncef Marzouki (soixante-deux ans, CPR), le premier ministère à l’islamiste Hamadi Jebali (soixante-deux ans), et la présidence de l’Assemblée constituante à Mustapha Ben Jaafar (soixante et onze ans, Ettakatol). Les 217 députés devaient également trancher la question du type de régime parlementaire à mettre en place durant le mandat de la constituante : CPR et Ettakatol sont partisans d’un régime parlementaire mixte avec un chef de l’État disposant de pouvoirs exécutifs, tandis qu’Ennahdha préconise un régime parlementaire à la turque où le chef de l’État a une fonction plutôt symbolique. Autres points de friction à venir, la répartition des postes ministériels, notamment ceux de l’éducation et la justice, convoitées par Ennahdha.

H. Z.



Edité par T 34 - 24 Nov 2011 à 22:34
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 Nov 2011 à 19:15

Tunisie : Souad le Pen-Palin est née !

 
Salah HORCHANI

Souad Abderrahim, élue à l’Assemblée Nationale Constituante, lors des élections du 23 octobre 2011, pour le compte du Parti Islamiste Ennahdha, est plus que Souad le Pen, elle est, plutôt, Souad le Pen-Palin, comme le montre son interview contenu dans le Lien ci-dessous, interview dont sont extraites les trois Questions-Réponses suivantes :

"Q. Conserverez-vous le Code du Statut Personnel en l’état ?

R. Nous voulons changer l’article relatif à l’adoption, car il ne correspond pas à la religion musulmane, et le transformer en loi sur la kafala".

[Nda : La kafala est la tutelle ou la délégation de l’autorité parentale ; en outre, la Tunisie est, actuellement, le seul pays arabo-musulman qui reconnait l’adoption ; enfin, il convient de mentionner que tous les Ténors du Parti Ennahdha, y compris leur Chef, Rached Ghannouchi, ont juré, tous azimuts, avant les élections du 23 octobre 2011, que le Code du Statut Personnel est un acquis national intouchable, d’autant plus qu’il est, disent-ils, en pleine conformité avec l’Islam].

"Q. Et que pensez-vous de l’égalité en matière d’héritage comme le préconisent les associations féministes ?

R. La disposition sur l’héritage ne changera pas, il y a un verset du Coran très clair à ce sujet. Les associations féministes qui demandent l’égalité en matière d’héritage ne représentent pas les femmes tunisiennes, elles sont minoritaires. Ce n’est pas la demande des Tunisiennes. Leur projet est d’inspiration occidentale, française. Ennahda est pour la complémentarité homme/femme, pour le partenariat. (Ndlr : le propos se fait caricatural quand il pointe « ces femmes qui veulent imposer le mariage homosexuel ». Cela nous rappelle les discours du FIS, qui accusait les féministes algériennes qui revendiquaient, en 1990-91, l’abrogation de la polygamie et l’égalité des droits dans la famille, les désignant par dérision insultante de « femmes qui veulent épouser quatre hommes »)".

"Q. Que sera la nouvelle Tunisie ?

R. Elle sera arabo-musulmane. Son moteur sera un Islam moderne. Des projets politiques ont été importés de France comme la liberté totale de la femme, la défense des mères célibataires. Dans notre société, on ne peut défendre la mère célibataire, l’enfant qui porte le nom de sa mère, ce n’est pas conforme à notre identité tunisienne".

[Nda : Des rumeurs persistantes prédestinent Souad le Pen-Palin à occuper le Ministère de la Femme et de la Famille dans le Gouvernement, actuellement, en gestation : c’est comme si on nommait Zinochet (sobriquet du Président déchu Zine el-Abidine Ben Ali) Ministre de l’Anti-corruption !].

http://www.elwatan.com/dossier/la-nouvelle-tunisie-sera-arab...

Salah HORCHANI

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 11 Nov 2011 à 18:59

Élections constituantes en Tunisie : les classes dominantes et l'impérialisme gardent la main en l'absence d'alternative portée par une organisation révolutionnaire

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Élections constituantes en Tunisie : les classes dominantes et l'impérialisme gardent la main en l'absence d'alternative portée par une organisation révolutionnaire

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Les élections à l'Assemblée constituante du 23 octobre ont marqué la fin de ce qui apparaît désormais comme une révolution avortée. Ou plutôt une révolution confisquée, transformée en contre-révolution par les classes dominantes économiques et politiques, qui ont gardé leur pouvoir intact – dans la structure économique et l'appareil d’État – de la transition de la dictature au régime dit démocratique.

Les classes dominantes ont su habilement porter la lutte sur le terrain qu'elles maîtrisent parfaitement, celui du jeu électoral et des combinaisons politiciennes reposant sur un pluralisme de façade avec une vie politique faussée par l'influence du capital privé, national et international, et des médias dans le déroulement du scrutin.

La laïcité au cœur du débat politique : une vraie question dévoyée

De façon subtile, le débat politique a été focalisé sur la question de la laïcité, qui préoccupe légitimement les franges les plus progressistes, et potentiellement révolutionnairesde la sociététunisienne. Néanmoins, en contribuant à alimenter le « péril islamiste », réel et plus insidieux qu'il ne le semble de prime abord, ce mouvement médiatique et politique a renforcé le parti islamiste auprès des couches populaires et paysannes en attente d'ordre et de paix sociale, après l'atmosphère répressive de la dictature et un an d'un processus révolutionnaire agité.

Cette campagne, qui s’est polarisée entre forces islamistes et laïques, a par ailleurs dissimulé les points convergents qui l'emportent très largement si on compare les programmes économiques et sociaux du parti islamiste Ennahda et des principaux partis laïques de centre-gauche comme Ettakatol, le Parti démocrate progressiste (PDP) ou le Congès pour la République (CPR). Avant le scrutin, Ennahda s'était déjà rapproché de certains de ces partis tel le CPR.

Le triomphe d'Ennahda ou la victoire des forces de la classe dominante dans son ensemble ?

Plus que le détail du scrutin, c'est finalement la victoire des forces du système qui compte, sur la base d'un (social)-libéralisme affiché et d'une allégeance réaffirmée à l'impérialisme occidental.

Ennahda s'est chargé dès l'annonce des résultats partiels de rassurer les investisseurs, par la voix du directeur du bureau exécutif du parti, Abdelhamid Jlassi : « Nous voulons rassurer nos partenaires : nous espérons très rapidement revenir à la stabilité et à des conditions favorables à l'investissement ». Le ministre des Finances, Jalou Ayed, assurait lui que le score d'Ennahda n'avait pas de quoi « refroidir » les investisseurs. Il devrait rester aux commandes du ministère.

Le consensus sur le fond a même été avoué par un autre membre du comité exécutif d'Ennahda qui après le scrutin pouvaient affirmer qu'une coalition gouvernementale était possible avec le CPR et Ettakatol car « leurs positions ne sont pas éloignées des nôtres ».

Ennahda réalise un raz-de-marée électoral avec 89 sièges, qui s'ils ne lui suffisent pas pour former le gouvernement provisoire seul, lui permettent d'être toutefois maître du jeu.

Derrière, on retrouve deux formations aux profils assez similaires, Ettakatol (20 sièges) et le CPR (29 sièges) qui tous deux se revendiquent d'une filiation social-démocrate, affirmant en fait une ligne économique social-libérale s'efforçant de rassurer les investisseurs étrangers sur leur absence totale de dimension subversive.

Le Parti démocrate progressiste (PDP), longtemps favori pour prendre la tête du « camp laïque » n'obtient que 17 sièges, empêtré dans ses contradictions, victime de son opportunisme éhonté et de son absence de positionnement clair, avec un grand écart entre son origine de formation socialisante et sa dérive ouverte vers le libéralisme droitier.

La puissance des médias et du capital est frappante dans les scores étonnants réalisés par certaines forces, ouvertement libérales et droitières, comme les partis d'anciens ministres de Ben Ali, Initiative et Afek Tounes (respectivement 5 et 4 sièges). Et surtout par le score réalisé par le parti Pétition populaire du milliardaire Hechmi Hamdi, ancien islamiste collaborant totalement avec Ben Ali et son régime, qui obtient, par son seul contrôle de sa chaîne télévisée al Mustaquilla, 26 sièges.

Le triomphe d'Ennahda pose la question d'un péril islamiste en Tunisie, plus insidieux qu'il n'y paraît. Rachid Ghannouchi, son dirigeant historique, revendique sciemment le modèle turc de l'AKP, éclairant pour comprendre les ambitions d'Ennahda et plus largement des milieux économiques et politiques nationaux et internationaux qui ont rendu son triomphe possible.

Le modèle turc d'Ennahda : libéralisme économique, ordre social et islamisation rampante

Depuis huit ans, l'AKP conduit une islamisation rampante mais très prudente de la société turque. Le parti proclame officiellement son respect pour le principe de laïcité de l’État turc, avançant très prudemment pour vider le principe de sa substance, mais reculant à chaque mouvement de résistance rencontré.

L'AKP produit en fait, par son organisation de masse, présente dans chaque ville, village, quartier, épaulée par le contrôle de l'appareil étatique, financée par les milieux économiques islamistes, une islamisation « par le bas » de la société turque, imposant autant qu'elle entretient les valeurs d'un islamisme teinté d'un fort conservatisme social.

Sur le plan économique, l'AKP mène une politique libérale louée par le FMI, attirant les investisseurs étrangers, allemands, français ou américains, sur la base d'une politique de libéralisation, de privatisation, de contraction des salaires et de coupes dans les acquis sociaux.

Voilà le modèle d'Ennahda qui inspire aujourd'hui confiance aux investisseurs internationaux : l'ordre social avec un consensus sur une base religieuse et conservatrice allié au libéralisme économique le plus échevelé.

Que les forces laïques, prétendument de gauche comme Ettakatol ou CPR soient aujourd'hui prêtes à former un gouvernement même provisoire avec un parti aussi peu progressiste qu'Ennahda est révélateur. Les masques tombent et le principe de laïcité qui a servi à ces partis pour proposer de larges rassemblements et capter des voix révèle toute sa nature instrumentale pour ces partis prêts aujourd'hui à le brader pour quelques postes gouvernementaux.

Comment un tel mouvement en Tunisie, qui a pris un temps de cours la bourgeoisie nationale et l'impérialisme occidental, un mouvement potentiellement révolutionnaire peut-il aujourd'hui se retrouver privé de toute représentation dans un scrutin plébiscitant les forces conservatrices et réactionnaires ?

Sans organisation révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire

Aucune organisation de masse n'a pu émerger de façon autonome du mouvement révolutionnaire, comme cela a pu être le cas en Amérique latine. Des diverses actions de lutte issues de la base de l'UGTT, ayant joué un rôle décisif dans le processus révolutionnaire, aucune organisation stable n'a pu émerger, même si l'hypothèse d'un « Parti du travail » lié à la base de l'UGTT, sur des bases floues, plus trade-unionistes que révolutionnaires, a pu être envisagé.

Même dans cette perspective, comme celle présente dans certains pays d'Amérique latine par exemple, l'existence du Parti communiste serait une nécessité historique, pour donner une perspective au mouvement révolutionnaire. L'absence de toute organisation progressiste issue du mouvement rend encore plus impérieuse la présence d'un Parti communiste fort et indépendant des forces dominantes.

L'absence d'organisation révolutionnaire, et en premier lieu de Parti communiste, explique pour grande partie cette situation chaotique. L'absence d'une alternative révolutionnaire incarnée par une organisation de masse et de classe, offrant une perspective socialiste à la jeunesse et à la classe ouvrière tunisienne et les moyens de l'atteindre pèse au-delà du scrutin sur l'avenir d'une révolution tunisienne aujourd'hui récupérée et confisquée par les forces dominantes.

Le spectre du Parti communiste tunisien

Il convient de rappeler que le Parti communiste tunisien a été liquidé par sa propre direction en 1993 qui a décidé de fonder alors le parti Ettajdid, sur la base du renoncement au communisme et de l'adoption d'une idéologie réformiste et d'une organisation social-démocrate, malgré la persistance de fortes oppositions internes.

Depuis, Ettajdid n'a eu de cesse de glisser vers la droite, elle a joué le rôle de caution de gauche au régime de Ben Ali, multiplié les appels à des grands fronts de gauche laïques, allant des sociaux-démocrates de gauche à des formations libérales de centre-droit.

La dernière en date, la dernière coalition présentée en 2011, le Pôle démocratique moderniste (PDM), rassemblement allant du Parti socialiste de gauche à la Voie du centre a réalisé un résultat médiocre, avec seulement 5 sièges partagés entre les représentants des cinq composantes fondatrices.

Les contradictions de l'ancien groupuscule « pro-albanais » du PCOT occupant l'espace vacant laissé par le PCT

Face à cette trahison historique, un parti groupusculaire a occupé l'espace vacant et a récupéré ce que peuvent représenter le nom et les symboles communistes en Tunisie pour prospérer de façon inédite pour une formation de ce type.

Le Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT) est une formation d'origine maoïste fondée comme une scission pro-albanaise en 1986. Petit groupe clandestin, le PCOT a profité de la double trahison de la direction du PCT, liquidant le parti et collaborant objectivement avec Ben Ali pour se doter d'un petit prestige conquis dans la résistance clandestine à la dictature, en particulier dans certaines couches estudiantines et intellectuelles.

Sorti de la clandestinité début 2011, le PCOT ne repose pas sur une organisation de masse et ne bénéficie que d'une influence très limitée sur le mouvement ouvrier, mais il occupe seul de fait un créneau politique, celui d'une force proposant un discours révolutionnaire, avec la propriété du nom et des symboles communistes.

C'est ce qui explique son score, certes modeste en absolu, mais inédit pour une formation de ce type et significatif sur le plan symbolique : 3 sièges, obtenu au moins autant sur l'activisme local réel des militants du PCOT que sur ce que représente et porte le nom de communistes en Tunisie, dans un contexte potentiellement révolutionnaire.

Le dernier mot n'est pas encore dit sur cette organisation qui a noué des relations très étroites avec le parti islamiste Ennahda pendant la dictature, qui se tient hors du mouvement communiste international – préférant une coordination internationale de groupuscules hoxhistes – et qui ces derniers temps a beaucoup édulcoré son programme, axé désormais sur la redistribution des richesses plutôt que sur la révolution socialiste. Des voix de plus en plus insistantes appellent par ailleurs à l'intérieur du parti, comme cela fut visible au dernier congrès du PCOT en juillet, à l'abandon du nom et des symboles communistes pour ratisser plus large.

Quelle que soit la voie qu'empruntera ce parti dans le futur, il n'incarne que de façon très imparfaite le rôle que devrait jouer un Parti communiste en Tunisie : impulser et orienter les luttes à partir d'une organisation de masse et de classe, implantée dans les lieux de travail et de vie, pour la rupture révolutionnaire avec le système capitaliste, l'alternative socialiste se construisant d'abord dans les luttes.

La responsabilité des liquidateurs du communisme en Tunisie est immense dans le désarroi dans lequel sont plongées désormais la classe ouvrière et les forces progressistes en Tunisie, privées de toute perspective révolutionnaire, et de l'organisation participant à la rendre concrète dans son travail militant quotidien.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Nov 2011 à 18:35

Un électeur potentiel sur deux n’est pas allé voter

Plus de 51% 
des Tunisiens en âge de voter sont restés à la maison. Sur 7,5 millions d’électeurs potentiels, seuls 3,7 millions se sont rendus aux urnes. De quoi relativiser 
le triomphalisme des islamistes d’Ennahda.

Tunis, envoyé spécial. «Le taux de participation pourrait dépasser les 60%», s’enthousiasmait Kamel Jendoubi, le président de la commission électorale, dimanche 23 octobre, à la mi-journée. Les reportages de la presse et des télés arabes, françaises et anglo-saxonnes, montrant de longues files d’attente devant les bureaux de vote, accréditaient l’image d’un engouement populaire massif pour ces premières élections libres, neuf mois après la chute du dictateur Ben Ali. Un succès populaire loué par Barack Obama, pour qui ce scrutin «a changé le cours de l’histoire».

La réalité est tout autre. En fait, la participation n’a été que de 48,91%. Plus de 51% des Tunisiens en âge de voter sont restés à la maison. Sur un nombre total d’électeurs potentiels de 7 569 824, seulement 3 702 627 électeurs se sont rendus aux urnes. De ce fait, les 1 535 000 voix obtenues par le parti islamiste Ennahdha lui accordant 90 sièges sur les 217 à pourvoir ne représentent que 20,28% de l’électorat. Autrement dit, l’ampleur du succès électoral des islamistes est à relativiser. «Il y a un peuple qui a voté et un autre, celui qui a fait la révolution, a boycotté les urnes», résume l’avocat Jalal Zoghlami. «Les 18-35 ans, la frange jeune, politisée des quartiers populaires de Tunis et des villes de l’intérieur, celle qui a occupé la place de la Casbah en janvier-févier, n’a pas voté. Pour ces jeunes, la Constituante n’était pas la priorité. Il fallait consolider les acquis de la révolution, ils n’ont pas été écoutés, mais ce n’est que partie remise. Quant à l’usage du religieux par Ennahdha, les progressistes le savaient. Au lieu d’axer leur message sur les problèmes des Tunisiens, ils se sont focalisés sur la seule menace islamiste», ajoute-t-il.

Les partis de gauche – Congrès pour la république (CPR, 30 sièges, 13,82%), Ettakatol (Forum pour le travail et les libertés, 21 sièges, 9,68%), le Parti démocrate progressiste (PDP, 19 sièges, 8,76 %), le Pôle démocratique moderniste ( 5 sièges, 3%), le PCOT (3 sièges, moins de 3%), le Mouvement des démocrates socialistes (MDS, 2 sièges moins de 3%), le Mouvement des patriotes démocrates (2 sièges) – totalisent 80 sièges, soit 1,4 million de voix. L’universitaire et économiste Salah Hamzaoui, proche du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), n’est pas surpris. «Plus de 115 partis et listes, avec des numéros différents selon les circonscriptions, des promesses de toutes sortes, ont créé un désarroi chez des gens qui n’ont jamais voté librement. Le bulletin de vote était une vraie affiche avec une multitude de noms et de sigles divers. Alors, ils ont renoncé.» Selon lui, «c’était voulu. En accordant l’agrément à autant de partis et de listes, le ministère de l’Intérieur, aux mains d’un ancien du régime de Ben Ali, a fait délibérément dans la confusion. Au lieu de refuser ce fait, les progressistes ont sombré dans le démocratisme sous prétexte qu’on ne peut refuser que des Tunisiens créent des formations ou se présentent aux élections sous l’étiquette d’indépendants, arguant qu’à l’issue du scrutin, n’émergeront que cinq à six formations politiques». Cette confusion a probablement favorisé l’arrivée surprise en troisième position d’une liste indépendante, El Arridha Chaabia (Pétition populaire pour la justice et le développement) de Hachemi Hamdi, avec 19 sièges. Ce milliardaire, surnommé le Berlusconi tunisien, propriétaire de la chaîne télévision satellitaire Al Mustaqila, est un ancien d’Ennahdha, entré en conflit avec son chef, Rached Ghannouchi. C’est, dit-on, un proche de Leila Ben Ali. «Hachemi Hamdi est l’homme des Saoudiens, alors que Ghannouchi est celui des Qatariens. L’Arabie saoudite et le Qatar se livrent une guerre d’influence via Ennahdha et Al Arridha», soutient un observateur.

«Ennahdha, proche de l’AKP turc. C’est du pipeau !» assure Fateh, militant associatif. En effet, le premier ministre turc, lors de sa visite à Tunis en juin dernier, a quelque peu refroidi les nahdhaouis en se prononçant pour le respect de la laïcité en vigueur en Turquie. «Il existe une tendance pro-AKP au sein d’Ennahdha. Mais elle est minoritaire. Pour la faire émerger, il faudrait un puissant mouvement de la société civile», assure une universitaire pour qui c’est la tendance ultra-conservatrice proche des Frères musulmans égyptiens qui domine. Quant à Souad Abderahim, l’élue non voilée d’Ennahdha, «ce n’est qu’un alibi moderniste», prévient-elle. Âgée de quarante-sept ans, Souad Abderahim, pharmacienne et femme d’affaires, est la représentante type de ces milieux néo-libéraux auxquels Ennahdha, sous l’influence du Qatar, a voulu donner des gages. «Pas que le Qatar», s’insurge Jalal Zoghlami. «Trois mois avant les élections, sous l’égide de la Banque mondiale, des marchés financiers, de Washington et Paris, un projet dénommé Programme du jasmin (al moukhatat el yasmin, en arabe) a été mis au point, avec un volet politique prévoyant un partage des pouvoirs après les élections, accepté par Ennahdha. Ce plan prévoit de confier la présidence de la République à Beji Caid Essebsi (actuel premier ministre), les ministères de l’Économie, des Finances, de la Défense, la direction de la Banque centrale de Tunisie, à des technocrates. À charge pour Ennahdha de s’entendre avec d’autres partis pour les autres ministères.» Reste que le Congrès populaire pour la république (CPR) de Moncef Marzouki qui, selon les sondages ne devait arriver qu’en quatrième position, n’était pas prévu dans ce plan. Il risque, de ce fait, de jouer les trouble-fête et fausser les calculs établis. À l’évidence, en dépit de la victoire d’Ennahdha, l’avenir politique de la Tunisie semble plus compliqué qu’il n’y paraît.

Hassane Zerrouky

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Il y a désormais une place pour une gauche authentique en Tunisie

Par Raquel Garrido et Alexis Corbière, Secrétaires nationaux du Parti de Gauche (1).

Ne désespérons pas de la Tunisie. Au contraire. Les résultats sortis des urnes dimanche 23 octobre ne doivent surtout pas nous amener à hausser les épaules et à penser, déçus et amers  : «Bah, finalement, ce n’était que cela…» Non. Ce qui se déroule là-bas demeure exemplaire et riche d’enseignements pour tous les peuples du monde qui luttent pour leur émancipation.

Souvenons-nous. Les choses ont commencé il y a moins d’un an. C’est bien sous la pression de puissantes mobilisations populaires, si courageuses et si déterminées, que, depuis le mois de décembre 2010, ce pays a commencé à changer. Le dictateur Ben Ali, qui régnait par une poigne de fer, a dû fuir avec son clan le 14 janvier 2011. Qui l’eût cru ? Puis la revendication d’une Assemblée constituante pour rédiger une nouvelle Constitution a été satisfaite, non sans mal. C’est ainsi que pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie, des élections réellement libres et démocratiques ont eu lieu. Elles sont un succès dans leur organisation. Plus de 90% des inscrits sont venus voter, et cela représente 70% de la population en capacité de le faire. Cet acquis, sur lequel il sera très difficile de revenir, est bien celui d’une révolution populaire et démocratique. Réjouissons-nous donc, nous n’avons pas rêvé.

Il reste maintenant à comprendre pourquoi le peuple tunisien qui est venu voter a choisi à près de 40% le parti Ennahdha, un mouvement politico-religieux conservateur, libéral sur le plan économique – il demande par exemple la baisse des taxes pour les entreprises – et très réactionnaire sur le plan social. Les réponses sont multiples. D’abord, Ennahdha, fondé en 1989 par des intellectuels influencés par les Frères musulmans d’Égypte, est un prolongement du Mouvement de tendance islamique (MTI), fondé en 1981. Il est donc un des rares partis tunisiens à disposer d’une organisation militante ancienne et expérimentée, présente sur le terrain et particulièrement dans les milieux populaires grâce à un maillage de militants d’une dimension à laquelle aucune autre formation ne peut se comparer. Voilà donc près de trente ans qu’il «laboure» avec patience. De plus, ce parti a bénéficié de moyens financiers considérables, aux origines officiellement inconnues, mais dont les seules cotisations de ses adhérents ne peuvent fournir une explication crédible, et auxquels il est vraisemblable que le Qatar ou l’Arabie saoudite ont participé. Cette puissance financière lui a permis de maintenir une visibilité forte dans le champ politique, de se payer de nombreux clips télé de campagne, du matériel électoral, de nombreux locaux, etc. Cet argent lui a permis aussi de développer des relations clientélistes avec de nombreux électeurs modestes à qui il était promis quelques dinars en échange de leur vote.

Ces éléments fournissent un premier cadre d’explication. Ils sont toutefois insuffisants. Le score d’Ennahdha, moins d’un an après la fuite du tyran, est aussi la photographie crue de la réalité de la Tunisie «post-bénaliste». À sa façon, ce parti, même si ces militants furent rudement réprimés, est un des enfants idéologiques de ce régime infect. Il a ainsi profité du maintien de la grande majorité de la population dans un appauvrissement culturel quotidien qui, en fait, allait de pair avec un régime policier interdisant toute vie démocratique. Cette population fut ainsi matraquée idéologiquement par une cinquantaine de programmes télé, généralement des chaînes étrangères, mêlant spectacle sportif et obscurantisme religieux déclinés de mille manières. Ceci a fourni le seul horizon culturel pour des millions de Tunisiens vivant dans des conditions d’existence très difficiles. Rappelons que, sur une population de près de 10 millions d’habitants, le régime Ben Ali laisse 2 millions d’illettrés.

Dans ce décor politique et culturel bien pauvre, les religieux ont prospéré avec patience. Le régime de Ben Ali ne bâtissait en rien une société laïque émancipatrice. À l’inverse, il construisait une société injuste et inégalitaire au profit d’une infime couche de pistonnés, réprimait toutes formes de contestation et laissait se développer la religion comme seul «soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur» pour reprendre les classiques.

Le score d’Ennahdha ne marque pas une «progression» des religieux dans la Tunisie actuelle après la révolution, mais est le constat de l’état de la société dans laquelle des années de dictature l’ont plongée.

Parallèlement, les forces qui portent un projet social progressiste ont multiplié les erreurs. Elles se sont inutilement et artificiellement divisées, participant à la confusion générale déjà bien avancée. Sur le plan national, comment s’y reconnaître face à plus de 1 570 listes électorales, dont 701 indépendantes, et 10 937 candidats ? Comment choisir entre 50 et 95 listes dans certaines circonscriptions ? Comment supporter le spectacle ridicule et désorientant de soirées entières sur la télévision publique consacrées à la diffusion de messages de trois minutes par liste, se succédant les uns après les autres, de façon souvent assez farfelue ? Dans cet océan de confusion où nombre 
de micropartis utilisaient un jargon militant incompréhensible pour beaucoup de gens, 
les religieux d’Ennahdha surnageaient et apparaissaient comme une force stable.

Sans trop s’exprimer, ils ont aussi réussi à capter une forme de radicalité qui était à la source de la révolution. Le rejet de la corruption de l’ancien régime ne fut pas assez présent dans le discours des progressistes, à l’exception du CPR de Moncef Marzouki qui n’a pas hésité à ranger les «modernistes» du PDP et du PDM dans le camp des contre-révolutionnaires, et se situant lui-même, avec Ennahdha, dans le camp de la révolution. Pour beaucoup de gens modestes, les religieux combattront la corruption. Ainsi, de manière générale, la question sociale ne fut pas assez présente dans le discours de ceux qui voulaient représenter la gauche. L’exigence de restitution au peuple des biens privatisés par le clan Ben Ali fut quasi absente. Le grand «coup de balai» dans une justice corrompue ne fut pas demandé avec assez de force. Le refus du paiement de «la dette odieuse» fut oublié par certains. D’autres exemples illustrent ces faiblesses générales.

En même temps, un débat sur l’identité du pays et la question laïque agita les dernières semaines de campagne mais de façon hélas fort maladroite. Les laïques ayant «oublié» la question sociale, ou du moins n’en ayant pas fait la priorité, sont apparus souvent comme des privilégiés, bourgeois aisés liés à l’ancien régime RCD ou à l’ancienne puissance coloniale, bien éloignés du quotidien de ceux qui souffrent. De plus, dans ce débat biaisé, la plupart des forces laïques ne voulaient pas remettre en cause l’article un de la Constitution qui affirme notamment que « la Tunisie est un État libre (…) sa religion est l’islam». Dans ces conditions, le débat devenait bien difficile à saisir. Face à la pression religieuse, le camp des modernistes (terme bien vague d’ailleurs) s’est disloqué et s’est essoufflé.

Toutefois, malgré les résultats de dimanche et les menaces qui planent sur les libertés publiques, un nouveau pays est en train de naître. Aucune nostalgie de l’ancien régime ne doit être acceptée. Une vie civique vient de voir le jour. Elle a pour elle la force de l’élection de l’Assemblée constituante. Nous sommes persuadés qu’il sera impossible de revenir en arrière. Il est désormais possible pour 
une gauche authentique de trouver les conditions et les mots justes pour mener le combat social et culturel permettant de reconquérir les cœurs de millions de Tunisiens qui restent attachés au premier slogan de la révolution : «De l’eau, du pain, pas Ben Ali».

(1) Ayant assisté aux élections en Tunisie, 
dans le cadre d’une délégation du PG.

Raquel Garrido et Alexis Corbière



Edité par T 34 - 04 Nov 2011 à 18:58
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 03 Nov 2011 à 18:06

Des enseignantes tunisiennes agressées

la Fédération générale de l’enseignement supérieur (FGESRS) alerte sur une série d’agressions dirigées contre des femmes dans l’enceinte des universités tunisiennes.

Les enseignantes, cibles privilégiées des islamistes tunisiens ? Dans un communiqué diffusé hier, la Fédération générale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (FGESRS) alerte sur une série d’agressions dirigées contre des femmes dans l’enceinte des universités tunisiennes. L’organisation syndicale cite, entre autres, des faits survenus peu avant les élections à l’Institut supérieur de théologie de Tunis, où des étudiants ont brutalement pris à partie des enseignantes coupables, à leurs yeux, de ne pas porter de voile. «Leurs enseignements furent boycottés pour les obliger à changer de tenue vestimentaire», rapporte la FGESRS. Plus récemment, le 28 octobre, l’École supérieure de commerce de Manouba a été le théâtre d’événements semblables. «Un petit groupe d’étudiants s’en est pris à l’une de nos collègues, lui reprochant sa tenue vestimentaire. Elle fut l’objet d’interpellations, moqueries, sifflements et autres insultes jusqu’à son entrée en salle de classe. Le groupe renouvela ses comportements vexatoires quand notre collègue sortit, à la fin de son cours. À l’entrée de la même institution, une autre enseignante a été agressée, alors qu’elle était dans sa voiture, par le même groupe qui asséna des coups de pied au véhicule, alors qu’un des éléments du groupe, faisant entrer son bras par la fenêtre de la portière avant, parvenait à l’agresser physique», relate l’organisation syndicale, en appelant les autorités à «protéger les universitaires, en particulier les femmes». Des assemblées générales étaient programmées, hier, dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur, pour dénoncer ces «comportements marginaux» attentoires aux libertés, «avant qu’ils ne s’enracinent». Un rassemblement est prévu, ce jour, place de la Casbah, à Tunis.

L’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), de son côté, a créé une «cellule d’urgence» pour recueillir les témoignages de femmes victimes de telles agressions et leur apporter soutien et solidarité.

Rosa Moussaoui

Source

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 01 Nov 2011 à 21:44
Élections tunisiennes: déchiffrage
 
 

Au début de l'année 1994, un petit laboratoire d’idées islamique affilié à l'Université de Floride de Sud a organisé un forum universitaire pour lequel ils entendaient inviter Rachid Ghannouchi, le chef d'Ennahdha, alors le principal parti d'opposition en Tunisie. Cet événement annuel avait pour but d'offrir aux scientifiques et aux intellectuels occidentaux une occasion rare de faire intervenir un intellectuel ou un dirigeant politique d'orientation islamique à un moment où le discours politique était dominé par la thèse hyper-médiatisée du clash des civilisations de Samuel Huntington. Peu de temps après l'annonce publique de l'événement, des groupes et des propagandistes pro-israéliens emmenés par Martin Kramer, Daniel Pipes, Steven Emerson (chef du B’nai B’rith local et collaborateur occasionnel du journal local de droite) ont commencé à coordonner un campagne pour jeter le discrédit sur l'événement et effrayer l'université.

 
Selon Arthur Lowrie, ancien haut responsable du Département d'État et professeur adjoint à Université de Floride de Sud à cette époque, l'AIPAC et d'autres groupes pro-israéliens avaient exercé d'énormes pressions sur le Département d'État pour faire annuler le visa de Ghannouchi deux semaines après son émission à Londres. Par conséquent, l'université a dû annuler l'événement en dépit des fortes protestations exprimées par une vingtaine de chercheurs et d'universitaire. Résultat : une rencontre de grande valeur entre des intellectuels et des faiseurs d'opinions occidentaux d'une part et une figure majeure du monde islamique de l'autre a été bloquée par l'agenda étranger d'un groupe d'intérêts petit mais puissant. Cet épisode a préfiguré le mouvement anti-intellectuels qui s'est développé les années suivantes et qui a cherché à limiter la capacité des groupes et personnalités islamique à contribuer au dialogue national, en particulier après le 11 septembre.
 

Ghannouchi au début des années 80

 
Depuis ce jour de 1994, Ghannouchi n'a plus jamais pu obtenir de visa pour les USA, où il s'était pourtant rendu à plusieurs reprises à la fin des années 80 et au début des années 90. À cette époque, il vivait au Royaume-Uni, qui lui avait accordé l'asile politique et où il avait été blanchi de tout soupçon de lien avec la violence. Il y avait également gagné un procès en diffamation contre de ses détracteurs et des fidèles au régime (Ben Ali) qui l'accusaient de fomenter violences et troubles en Tunisie.
 
Dix-sept ans plus tard, Ennahdha, le mouvement islamique de Ghannouchi remporte les élections en Tunisie, avec un score écrasant de 42% des suffrages; il reçoit trois fois plus de sièges que le parti qui le suit. Toutes les parties et tous les observateurs concernés saluent le caractère démocratique, libre, non-faussé et transparent des élections.



Rachid Ghannouchi en 2011

 
Or, ces élections libres et honnêtes n'auraient pas pu se produire si elles n'avaient pas été précédées de la révolution populaire qui a éclaté le 17 décembre dernier à Sidi Bouzid, après des décennies de répression et de corruption généralisée, et qui s'est rapidement propagée dans tout le pays pour aboutir, le 14 janvier, à la fuite du dictateur de longue date Zine Al Abdine Ben Ali et de toute sa famille vers l'Arabie saoudite.
 
Depuis qu'elle a obtenu son indépendance de la France en 1956, la Tunisie a été dirigée par un système à parti unique qui à imposé sa version autocratique d'une laïcité stricte. Après avoir pris le pouvoir par un coup d'État sans effusion de sang en 1987, Ben Ali a gouverné, pendant une brève période, en laissant la place à une certaine ouverture politique. Mais ensuite, l'appareil de sécurité s'est mis à réprimer toute opposition politique, en particulier Ennahdha ainsi que des groupes pro-démocratie et de défense des droits humains.
 
Dans les élections qui viennent de se tenir, qui donc étaient les principaux concurrents? Quelle était le programme principal de chaque parti? Quels résultats ont-ils obtenus ? Que signifient ces résultats pour la Tunisie? Et que va-t-il se passer maintenant?
 
Le 23 octobre, les Tunisiens se sont rendus aux urnes pour la première fois depuis leur révolution afin d'élire une Assemblée nationale constituante composée de 217 sièges, dont 18 représentent plus d'un million d'expatriés, sur 11 millions de Tunisiens. Le principal rôle de cette assemblée est de rédiger une nouvelle constitution qui traduise les aspirations démocratiques de la révolution populaire.
 
On comptait 91 listes de partis ou d’indépendants réparties dans 27 circonscriptions dans le pays et 6 à l’étranger, principalement en Europe. Selon l’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE), la participation (près de 90%) a dépassé toutes les prévisions. Certains votants ont attendu plus de quatre heures pour pouvoir glisser leur bulletin dans l'urne. Quatre principaux concurrents se dégageaient des nombreuses listes, mais un nouveau parti, dont la direction est douteuse, a créé la surprise chez tous les observateurs politiques en remportant 9% des voix. Voici la liste des principaux vainqueurs et perdants des élections.
 
 
1) Le parti Ennahdha. C'est le successeur du mouvement de la tendance islamique, affilié aux Frères musulmans dans les années 60 et dirigé depuis le milieu des années 70 par Ghannouchi, 70 ans. En 1989, il a pris le nom d'Ennahdha ou Parti de la Renaissance et déclaré s'engager pour la démocratie et le pluralisme. Le mouvement se considère comme un parti islamique modéré ayant à cœur la préservation de l'identité de la Tunisie en tant que pays arabe et islamique. Depuis près d'une dizaine d'années, il a préconisé un modèle politique similaire à celui du parti Justice et Développement (AKP) du premier ministre Recep Tayeb Erdogan en Turquie. Plus récemment, il a plaidé en faveur de l’adaptation des valeurs libérales, humanistes et laïques aux principes islamiques, en particulier dans les domaines sociaux et économiques. Il est également favorable à un régime parlementaire.
 
Après que le mouvement a remporté un cinquième des voix lors des élections de 1989, Ben Ali l'a interdit. Il a lancé une répression contre ses instituions et emprisonné 30 000 de ses membres en 20 ans. En tant que principal groupe d'opposition des 30 dernières années, Ennahdha était bien organisé et bien connu à travers le pays. Ses dirigeants étaient respectés et admirés non seulement dans les centres urbains, mais aussi dans les régions rurales. Par conséquent, il a remporté une écrasante majorité dans tous les districts, sauf un, et obtenu 90 sièges, y compris la moitié des sièges de la communauté établie à l'étranger.
 



La direction du CPR. Au centre, Moncef Marzouki

 
2) Le Congrès pour la République (CPR). Créé en 2001, il est dirigé par Moncef Marzouki, 66 ans, un médecin et défenseur des droits de l'homme charismatique. Le CPR est considéré comme un parti de gauche qui accorde une large place à l'identité et au nationalisme arabse ainsi qu'aux valeurs laïques. Il prône l'instauration de principes et l'implication de groupes islamiques modérés, ainsi qu'un système présidentiel accordant de larges pouvoirs parlementaires. Marzouki est bien connu pour être un défenseur acharné des droits de l'homme, de la démocratie et de la transparence. Le CPR a réalisé le second score et reçu 30 sièges dans tout le pays.



Mustafa Ben Jaafar

 
3) Le Forum démocratique pour le travail et les libertés (Ettakatol). Fondé en 1994 par des professionnels et activistes progressistes et de gauche, ce parti, qui rejetait la dictature de Ben Ali, défend une politique socialiste et nationalistes. Il est dirigé par Mustafa Ben Jaafar, 71 ans, qui a été nommé Ministre de la santé dans le gouvernement désigné peu après la révolution. Bien qu'ayant une politique très laïque, il reconnaît l'importance de l'islam dans la société et il a une approche modérée favorable au compromis en matière d'inclusion de l'islam politique dans la vie publique. Il a remporté 21 sièges.
 



Jribi et Chebbi (PDP)

 
4) Le Parti démocrate progressiste (PDP). Créé en 1998, il était considéré, durant le règne de Ben Ali, comme le principal parti de l'opposition face au parti dirigeant rongé par la corruption. Il défend des principes strictement laïques. On voyait en lui le principal opposant d'Ennahdha au niveau idéologique. Son leader historique est Ahmad Nejib Chebbi, 67 ans, un célèbre avocat et homme politique de gauche. Depuis 2006, le parti est dirigé par Maya Jribi, 51 ans, une biologiste, militante des droits humains et féministe dotée d'énormes talents politiques. Durant la campagne, les dirigeants du PDP ont prétendu être les principaux rivaux d'Ennahdha et promis de remporter la victoire. Ils ont essuyé un sérieux revers et dû se contenter de 17 sièges. Après les élections, ils ont concédé la défaite et félicité Ennahdha, mais se sont engagés à ne rejoindre aucune coalition gouvernementale et à rester dans l'opposition.
 



Hechmi Hamdi

 
5) Pétition populaire (Al Aridha Chaabia). Ses résultats ont créé la surprise chez tous les observateurs. N'ayant que quelqus mois, cette liste étaient emmenée par Mohamed Hechmi Hamdi, le propriétaire d'un chaîne de télévision par satellite établie à Londres et ancien membre d'Ennahdha, qui a quitté ce parti au milieu des année 90. Par la suite, il a ouvertement critiqué celui-ci et a collaboré avec le régime de Ben Ali. Son parti a remporté 19 sièges.
 
De nombreux observateurs accusent ce parti d'avoir été financé et supporté par les restes de l'ancien régime et de l’ex- RCD de Ben Ali, désormais interdit. Après avoir annoncé les résultats l’ISIE a invalidé dans six circonscriptions les sièges de la Pétition populaire, qu'elle a accusée de fraude électorale, dont de la corruption.
 
Les sièges restants ont été répartis entre vingt autres partis comprenant des partis tribaux, libéraux, communistes ou autres groupements d’extrême-gauche. A souligner que le Pôle démocratique moderniste (PDM), la coalition de onze partis strictement laïcs et anti-islamiques, anciennement communistes ou ancrés très à gauche, a été le principal perdant de ces élections et n'a remporté que cinq sièges.
 



Les porte-parole du PDM

 
La large victoire d'Ennahdha, suivi du Congrès pour la République représente une rupture totale d'avec les mouvements politiques de l'époque répressive de Ben Ali. La volonté collective du peuple tunisien que traduisent les résultats de ces élections était de donner le pouvoir aux principaux groupes qui adhèrent fortement aux principes islamiques modérés et défendent l'identité arabo-islamique. Les Tunisiens ont envoyé un message clair: ils veulent que les islamistes modérés et les défenseurs de la laïcité travaillent de concert pour mettre sur pied une gouvernance démocratique ainsi qu'un système socio-économique juste en préservant des libertés gagnées de haute lutte et en respectant les droits humains et l'identité arabo-islamique de la Tunisie.
 
Après sa nette victoire, Ennahdha a promis qu'il n'allait pas imposer par décret de préceptes sociaux et moraux islamiques, mais plutôt tenter de préserver les droits accordés aux femmes par le Code du Statut personnel. Il a également annoncé qu'il n'allait pas interdire l'alcool ni le port du maillot de bain, comme ses détracteurs l'avaient prétendu. Le lendemain de l'annonce des résultats, Ghannouchi a rencontré les dirigeants de la bourse tunisienne pour leur assurer que son parti soutiendrait vigoureusement une forte croissance économique, notamment dans le secteur du tourisme. Le programme de son parti  prône une croissance annuelle de pas moins de 8%.



Hamadi Jebali

Ennahdha a annoncé que son secrétaire général Hamadi Jebali, 62 ans, ancien journaliste et ingénieur de formation, serait son candidat au poste de Premier ministre. Il plaide en faveur de la formation, d'ici un mois, d'un gouvernement d'unité nationale incluant autant de partis élus que possible. Au moins les trois principaux vainqueurs, qui rassemblent une majorité de 141 sièges, ont formulé le vœu de travailler main dans la main pour la nouvelle Tunisie. En outre, dans un esprit de réconciliation, Jebali a annoncé que le candidat d'Ennahdha pour la présidence intérimaire serait soit Marzouki, du CPR, soit Ben Jaafar d'Ettakatol.
 
Mais les défis majeurs qui attendent le nouveau gouvernement sont de trois ordres. D'une part, Ennahdha devra être capable de former non seulement un gouvernement d'unité, mais un gouvernement efficace, qui soit en mesure d'assurer à toute personne la sécurité physique et économique ainsi que des services publics, dans une période de complet bouleversement politique et social. Par chance, les difficultés économiques ont été atténuées cette semaine grâce à la promesse faite par le Qatar – un État qui a joué un rôle de premier plan dans le soutien au Printemps arabe – de verser une aide économique immédiate de 500 millions de dollars.
 
D'autre part, l'Assemblée élue devra rédiger en une année la nouvelle constitution de la deuxième république tunisienne. Les élections ont montré que les Tunisiens penchent largement pour un mouvement islamique modéré et d'autre partis laïcs modérés. Or, trouver comment traduire ces aspirations dans une constitution qui incarne un consensus national ne sera pas chose facile.
 
Enfin – et il s'agit peut-être de la tâche la plus ardue – le nouveau gouvernement devra faire face à la réaction des puissances étrangères, notamment occidentales, qui pendant des décennies ont brandi la menace d'une accession des "islamistes" au pouvoir.
 
Le souvenir du siège et du boycott du Hamas suite à sa victoire aux élections palestiniennes en 2006 est encore très présent. Jusqu'ici, l'administration US et ses alliés européens ont adopté une position d'attente malgré le tapage fait par les néoconservateurs, Les sionistes et les milieux de droite. Dans un laps de deux semaines, les dirigeants israéliens Bibi Netanyahou, Ehud Barak, Shimon Peres et Tzipi Livni ont mis l'Occident en garde contre la montée des “groupes islamiques radicaux” en train de s'imposer au Moyen-Orient et menaçant les intérêts israéliens et occidentaux.

Les vieilles voix islamophobes – qui ont crié au loup en se faisant l'écho des peurs israéliennes largement médiatisées  depuis près de 20 ans et en empoisonnant les relations entre l'Occident et les groupes islamiques modérés – ont repris du souffle. La question qui se pose maintenant est de savoir si les dirigeants occidentaux ont appris quelque chose pendant ce temps ou si nous sommes sur le point de manière prévisible le clash des civilisations ?

Total des sièges par parti

 
Parti Nombre de sièges
Ennahdha 90
Congrès Pour la République 30
Ettakatol 21
Al Aridha 19
PDP 17
PDM 5
L'Initiative (Al Moubadra) 5
Afek Tounes 4
L'Alternative Révolutionnaire (Al Badil Al Thawri) 3
MDS 2
Al Mostakilla 2
Echaab (Mouvement du Peuple) 2
Al Watad 2
PNCU 1
MPUP 1

Plan de répartition

Répartition%20des%20sièges%20de%20lAssemblée%20Nationale%20Constituante

 
Source: http://www.counterpunch.org/2011/10/28/understanding-tunisia%E2%80%99s-elections-results/
Date de parution de l'article original: 28/10/2011
Traduit par  Chloé Meier
 
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Tunisie. Après le choc, l’envie de poursuivre le combat

Les Tunisiennes et les jeunes, sidérés par la large avance du mouvement Ennahdha, ne veulent pourtant pas baisser les bras. Syndicats étudiants et ouvriers sont dans la ligne de mire des islamistes.

Tunis, envoyé spécial. Curieuse atmosphère de lendemain d’élections. Mardi soir, alors que des centaines de jeunes manifestaient contre «la fraude» devant le siège de la commission électorale, boulevard Mohammed-V, au cri de «Du pain, de l’eau mais pas Ghannouchi !», les sympathisants d’Ennahdha sillonnaient les artères de la capitale en voiture, klaxonnant pour fêter leur victoire, traitant les démocrates de «mauvais perdants». Reste que l’amertume étreint de nombreux Tunisiens, notamment les femmes. «20%, ça peut aller, mais 40%, bonjour les dégâts, comme vous dites en France», dit Nadia, jeune fonctionnaire qui redoute que la victoire d’Ennahdha, en dépit des assurances de ses responsables, «n’ouvre la voie aux plus extrémistes». Alors que faire ? «Eh bien, on ne va pas se croiser les bras et se laisser avaler par la pieuvre !» lance Zeineb Farhat, la directrice d’El Teatro, un espace d’art et de création, mais aussi lieu de débats politiques et de rencontres culturelles. Selon elle, «les femmes doivent occuper les espaces, les cafés, sortir le soir, aller au restaurant, au cinéma, au théâtre, comme elles l’ont toujours fait, car il y a comme une ombre de terreur qui se profile».

Les Tunisiennes font face

Zeineb a sa propre lecture de ce qu’elle qualifie de «défaite» des démocrates et des progressistes. «Nous avons trop longtemps fait de l’opposition d’appartement, comme sous Ben Ali, sauf qu’à l’époque, la police nous interdisait de manifester et d’occuper l’espace public, alors que les islamistes disposaient des mosquées. Nous aurions dû être plus présents sur le terrain. Nous avons trop rêvé après la chute de Ben Ali. Il faut passer à l’action», ajoute-t-elle. Les Tunisiennes font face. Les jeunes aussi. «On ne va pas se taire !» clame Samir, étudiant en sciences. «C’est nous qui avons été le fer de lance de cette révolution, nous n’accepterons pas que ceux qui y ont assisté en spectateurs nous volent notre victoire», poursuit-il. «Mardi, nous étions quelques centaines devant le siège de la commission électorale. Mais nous serons plus nombreux la prochaine fois. C’était comme ça sous Ben Ali. Notre détermination reste intacte», assure Lyès, son ami. La partie est pourtant loin d’être gagnée. Les jeunes «nahdaouis» (militants islamistes) s’activent sur les campus jusque-là dominés par la gauche et l’extrême gauche. Ils comptent bien prendre le contrôle de l’Union générale des étudiants tunisiens (Uget) à l’occasion des prochaines élections universitaires, dit-on à Tunis. Même la centrale ouvrière UGTT est dans la ligne de mire des islamistes. «Expliquer le succès des islamistes par l’usage du religieux, de la ruse, de l’argent, c’est un peu court. Ça, nous le savions, nous étions avertis», assure Djelloul, syndicaliste, et militant du Pôle démocratique moderniste (PDM), pour qui «il faut absolument revoir (notre) stratégie, mettre le social au rang de (nos) priorités, car (notre) discours a été mal ou pas du tout perçu par les couches populaires». En effet.

Hassane Zerrouky

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Tunisie. Percée surprise d’un ex-islamiste

Ex-disciple du Soudanais Al Tourabi, Hachemi El Hamdi s’était rallié à Ben Ali en 2003.

L’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), après plusieurs reports, devait finalement annoncer hier soir, vers 20 heures, les résultats définitifs des élections à l’Assemblée constituante. Les résultats partiels livrés mercredi soir confirmaient la très large avance des islamistes d’Ennahdha : sur 21 circonscriptions dont les résultats étaient connus hier dans la journée, 54 sièges, sur 123, leur revenaient, soit un score de 43,9%. Ces résultats partiels faisaient aussi apparaître la percée surprise des listes estampillées Al Aridha chaâbia (pétition populaire), qui arrivent en seconde position dans de nombreuses circonscriptions. Ces listes sont parrainées par le très riche patron de la chaîne de télévision Al Mustakilla, Hachmi El Hamdi. Installé à Londres, ce sulfureux personnage a longtemps frayé avec la mouvance islamiste. Ancien leader d’Ennahdha, ex-disciple du Soudanais Al Tourabi, il s’est reconverti dans les affaires, avant de nouer des liens avec le régime de Zine el-Abidine Ben Ali. En 2004, il avait même fait campagne pour un quatrième mandat du dictateur. Originaire de Sidi Bouzid, cet islamo-conservateur a visiblement bénéficié de l’appui de l’ex-appareil bénaliste. Localement, de nombreuses listes «indépendantes» réalisent elles aussi des percées, bénéficiant du mode de scrutin proportionnel au plus fort reste.

Rosa Moussaoui

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Amel Bejaoui. Citoyens du monde, à nous de jouer !

journaliste tunisienne et militante féministe.

Ghannouchi, patron d’Ennahdha (islamistes) sur France 24 : « Nous allons gouverner longtemps. » Obama : « Plus de 23 ans ? » Ce dialogue illustre une caricature publiée par un quotidien tunisien. Elle m’a fait sourire et j’ai donc voulu la partager avec vous, chers lecteurs de l’Humanité, maintenant que la semaine s’achève et que nous allons nous quitter. Vous devinez sans doute pourquoi les propos d’Obama, dans cette caricature, m’ont fourni matière à spéculer sur ce qu’aurait été la réplique de Sarkozy, si le caricaturiste l’avait choisi comme protagoniste. Je n’ai pu m’empêcher d’imaginer une réplique du genre : «Je peux rappeler MAM, alors ?» Mais n’allez surtout pas le répéter, car –qui sait ?– un jour viendra où j’aurai besoin de rencontrer votre président. Tawfik Ben Brik, le journaliste dissident, en a ressenti le besoin du temps de Ben Ali. Ce sera peut-être mon cas, en tant que femme, sous la nouvelle direction politique tunisienne. Bref, évitons l’incident diplomatique et rappelons juste qu’il va falloir changer de terminologie pour ne plus parler de pays «frères et amis». On dira donc plus franchement qu’ils sont «frères ennemis», même s’il y a de fortes chances pour qu’ils s’entendent sur les orientations économiques néolibérales. Assez d’hypocrisie ! Je me réfère aux régimes ici, bien entendu. Les peuples, eux, n’ont aucun problème. Bien au contraire. Est-il pertinent de rappeler aussi, à qui de droit, de ne pas oublier d’apprendre la Fatiha, première sourate du Coran ? (Fatiha veut dire littéralement «ouverture», «commencement»). Cela sera nécessaire pour entamer une nouvelle ère de coopération. Car il faut bien tenir compte des nouveaux interlocuteurs dans la région, n’est-ce pas ? Et rassurez-les, car la Fatiha est de loin plus courte qu’une guerre en Libye, par exemple. À moins, qu’ils n’aient un véritable blocage avec «l’Arabe». À nous de jouer, nous, citoyens du monde, afin de préserver ce qu’il reste après les dégâts causés par les puissances politico-économiques dans la méprise totale de l’Être.

Amel Bejaoui

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Riad Ben Fadhel : "le peuple tunisien n'acceptera aucun retour à l'oppression"

Si les premiers résultats partiels de l'élection du 23 octobre en Tunisie confirment l'avance du mouvement islamiste Ennahdha, les partis de gauche entendent bien peser au sein du paysage politique. En effet, le Forum démocratique, le CPR de Marzouki, le PDP, le PDM, le PCOT et d’autres formations et listes indépendantes totaliseraient plus de sièges qu'Ennahdha et pourraient ainsi faire basculer l'Assemblée constituante. Riad Ben Fadhel, coordinateur du Pôle démocratique et moderniste (PDM), lance un appel à l'union de toutes les forces progressistes.

Comment analysez-vous, neuf mois après la chute de Ben Ali, l'exceptionnel taux de participation à ces premières élections libres en Tunisie ?

Riad Ben Fadhel. Jamais nous n'aurions pu imaginer une telle mobilisation des électrices et des électeurs tunisiens. C'est inouï. Dans nos projections les plus optimistes, nous espérions atteindre 60 à 70 % de participation. Toutes nos espérances ont été dépassées. C'est un succès du peuple tunisien. C'est aussi une leçon pour tous ceux qui théorisaient une prétendue incompatibilité entre la démocratie et le monde arabe. Ceux-là prédisaient à ces peuples, il n'y a pas si longtemps, un horizon de servilité. Le 14 janvier et le 23 octobre rompent un tunnel d'oppression. Il n'y aura pas de retour en arrière possible. Ces élections sont une première étape, pour rendre irréversible tout retour à la servitude.

Comment expliquez-vous l'importante percée des islamistes d'Ennahda ?

Riad Ben Fadhel. Cette percée signe la victoire des tenants d'un modèle conservateur. Le Pôle démocratique et moderniste avait appelé, dès la fin du mois d'avril, au rassemblement de tous les progressistes et démocrates de Tunisie. Malheureusement, les deux principales composantes de la famille démocratique, Ettakatol (le Forum démocratique pour le travail et les libertés - NDLR) et le Parti démocrate progressiste (PDP), ont préféré faire cavalier seul. Par ce choix, ils ont permis aux forces islamistes de profiter pleinement de nos divisions. Nous avons été entraînés dans des débats stériles. Le camp démocratique paie aujourd'hui chèrement le prix de ses divisions.

Cet éclatement des forces progressistes peut-il être surmonté au sein de l'Assemblée constituante ?

Riad Ben Fadhel. Nous le pensons. C'est pourquoi nous appelons toutes les forces de progrès à l'union, pour porter ensemble les valeurs de fraternité, de démocratie, de modernité qui devraient façonner la future Constitution. Nous devons lancer un signal fort aux classes populaires, aux classes moyennes, leur offrir la perspective d'une Tunisie démocratique, moderne, où liberté individuelle rime avec justice sociale.

Le chômage massif qui frappe la jeunesse tunisienne a-t-il offert un terreau fertile aux islamistes ?

Riad Ben Fadhel. C'est une évidence. Les islamistes ont en effet réussi cette percée sur un terreau d'injustice sociale et d'inégalités régionales. Sans pour autant offrir la moindre perspective de sortie de crise. Ils se sont contentés de dénigrer la gauche et les valeurs de progrès, de brandir l'étendard de « l'identité arabo-musulmane » soi-disant menacée, d'imposer de faux débats sur les relations avec Israël. Ils ont refusé toute confrontation sur les problématiques socio-économiques. Ils nous ont désignés comme des athées, des mécréants, des dépravés, des homosexuels, des pro-israéliens. Ils ont choisi le terrain de l'insulte et de l'anathème plutôt que celui de la confrontation d'arguments politiques. En fait, ils ont instrumentalisé les angoisses et le sentiment d'abandon d'une partie de la population exactement sur le même mode que le Front national dans la société française. Ils sont passés maîtres dans l'art du double langage, leurs capacités organisationnelles sont redoutables et ils bénéficient, ce n'est pas rien, du puissant soutien financier des pétromonarchies du Golfe, Qatar en tête.

L'annonce par Mustapha Abdeljalil, porte-parole du CNT, de l'instauration de la charia dans la Libye voisine nourrit-elle vos inquiétudes ?

Riad Ben Fadhel. Bien sûr. Pour le PDM, qui a placé 16 femmes en tête sur 33 listes, cette annonce est un signal très préoccupant. D'autant que c'est le fruit d'un marchandage au sein du CNT avec les islamistes, pour permettre la constitution d'un gouvernement, reportée depuis des semaines du fait de désaccords sur l'attribution des portefeuilles de la défense et de l'intérieur. Une chose est claire : la Tunisie démocratique ne saurait admettre la moindre concession sur le code du statut personnel et l'égalité entre hommes et femmes.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

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Éditorial Par Jean-Emmanuel Ducoin

Processus

La victoire d’Ennahda doit-elle jeter un trouble sur la transition parlementaire tunisienne ?

D’abord, une évidence. Alors que la Tunisie vient de franchir une étape majeure dans l’élaboration de sa propre histoire émancipatrice, comment ne pas saluer la réussite 
du processus électoral ? Et comment ne pas reconnaître que ces élections, par leur ampleur, qui dépasse toutes les espérances, scellent une victoire pour la démocratie tunisienne que peu d’observateurs occidentaux croyaient possible ? Dans le calme, avec fierté, les Tunisiens ont ainsi célébré leur toute première élection libre, signant d’une empreinte bleutée un acte politique majeur qui, espérons-le, se traduira un jour ou l’autre par la construction d’une nouvelle Tunisie authentiquement populaire – fruit de leur révolution.

Les 90 % des électeurs potentiels qui 
se sont déplacés sont autant de symboles de la soif de démocratie et de la vitalité de ce peuple. Depuis l’éclosion des printemps arabes, la Tunisie aura ainsi impulsé le tempo de la révolte, jusqu’à imprimer sa marque démocratique, dont l’écho, assurément, se fera sentir sur tout le pourtour méditerranéen. Avec cette envie de liberté et de justice sociale, dans un pays où le taux de chômage atteint les 20 %, avec cette volonté d’en finir avec un système corrompu, l’élan ne pouvait être que massif dans cette phase transitoire de l’Assemblée constituante. Comme une manière d’honorer la mémoire de Mohamed Bouazizi, suicidé par le feu pour protester contre la police qui l’empêchait d’exercer un commerce ambulant. Les jeunes révoltés, en masse, avaient pris la relève pour en finir avec le pillage des richesses organisé par le clan Ben Ali-Trabelsi, sous le regard complice de la France de Sarkozy... Les Tunisiens, alors frappés dans leurs chairs, ne sont pas près d’oublier l’attitude cynique des dirigeants français, et singulièrement de Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, tellement aveuglée par sa croyance d’un Ben Ali éternel qu’elle avait proposé le «savoir-faire de nos forces 
de sécurité» pour aider la dictature !

N’en déplaise à certains, c’est aujourd’hui un peuple souverain qui s’est exprimé. Et cette affirmation fondamentale ne nous empêche pas de nous interroger sur les résultats de ce vote. Que retiendra d’ailleurs l’Histoire, avec la majuscule qui sied à sa trace ? La date du 14 janvier 2011, jour où Ben Ali fut chassé 
du pouvoir ? Ou le 23 octobre 2011, jour de premier scrutin censé marquer l’an I de la révolution tunisienne ? Posons la question autrement : malgré l’émergence d’une opposition assez forte, la victoire d’Ennahda, le parti islamiste, doit-elle jeter un trouble sur la transition parlementaire, puisque l’Assemblée élue sera chargée de l’élaboration de la nouvelle Constitution ? Alors que la charia vient d’être brutalement adoptée en Libye, chacun voit bien le danger que peut représenter un groupe parlementaire islamiste tout-puissant, même si les responsables d’Ennahda 
ont pris soin de se désolidariser des récentes exactions 
de mouvements islamistes, comme les salafistes. «Ne pas donner sa voix à un candidat tunisien de l’islam est un péché», a pourtant déclaré Youssef Al Qaradawi, le prédicateur cheikh, qui, depuis le Qatar, soutient Ennahda par la grâce de ses capitaux… Ne dit-on pas que les affairistes recyclés du RDC d’hier seraient prêts à s’allier avec les parlementaires islamistes ? Le néolibéralisme d’un côté, la religion de l’autre... Il faudra manifestement du temps – et de la solidarité internationale – pour bâtir un État de droit dans la justice et l’égalité. Un nombre croissant de citoyens pensent qu’ils doivent désormais assumer le principe d’une séparation du politique et du religieux, condition indispensable pour que le monde arabe (re)devienne le creuset d’une nouvelle modernité. Sur le terreau des dictatures, l’idée reste pour l’heure minoritaire.

Jean-Emmanuel Ducoin

Tunisie : Ennahdha s’apprête à gouverner

Alors que le parti islamiste et deux partis de gauche et de centre gauche seraient d’accord pour former un gouvernement de coalition, les Tunisiens ont le sentiment qu’on leur a volé leur révolution.

Tunis, envoyé spécial. Hier à 17 heures 
(18 heures heure française), lors d’un point de presse, la Commission électorale n’avait pas encore tous les résultats, notamment ceux concernant le « Grand Tunis » et elle s’est borné à donner quelques résultats partiels, lesquels confirment ce qu’on savait, à savoir la poussée islamiste. Le dépouillement des urnes, le rassemblement de tous les résultats et, surtout, leur vérification pour qu’il n’y ait aucun doute, aucune contestation, a pris plus de temps que ne l’escomptait l’Isie (Commission électorale indépendante).

En attendant la proclamation des résultats du Grand Tunis (un tiers des sièges) qui seront certainement déterminants, le parti islamique, serait en tête dans la plupart des circonscriptions, obtenant entre 30 et 40% des voix, suivis par deux partis démocrates, le Forum pour le travail et les libertés (FDTL, Etakatol) et le CPR de Moncef Marzouki.

Pour les autres formations, notamment le Parti progressiste démocratique (PDP), le Pôle démocratique et moderniste (PDM), le Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), qui a gagné quelques sièges, c’est l’incertitude. Quoi qu’il en soit, Ennahdha, qui ne disposera pas de la majorité absolue, est prêt à former un gouvernement. 
« Nous sommes prêts à une alliance avec le Congrès pour la république de Moncef Marzouki et Ettakatol de Moustapha Ben Jaafar puisque leurs opinions ne sont pas éloignées des nôtres » a déclaré Ali Larayd, dirigeant du parti islamiste. Au nom du CPR, Moncef Marzouki s’est aussitôt prononcé en faveur d’ « un gouvernement d’union nationale le plus large possible incluant tous les partis ».

Si les grandes manœuvres post électorales ont commencé, à Tunis l’inquiétude a fait place à l’euphorie d’une liberté retrouvée. « Au nom de la démocratie, une révolution laïque a été confisquée » a déclaré le réalisateur Ibrahim Letaïf, l’un des acteurs de la révolution du 14 janvier. Radhia Nasraoui, elle, accuse : « les gens qui ont un passé militant et ont bravé la dictature de l’ancien régime ont été relégués aux oubliettes (…) Depuis le 14 janvier, je n’étais invité à aucun plateau de télé », ciblant au passage Ennahdha, sans le citer nommément d’avoir acheté des voix et d’instrumentaliser la religion.

Hier, à Tunis, plusieurs centaines de jeunes ont manifesté aux cris de « Dégage, dégage » contre la fraude devant le siège de la Commission électorale ciblant en particulier Ennahdha, accusé d’avoir donné des moutons en vue de l’Aïd la fête du sacrifice qui aura lieu dans moins de deux semaines. Les militants d’Ennahdha, discrets jusque-là, commencent à sillonner les artères de la capitale en voitures pour fêter la victoire de leur parti.

Hassane Zerrouky

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Tunisie. Les forces de progrès entendent bien peser

Le Forum démocratique, le CPR de Marzouki, le PDP, lePDM, le PCOT et d’autres formations et listes indépendantes totaliseraient plus de sièges que les islmanistes d’Ennahdha.

Nombreux sont les jeunes Tunisiens, à l’image de Selim, membre des comités de jeunes de Sidi Bouzid qui avaient occupé la place de la Casbah en janvier dernier, qui ont le sentiment qu’on leur a volé « leur révolution ». C’est tout le paradoxe de cette Tunisie post Ben Ali de voir comment Ennahdha s’est emparé de cette « révolution » à l’origine de ce « printemps arabe » qui a ébranlé les dictatures des pays arabes, en prenant le train en marche.

Reste que c’est la pour la première fois dans l’histoire des pays maghrébins et arabes, qu’un parti islamiste arrive au pouvoir par la voie des urnes et qu’il s’apprête à gouverner un pays . Ne disposant pas d’une majorité suffisante, il est contraint de nouer des alliances avec des partis qui ne partagent pas son idéologie. Autre paradoxe, si les premiers résultats confirment l’avance d’Ennahdha, il n’en reste pas moins qu’il se pourrait que l’Assemblée constituante soit dominée par les partis de gauche et non islamiques. En effet, le Forum démocratique, le CPR de Marzouki, le PDP, lePDM, le PCOT et d’autres formations et listes indépendantes totaliseraient plus de sièges qu’Ennahdha. Par conséquent, tout reste possible car les forces de progrès entendent peser au sein de l’Assemblée constituante. De ce fait, il faudra sans doute relativiser la victoire des islamistes. Qui plus est, les acteurs de la révolution du 14 janvier, ces jeunes tunisiens, qui sont sortis hier dans de Tunis et ailleurs, ainsi que les femmes, entendent ne pas se laisser déposséder de leur victoire.

premiers résultats officiels Les premiers résultats partiels du scrutin de dimanche en Tunisie donnent le parti islamiste Ennahda en tête, avec 15 des 39 sièges en jeu dans cinq circonscriptions, dont celles des grandes villes de Sfax et Sousse, a annoncé mardi la commission électorale (Isie). Selon ses chiffres qui portent sur 5 des 27 circonscriptions du pays, Ennahda est suivi du Congrès pour la République (CPR, gauche nationaliste) avec 6 sièges et par la liste « Pétition pour la justice et le développement », dirigée par un riche homme d’affaires basé à Londres, avec 5 sièges.

H. Z.

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Amel Bejaoui, Les Tunisiennes ne paieront pas les pots cassés

journaliste tunisienne et militante féministe.

Pas de démocratie sans une reconnaissance effective des femmes. Tant pis si cela ressemble à un cliché, dès lors qu’il n’est pas vidé de son sens. Et on 
le ressassera, tant que c’est nécessaire. 
Et c’est nécessaire ! Car, jusqu’à ce jour, on attend de voir naître la société idéale qui conforte cette évidence.

La réalité que vit la Tunisie, aujourd’hui, dont les femmes constituent un modèle d’émancipation, du moins dans le monde arabo-musulman, semble être l’exemple idéal qui vient tordre le cou à ce qui s’apparente à une lapalissade. Comme pressenti au démarrage du processus électoral, le score obtenu par les islamistes (au moins 30% selon les résultats préliminaires) nous le confirme. Et nous donne du pain sur la planche. À nous, les femmes. Les femmes étaient pourtant très présentes, comme à leur habitude lors des grands rendez-vous. Près de 50% d’entre elles se sont inscrites et ont voté. Leur âge varie entre dix-huit et cent dix ans ! 
Le premier vote tunisien a été effectué 
en Australie et a été gravé par une femme. Tout un symbole. Peu importent les erreurs stratégiques, telles que l’absence de l’obligation de la parité aux niveaux des têtes de liste, et qui n’a donné que 5% de femmes, sachant qu’elles n’allaient pas toutes l’emporter. Ce qui est le cas. Le fond du problème réside, en définitive, dans le caractère patriarcal encore fortement ancré dans le mental du Tunisien, qui semble préférer gérer le double discours islamiste au lieu d’admettre et de concevoir un discours moderniste égalitaire.

Mais ce n’est pas le problème, tant que cela relève d’une spécificité culturelle héritée, les Tunisiennes savent gérer et surtout résister. Elles ont déjà fait leurs preuves. Cependant, ce qui rend la tâche encore plus complexe c’est le soutien occidental affiché aux islamistes tunisiens. Cet Occident qui décide aujourd’hui de cautionner, tout d’un coup, ce qu’il voyait hier comme un danger fondamentaliste, en composante «modérée» et «nécessaire» pour un «certain» équilibre régional ! 
Et tant pis, selon eux, si les femmes doivent payer les pots cassés. Mais qu’ils le sachent, elles ne les paieront pas.

Amel Bejaoui

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Tunisie : neuf mois après la révolution, le rappel à l'ordre islamo-conservateur

Les islamistes d'Ennahda arrivent largement en tête du scrutin de dimanche et remportent 90 des 217 sièges de l'Assemblée constituante.

L'Instance supérieure indépendante pour les élections a confirmé, jeudi soir, la nette victoire des islamistes aux élections à l'Assemblée constituante du 23 octobre, neuf mois après la chute du dictateur Ben Ali. Leur mouvement, Ennahda, dépasse la barre des 40% et remporte 90 des 217 sièges à pourvoir. Les islamistes, qui réalisent des scores soviétiques dans les régions de l'intérieur, où ils n'ont pas lésiné devant les méthodes clientélistes, arrivent aussi largement en tête dans les grands centre urbains de la côte, comme Sfax, Sousse, Monastir ou même Tunis.

Le Congrès pour la République de Moncef Marzouki, mouvement de gauche nationaliste prêt à participer à un gouvernement « d'union nationale » avec Ennahda, arrive loin derrière, avec 30 sièges. Suivent les sociaux-démocrates d'Ettakatol (Forum démocratique pour le travail et les libertés, un parti dirigé par le médecin Mustapha Ben Jaafar, avec 21 sièges. La triste surprise de ce srcutin vient de la percée des listes « Al Aridha Echaabia » (Pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement, parrainées par un millionnaire basé à Londres, Hachemi el Hamedi, qui a mené campagne via sa télévision satellitaire Al-Mustakilla. Ce personnage interlope issu de la mouvance islamiste, ex-disciple du Soudanais al Tourabi, est un ancien dirigeant d'Ennahda. Reconverti dans les affaires, il s'est rapproché, au tournant des années 2000, du régime  de Ben Ali, jusqu'à militer, en 2004, pour un quatrième mandat du dictateur. D'où le ralliement, lors de ce scrutin, d'ex-cadres du RCD, le parti de Ben Ali. Hachchemi el Hamdi  remporte 19 sièges, mais l'invalidation de certaines de ses listes, suite à des irrégularités, ont provoqué des troubles à Sidi Bouzid, dont il est originaire. Au point que cette ville, berceau de la révolution, a été placée sous couvre feu. La mouvance progressiste, elle, paie chèrement le prix de ses division, et apparaît comme la grande perdante de ce premier scrutin « libre ». Le Parti démocrate progressiste (PDP) de Nejib Chebi, qui visait une seconde place, n'arrive qu'en cinquième position, avec 17 sièges. Quant au Pôle démocratique et moderniste, qui rassemblait féministes, laïques et militants de la société civile autour des ex-communistes d'Ettajdid, il ne remporte que 5 sièges, dont l'un sera occupé par la cinéaste et militante féministe Selma Beccar, élue à Ben Arrous. Le choix de la proportionnelle au plus fort reste comme mode de scrutin a enfin favorisé des petites listes indépendantes aux visées opaques, comme le Parti de l'initiative, Afek Tounes ou encore Badil Thawri, qui remportent respectivement 5, 4 et 3 sièges.

S'ils ne disposent pas, seuls, de la majorité absolue, les islamistes, en position de force, semblent pouvoir compter, dans cette assemblée, sur un solide axe islamo-conservateur. Ils ont toutefois tendu la main, pour la forme, aux partis laïques, plaidant pour un gouvernement d'union. Ennahda a déjà avancé la candidature de son numéro deux, Hamadi Jebali, au poste de Premier ministre.

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Des démocrates tunisiens décontenancés

Alors qu’Ennahdha revendique le poste de premier ministre, le pôle démocratique moderniste (PDM) se prépare à un combat difficile

Tunis, envoyé spécial. L’ambiance était quelque peu morne à la conférence de presse organisée par le Pôle démocratique moderniste (PDM). «Les résultats sont en deçà de nos ambitions. C’est un échec de tout le camp progressiste et moderniste», explique son porte-parole Riadh Ben Fadhel. Le PDM escompte obtenir entre 5 et 10 sièges. Il explique cet échec par au moins trois raisons : «En plus de notre faiblesse structurelle et de nos faibles moyens en comparaison avec ceux d’Ennahdha et d’autres formations, on s’est lancé tardivement dans la campagne. On a, par ailleurs, été dans l’incapacité d’exprimer les aspirations populaires, et on est tombé dans le piège d’Ennahdha, en nous concentrant un peu trop sur les questions identitaires, ce qui fait que les islamistes ont réussi à nous enfermer dans un ghetto identitaire et culturel. Il va falloir en sortir, tirer les leçons, se donner les moyens pour qu’on ait une vraie profondeur stratégique et militante. Enfin, il faut recentrer notre stratégie sur le social.» À ceux qui expliquent la «défaite» du PDM par le fait d’avoir joué à fond la parité (50% des têtes de liste étaient des femmes), il répond : «La parité est un acquis qu’Ennahdha veut remettre en cause, la question des femmes restera au cœur de notre engagement citoyen», précise-t-il. «Nous allons nous battre, au sein et en dehors du Parlement contre tout projet de loi que l’on jugera contraire à nos valeurs et nos principes.»

«Ennahdha a, certes, remporté les élections, mais n’a pas la majorité. Ce parti ne doit pas penser que les Tunisiens lui ont délivré un chèque en blanc», rassure Abdelawahab Jounaidi. «Cette révolution n’a pas été faite par les partis mais par les jeunes. Nous sommes d’ores et déjà contre l’adoption à la majorité simple des lois relatives aux choix de société» comme le préconise Moncef Marzouki.

Hassane Zerrouky

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Edité par T 34 - 29 Oct 2011 à 06:50
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  Citer maarnaden Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 26 Oct 2011 à 12:15
Le PCOT (Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie) aurait gagné 3 sièges (à Sfax1, Kairouan et Siliana)...

je l'ai vu sur la page facebook de leur journal Albadil... dès qu'il y a confirmation par les résultats officiels, je publie un lien sourcé (autre que facebook)...
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 26 Oct 2011 à 09:56

Tunisie : les premiers résultats officiels confirment l'avance d'Ennahda



Selon les premiers résultats partiels et officiels annoncés mardi par la commission électorale ISIE, le parti Ennahda est arrivé en tête dans neuf des 27 circonscriptions du pays, notamment dans la métropole économique de Sfax (Centre-Est). Le parti islamiste obtient 28 des 55 sièges dans ces neuf circonscriptions. Avec les neuf sièges obtenus à l'étranger, il peut déjà comter sur 37 élus dans la future assemblée de 217 membres.

Dans les neuf circonscriptions où le dépouillement a été achevé, Ennahda est suivi par le Congrès pour la république (CPR, gauche nationaliste) avec 9 sièges, à égalité avec la liste Pétition populaire pour la justice et le développement (PPJD). La surprise est venue de cette liste absente du terrain et dirigée par Hechmi Haamdi, un millionnaire tunisien basé à Londres, ancien islamiste devenu un allié du régime de Ben Ali, qui a fait campagne depuis la Grande-Bretagne par le biais de sa télévision satellitaire Al-Mostakilla, regardée en Tunisie. La PPJD fait déjà l'objet de plaintes, en France et en Tunisie, pour le non-respect des règles de campagne, notamment pour l'utilisation abusive du média privé du millionnaire et pour l'opacité de son financement.


Le parti de gauche Ettakatol obtient 4 sièges, le Parti démocrate progressiste (PDP, centre) 4 également. L'Initiative, parti dirigé par un ancien ministre de Ben Ali, obtient deux sièges. L'Alternative révolutionnaire, appuyée par le PCOT (communistes), et  Afek Tounes (libéral) obtiennent un siège chacun.

"DISCUSSIONS AVEC ENNAHDA"

Sans même attendre les résultats définitifs et complets, le chef du parti de gauche Ettakatol,  Mustapha Ben Jaafar, a annoncé que les discussions pour la constitution d'un exécutif après l'installation de l'Assemblée constituante avaient commencé, notamment avec les islamistes d'Ennahda.

"Les discussions ont commencé avec tous les partenaires politiques, y compris Ennahda, et se poursuivent en attendant l'annonce des résultats définitifs", a-t-il précisé, tout en se disant personnellement "prêt à assumer les plus hautes responsabilités si un consensus se dégage"

De son côté, Nourrredine Bhiri, dirigeant d'Ennahda, a confirmé que "les discussions étaient bien engagées et portaient sur la formation d'un gouvernement de large union, où personne ne sera exclu, sauf ceux qui refusent d'y participer".

Dans une interview au journal belge Le Soir, mardi, M. Ben Jaafar s'est dit candidat à la présidence de la république par intérim. Le débat avec les partis politiques "est ouvert, loin d'aboutir pour un accord consensuel entre tous les partenaires. Personne n'est exclu", a-t-il assuré. "On peut  être candidat à des postes de responsabilité – chef de l'Etat, chef du gouvernement, présidence de la constituante – mais tout cela dépendra du consensus qui se dégagera", a-t-il dit.

"TRANSPARENTE"

"Nous publierons les résultats au fur et à mesure. Les mécanismes de dépouillement demandent du temps", a déclaré le secrétaire général de l'ISIE, Boubaker Bethabet.

Les Tunisiens ont voté en masse, dimanche, pour élire une assemblée constituante, premier scrutin libre de leur histoire, neuf mois seulement après la révolution qui a chassé Zine El-Abidine Ben Ali, le 14 janvier, et donné le coup d'envoi du "printemps arabe". Deux jours après le scrutin, auquel plus de 7 millions d'électeurs étaient conviés, les observateurs internationaux ont généralement salué une élection "libre" et "transparente", malgré quelques "irrégularités mineures".


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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 25 Oct 2011 à 21:07

Tunisie : la question identitaire au service de l’offensive capitaliste  ?

 

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À quelques jours de l’élection de l’Assemblée constituante, le débat politique se focalise sur la question identitaire, afin d’occulter les problèmes sociaux et démocratiques qui perdurent malgré la chute de Ben Ali.

Depuis plus d’une semaine, ce que la presse relaye de la situation en Tunisie concerne exclusivement les manifestations de salafistes. La diffusion sur une chaîne de télévision privée du film Persepolis de la franco-iranienne Marjane Satrapi a été en effet le prétexte à des manifestations violentes de quelques dizaines puis quelques centaines de salafistes, qui sont allés jusqu’à menacer de mort le président de la chaîne de télévision en question. Une semaine avant l’élection de l’Assemblée constituante, le débat public s’est ainsi retrouvé réduit à la question identitaire.

Que la représentation de Dieu sous les traits d’un vieil homme barbu provoque autant de violence, montre ce que la société tunisienne peut contenir de plus obscurantiste et que la dictature dissimulait par la force de la répression. Et cet épisode a profité au parti islamiste Ennahdha (proche des Frères musulmans), qui apparaît – comparativement – modéré et non violent  !

La lutte contre les idées obscurantistes est une urgence aujourd’hui, dans un pays où les islamistes tentent de récupérer à leur compte le processus révolutionnaire en cours. En même temps, la manipulation de la question identitaire, en utilisant l’extrême droite, est une méthode bien connue  ! On en sait l’utilité pour le maintien de l’ordre établi et pour faire oublier les questions économiques et sociales.

Le chômage est toujours aussi important en Tunisie. Une inflation record touche notamment les prix des produits alimentaires de base. Les trafics de toutes sortes ont conduit à une pénurie de lait dans un pays qui en exporte depuis vingt ans. Le pays croule toujours sous la dette odieuse acquise par le régime de Ben Ali, toujours en place. Les biens mal acquis de Ben Ali et ses proches n’ont toujours pas été rendus à la population. Et dans ce contexte, le gouvernement provisoire engage le pays dans le «  Plan Jasmin  », plan de «  relance  » sur cinq ans de 125 milliards de dinars (environ 60 milliards d’euros), avec une restructuration en profondeur de l’emploi. Un plan qui enfonce encore plus le pays dans la spirale du surendettement… l’exemple grec nous montre bien ce que peuvent en être les conséquences  !

Sans parler de la répression policière qui se poursuit, avec des arrestations et des agressions de militants politiques, des médias qui continuent d’être au service de la propagande officielle et des institutions de la dictature qui risquent de perdurer avec un gouvernement qui parle déjà de rester en place après les élections. Face à cette situation, les mobilisations continuent, même si elles sont toujours dispersées. Des grèves dans le secteur bancaire, parmi les artisans de la médina de Tunis, dans les usines de textile, à la poste, la SCNFT continuent d’exiger l’amélioration des conditions de travail et l’augmentation des salaires. Avec la rentrée universitaire qui a lieu début octobre, les étudiants ont entrepris, dans de nombreuses cités universitaires, de «  dégager  » les directeurs de ces cités, anciens du RCD pour la plupart.

La direction de l’UGTT appelle quant à elle à cesser les grèves jusqu’au 23 octobre, entretenant ainsi les illusions sur l’issue des élections et contribuant à ne laisser sur la scène politique que le débat sur l’identité.

Wafa Guiga
Hebdo Tout est à nous ! n°120 . Paris, le 22 octobre 2011

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Une ambiance de jour de fête civique dans la capitale tunisienne

Les électeurs tunisiens se sont rendus aux urnes 
en masse et dans la joie, avec l’espoir de la démocratie et du changement pour leur pays.

Tunis, envoyée spéciale. Sous un soleil radieux, une longue file d’attente de plusieurs centaines de mètres serpente autour de l’école primaire Ennasr1, l’un des 98 centres de vote de l’Ariana, dans la banlieue de Tunis. Venus en famille ou entre amis, les électeurs et les électrices arborent des lunettes teintées et de larges sourires, prêts à patienter autant que nécessaire pour pouvoir glisser un bulletin dans l’urne et choisir librement, pour la première fois, leurs représentants à l’Assemblée constituante. Amel, une quadragénaire vêtue de rouge, est venue avec un tabouret, en prévision de l’affluence. «C’est un jour de fête, nous ressentons une grande joie. Avant le 14 janvier, nous étouffions ; maintenant, nous respirons, nous savourons cette liberté nouvelle», confie-t-elle en formant le vœu que ces élections apportent «la démocratie et le changement pour ceux qui n’ont pas de travail». À ses côtés, Sabiha, cheveux dissimulés sous un voile léger, partage le même bonheur de voter librement pour la première fois. «Il ne pourra pas y avoir de retour en arrière. Les Tunisiens ont goûté à la liberté, ils ne se laisseront plus enchaîner par qui que ce soit !» tranche-t-elle. Tout le quartier résonne du bruit des strident des klaxons. La présence militaire est discrète. À l’entrée de l’école, des bénévoles accrédités par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) accueillent les électeurs depuis l’ouverture du scrutin, à 7 heures. La plupart sont très jeunes, tous ont reçu, pour l’occasion, une formation. «La journée sera longue, mais je suis tellement heureux que je suis prêt à faire une nuit blanche s’il le faut», sourit l’un d’entre eux. Autour de la cour de l’école, où se presse, dans la bonne humeur, une foule incroyable, les salles de classe ont été transformées en autant de bureaux de vote. Des jeunes filles s’enquièrent du numéro du service SMS mis en place pour obtenir les numéros d’électeurs. À la sortie des bureaux, ceux qui ont voté lèvent fièrement leur index teinté d’encre. «Pour la première fois, ce n’est pas le ministère de l’Intérieur qui décidera du résultat, et ma voix sera vraiment prise en compte», se réjouit Mahmoud, un retraité des télécommunications. Latifa, pédiatre, s’enthousiasme elle aussi de «voter enfin pour de vrai». «Sous Ben Ali, les mascarades électorales n’attiraient pas grand monde. La dernière fois, je suis tout de même venue pour tenter, sans illusions, de peser sur les législatives. La liste d’émargement indiquait que j’avais déjà voté, se remémore-t-elle. Nous étions considérés comme des moins que rien. Aujourd’hui je me sens réhabilitée.» Très attachée au statut de la femme tunisienne, cette musulmane pratiquante redoute le score des islamistes, dont elle dénonce le «double langage». Par attachement à «la liberté de pensée, à l’égalité et à la justice sociale», elle a opté pour le Pôle démocratique, une coalition formée par les ex-communistes d’Ettajdid et par des acteurs de la société civile. Certains électeurs de l’Ariana, hier, ont dû attendre jusqu’à quatre heures pour pouvoir voter. «L’affluence a dépassé toutes les attentes. Le taux de participation pourrait dépasser les 60%», se réjouissait, à la mi-journée, Kamel Jendoubi, président de l’Isie, en déplorant toutefois quelques «irrégularités».

Les résultats attendus aujourd’hui

Plus de 7 millions d’électeurs tunisiens étaient appelés aux urnes, hier, pour élire, au scrutin proportionnel, les 217 membres de l’Assemblée constituante qui aura pour tâche de rédiger une nouvelle Constitution et de désigner un exécutif qui gouvernera jusqu’aux prochaines élections générales. Ils avaient les choix, dans les 27 circonscriptions, entre plus de 1 500 listes. Les 7 000 bureaux de vote, qui ont commencé à accueillir les votants à 7 heures, devaient fermer leurs portes à 19 heures. Près de 55 000 bénévoles, formés par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), ont participé à la tenue de ce scrutin historique. Plus de 22 000 militaires et 20 000 policiers assuraient hier la sécurisation du scrutin, sous le regard de plus de 13 000 observateurs locaux et internationaux. Les premiers résultats étaient attendus dans la nuit, mais l’Isie ne devrait annoncer les résultats définitifs que cet après-midi.

Rosa Moussaoui

Amel Bejaoui « Rendez-vous compte, ce sont les premières élections libres de notre histoire ! »

journaliste tunisienne, militante féministe.

Ouf ! Le dimanche 23 octobre, électeurs et électrices tunisiens ont pu, enfin, exercer leur citoyenneté. Voter ! Tant attendu, cet acte, pourtant élémentaire, devient réalité pour la première fois, en Tunisie, débarrassée de la dictature depuis le 14 janvier 2011. Neuf mois ont permis de mettre en place stratégie et moyens humains et matériels pour que le peuple puisse décider de son sort en dehors de toute forme de tutelle. Désigner ses représentants pour construire la République «choisie» et non imposée constitue donc un véritable enjeu sur un double plan, intérieur et extérieur. Intérieur, car 
il s’agit de faire le deuil d’une ère, 
qu’en ce jour de «fête», nous préférons occulter. Extérieur, parce que la révolution du peuple, – et non du jasmin, tel qu’on aime à la qualifier ailleurs –, décidera, en fonction de son déroulement, des enjeux régionaux 
et, forcément, internationaux. 
Les prémices des bouleversements sont d’ailleurs déjà bien là. Les événements qui ont marqué le monde arabe 
avant d’évoluer jusqu’à Wall Street, 
en passant par l’Italie, l’Espagne 
et ailleurs, ainsi que les révolutions 
en gestation en sont la preuve 
et le peuple tunisien porte une lourde responsabilité. Il a l’obligation de réussir son processus. L’Assemblée constituante aura en effet la tâche 
de définir ce que sera la IIe République. Plutôt optimistes, on mise sur un peuple qui a pris le «risque» d’en finir avec l’uniformité d’un régime despotique grâce à ses martyr(e)s, 
ses jeunes, ses démocrates, ses laïcs, 
ses femmes, pour construire une Tunisie pluraliste, différente et plurielle, 
en dépit d’un islamisme rampant. 
Ce sont des acquis cumulés pendant 
ces neuf mois et qui nous engagent pour l’avenir. Nous sommes véritablement dans un processus de libération. 
La libération de l’être-individu dans son moi le plus profond. Processus 
qui dépasse, on l’aura compris, 
la sphère géographique tunisienne. Lourde responsabilité, donc, mais 
à portée universelle incontestable.

Amel Bejaoui

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Tunisie La source de la révolution

Dans le centre ouest de la Tunisie, berceau de la révolution, perdure un profond désespoir social, entretenu par le chômage endémique. Carnet de route dans cette Tunisie de l’intérieur qui aspire à une vie meilleure.

 Sidi Bouzid. La désespérance sociale

À Sidi Bouzid, les murs parlent. Couverts d’inscriptions, ils racontent les souffrances et les espoirs de cette petite ville déshéritée du centre ouest de la Tunisie, berceau de la révolution, où le geste désespéré de Mohamed Bouazizi, le jeune marchand de légumes ambulant qui s’est immolé par le feu le 17 décembre 2010, a embrasé la région, puis tout le pays. Sur l’artère principale, Djamaï Bouallègue, vingt-quatre ans, vivote lui aussi de la vente de fruits. Une charrette de fortune, surmontée d’une couverture sale l’abritant du soleil, lui tient lieu de boutique. «Depuis le 14 janvier, nous pouvons parler plus librement, c’est vrai, mais ma situation n’a pas changé. Ma vie est toujours aussi dure», souffle-t-il, le regard dur. Pas question, pour lui, de participer aux élections : «Je n’ai confiance dans aucun parti. Je ne crois pas aux promesses sans garanties», tranche-t-il. Plus loin, dans le square du centre-ville, à l’ombre des palmiers, les élections occupent au contraire toutes les discussions. À la tête d’une liste indépendante, Nadar Hamdouni, chômeur diplômé, espère que la Tunisie «saura écrire une nouvelle page de son histoire». «Ce qui s’est passé à Sidi Bouzid, ce n’est pas une révolution, c’est une intifada sociale. Mais depuis, rien n’a changé. La jeunesse ressent la même frustration, la même désespérance», insiste-t-il. Ce vendredi, jour de la grande prière, tous les commerces sont ouverts. Les paysannes, vêtues de tenues traditionnelles aux couleurs vives, vaquent à leurs occupations. Nadar Hamdouni jette un œil méfiant au défilé qui passe à quelques mètres de là. Plusieurs centaines de salafistes djihadistes, en kamis (tunique – NDLR), têtes recouvertes de calottes, ont investi la rue, sous le regard mi-amusé mi-étonné des badauds. Les barbus, suivis à distance par une cinquantaine de femmes en niqab (voile intégrale – NDLR), scandant : «Allah Akbar», fustigeant la chaîne de télévision Nessma, qui a récemment diffusé le film de Marjane Satrapi, Persepolis, jugé blasphématoire. Qu’importe que ces extrémistes aient été absents du soulèvement déclenché par l’immolation de Mohamed Bouazizi. L’essentiel, pour eux, est de se rappeler au souvenir des habitants de cette cité dont la révolte contre le régime de Ben Ali ne s’est pas faite sous la bannière de l’islam.

 Regueb. Les islamistes d’Ennahda sûrs de leur victoire

«Il n’y a pas eu de révolution en Tunisie !» Ce cri dit toute la désillusion qui étreint Nomen Ben Mohammed Kadri, un chômeur de trente-quatre ans qui campe depuis deux cent quatre jours, dans l’indifférence, devant la mairie de Regueb, petite ville paysanne à une trentaine de kilomètres de Sidi Bouzid. Titulaire d’une maîtrise de sciences et vie de la terre depuis 2004, Nomen n’a jamais eu de travail digne de ce nom. Sa famille dispose, en tout, de 90 dinars (45 euros) par mois pour faire vivre trois personnes. Mais 60 dinars (30 euros) sont consacrés à l’achat de médicaments pour son vieux père malade, auquel les autorités n’ont pas accordé la gratuité des soins. «Il nous reste 30 dinars (14 euros – NDLR). Soit 250 millimes (12 centimes – NDLR) par jour et par personne. Même pas le prix du pain», calcule le jeune homme. Il a planté là sa tente de bric et de broc, trempée par l’averse de la nuit, pour «exiger un emploi, n’importe lequel». «La révolution tunisienne n’a rien changé aux inégalités. Je n’irai pas voter tant que je n’aurai pas gagné mon droit au travail», tranche-t-il, à l’ombre des portraits des cinq «martyrs» tombés, l’hiver dernier, sous les balles de la dictature. Aucun candidat n’est venu le voir. Pas même les islamistes d’Ennahda, dont la permanence, de l’autre côté du carrefour, ne désemplit pas. «Nous sommes un mouvement politique à l’arrière-pensée religieuse, mais nous sommes des modérés !» s’exclame Mohammed Tahar. Sûrs de leur victoire, les islamistes de Regueb assurent avoir écumé la circonscription «ruelle par ruelle, maison par maison». Un activisme qui semble avoir porté ses fruits. Mourad Aïouni, un étudiant qui a participé à l’occupation de la place de la Casbah, à Tunis, en janvier, rêve d’un «vrai changement». En attendant, il a opté, non sans cynisme, pour le vote Ennahda. «Parce qu’ils voleront un peu moins que les autres», grince-t-il.

 Mezzouna. «Chez Tarek», on parle politique

Dans ce gros bourg agricole de 27 000 habitants, entouré d’oliveraies poussiéreuses, le chômage touche plus de 60% de la population. Ici, la contrebande d’essence et de mazout en provenance d’Algérie offre une source de revenus à de nombreuses familles. Tout au long de la route menant à Mezzouna et même en ville, des jerricanes de carburant sont proposés aux automobilistes à des prix défiant toute concurrence. En ville, de petites pompes artisanales signalent les «boutiques de diesel». Cigarettes, boissons gazeuses et yaourts, moins chers côté algérien, alimentent aussi ce marché parallèle. À l’entrée de Mezzouna, le café Chez Tarek est devenu le rendez-vous de ceux qui ont fait la révolution. «Il n’existe pas de lieu de réunion, de discussion, alors, avec l’accord du patron, nous en avons fait un lieu de débat politique», expose Kamel, trente ans, un enseignant en arts plastiques membre du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT). Chez Tarek, on croise des syndicalistes, des militants et des sympathisants du Parti démocratique progressiste (PDP), d’Ennahda, d’Ettakatol (Forum démocratique pour le travail et les libertés), du Congrès pour la République (CPR), de Moncef Marzouki. «Ce qui a changé depuis la 14 janvier ? Aujourd’hui, je peux aller sans crainte demander une carte d’identité ou un passeport, se réjouit Seboui, un syndicaliste. Avant, j’y allais la peur au ventre, avec le risque d’être interpellé et tabassé. Aujourd’hui, je peux parler. C’est peu. Mais cela a transformé nos vies.» Autant de changements qui n’atténuent pas les attentes sociales, pressantes. Dans cette seule localité, 300 diplômés universitaires sont au chômage. Pour les habitués de Chez Tarek, l’élection d’une Assemblée constituante n’est qu’une étape pour bâtir une société plus juste et se libérer durablement de la dictature.

 Kasserine, la ville martyre

À 72 km de Sidi Bouzid, Kasserine, 300 000 habitants, semble crouler sous le poids de sa démographie. Les artères principales, surveillées par un imposant dispositif policier, sont noires de monde. Dans cette ville où 47 personnes ont été tuées par balles, les traces de l’insurrection de janvier sont visibles. La section du RCD, le parti de Ben Ali, saccagée au début de la révolte, a été transformée en «club des martyrs». Les habitants de Kasserine espèrent en faire un lieu de mémoire, mais aussi de rencontres culturelles et politiques. La bâtisse fait face aux vestiges du commissariat, dont les murs noirs de suie sont barrés d’inscriptions vengeresses. Partout à Hai Ennour ou Hai Zhor, affiches, graffitis, banderoles et fresques murales témoignent d’une effervescence politique qui n’est pas retombée depuis le 14 janvier. Yahiaoui, vingt-sept ans, peintre en bâtiment, se définit comme un «batal» (chômeur) travaillant occasionnellement sur les chantiers. Il a décidé de voter Ennahda, pour «l’honnêteté» de ses candidats. Mais, prévient-il, «si Rached Ghannouchi (le chef spirituel d’Ennahda – NDLR) ne tient pas ses promesses, il subira le sort de Ben Ali… par les urnes».

 Thala, la colère à fleur de peau

La frontière algérienne est toute proche. Des barrages militaires et policiers filtrent l’entrée comme la sortie de cette petite ville, dont le nom signifie «source» en berbère. Depuis la lointaine Antiquité, Thala a incarné la fronde contre les envahisseurs successifs –Romains, Arabes, Turcs, Français. Fidèle à cet esprit, elle s’est trouvée aux avant-postes du soulèvement contre le pouvoir RCD. À la périphérie du pays, Thala concentre les mêmes maux que ses voisines : précarité, pauvreté, système de santé délabré, chômage endémique. Les marbreries de la ville n’emploient que quelques dizaines d’ouvriers. Seulement la contrebande, l’agriculture de subsistance et l’élevage ovin procurent de maigres subsides à la population.

Symbole du régime déchu, le commissariat de police a changé d’occupants. Du rez-de-chaussée où se trouvaient les cellules de garde à vue, il ne reste que des débris de briques et de béton. Quant au premier étage, où logeait naguère le commissaire, il abrite désormais un squat, quartier général d’un groupe de jeunes armés de matraques retrouvées sur les lieux. Toutes les pièces sont couvertes de fresques célébrant une révolution qui a coûté la vie à six jeunes de Thala. Nemri Bessam, titulaire d’un bac+3 en électromécanique, travaillait comme agent de sécurité dans la station balnéaire d’Hammamet, au nord du pays, lorsqu’il a été arrêté par erreur et transféré à Thala, où les policiers l’ont copieusement tabassé. «Quand je hurlais sous les coups, le commissaire descendait de chez lui pour m’ordonner de me taire, parce que sa femme dormait», raconte le jeune homme à l’allure libertaire, vêtu d’un treillis et chaussé de rangers. Nemri, hier, a assuré la sécurité des bureaux de vote. Mais il n’a pas glissé de bulletin dans l’urne. «La révolution ne sera pas finie tant que nous n’aurons pas de travail», assène-t-il. Son ami Sofiane est décorateur, lui aussi au chômage. Au dos de son tee-shirt, cette inscription : «Ma voix n’est pas à vendre». Rebelle dans l’âme, le visage marqué par une profonde colère, Sofiane n’a pas de mots assez durs pour «tous ces partis qui sont apparus sur la scène comme des marionnettes pour parler en notre nom». Quel que soit le résultat des élections, il rêve d’une «deuxième révolution».

Rosa Moussaoui et Hassane Zerrouky

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Edité par T 34 - 26 Oct 2011 à 01:09
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 25 Oct 2011 à 00:03

Tunisie : l'avance du parti islamiste Ennahda se confirme

On devrait connaître les résultats définitifs mardi. Deux points restent notables : la participation importante, et la domination attendue du parti islamiste Ennahda, qui devrait obtenir environ 40% des voix selon le bureau politique du parti.

La commission électorale indépendante (Isie) est la seule habilitée à délivrer des résultats officiels. Mais les premières estimations vont toutes dans le même sens: une grande avance du parti islamiste Ennahda. Le dépouillement s'est achevé tard dans la nuit. Mais les résultats de quelques bureaux de Tunis confirment cette tendance et donnent Ennahda en tête des suffrages. Avance qui devrait être encore accrue dans les zones rurales. Territoires dans lesquels les Tunisiennes et les Tunisiens ont voté en deux files distinctes. Le parti islamiste est accusé d’avoir manipulé les illettrés : des femmes âgées sont allées voter avec une image du logo du parti, ou bien des militants ont été vus en train d’expliquer qu’il fallait choisir la colombe (le logo d’Ennahda) sur le bulletin 54.
La très forte mobilisation des électeurs tunisiens pour une élection historique, neuf mois après la révolution qui a déclenché le "printemps arabe". Plus de 7 millions d'électeurs étaient appelés à élire l’assemblée nationale constituante qui chargée de rédiger une nouvelle constitution et de désigner un nouvel exécutif avant des élections générales. Le taux de participation devrait être supérieur à 90 %.

  • Mise à jour : les réultats temporaires à la mi-journée confirment cette tendance. Ennahda a annoncé qu'ils devraient obtenir entre 60 et 65 sièges sur les 217 de l’assemblée nationale constituante. Le parti islamiste souhaite nouer des alliances et sera en position de force dans la constituante. Le PDP, parti du centre-gauche, a déjà pris acte de sa défaite. Maya Jribi, la secrétaire générale du PDP, a affirmé que son parti se rangerait dans le camp de l'opposition à la future majorité.
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Oct 2011 à 00:54

Les démocrates tunisiens face à l’islam politique

La campagne de l’élection de l’Assemblée constituante, qui a lieu ce dimanche, a été marquée par des violences verbales et physiques contre les formations se positionnant contre les islamistes donnés favoris par les sondages. Tunisie, envoyé spécial.

« Dieu a fait descendre un livre (le Coran), il faut l’appliquer pour qu’on puisse vivre dans un pays sain, débarrassé de la corruption et des mauvaises mœurs », explique ce militant d’Ennahdha à un groupe de badauds dans un quartier populaire de Tunis. Le discours islamiste est simple, voire simpliste. Et il semble prendre dans la mesure où la présence de 115 partis (plus de 1 600 listes électorales) le rend plus visible. Ennahdha est la seule formation développant un discours politico-religieux porté par la force du nombre (ses militants quadrillent le terrain) et… l’argent. Ennahdha est un parti riche et ne le cache pas : il s’est offert un siège moderne dans le quartier Montplaisir à Tunis.

Contrairement aux idées reçues, les salafistes ne sont pas ses adversaires. La violence de ce mouvement, dont Tunis a été l’objet mercredi 12 et vendredi 14 octobre, rend le discours d’Ennahda, qui bénéficie du soutien tacite de Washington et Paris (voire ci-contre), rassurant. D’ailleurs les salafistes ne critiquent jamais le «grand frère» : leurs cibles sont les partis progressistes et démocrates, en particulier le Pôle démocratique et moderniste (PDM) dont le positionnement vis-à-vis de l’islam politique est clair. Alors que les partis, les plus en vue – Ettakatol (Forum démocratique pour le travail et les libertés, soutenu par l’Internationale socialiste) de Mustapha Ben Jaafar, voire le PCOT (Parti communiste ouvrier tunisien) de Hamma Hammami – et d’autres formations dites de centre gauche ou libérales cultivent l’ambiguïté vis-à-vis de l’islam politique.

50 % de femmes chez les progressistes du pdm

Le PDM, coalition électorale regroupant Ettajdid (issu de la mouvance communiste), des associations de la société civile, dont les femmes, des partis de gauche, des syndicalistes et des personnalités, subit de plus en plus d’attaques verbales. Il est qualifié de «mœurs dissolues», d’«athées et de mécréants», de «parti de la France», expliquait mercredi lors d’un point de presse, Riadh Ben Fadhel, l’un de ses dirigeants. À Sousse, Sfax et dans plusieurs villes du pays, ses militants ont été agressés, ses meetings attaqués par des salafistes et des nervis de l’ex-régime de Ben Ali.

La raison ? Le discours du PDM, malgré ses faibles moyens, commence à mordre dans l’électorat populaire. C’est la seule formation, avec Ennahdha, à avoir présenté des listes dans les 33 circonscriptions électorales du pays. C’est surtout la seule formation qui se prononce nettement pour la séparation du religieux et du politique et qui joue la carte de la parité : 50% des têtes de liste sont des femmes.

Khadija Ben Hassine, 55 ans, professeur d’université, en est une. Dans la circonscription de Maanouba, chef-lieu d’une préfecture, 360 000 habitants, à la fois pôle universitaire et surtout région agricole, région acquise, selon les sondages aux islamistes, cette femme a réussi, grâce à un groupe de petits et moyens agriculteurs et laitiers, à toucher et gagner la confiance des rudes paysans de la région. Partout elle dénonce la fiscalité injuste et une politique de crédit «attrape-nigauds», sur fond de corruption et de passe-droits, qui ruinent les paysans, les forçant à vendre leurs lopins, leurs vaches, pour aller grossir les bidonvilles de la région alors qu’ils avaient des terres et une habitation.

«On leur a enlevé leur dignité. Après le 14 janvier, explique-t-elle, les islamistes d’Ennahda, ont pris en main l’Utap (le syndicat paysan) qui était une officine du pouvoir et justifiait tous les mauvais coups perpétrés contre les petits agriculteurs par l’ancien régime. Mais Ennahda reproduit les mêmes pratiques, distribuant semences, fourrages et aliments de bétail aux seuls paysans soutenant le parti de Dieu. Des agriculteurs et éleveurs ne se sont pas laissé faire et ont organisé des rassemblements avec leurs vaches devant le siège de l’Utap de la localité d’El Jedaïda, avec le soutien du PDM. (…) On est d’ailleurs les seuls à avoir des militants paysans dans la région.»

Mardi, à Jedaïda, les agriculteurs et éleveurs militants ont accompagné la tête de liste du PDM, distribuant des tracts, organisant des rencontres avec les paysans sur la politique agricole. «J’organise aussi des cafés citoyens dans les villages et les hameaux, dit la militante. C’est dur. Rien n’est encore gagné. On n’a pas les moyens d’Ennahda. Mais ici, quand on gagne un paysan, on gagne tout le groupe. Je suis moi-même fille de petit agriculteur. Ils me considèrent comme une des leurs.» Dimanche, la question est de savoir combien de Tunisiens se rendront aux urnes. L’abstention favorise les islamistes. Et dans ce cas de figure, la victoire leur donnerait les coudées franches au sein de l’Assemblée constituante pour élaborer une Constitution qui leur donnerait les clés pour imposer à terme leur projet de société.

Hassane Zerrouky

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Tunisie. Le pari islamo-conservateur de Paris

Les grandes puissances jouent la carte d’une coalition incluant les partis religieux. 
Une stratégie qui vise surtout la pérennisation des logiques ultra-libérales. Tunis, envoyée spéciale.

Les Tunisiens n’ont pas encore voté, mais les grandes puissances occidentales, elles, ont déjà désigné les vainqueurs des premières élections libres qui doivent désigner, dimanche, les représentants à l’Assemblée constituante. Washington et Paris, dans un parfait alignement, jouent la carte d’une coalition entre islamistes et conservateurs, les plus sûrs gardiens, à leurs yeux, du libéralisme économique. Mercredi soir, Mark Toner, porte-parole du département d’État a souhaité que le pouvoir issu des urnes soit «représentatif d’un large éventail de la société, ce qui inclut certainement les partis religieux».

Paris n’est pas en reste, qui affiche désormais sa bienveillance à l’endroit des islamistes d’Ennahda. Démonétisée, après la chute du dictateur, par le soutien acharné qu’elle avait apporté à Zine El Abidine Ben Ali, la France peine à se repositionner et croit pouvoir tourner cette page peu glorieuse en tissant des liens avec Ennahda. Au printemps, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, incitait d’ailleurs ouvertement les ambassadeurs à «élargir le spectre de leurs interlocuteurs aux courants islamiques ayant accepté le jeu démocratique et renoncé à la violence». C’est chose faite en Tunisie, où l’inénarrable Boris Boillon rencontre désormais régulièrement les chefs islamistes. «Les émissaires de l’Élysée et du Quai d’Orsay se sont succédé à Tunis ces derniers mois, alternant les rencontres avec les cadres islamistes et les dîners avec des hommes d’affaires influents. Mais depuis trois semaines, l’affichage s’est encore précisé. La France vote Ennahda», analyse un observateur tunisien. Entre calcul d’intérêts et obéissance à Washington, Paris navigue à courte vue, flattant des islamistes supposés incarner la future classe dirigeante. Quitte à tourner le dos aux démocrates et progressistes tunisiens.

Rosa Moussaoui

Tunisie. « Il faut séparer le politique et le religieux »

L’appel de Faouzia Farida Charfi à l’union des forces de progrès a donné naissance au Pôle démocratique et moderniste.

Tunis (Tunisie), envoyée spéciale. Elle a la voix douce et ferme de ceux qui ont livré bien des combats. Dans les années 1970, déjà, Faouzia Farida Charfi sillonnait les chemins de traverse de la dissidence. La jeune scientifique appartenait alors à un mouvement progressiste clandestin, Perspectives, qui contestait l’autocratie instituée par le père de l’indépendance, Habib Bourguiba, tout en partageant ses idéaux de modernité. Quarante ans plus tard, Faouzia Charfi aspire avec la même ferveur à une société où «les libertés individuelles et les droits fondamentaux» ne seraient pas de vains mots. Cette chercheuse en physique, qui n’appartient aujourd’hui à aucune formation politique, a payé cher ses engagements. En 2002, le pouvoir de Ben Ali l’a tout simplement «éjectée», comme elle dit, de l’université et du laboratoire de physique des semi-conducteurs, le premier d’Afrique du Nord, qu’elle avait fondé. «Je me suis sentie exclue de mon propre pays. Le 14 janvier, je suis redevenue une citoyenne à part entière», sourit cette femme élégante, au regard cerclé de lunettes prune. Au printemps, dans la confusion des lendemains de révolution, elle a lancé, avec d’autres militants de la société civile, un appel à l’union des forces démocratiques et progressistes, en vue des élections. «Il fallait dépasser les divisions, se retrouver autour des valeurs de liberté, de progrès social, de défense des services publics, de séparation du politique et du religieux», expose-t-elle. Les ex-communistes d’Ettajdid furent les premiers à répondre positivement à l’appel. La démarche a ensuite séduit d’autres partis, des associations, des personnalités, des figures intellectuelles. Dépassant les espérances de Faouzia Charfi, la dynamique ainsi créée a donné naissance au Pôle démocratique et moderniste, une coalition de gauche qui a pris pour symbole une étoile blanche – Nedjma, en arabe. Cette alliance revendique «l’égalité entre hommes et femmes» comme un principe cardinal. Mais Faouzia Charfi ne se définit pourtant pas comme féministe. «Longtemps, je suis restée la seule femme de mon laboratoire. Je me suis battue avec les armes du savoir pour m’imposer dans un milieu masculin», relate-t-elle simplement.

À la veille des «premières élections libres depuis l’indépendance», elle enrage de voir les médias étrangers faire l’événement sur «la montée des islamistes». «Les islamistes ne montent pas, ils sont simplement plus visibles. En réalité, nous les affrontons depuis les années 1970. À l’université, j’ai dû faire face, plus d’une fois, à des étudiants qui contestaient violemment, au nom de la religion, la théorie d’Einstein selon laquelle la lumière se propage à une vitesse finie», se remémore-t-elle. Faouzia Charfi ne croit pas à la fable de «l’islamisme modéré» et met en garde contre «le double discours» de partis religieux qui projettent, selon elle, de faire de la charia la source de la législation. «Ils veulent nous faire revenir des siècles en arrière. Il ne faut pas leur laisser le champ libre», tranche celle qui témoigne dans le film controversé et courageux de Nadia El Fani, Laïcité Inch’ Allah ! Ce combat pour le progrès, contre toute tentation obscurantiste, Faouzia Charfi entend le livrer sans concession, quitte à prendre le risque de la marginalité. «Nous devons assumer le principe d’une séparation du politique et du religieux, même si cette idée est minoritaire», justifie-t-elle. C’est à cette condition, insiste-t-elle, que «le monde arabe peut devenir le creuset d’une nouvelle modernité».

Rosa Moussaoui

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Edité par T 34 - 24 Oct 2011 à 06:01
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Oct 2011 à 22:51

La menace salafiste enfle en Tunisie

L’attaque des islamistes contre la chaîne Nessma TV fait craindre le pire.

Tunis, envoyé spécial.

Le calme est revenu à Tunis après les violentes manifestations islamistes de vendredi contre la télévision privée Nessma TV. Samedi soir, les rues de la capitale ont été envahies par des milliers de supporters de l’Espérance de Tunis, qui s’est qualifiée pour la finale de la Champion League africaine de football en battant Al Hilal du Soudan. À l’instar du régime des talibans, qui avait interdit toute forme d’activité sportive, les salafistes djihadistes considèrent le sport comme une bidaa (innovation étrangère à leur pratique de l’islam). C’est pour dénoncer cet extrémisme et défendre la liberté d’expression que, dimanche, plusieurs milliers de personnes, dont la moitié de femmes, ont défilé à Tunis.

Mais le climat reste tendu : les excuses du patron de Nessma TV après la diffusion du film Persépolis, qui a suscité la tentative d’attaque des locaux de la télévision, n’ont pas suffi à calmer les islamistes. Il a réclamé une protection policière pour le personnel de sa chaîne menacé de mort par les salafistes, dont les violences font suite à une série d’agressions contre des intellectuels, des cinéastes et des artistes. En mars, à Ras Jdir, à la frontière tuniso-libyenne, la réalisatrice Salma Baccar et son équipe, venues témoigner leur solidarité avec les réfugiés libyens, ont été contraintes de quitter les lieux ; le 9 avril, le cinéaste Nouri Bouzid a été agressé en pleine rue ; en juin, les salafistes avaient saccagé le cinéma où devait être projeté Ni Allah ni maître, de la réalisatrice Nadia Al Fani… À une dizaine de jours du scrutin, ces attaques, condamnées par plusieurs partis de gauche, font craindre le pire.

Hassane Zerrouky

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Patria socialismo o muerte

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