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Inde.

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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 09 Feb 2010 à 18:01
http://bp0.blogger.com/_DqdrU_faXjM/Rwtd1pyV4-I/AAAAAAAAA2k/3LV16Add_1o/s400/tamilnadu.gif
Reprenant le slogan, "guerre contre les Naxalites : guerre contre les Adivasis, les pêcheurs et les paysans", PALA et ses organismes révolutionnaires ont été intensément impliqués dans la campagne contre la guerre civile déclarée par l'Etat, l'opération Green Hunt.

Utilisant des brochures, des livrets et des affiches qui exposent les motifs secrets de l'Etat indien derrière cette guerre sanguinaire, les camarades avaient fait campagne à travers l'Etat dans les autobus, les trains, les usines, et les coins de la rue.

Ces organismes ont également organisé des réunions, des conférences, et des programmes culturels en tant qu'élément de leur campagne contre l'opération. La classe ouvrière et les forces démocratiques ont soutenu cette entreprise et ont généreusement contribué à cet effort, comprenant l'importance de résister à cette chasse aux sorcières Naxalites et à la nécessité de mener la lutte contre le recolonisation.

Ces organismes, avec plusieurs autres forces et organismes démocratiques, ont organisé des réunions à Chennai, à Coïmbatore, et à Salem en janvier. T. Vellaiyan, président de Tamil Nadu Vanigar Sanga Peravai (forum du Syndicat des commerçants du Tamil Nadu) ; C.C. Rajagopalan, un éducateur ; Cam. Thirumalairasan, avocat ; Cam. Balan, avocat, Cour Suprême du Karnataka ; et Aranga Sampath Kumar, avocat, Cour Suprême de Chennai ont souligné le besoin et l'importance de l'organisation contre cette guerre sanguinaire.

Ces conférences et réunions ont été occupées par plusieurs centaines de personnes, et les camarades, dans leurs campagnes sur des trains et des autobus, ont apporté cette information à plusieurs dizaines de milliers des personnes. La campagne pour résister à la chasse aux sorcières Naxalites et lutter contre la recolonisation est conduite avec un grand appui du peuple du Tamil Nadu.

http://blog.lefigaro.fr/inde/Graffiti%20mao%C3%AFste%20dans%20un%20village%20de%20montagne%20au%20N%C3%A9pal.jpg
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 11 Feb 2010 à 18:47
 


Les autorités indiennes ont donné aux populations locales de l’État d’Orissa des informations très insuffisantes ou trompeuses sur les répercussions que pourraient avoir les projets d’extension d’une raffinerie d’alumine et d’ouverture d’une mine de bauxite envisagés par des filiales de la compagnie Vedanta Resources, basée au Royaume-Uni, a déclaré Amnesty International dans un nouveau rapport qui paraît mardi 9 février 2010.

Intitulé Don’t Mine Us out of Existence: Bauxite Mine and Refinery Devastate Lives in India, ce rapport dénonce la pollution de l’air et de l’eau provoquée par une raffinerie d’alumine dans l’État d’Orissa. Exploitée par une filiale de la société Vedanta Resources, entreprise du FTSE 100 basée au Royaume-Uni, cette raffinerie menace la santé de la population locale et son accès à l’eau.

« Les gens vivent aux pieds d’une énorme raffinerie ; ils respirent l’air pollué et ont peur de boire l’eau de la rivière, qui est l’une des principales sources d’eau de la région, ainsi que de s’y baigner, a déclaré Ramesh Gopalakrishnan, chargé de recherches sur l’Asie du Sud à Amnesty International. Il est choquant de voir que ce sont les personnes les plus directement concernées par le projet qui sont les moins informées. »

Des adivasis (aborigènes), des dalits (opprimés), des femmes et d’autres groupes marginalisés vivant dans la région reculée de l’État d’Orissa où se trouve la raffinerie ont raconté à Amnesty International comment les autorités leur avaient annoncé que l’arrivée de l’usine transformerait la région en un nouveau Mumbai (Bombay) ou un nouveau Dubaï.

Le Bureau de contrôle de la pollution de l’État d’Orissa a mis en évidence une pollution de l’air et de l’eau due aux activités de la raffinerie d’alumine à Lanjigarh, dans l’État d’Orissa. Amnesty International a constaté que cette pollution menaçait la santé de la population locale et son accès à une eau non polluée. Cependant, aucun suivi sanitaire n’a été mis en place.

« Nous avions l’habitude de nous baigner dans la rivière, mais maintenant j’ai peur d’y emmener mes enfants. Mes deux fils ont des plaques rouges et des cloques sur la peau », a déclaré une habitante à Amnesty International. L’organisation a recueilli de nombreux témoignages similaires de personnes vivant aux alentours de la raffinerie.

Malgré ces préoccupations et le fait que la raffinerie soit située dans un endroit sensible sur le plan environnemental – à proximité d’une rivière et de plusieurs villages – le gouvernement étudie actuellement une proposition d’extension qui multiplierait par six la capacité de raffinage de l’usine. Ni les autorités indiennes, ni Vedanta n’ont informé la population locale de l’ampleur de la pollution que cette extension risquerait d’entraîner ni de ses effets possibles.

Par ailleurs, l’entreprise Orissa Mining Corporation et une autre filiale de Vedanta Resources prévoient d’extraire de la bauxite des collines voisines de Niyamgiri. Or, cette nouvelle mine menacerait l’existence même des Dongrias Kondhs, communauté aborigène protégée forte de 8 000 membres qui vit dans les collines de Niyamgiri depuis plusieurs siècles. Pour les Dongrias Kondhs, ces collines sont sacrées ; elles sont indispensables à leur survie économique, physique et culturelle. Cependant, aucune procédure n’a été mise en place pour obtenir le consentement éclairé de cette population.

Un homme dongria kondh a expliqué à Amnesty International : « Nous avons vu ce qui arrive aux autres adivasis quand ils sont contraints de quitter leurs terres traditionnelles : ils perdent tout. »

« Les habitants de l’État d’Orissa sont parmi les plus pauvres de l’Inde, et leur santé est menacée par la pollution de la raffinerie. Vedanta Resources et les entreprises qui lui sont associées, ainsi que le gouvernement de l’État d’Orissa, refusent d’entendre leur voix. Les habitants de la région n’ont pas été consultés comme il se doit à propos des changements sur le terrain, alors que ce sont leurs vies et leur avenir qui sont en jeu », a souligné Ramesh Gopalakrishnan.

Amnesty International appelle le gouvernement indien et Vedanta Resources à faire en sorte que les projets d’extension de la raffinerie et d’ouverture d’une mine de bauxite ne soient pas réalisés tant que les problèmes existants n’auront pas été résolus. Elle demande également que soit menée une consultation exhaustive de la population locale, et exhorte les autorités indiennes à mettre en place une procédure pour obtenir le consentement préalable, libre et éclairé des Dongrias Kondhs.

D’AUTRES INFOS ICI

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, le Vénézuela, la Bolivie, etc
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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Feb 2010 à 19:55

Cette interview a été publiée dans Sanhati.

Conversation avec Ganapathy,
Secrétaire Général du CPI (maoïste)

Jan Myrdal et Gautam Navlakh, janvier 2010

Loin à l'intérieur des jungles du Ghats oriental nous avons rencontré le secrétaire général du CPI (maoïste) Ganapathy aka Mupalla Laxman Rao. Après nous avoir accueilli et s'être enquéri si nous, en particulier Jan Myrdal, avions fait face à quelque problème pour voyager sur le terrain accidenté, l'entrevue a commencé. Ce qui suit est le résumé de l'entrevue avec lui.

Nous avons maintenu l'entrevue sous la forme dans laquelle elle a été donnée, lue et a approuvée par lui avec quelques changements de langue mineurs.  En particulier nous attirons l'attention des lecteurs sur le
Secrétaire Général exposant avec concision la position de sonr Parti sur la question des pourparlers à la lumière de la désinformation menée par le ministre de l'Intérieur de l'Union P. Chidambaram, selon laquelle le CPI (maoïste) « s'était moqué » à l'offre du Gouvernement Indien pour des pourparlers. En effet il nous a dit :

Pour être concis, la principale exigence que le Parti a placé devant le gouvernement [de l'Inde] pour n'importe quel genre de pourparlers sont 1) la guerre totale doit être arrêtée ; 2) pour n'importe quel genre de travail démocratique, l'interdiction du Parti et des organisations de masse doivent être levés ; 3) la détention et la torture illégales des camarades doit être arrêtée et ils/elles doivent immédiatement être libéré-e-s. Si ces demandes sont satisfaites, alors les mêmes chefs qui sont libérés des prisons mèneraient et représentent le Parti dans les entretiens.

Cependant, nous considérons le texte intégral de l'entrevue important pour tous ceux qui veulent en savoir plus au sujet des politiques du Parti que le gouvernement de l'Inde considère comme sa menace principale de sécurité intérieure.

Q : Comment envisagez-vous l'enchaînement de cette lutte avec une lutte générale en Inde en termes de classe ? Le Président Mao après qu'il ait en 1935 pris la Longue Marche vers Yenan a créé une base pour le niveau national dont
une partie était le front uni avec Chiang Kai-Cheik. Il est devenu de ce fait le pouvoir national principal en Chine. Comment envisagez-vous de devenir un pouvoir national en Inde ?

R : En Chine, les conditions dans lesquelles la Longue Marche de Yenan a eu lieu et a créé une base dont une partie était la formation d'un front uni avec
Chiang Kai-Cheik pour le niveau national est différente de notre situation actuelle de la Nouvelle Révolution Démocratique (NDR) en Inde. La révolution chinoise a eu lieu dans la première moitié du 20ème siècle. Depuis lors plusieurs changements cruciaux se sont produits dans le monde. Ceux-ci sont, premièrement l'apparition d'un camp socialiste puis sa chute, deuxièmement la chute du colonialisme et l'apparition de néocolonialisme, troisièmement l'apparition du soi-disant système parlementaire comme le système politique commun dans le monde entier, quatrièmement, un long vide a fait suite, dans l'avancée révolutionnaire, au succès des révolutions du Vietnam, du Kampuchea et du Laos en dépit de quelques progrès et luttes significatives dans plusieurs pays.

Si nous examinons l'histoire du monde entier, après l'apparition de classe ouvrière sur le globe, elle a été confrontée avec la bougeoisie et toutes les autres forces réactionnaire et leur a arraché le pouvoir à Paris pour une courte période puis en Russie, en Chine et dans plusieurs pays européens pendant longtemps et a effrayé le monde entier. Dans cette trajectoire, il y a eu divers hauts et bas dans la révolution socialiste du monde mais néanmoins la lutte continue. C'est comme le mouvement des vagues : parfois il ralentit, mais il n'a jamais cessé. Ainsi nous devons voir n'importe quelle révolution d'un pays à la lumière du contexte historique.

Par rapport à notre révolution, avant tout je voudrais présenter notre histoire dans un court récit pour comprendre la situation actuelle correctement. Notre Parti unifié, le Parti communiste de l'Inde (maoïste) a été formé le 21 septembre 2004 en fusionnant deux courants révolutionnaires maoïstes de l'Inde, le Parti communiste de l'Inde (
marxiste-léninste) [CPI (ml)]et le Centre communiste maoïste (MCC). Nos grands chefs d'avant-fondation et professeurs aimés, les camarades Charu Mazumdar (CM) et Kanhai Chatterji (KM) ont mené une lutte idéologique et politique inlassable, pendant longtemps contre le révisionnisme et le révisionnisme moderne du Parti communiste de l'Inde et du CPI (marxiste).

C'est par cette lutte seulement que l'échine des partis révisionnistes a été brisée, ce qui a eu comme conséquence une percée dans le mouvement communiste indien.
Par le résultat de cette grande lutte sur tous les plans par le camarade CM et d'autres maoïstes véritables, le grand soulèvement rural armé de Naxalbari a éclaté comme un orage de printemps. Alors une nouvelle histoire a commencé. Alors, en avant, nos deux grands chefs ont levé la bannière rouge de Naxalbari et mené la Nouvelle Révolution Démocratique. Le
mouvement révolutionnaire s'est diffusé comme le feu à la prairie dans presque toutes les parties du pays à une échelle différente. Pendant cette période révolutionnaire, dans une courte période deux partis, le CPI (ml) et le MCC ont été fondés le 22 avril 1969 et le 20 octobre 1969 sous la conduite directe des camarades CM et KC respectivement. En raison de plusieurs raisons historiques que nous n'avons pas formé un Parti maoïste unifié à ce moment même. Mais notre ligne idéologique et politique, chemin et stratégie de base de la révolution, et plusieurs autres positions de base sur les questions importantes auxquelles nous avons été confrontés en même temps étaient fondamentalement les mêmes.

Les classes dirigeantes indiennes ont lancé un règne de la terreur contre tous les mouvements révolutionnaires, ayant commencé par le soulèvement agraire armé de Naxalbari. À la fin de 1972, après l'arrestation et le martyre du camarade CM et même avant ceux-ci nous avons perdu un grand nombre de chefs et de cadres dans les mains de l'ennemi.
En raison de ces derniers nous avons souffert un recul national. Avant le martyre du camarade CM, la lutte politique et idéologique interne intense avait commencé contre la clique
opportuniste de droite SNS et d'autres en 1971 même.
Le Parti s'était désagrégé en plusieurs groupes, en raison de nos erreurs tactiques sérieuses, de la terreur d'Etat, des pertes graves, du manque de conduite appropriée et des effets négatifs
de la lutte entre deux lignes dans le Parti de la Chine communiste. Depuis juillet 1972 à 1980 notre Parti, le CPI (ml) a été dominé par plusieurs scissions, pour la plupart conduites par des dirigeants aventuristes de gauche et de droite et le désarroi s'est répandu. Mais de l'autre côté, sous la conduite du MCC la lutte rurale révolutionnaire armée  dans le Kanksha a eu lieu, et a souffert un recul dans une courte période due à la terreur d'Etat, mais a de façon constante augmenté au Bihar, et dans une certaine mesure dans l'Assam et à Tripura.

Nous avons confirmé la ligne idéologique et politique de base d'un Parti maoïste véritable, appris les leçons de la pratique, nous nous sommes sérieusement engagés dans la lutte de classe et avons fermement tenu des positions correctes sur plusieurs questions idéologiques et politiques auxquelles nous avons été confrontés dans le pays et sur la scène internationale. En raison de ces positions, depuis le CPI (ml), seuls
le CPI(ml) - Party Unity(PU) en 1978 et le 22 avril 1980 le CPI(People's War) (PW) ont émergé.

En raison de ceci seulement, de nouveau nous, le MCC, PW et PU avons construit le mouvement révolutionnaire paysan armé dans différentes parties du pays, en particulier dans l'Andhra Pradesh et le Bihar. Nous avons renforcé notre Parti, notre mouvement de masse révolutionnaire et avons armé la lutte considérablement dans les années 80 et 90, qui ont abouti à la grandes unité et formation de notre nouveau Parti en septembre 2004.
Depuis 1977 un grand nombre de forces maoïstes véritables avaient fusionné et consolidé dans le CPI (ml) [PW], le MCCI et le CPI(ml) - PU et ce processus continue toujours dans une certaine mesure après la formation du nouveau Parti. Mais durant cette période la plupart des
groupes maoïstes de droite et de gauche avait été graduellement désagrégés et ont disparu et certains des groupes de droite existent toujours bien qu'ils soient faibles. Une section minuscule des forces maoïstes existe toujours mais ils souffrent du sectarisme depuis longtemps.

Nous sommes d'avis que notre lutte dans le CPI et le CPM a été une partie intégrante de la grande lutte conduite dans le mouvement communiste international dirigé par le Parti
communiste de Chine sous la conduite directe du camarade Mao. Nous sommes d'avis également que la lutte interne dans le CPI (ml) qui a eu lieu pendant plusieurs années est reliée directement ou indirectement à la lutte interne du PCCh avant même et après la mort de Mao. La clique révisionniste moderne de Deng qui a usurpé le pouvoir en Chine a causé beaucoup de dommage non seulement à notre Parti et révolution mais également à la révolution mondiale. Nous collons fermement à la pensée de Mao et sommes opposés à la clique de Deng et à la clique de Lin Piao. Notre expérience prouve clairement que la révolution indienne a été très influencée par les développements positifs et négatifs du mouvement communiste international (MCI).

Nous, le Parti maoïste indien avons traversé un chemin tortueux pendant une longue période. Après formation du Parti unifié, la situation favorable a émergé pour l'avancement de la révolution. Nous avons perdu cette bonne chance entre 1969 et 1972. Le plus grand avantage de cette fusion a été le résultat de la synthèse sur 35 ans de l'expérience de la révolution indienne.
Elle nous a donné une riche base en termes de stratégie, tactique et politiques. Notre fusion a provoqué un changement crucial de deux Partis différentes fonctionnant dans des secteurs séparés éloignés ou de petites poches en un Parti au niveau de toute l'Inde. Avant fusion, en dépit du fait que les deux partis avaient un Comité Central, il y avait une limitation sérieuse pour eux à fonctionner comme des organismes centraux dans la perspective de
toute l'Inde. Mais après fusion, notre compréhension s'est encore enrichie au sujet du développement inégal du pays et du développement inégal du mouvement révolutionnaire. Maintenant nous pouvons prévoir au niveau de toute l'Inde d'une meilleure manière. Ce n'est pas au complet mais au moins les inconvénients ont été éliminés. Une ligne clairifiée et enrichie a émergé en termes à la fois de l'Inde et du contexte du monde. Et l'autre aspect dans cet avantage, est qu'il a eu son effet internationalement aussi. Avant ceci, la plupart du temps nous ne pouvions pas avoir beaucoup d'appui international. Mais,  depuis qu'il est naissant, il s'est néanmoins développé. Ces dernières années, nous avons enregistré de multiples pertes. En dépit de quoi nous devons réfléchir comment éviter ce beaucoup de pertes. Mais notre CC a indiqué que nous devrions éviter des erreurs pour éviter des pertes et pour faire face hardiment à l'ennemi et avancer.

Actuellement dans notre pays d'autres Partis maoïstes ne sont pas en mesure de fournir la conduite aux masses à cause de leur ligne déviationniste de droite et de leur force limitée. Les forces progressistes et démocratiques manquent du moindre programme d'action
révolutionnaire de base et également actuellement elles ont un secteur d'influence limité. Sans compter qu'en plus de toutes ces limitations aucun Parti n'a la force armée du Peuple pour se défendre. Je réitère qu'actuellement aucun Parti ou organisation n'est assez capable pour être un centre de rassemblement des forces et des personnes révolutionnaires, démocratiques, progressistes et patriotes.

Par conséquent, actuellement notre Parti peut jouer un rôle significatif en rassemblant toutes les forces et les personnes révolutionnaires, démocratiques, progressistes et patriotes. Puisque notre Parti a un
caractère national de toute l'Inde, une bonne base militante politique de masse dans plusieurs Etats, l'armée de guérilla de libération du peuple (PLGA) combattant l'ennemi dans plusieurs Etats et construisant le Nouveau Pouvoir démocratique du peuple à Dandkaranya [un secteur en Inde centrale qui comprend les zones à prédominance tribale de cinq Etats de l'Inde à savoir Andhra Pradesh, Chhattisgarh, Madhya Pradesh, Maharashtra et Orissa], Jharkhand et quelques autres régions de l'Inde.

Nous avons une compréhension définie pour unifier toutes les forces révolutionnaires, démocratiques, progressistes, patriotiques et toutes les communautés sociales opprimées comprenant les nationalités opprimées contre
l'impérialisme, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique comprador. Notre nouveau Front uni démocratique (UF) se compose des quatre classes démocratiques, c.-à-d. les ouvriers, les paysans, la petite-bougeoisie urbaine et la bougeoisie nationale. Si nous souhaitons former un Front uni fort, il doit être sous la conduite du prolétariat, se basant sur l'alliance des ouvriers et des paysans. Si nous souhaitons former un Front uni fort il doit être soutenu et défendu par l'armée populaire. Sans armée populaire les gens n'ont rien à réaliser ou à défendre. Par conséquent l'ennemi essaye sérieusement d'éliminer notre direction du Parti dans le but de détruire un centre révolutionnaire et démocratique du peuple indien. Ainsi la condition a mûri un peu plus pour rassembler autour d'un centre et la révolution pourrait aller en avant sous la conduite du CPI (maoïste).

En même temps, avec la crise économique mondiale, les politiques anti-populaires et pro-impérialiste des classes dirigeantes indiennes et la répression d'Etat croissante, la colère des masses dans le pays augmente la portée révolutionnaire maintenant qu'il y a un seul parti révolutionnaire. Pendant longtemps, depuis le martyr du camarade CM, l'Inde manquait d'une plate-forme révolutionnaire unique. Même sur la scène internationale, il y avait beaucoup de clivages dans les mouvements maoïstes. Dans cette conjoncture particulière l'apparition de notre Parti fournit un nouvel espoir aux peuples.

Je veux dire que le Parti n'a aucune illusion au sujet du soi-disant système parlementaire et sait que l'Etat indien connaît aussi clairement que nous nos limites et nos points faibles, même après l'unité [formation du Parti communiste de l'Inde (maoïste)] et les faiblesses des forces maoïstes dans le pays et les autres pays.

Les conditions révolutionnaires favorables, la lutte de classe amère qui grandit dans la société indienne et le développement de la lutte armée sont observées de près par l'ennemi qui les prend très au sérieux. Ainsi, aucune occasion n'est donnée à ces luttes par les classes dirigeantes indiennes qui sont également des compradors de l'impérialisme.
Alors, immédiatement dans le contexte de la révolution mondiale, avec les expériences des Philippines, du Pérou, du Népal, et de l'Inde, l'impérialisme est extrêmement concerné par le développement d'une lutte de classe amère émergeant en Inde. Dans la situation actuelle du monde, si la révolution maoïste en Inde peut avancer vers une nouvelle étape, elle deviendra une menace grave pour le système de capitaliste mondial. C'est pourquoi l'impérialisme, en particulier l'Amérique a pris ces développements au sérieux.

Ainsi, d'une part, il y a des conditions plus favorables pour la révolution, et de l'autre côté il y a la volonté acharnée de l'ennemi pour supprimer la révolution. Dans cette situation, notre plan entier est d'utiliser entièrement les conditions favorables tout en résistant à l'ennemi qui déterminera notre plan.

Dans ce contexte, actuellement, l'obstacle principal sur la voie de la révolution indienne est la guerre totale lancée par l'ennemi. Cette guerre est principalement contre le mouvement maoïste, mais n'est pas limitée à ce mouvement et vise aussi
tout les mouvements révolutionnaires, démocratiques, progressistes et patriotiques et les mouvements des communautés opprimées de notre société comprenant les nationalités opprimées. Dans les circonstances actuelles, toutes ces forces doivent penser ensemble comment s'opposer à cet ennemi puissant et pour ceci comment s'unir pour avancer.

Comment pouvons-nous résoudre le problème de la guerre totale ? Pour la résolution de n'importe quel problème, nous devons l'analyser profondément pour identifier la cause première du problème. Premièrement, pourquoi cette guerre ? Qui l'impose ? Sur qui est-elle imposée ? Quelle est la nature de cette guerre ? Combien de temps continue-t-elle ? Pouvons-nous accepter cette guerre ou pas ? Qui devrait la parer ? Comment la contrer ? Quel est le but de la résistance à la guerre ? etc.

Cette guerre est menée pour détruire la révolution qui émerge graduellement comme puissance politique alternative à la puissance politique réactionnaire existante dans le pays, et l
e pillage massif des minerais et d'autres riches ressources naturelles des vastes secteurs de population Adivasi et d'autres peuples locaux du Lalgarh à Surjagarh. Ils imposent cette guerre sur ceux qui sont contre cette guerre, c.-à-d. les révolutionnaires maoïstes, les Adivasis et populations locales des vastes secteurs de forêt, les ouvriers, les paysans, la bourgeoisie urbaine, la petite et moyenne bougeoisie, les Dalits, les femmes, les minorités religieuses et les nationalités opprimées, les organisations démocratiques, les forces progressistes et patriotiques qui comportent plus de 95% de la population. C'est complètement une guerre injuste. Cette guerre est imposée par la bougeoisie bureaucratique compradore, les forces féodales de ce pays et les impérialistes, en particulier l'Amérique. Ce sont de vrais pillards, corrupteurs, maîtres chanteurs, thésauriseurs, scamsters, meurtriers, conspirateurs, oppresseurs, étouffeurs, autocrates, fascistes, la plupart des réactionnaires et des traîtres de premier ordre. Ces réactionnaires prévoient de continuer cette guerre pendant longtemps, jusqu'à ce qu'ils atteignent leur but.

Aucuns maoïste, démocrate, progressiste, patriote, et peuple n'accepteront cette guerre injuste imposée par les dirigeants. Les gens s'opposeront totalement à cette
guerre la plus injuste, cruelle, inhumaine et déloyale.

Elle sera défiée par toutes les personnes de notre pays et les personnes dans le monde. Cette guerre injuste est
totalement contraire à l'intérêt du Peuple et à l'intérêt du pays. Les gens s'uniront et arrêteront cette guerre injuste en faisant une guerre juste. Les gens ne toléreront jamais n'importe quel genre de guerre injuste. Dans l'histoire entières de la société de classes, jamais les Peuples n'ont toléré n'importe quel genre de guerre injuste, mais ils les ont combattu en payant le prix de leur propre sang et l'ont finalement gagnée.
Le but immédiat de cette juste guerre est de défaire la guerre injuste complètement et d'avancer alors vers le
changement des conditions sociales actuelles qui donnent la portée aux guerres injustes. Si nous regardons les développements politiques du pays, cette guerre totale inhumaine donne une perspective énorme pour unir les vastes masses populaires et certainement elle deviendra contre-productive pour les classes dirigeantes.

Depuis le 15 août 1947 (indépendance de l'Inde NDLR) nous n'avons jamais vu une telle intégration de l'économie indienne, de la défense, de la sécurité intérieure, du régime, de la culture et de l'Etat entier avec les impérialistes, en particulier avec les impérialistes des USA. L'affaire nucléaire et plusieurs affaires de la défense, les interférence après les attaques terroristes de Mumbai le 26 novembre 2008 et la visite du ministre Chidambaram à la maison des syndicats aux USA et les accords cruciaux liés à la sécurité intérieure sont quelques exemples. En raison de ce changement crucial les expansionnistes indiens jouent un rôle crucial en Asie du sud. La contradiction fondamentale entre l'impérialisme et le Peuple indien est plus aigue que jamais. Elle donnera une grande perspective pour unir le Peuple contre les impérialistes et pour combattre l'impérialisme.

Depuis plusieurs décennies le Cachemire et le Nord-Est entiers sont sous la domination militaire et paramilitaire. D'autre part un changement énergique a été vu dans la sécurité intérieure due au rôle des militaires dans la sécurité intérieure.
L'armée indienne a été déployée à l'époque de la révolution agraire armée
historique du Telangana (1946-52) et pour une courte période [en 1971] dans des quelques poches du Bengale-Occidental après le grand soulèvement paysan armé de Naxalbari en 1966.
Mais aujourd'hui, dans la perspective à long terme, l'armée indienne est réorganisée. Sous les préceptes de la lutte antiterroriste globale, il y a trois ans l'armée indienne a déclaré sa nouvelle politique [doctrine de la guerre sous-conventionnelle] pour traiter la sécurité intérieure et les besoins de la guerre moderne avec d'autres pays. Dans le cadre de ce plan restructuré, l'armée indienne forme un grand nombre de ses forces selon les besoins de larges opérations de contre-insurrection.
Maintenant l'armée indienne est employée dans un vaste secteur de notre pays contre son propre peuple au nom de la sécurité intérieure. Si il [le Gouvernement Indien] est vraiment le gouvernement d'un peuple, comment peut-il employer sa propre armée contre son propre peuple ? L'Etat indien fonctionne comme un régime autocratique et fasciste dans les habits de la démocratie. Tous les gains qui ont été faits par les luttes populaires révolutionnaires et démocratiques sont contestés par les fascistes. Mais ceci forcera également les vastes masses populaires à s'unir et résister par tous les moyens pour les défendre et finalement cela deviendra également contre-productif pour les classes dirigeantes.

Nous devons également parler de la crise économique mondiale actuelle, en particulier de la crise des impérialistes des USA et des autres pays impérialistes. Cette crise est par certains aspects encore plus profonde que la Grande Dépression des années 30. Mais le capitalisme ne meurt pas seul sans révolution. Pour sortir de la crise maintenant, l'impérialisme essayera d'augmenter l'exploitation de la classe ouvrière et de la classe moyenne de ses propres pays et d'augmenter le pillage des pays du tiers-monde. Les
Corporations Multi-Nationales (MNCs) et la Bourgeoisie bureaucratique Compradore (CBB), les collaborateurs des impérialistes sont concentrés sur les grandes régions étendues de Lalgarh au Bengale à Surjagarh dans le Maharashtra. Pour exploiter cette région riche, principalement région d'Adivasis (tribaux), l'Etat et le gouvernement centraux ont signé des centaines de MOUs (protocole d'accord). Le pillage aveugle de cette région détruira l'environnement et apportera des changements écologiques à long terme. La communauté la plus opprimée de la société indienne, les Adivasis et les peuples locaux sont sous une grande menace. Probablement pour la première fois dans le monde, de telles populations énormes d'indigènes sont menacées. Une nouvelle situation s'est créée et avec un programme concret ces sections opprimées doivent avancer. Il est évident que sans l' émancipation de ces peuples, nous ne pouvons pas avancer ni la révolution indienne réussir. Notre Parti travaille sur ce problème et de plus en plus les gens s'uniront et combattront les ennemis du Peuple indien, à savoir les impérialistes, la CBB, les féodaux et l'Etat fasciste.

Les peuples des nationalités
opprimées du nord-est et du Cachemire luttent pour leur libération depuis des décennies. Ils ont avancé dans une certaine mesure et ont fait face à des souffrances sans précédent. Mais ils n'ont pas réussi et ils continuent toujours leur combat. Tandis que nous avons eu quelques succès dans la guérilla, ils (les nationalités opprimées) voient un certain espoir dans les maoïstes.
Il y a un nouvel espoir que si la révolution maoïste avance, elle accélérera les luttes nationales de libération également. Dans ce contexte, selon le MLM (marxisme-léninisme-maoïsme) le Parti a toujours maintenu la position du droit à l'autodétermination comprenant la sécession de toutes les nationalités opprimées. Ils (les nationalités opprimées) comprennent cette politique et leur
combat a besoin d'être renforcé. Ceci doit être utilisé pour s'unir à eux et pour essayer de construire un Front uni. Par exemple, quand les forces de Naga ont été déployées dans le Chhattisgarh ou quand les bataillons de Mizo ont été placés ici, il y avait quelques protestations dans Nagaland et le Mizoram respectivement par des membres de la famille des soldats aussi bien que par les personnes démocratiques. Ils ont dit qu'ils s'opposaient à la guerre contre le peuple ; ils ne veulent pas envoyer leurs enfants pour supprimer d'autres personnes. Stratégiquement cela crée une meilleure condition pour unir des personnes de toutes les nationalités, des ouvriers, des paysans, de la bourgeoisie et des capitalistes nationaux, et la violence continuant partout sur les populations devient graduellement contre-productive pour les dirigeants eux-même.

De façon générale, l'ennemi a déclaré la guerre totale contre la population au nom de la sécurité intérieure, et au nom du danger des maoïstes. Nous sommes relativement forts dans plusieurs zones rurales du pays. Mais actuellement nos forces sont faibles, nous sommes faibles dans les zones urbaines, et nous sommes également faibles parmi les ouvriers et parmi la petit-bougeoisie. L'armée populaire est aussi faible et ses armes sont inférieures à l'ennemi.
Ce sont nos faiblesses en général. Renforcer l'armée populaire et le travail dans les zones urbaines sont parmi les tâches pressantes les plus importantes. Le congrès d'unité de notre Parti a clairement annoncé un plan stratégique et a donné les documents enrichis pour s'améliorer dans ces domaines. D'autre part, les contradictions sociales s'aiguisent très rapidement. Avec les tâches pressantes ci-dessus, notre Parti se concentre pour unir de plus en plus de personnes. Si nous réussissons en cela, nous pouvons faire un saut dans la révolution. Nous sommes pleins d'espoir au sujet de l'apparition d'un Front uni. Dans cette nouvelle situation, c'est l'une des premières tâches de la révolution indienne. Nous estimons fortement que c'est non seulement notre tâche mais la tâche de
toutes les forces révolutionnaires, démocratiques, progressistes.

Avec ceci, la contradiction dans les classes ennemies s'aiguisent. On peut le voir dans les luttes de Nandigram et dans une certaine mesure dans le Lalgarh. Nous utilisons cette contradiction et il est nécessaire de l'utiliser partout pour avancer dans la lutte de classe. Nous travaillons également avec d'autres organismes et personnes démocratiques et quelques individus appartenant aux classes dirigeantes sur différentes questions de masse en formant des fronts tactiques. Nous et tous les Partis, organisations et personnes en lutte devons comprendre l'importance de l'unité entre nous et la formation d'un front uni. Nous fournissons l'impulsion à l'unité du peuple et établissons un front
unis stratégique et des fronts tactiques . Ce front uni stratégique sera entre les personnes opprimées contre l'impérialisme, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique compradore.

Malgré l'intensification de la contradiction entre l'impérialisme et le peuple indien notre pays n'est attaqué par aucun pays impérialiste ou n'est devenu une colonie directe par aucun autre moyen. Ainsi, actuellement notre situation est différente de celle de la Chine au milieu des années 30 lorsque le PCCh a formé un Front uni anti-impérialiste contre l'impérialisme du Japon.

(suite à venir)

L'article sur Revolution in South Asia

http://southasiarev.files.wordpress.com/2010/02/india-ganapathi.jpg?w=354&h=248
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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Feb 2010 à 22:23

Q : Comment est-ce que le Parti fait avec les difficultés dans la formation du Front uni et avec les conditions objectives, que pense le Parti des conditions subjectives dans le scénario d'aujourd'hui ?

A : Camarades, comme premier aspect, le Parti maoïste voudrait devenir un centre pour les gens du pays et leur développement, représentent leurs aspirations. Nous représentons au-dessus de 95% de population. Il y a un état objectif plus favorable pour unir les gens et les gens veulent également un Parti qui servira leurs intérêts. Nous ne travaillons pas pour la réforme partielle dans le système bourgeois et exploitant. Nous luttons pour les demandes socio-économiques du Peuple aussi bien que pour le changement qualitatif de la structure de base de la société. Si nous réussissons à l'expliquer clairement aux gens, nous réussirons à les mobiliser et les organiser dans la guerre et nous gagnerons.

Chaque fois que la guerre populaire prolongée, aussi bien que la guerre de libération nationale ont été menées, l'expérience montre que sans cette base de masse, sans armée, sans secteur libéré, les gens n'ont pas réussi à former un front uni fort. Dans le cours de la lutte révolutionnaire, formant l'armée et établissant des bases territoriales, nous pouvons former plusieurs fronts unis tactiques et même un front uni stratégique fragile. Nous devons travailler dur pour mobiliser les masses dans la guerre contre leurs ennemis, construire leur propre l'armée et établir des bases d'appui stables, pour marcher en avant afin d'établir un front uni fort.

Q : Quelles sont les manières et les méthodes pour se gagner des alliés ?

A : Pour la plus large unité possible, nous ne pouvons pas avoir une attitude sectaire envers les amis de la NDR [nouvelle révolution démocratique]. Actuellement plusieurs forces sont alignées contre l'ennemi. Nous devons les laisser se développer aussi. Dans le front uni sur certaines questions, il peut y avoir également des représentants des classes oppresseuses. Nous ne pouvons pas prévoir qu'elles rejoignent nos rangs, qui est un long chemin en avant. En ce moment nous devons coller fermement à notre objectif stratégique, et pour la tactique nous devons rester flexibles.

Plus clairement, il y a deux genres différents de fronts unis. Le premier, au sein du Peuple, et l'autre entre le Peuple et l'ennemi (une section/groupe de personnes des classes ennemies) utilisant les contradictions au sein de l'ennemi.
Le Parti doit faire cela. Cette perspective est là dans une certaine mesure sur quelques questions. Nous les appelons les réserves indirectes de la révolution, qui peuvent être employée soigneusement. Si nous avons la compréhension claire qu'ils ne sont pas nos alliés de classe, alors nous n'aurions pas de déviations opportunistes de droite.
Nous avons besoin de fronts unis de cette sorte pour le succès de la révolution. La gauche indienne en grande partie, comme le CPI et le CPM, avait traîné derrière la bougeoisie et s'était dégénérée.

Le dernier aspect est que chaque classe a un intérêt séparé de classe et une vision du monde.
Le Front uni dans ce sens est également un front de lutte. Mais surtout, si la lutte est contre l'ennemi principal, alors cette lutte devient secondaire, tandis que l'unité devient principale. La vraie question est comment ces lutte et unité peuvent être équilibrées et utilisées effectivement.
Les classes ennemies ne resteront jamais avec le peuple. Même après la prise du pouvoir, la lutte continuera dans la société pendant longtemps. Ainsi, le Front uni et la lutte de classe devraient continuer simultanément. Pour cela, c'est une des tâches les plus importantes de se concentrer sur l'éducation idéologique et politique des masses.
Si nous pouvons faire ceci avec succès, alors nous pouvons gagner ces sections aussi et leur permettre de rejoindre nos rangs. Ces partis ont également des gens du Peuple sous une direction corrompue. Si nous pouvons gagner le Peuple par la lutte politique et idéologique, nous pouvons gagner un grand nombre de leurs adhérents à la base. La percée révolutionnaire est liée à ce processus. Les Partis chinois et népalais se sont développées par des sauts et des limites en faisant la même chose. La force cadre aussi bien que l'armée peuvent augmenter comme ceci, politiquement et idéologiquement également. Si ce rapport dialectique entre le front uni et la lutte politique et idéologique peut être manipulé soigneusement, nous réussirons en formant un Front uni fort et isolerons l'ennemi principal.

Idéologiquement l'influence bourgeoise de classe peut être balayée sur la base des leçons historiques du marxisme comme théorie scientifique. En faisant ceci, nous pouvons gagner des personnes et même changer leurs perspectives du monde et les transformer avec des perspectives marxistes.

Nous avons parlé de notre compréhension de base d'un Front uni. Au sujet des conditions subjectives, les intellectuels révolutionnaires et les personnes démocratiques sont alignés en position favorable pour le Peuple. Mais ceci doit être rendu pratiquement bénéfique. La deuxième question étant la répression féroce, comment tout ceci peut être réalisé ?

Nous identifions que nous sommes toujours un petit Parti. Mais notre vraie force se situe dans l'idéologie marxiste, les classes qu'elle représente, sa ligne et ses politiques. Et pour réaliser un Front uni quelles sont les méthodes ? La CBB, les propriétaires et impérialistes sont l'ennemi contre qui les vastes masses doivent être unies sur la base de la ligne de masse et de la ligne de classe. Si nous nous tenons aux intérêts des masses et employons la ligne de masse et la ligne de classe correctement, nous réussirons certainement et nous développerons à partir d'une petite force, une grande force nationale.

Q. Mais pratiquement comment le faites-vous ?


A. J'ai parlé de notre force bien que nous soyons physiquement petits. J'ai décrit où notre force principale se trouve. Mais la force physique est nécessaire également pour combattre. Nous avons besoin d'une armée puissante et de bases de masse fortes avec un Partie fort. C'est pratiquement une nécessité. Si ce n'est pas le cas, peu importe comment nous sommes fort idéologiquement, nous irions à l'échec. Ainsi, nous devons nous développer. Pour ceci, tout en faisant face à la répression ennemie, nous devons employer la tactique correcte. Dans notre évaluation, l'ennemi va chercher la guerre totale. Mais il crée son propre piège. Si nous pouvons comprendre cela et effectivement mener notre guérilla, nous réussirons.

En pratique il y a deux questions. D'abord, les contradictions des classe dirigeante : là existent de vieilles contradictions dans la société et de nouvelles contradictions qui émergeront parmi les classes dirigeantes qui doivent et devraient être utilisées pour l'avantage du Peuple.
Non seulement pour défaire l'ennemi et pour des gains immédiats, mais pour un plus long but révolutionnaire, ceci est exigé. Nous devons renforcer notre base et Front de masse qui sont les boucliers principaux de notre puissance. Le camarade Mao a dit que pour développer l'armée et la guerre les gens sont décisifs. Nous devons mobiliser les vastes masses contre l'ennemi et utiliser les contradictions de l'ennemi pour les écraser l'un après l'autre.

En second lieu, en menant le guérilla dans l'Andhra nous avons eu un recul ; mais nous n'avons pas complètement abandonné ; néanmoins c'est un recul.
De la vallée de Godavari (dans Andhra Pradesh) au Maharashtra, Orissa, le Bihar, Jharkhand à la frontière du Bengale-Occidental, nous devons intensifier et augmenter la guérilla. Nos forces doivent résister à l'ennemi mais ce doit être selon notre avantage en se basant sur la situation concrète. Actuellement nous devons utiliser habilement la tactique de l'action éclair.
Nous devons développer la guerre de guérilla en guerre mobile et l'armée de guérilleros en armée de métier. Nous avons besoin de la participation active du Peuple. Notre force se situe dans le Peuple. L'ennemi tâchera de nous limiter à la confrontation armée seulement. Et elles veulent nous limiter à un secteur limité. Ils divisent nos secteurs en diverses sections et nous encerclent. Mais nous pouvons également chasser leurs camps de base comme des abeilles en mobilisant le Peuple. Dans les secteurs où les camps ennemis sont situés, même dans ces villages, nous avons des comités populaires révolutionnaires où le travail continue toujours. Des centaines de personnes ont construit des retenues d'eau à la connaissance complète des forces de sécurité dans les camps.

Alors que l'ennemi divise nos masses, nous essayons également d'augmenter notre base, et essayons d'encercler les camps/bases d'ennemi. Nous devons garder à l'esprit l'importance stratégique de la guérilla. Ils amènent 1 lakh (100.000) de soldats. Ils ont décidé d'amener et déployer les fusiliers de Rashtriya (un contingent spécial de la force de contre-insurrection de l'armée indienne) de Jammu-et-Cachemire. Mais de Lalgarh à Surjagarh, cela signifie toujours plusieurs crores (un crore égale dix millions) des personnes. Si nous réussissons à mobiliser activement les masses pour combattre les forces ennemies, alors nous pouvons faire de cette guerre même une base pour le changement révolutionnaire. C'est certainement un défi devant nous mais nous sommes confiants qu'il y a un avantage à la longue qui ne peut pas être réalisé dans une courte période. Mais à la différence de ce que l'ennemi veut, finir ceci dans une courte période, nous voulons prolonger cette guerre et transformer la situation à notre avantage, favorable à la révolution.

Ils essayent de limiter notre secteur, alors que nous essayons de l'augmenter. Ils établissent le Gram Suraksha Samithis pour combattre de soi-disant anti-sociaux et font de leur mieux pour nous contenir.
Mais les gens nous invitent. Même de nouveaux, moins expérimentés cadres qui sont maigrement armés sont invités à visiter ces secteurs par les habitants. Par exemple, à Sonebhadra dans l'Orissa, les villages nous ont invités eux-mêmes.
Ou encore, nos plans pour nous développer de Raigad à Nayagad sous forme de l'opération Ropeway, sous laquelle le raid de Nayagad a été orchestré, nous ont permis d'augmenter dans ce secteur dedans en moins de 8-10 mois. Ainsi, l'incursion de Nayagad a eu non seulement une signification militaire mais également une signification politique en tant qu'il y avait des raisons stratégiques derrière l'incursion. De l'autre côté, l'opération Vikas a été entreprise pour augmenter dans la région de Manpur (Chattisgarh) dans les plaines. Et les gens nous invitent et leur confiance est grandissante. Si nous augmentons de cette façon, nous nous développerons certainement et augmenterons la guérilla. Si nous procédons comme ceci et développons avec succès la guerre, alors à plus long terme les situations économiques et politiques sont amenées au changement et sous la pression l'Etat s'émiettera. Actuellement, l'Etat dépense obstinément dans des dépenses militaires, mais alors que la guerre s'étend et augmente à de nouveaux secteurs, le plus qu'il dépensera à long terme le mènera à l'échec. Nous faisons notre guerre avec ce plan stratégique.

J'ai déjà expliqué le deuxième aspect de cette question dans ma réponse à votre première question.

Q : Est-il possible dans les circonstances actuelles que le Parti soit au centre du front uni ? Par exemple, dans le travail à Delhi où le Parti est faible, comment envisage-t-il un front uni ?

A : C'est une des plus importantes et grande tâche de maintenir le Parti au centre du front uni. J'ai déjà répondu au premier aspect de votre question dans ma réponse à votre première question.

Au sujet du deuxième aspect de votre question, à Delhi si vous pouviez faire ça il serait plus facile de travailler. Mais ce n'est pas la situation aujourd'hui. Ainsi, le Parti après analyse de la situation, a décidé de maintenir le Parti au centre par divers autres moyens possible. Il y a des autres moyens - par d'autres forces maoïstes, d'autres forces démocratiques et progressistes. Et donc, dans les endroits comme Delhi, où il y a une place limitée pour le Parti directement, nous devons travailler d'autres manières. Nos forces doivent monter sur l'occasion, déployer les forces capables pour le front uni, identifier les forces les plus fiables et organiser un rassemblement à tout endroit important. Différents arrangements doivent être pris. D'autres forces démocratiques, progressistes et maoïstes doivent être rassemblées et pendant l'intérim elles peuvent être faites pour diriger.

Q : La situation aux débuts du mouvement de Lalgarh était telle que les intellectuels en grands nombres ont appuyé le mouvement de Lalgarh. Mais récemment, les intellectuels ont eu des divergences en terme de buts finaux du mouvement, et le focus a été décalé à des questions comme l'opposition aux lois comme l'acte illégal d'empêchement d'activités (UAPA). Comment percevez-vous la situation ?

A : Si j'avais le dernier rapport du comité de l'Etat, il aurait été plus facile que je réponde à cette question.
Mais je voudrais toujours dire qu'au commencement, il y avait sort d'appui parmi l'intelligentsia urbaine. Maintenant selon l'impact de l'ennemi et la nature de la lutte, il y aura également des changements en réaction à la base de soutien.
Certains peuvent également faire un saut du côté de l'opposition du mouvement de Lalgarh. Au Bengale, notre influence dans les groupes des libertés civiques et dans les zones urbaines n'est pas très forte. Nous devons faire plus pour développer ceci. Nous devons renforcer notre travail dans les zones urbaines. Beaucoup dépendra de notre travail à ce niveau, et du développement du mouvement de Lalgarh à une étape plus élevée. Il y a beaucoup de différence entre le travail parmi les masses de base et le travail parmi les intellectuels car ce dernier implique plusieurs facteurs complexes. Dans ce contexte, si les intellectuels sont unis autour de n'importe quelle question, même l'UAPA, considérant que ce n'est pas en contradiction à une lutte plus grande, ce serait positif pour nous. Ceux qui ne peuvent pas venir soutenir directement les phases violentes du mouvement peuvent venir ensemble sur d'autres questions comme cela. Ainsi, les demandes peuvent changer mais ceux-ci doivent être des slogans populaires. Et Lalgarh et les nouveaux slogans doivent être équilibrés.

Je dirais que le Parti prendra définitivement de manière positive les critiques de n'importe quelle partie du Peuple, même ceux qui peuvent ne pas être d'accord avec notre ligne de base mais se sont levés pour le peuple. Nous faisons un bon accueil à la critique des personnes pour rectifier nos erreurs et pour renforcer notre Parti. Le mouvement contre UAPA est fait pour être employé dans l'intérêt immédiat et à long terme du Peuple. Et d'une façon générale, aucune mobilisation sur le terrain n'est à long terme contradictoire aux intérêts du Parti.

Q : Où placez-vous la démocratie dans le travail du Parti ? Signification du droit de grève, du droit de différence d'opinion, et du droit à la liberté d'expression ?

A : C'est une question très importante ; de manière qu'il n'y a aucune confusion dans notre Parti.
Nous avons besoin d'un nouvel Etat démocratique dans lequel d'autres que la CBB, les propriétaires et les impérialistes, tous les autres auront la vraie ou véritable liberté.
A part pour les ennemis du Peuple, pour tout le monde il y aurait une véritable démocratie. En outre, je peux dire que tout en préparant le programme de politique des comités populaires révolutionnaires (RPCs)/Jantana Sarkars, nous avons étudié l'expérience de Graam Raajyaas de la révolution agraire armée historique du Telangana, le programme politique des Soviets chinois, des comités populaires des barrios des Philippines, des comités populaires révolutionnaire du Pérou, des Conseils du peuple révolutionnaires unis du Népal et nous avons également étudié la Grande Révolution culturelle prolétaire. Selon ce qui précède nous avons tous les droits fondamentaux, incluant que chaque électeur a le droit de rappeler n'importe quelle personne élue. A même le droit d'amener n'importe qui en position d'autorité qui agit contre l'intérêt des personnes au tribunal afin de le poursuivre.

En terme des quatre grandes libertés proclamées par le Président Mao pendant la Révolution culturelle, mis à part les affiches de caractères sur le mur (dazibao), toutes les autres libertés ont été assurées par le programme politique du RPC/Janathan Sarkar. A mesur que le niveau de développement dans les Janatana Sarkar avance, suivra également la liberté pour des affiches.
Selon la Constitution aucune punition physique pour l'opposition politique ne sera permise, quiconque a le droit de différer politiquement et se syndiquer de même.
L'Etat indien essaye de contrôler la dissidence et les gens veulent la révolution. Nous ne répéterons pas la même erreur. En outre, pour toutes les erreurs judiciaires, la personne prend le droit de faire appel au Comité populaire révolutionnaires de village, aux niveaux plus élevés et même appel au Parti. Par exemple, dans un des secteurs d'expansion, il y avait un incident où en connivence avec l'Inspecteur Général de la police, 33 membres appartenant à deux villages sont devenus des agents de l'ennemi. Dans ce contexte nos camarades sont allés traiter la question. Tandis que les villageois voulaient infliger la peine capitale à l'agent principal de la police, le Parti est intervenu pour donner une chance à cette personne de réaliser son erreur.

Q : Dans un Front uni, tout le monde pourrait ne pas se joindre. Quelques équipes maoïstes et organismes démocratiques peuvent même rester dehors. Comment gérerez-vous cela ?

A : Ceux en opposition sont les ennemis du peuple et plus de 95% des personnes opprimées seraient contre eux. Mais même 5% est un grand nombre dans le contexte indien. Notre Parti croit que la guerre populaire prolongée en cours donne la portée pour détruire directement la puissance politique de l'ennemi, ainsi que culturellement autant de suiveurs sont aidés à se transformer.
En Chine, Madame Sun Yat Sen jusqu'au dernier jour était dans au pouvoir, bien que n'ayant jamais été membre du Parti. Ils peuvent rester seulement tant qu'ils servent le Peuple et ont l'appui du Peuple. Quand socialement et politiquement ils deviendront non pertinents, ils disparaîtront automatiquement. Il est possible qu'ils gagnent les élections si de tels partis ont l'appui du peuple. Cette disposition est là, dans notre programme politique des RPCs, même d'autres personnes appartenant à d'autres partis/organismes peuvent rejoindre les RPCs si elles sont électeurs et ont droit d'être élues aux RPCs. Ceci étant notre compréhension, elle doit être également mise en pratique sur le terrain aussi. Nous devons développer cet espace. Le Népal avait fait quelques avancées à cet égard.

Nous donnons la perspective à la petite et moyenne bougeoisie de se développer avec quelques restrictions de sorte qu'elles ne puissent pas devenir des anti-peuple, et le marché noir, le stockage et la spéculation peuvent être contrôlés. Nous restreignons seulement le grand capital de la CBB et étranger. Par exemple en 1998-99 le gouvernement avait empêché les petits commerçants de commercer des produits de la forêt, et lorsque les Khirjas (commerçants locaux) ont protesté nous avons lutté pour eux dans un mouvement, bien que nous ayons arrêté l'usure et contrôlé l'exploitation aveugle, nous n'empêchons pas des produits de l'extérieur d'entrer. C'est un développement capitaliste d'une certaine manière, mais nous le contrôlons. Il est nécessaire pour développer l'économie des populations. Si les commerçants ne coopéraient pas, comment aurions-nous survécu ? Sous le Janatana Circar, le département de Commerce et Industrie soutient les petits commerçants de sorte que les bourgeois de l'extérieur ne puissent pas profiter d'eux. Donc la liberté totale continue, même s'il y a des collaborateurs essayant de les gagner à eux. C'est seulement dans un contexte de vie et de mort, que la punition physique est autorisée. Cependant en ce moment, en faisant face à la répression et à la guerre, nous sommes dans une situation complexe qui doit être reconnue.



Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /2010 13:33

Ceci est une nouvelle initiative importante, qui peut jouer un rôle crucial en exposant et en isolant le Gouvernement Indien brutal, qui a lancé une offensive militaire sans précédent pour saisir les terres des personnes les plus pauvres de ce pays, les adivasis ou peuples tribaux.

Dave Pugh - reçu par mail (traduction Servir Le Peuple)


La campagne internationale contre la guerre contre le peuple de l'Inde (ICAWPI) est lancée pour fonctionner comme centre de coordination recherchant le soutien international de la résistance du peuple de l'Inde contre l'offensive militaire lancée par l'Etat indien contre ses propres citoyens.

ICAWPI est une prolongation internationale de l'opposition et des initiatives répandues contre cette guerre génocide visant à écraser par la force la résistance héroïque des peuples tribaux dans le centre de l'Inde et pour remettre ces terres riches en minerais et matières premières aux sociétés internationales telles que Vedanta, Rio Tinto, Posco et d'autres.

Cette guerre ouverte, servant à faciliter le pillage de la terre et des ressources par des sociétés indiennes et internationales pour des bénéfices fabuleux, et la destruction de la vie d'un nombre innombrable des plus pauvre des pauvres en l'Inde est appelée "Operation Green Hunt" ("Chasse Verte"). Tandis que dans différentes régions du pays la même opération peut être appelée différemment, l'Etat indien essaye sans scrupule de cacher ce banditisme contre le peuple de l'Inde et d'ouvrir totalement la servitude à l'impérialisme en tant que "guerre contre les Naxalites (maoïstes)" -- imposant un règne grave de terreur et de répression aux forces et aux individus progressistes et démocratiques partout à travers le pays.

Des intellectuels innombrables, des auteurs, des réalisateurs de films, des universitaires, et d'autres professionnels tels que les avocats et les médecins qui détestent tous les mensonges de l'Etat indien et la négligence ouverte pour les droits de l'homme, et ont rejoint des rassemblements de masse et de divers forum en Inde, afin d'élever leurs propres voix et unir des forces pour s'opposer à l'Etat et pour défendre la cause juste des personnes tribales opprimées en Inde.

Au cours de ce vaste mouvement des personnes innombrables ont été arrêtées et emprisonnées. Une souffrance et des restrictions incalculables ont été imposées à la population.

Cependant, l'opinion publique internationale est maintenue excessivement dans l'obscurité au sujet de ces questions tandis que les grands médias continuent à suivre et répéter les proclamations de l'Etat indien que "l'Inde est la plus grande démocratie au monde" et que les maoïstes, comme plus grande menace à la sécurité de cette "démocratie" doivent être éliminés à tout prix.  Ainsi justifient-ils leur silence et bénissent l'Etat indien en commettant ces crimes au nom d'une "guerre contre le terrorisme".

Déjà plus de cent personnes tribales ont été tuées dans le Chhattisgarh, l'Orissa, le Bengale-Occidental et Jharkhand en tant qu'élément de cette guerre brutale, "Operation Green Hunt". Plusieurs milliers de tribaux ont été torturés, mutilés, et éliminés de leurs villages, les femmes violées, les habitations brûlées et les villages réduits en cendres. Bien que le gouvernement de l'Inde ait officieusement imposé un censeur aux médias pour éditer des rapports des lieux de massacre, les journalistes démocratiques, et les corps de droits civiques avaient fait des efforts pour apporter les faits de cette guerre au public.

Les objectifs d'ICAWPI sont d'atteindre toutes les personnes attachées à la démocratie et à la liberté à travers le monde, préoccupées par la situation difficile des personnes en Inde, pour unir et prendre l'initiative pour rompre ce silence international, et pour rassembler l'appui et la solidarité si nécessaires aux luttes justes du peuple de l'Inde.

L'information sur l'Opération Chasse Verte et la résistance des personnes sont disponibles par www.icawpi.org - un site Web conçu pour porter le matériel lié à cette question et à la campagne.

Nous invitons toutes les formations démocratiques et progressistes à prendre l'initiative et à coordonner leurs efforts avec ICAWPI. Tous les rapports des actions, des réunions et des lettres de solidarité et de considération seront édités à cet emplacement.

Afin de lancer cette campagne, ICAWPI fait appel à chacun pour rejoindre des démonstrations et des actions de protestation devant les ambassades et les consulats indiens le 5 février 2010 partout où possible. Une liste d'événements organisés sera éditée sur le site Web au fur et à mesure. D'autres actions, événements et réunions sont prévus et seront annoncés par la suite.

Le site Web éditera également des informations sur des événements en Europe et ailleurs, pour la discuter sur la question et trouver des moyens de soulever la conscience locale et de prendre des mesures communes.

Veuillez entrer en contact avec ICAWPI par info@icawpi.org pour nous informer de vos propositions pour apporter la campagne dans votre secteur.

3 février 2010

** Afin de recevoir les mises à jour régulières sur les dernières nouvelles au sujet de l'Operation Green Hunt et de la campagne internationale, joignez svp la liste d'adresses publique de la campagne en envoyant un email blanc à info-request@lists.icawpi.org avec une ligne sujet : "subscribe" ou entrez en contact simplement avec info@icawpi.org

L'étape actuelle pour la guerre révolutionnaire en Inde, est de retourner la campagne terroriste lancée par l'Etat, contre elle-même et contre ses initiateurs - impérialistes et agents locaux.

Par la terreur qu'il a déclenché, abandonnant le masque démocratique, l'Etat indien va rassembler autour du Parti communiste maoïste et des masses populaires les plus pauvres, un large Front Uni démocratique et progressiste, contre l'impérialisme et ses serviteurs compradores fascistes !

Ce large Front, démocratique et progressiste, a besoin de notre solidarité internationaliste !

Nous avons reçu ce mail avec retard, la date du 5 février est donc passée. Mais d'autres actions seront, et doivent être organisées... Rassemblements, réunions d'information et de débat... Souscrivez à la newsletter, contactez vos organisations ou celles dont vous êtes proches ! Organisons la solidarité avec le Peuple indien !


http://idata.over-blog.com/1/62/54/79//maoist_jungle_bastar_20091026.jpg


Edité par Pedro - 17 Feb 2010 à 22:25
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Feb 2010 à 02:57
Avatar en vrai.
 
Avatar: James Cameron interpellé par une tribu indienne
 
En Inde, une tribu indigène a lancé un appel au réalisateur James Cameron. Leur montagne sacrée est menacée, disent-ils, par une compagnie minière. Un peu comme les hommes bleus d’Avatar.

Voilà un peuple traditionnel aux méthodes de communication bien modernes. Les Dongria Kondh, une tribu de l’Etat d’Orissa en Inde, veulent alerter l’opinion internationale sur leur situation.

Leur montagne sacrée est menacée, disent-ils, par une compagnie minière, Vedanta Ressources, qui souhaite exploiter le minerai d’aluminium qui se situe sur leur territoire.
Cette situation rappelle le scénario du blockbuster Avatar, qui a conquis, rien que sur le territoire français, plus de 10 millions de personnes.

Voilà pourquoi les Dongria Kondh ont lancé lundi 8 février un appel dans le magazine américain Variety au réalisateur du film, James Cameron, afin qu’il leur vienne en aide.

Les Dongria Kondh espèrent bien que le roi du box-office visionnera leur film, dont la voix off est assurée par l’héroïne d'Absolutely Fabulous Joanna Lumley.

Stephen Corry, directeur de l'ONG Survival International, ne craint pas d’utiliser la fiction pour décrire la cause des peuples indigènes. "De même que pour les Na’vi qui décrivent la forêt de Pandora comme ‘leur tout’, pour les Dongria Kondh, la vie et la terre ont toujours été profondément liées, explique-t-il. La mine détruira les forêts dont dépendent les Dongria Kondh et anéantira la vie de milliers d'autres Kondh qui vivent dans cette région."

Bande-annonce, musique douce, rires des enfants opposés aux gros plans sur les pelleteuses de l'entreprise minière… Le film des Dongria Kondh n’hésite pas à mettre en scène un paradis terrestre menacé, comme l'a fait James Cameron avec Avatar. Une manière de réconcilier tradition, combat politique... et 3D.




Edité par T 34 - 23 Feb 2010 à 19:15
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, le Vénézuela, la Bolivie, etc
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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Feb 2010 à 13:55
Partie 1

Partie 2

Q : Quelle est la position de votre Parti sur les pourparlers ?

A : En général le Peuple et les révolutionnaires maoïstes ne veulent pas la violence ou de la confrontation armée avec quiconque. En situation inévitable seulement ils prennent les armes et résistent à leurs ennemis et ils font la guerre de libération en apprenant de l'histoire.

Ainsi, nous voyons ceci comme une guerre d'autodéfense. Dans ce contexte de guerre totale, nous devons réaliser que l'état d'Andhra Pradesh a 130 mille forces (de police NDLR), il y en a 45 mille dans le Chhattisgarh (augmentées bientôt par plus de 20 mille), 160 mille dans le Maharashtra. Ainsi chaque Etat (de l'Union indienne NDLR) a une force de police qui est plus que les forces de niveau national de beaucoup de pays européens.
Les forces spéciales les plus cruelles et les plus dangereuses ont été formées par l'Etat avec diverses lois draconiennes anti-populaires. Le Bengale, le Bihar, l'Orissa, le Jharkhand, le Chhattisgharh, le Maharashtra, l'Andhra Pradesh avec Uttar Pradesh et le Madhya Pradesh ont entre elles plus de 700 à 800.000 forces de police. Parmi celles-ci, 250 à 300.000 forces de police sont directement engagées contre le Peuple. Et à côté, quelques 100 mille forces paramilitaires centrales ont été déployés dans ces secteurs. Ici les gens combattent contre une force plus forte que les mouvements du Nord-est et du Jammu-Cachemire. C'est une brutale et violente campagne de répression visant la suppression du mouvement politique du Peuple, et pour l'exploitation des minerais.

Dans ce contexte, si possible, nous pouvons espérer du repis. Plus long est le sursis, le mieux c'est pour le peuple.
Le travail démocratique a besoin de ce contexte. Mais tant que le gouvernement tient le pistolet automatique dans une main, on ne peut pas parler de ceci. Les gens continueront le combat. Tant que le Peuple recevra des balles il ne déposera jamais les armes et ne se rendra jamais.
Toutes les forces démocratiques, progressistes, patriotiques doivent s'unir et lutter contre la guerre totale contre le Peuple par le gouvernement central et les gouvernements des Etats.
Pour poser avec concision les principales exigences que le Parti a placé devant le gouvernement pour n'importe quelle sorte d'entretiens, il y a 1. La guerre totale doit être stoppée ; 2) pour n'importe quel genre de travail démocratique, l'interdiction du Parti et des organisations de masse doit être levée ; 3) la détention et la torture illégales des camarades doit être arrêtées et ils doivent être immédiatement libérés. Si ces demandes sont satisfaites, alors les mêmes dirigeants qui seront libérés des prisons mèneraient et représentent le Parti dans les entretiens.

Introduction sur le développement de notre Parti


Depuis que Jan Myrdal a écrit le livre "L'Inde attend" dans les années 80, où il a parlé du mouvement, il y eu plusieurs développements dans divers aspects politiques et militaires.
C'est depuis lors, que nous avons vu le développement d'une perspective, prenant en considération la spécificité indienne concrète. Il y avait seulement peu de chefs expérimentés qui restaient de l'époque du Cam. CM.
Beaucoup étaient entrés dans la déviation de droite, certains dans la déviation gauche et seulement peu étaient venus ici. Ainsi, en grande partie c'était une nouvelle génération, une nouvelle jeunesse, et pour les transformer en cadre expérimentés, beaucoup de temps a dû être investi. Quand vous Jan Myrdal étiez venus ici en 1980, le Parti subissait toujours ce problème.

C'est seulement encore 6 ou 7 années plus tard, qu'un leadership approprié émergerait dans le cadre du PW.
Quand Jan Myrdal a visité l'Andra Pradesh en 1980, il n'y avait en ce temps seulement un comité d'état du CPI (ml) avec le Comité d'état de Tamil Nadu. Il y avait également un Comité central mais naturellement confiné seulement à ces deux Etats, sa portée était limitée.
Le MCC fonctionnait au Bengale et au Bihar dans cette période ; cependant au Bengale il était très faible. De la même manière le People's War fonctionnait dans l'Andra Pradesh et le Tamil Nadu, mais dans le TN il était très faible.
C'est une observation rétrospective du travail dans ces deux centres, dans ces deux régions. Le cam. Kobad Gandhi et quelques autres camarades du Maharashtra plus tard ont rejoint le PW. Le camarade KC du MCC a commencé un certain travail comprenant l'Assam mais d'une manière très limitée. Maintenant nous sommes présents dans 20 Etats mais le Parti est toujours très faible dans plusieurs de ces secteurs. Donc il y a un développement inégal de la guerre populaire prolongée, où selon notre force il y a différents niveaux du mouvement dans différentes régions. Dans ce contexte, nous devons observer le développement et le rôle d'un parti révolutionnaire, qui est important et que je dirai.

Camarades, dans les années 80 le Parti essayait d'émerger d'un recul. Il essayait de se réorganiser et de se consolider. D'une part, il y avait le problème du sectarisme et d'autre part, la base de masse a été en grande partie perdue. Ainsi nous avons dû rétablir chaque chose à la fois en termes de lutte de masse et militaires.
En conséquence, notre tactique a également changé. À ce moment-là c'était principalement les luttes anti-féodales et la propagande-agitation anti-impérialiste qui avaient été lancées pour créer une opinion anti-Etat et pour ouvrir des mouvements dans les zones urbaines.

Précédemment, sous le Cam. Charu Mazumdar la ligne avait été de négliger les organisations de masse.
Plus tard nous avons repensé et après être passés par une revue auto-critique intense, nous avons reconnu qu'il y avait eu quelques erreurs pendant les premières années et sur cette base, afin d'avancer, nous avons reconstruit le mouvement. La revue auto-critique a été faite en 1974, mais nous étions août 1977 quand les forces du Parti ont été convaincues. Et dans la pratique elle a été réaffirmée par la conférence d'Etat du Parti de l'Andra Pradesh en septembre 1980 qui marque le commencement d'une nouvelle pratique.

D'abord un Parti révolutionnaire a besoin d'un leadership pour comprendre les conditions nationales et internationales, aussi bien que les conditions économiques/politiques pour faire la tactique en conséquence. Certaines des perspectives dont j'ai parlé, pendant la période de post-80's, si nous ajoutons ces expérience, nous verrions que pendant les années postérieures nous avions fait quelques développements dans ce domaine de la compréhension.

Deuxièmement, un parti révolutionnaire doit organiser le peuple et diriger la lutte de classe. A partir de la perspective stratégique des plans ont été faits, des tâches ont été choisies et un certain développement a été fait depuis les années 80 en termes de personnes luttant sous la conduite du Parti qui a connu un développement concret.

Troisièmement, pour un parti révolutionnaire, il est important d'organiser la lutte armée.
Le groupe de CP Reddy avait le nom de CPI (ml) et faisait partie du PCP sous la conduite de SNS. C'étaient les seuls à avoir quelques pelotons dans la région de Godavari à ce moment où vous aviez visité. People's War avait commencé à former quelques pelotons armés sous forme de pelotons ruraux seulement alors, alors qu'ils avaient déjà 60-70 cadres armés à ce moment-là.

Plus tard, alors que nous avons développé la lutte de classe selon l'idée de la prise de pouvoir au niveau de régions, pour construire l'armée populaire, le PW ici et le MCC là ont commencé à former des pelotons armés de guérilleros aux niveaux de 5,7,9,et 11. Quelques pelotons et zones guérilla ont de ce fait émergé.
Dans quelques secteurs juste avant la fusion 2004, même des compagnies ont émergé. Le PW d'autrefois a eu l'Armée du guérilla du Peuple tandis que le MCC avait l'Armée de guérilla de Libération du Peuple. Dans le processus de fusion nous avons formé la PLGA sous la direction du CPI (maoïste). La prochaine étape est des bataillons allant progressivement vers la formation d'une PLA.
En fonction des principes de base, nous avons évolué vers les étapes plus élevées de la puissance politique et militaire et de la puissance politique du Peuple. La vision était là même avant les années 80. Le MCC était également là. Mais en pratique cela a été seulement réalisé en termes de développement concret après la fusion.

Il y a deux autres développements que je voudrais préciser.
Un Parti qui dans la pratique fait évoluer la tactique ou la politique, impliquant une grande masse dans ses rangs, doit en pratique faire participer des personnes par milliers de lakhs (un lakh égale cent mille).
Dans la pratique, tout en faisant face au problème et tout en rectifiant les erreurs, il y avait une lutte interne et externe âpre. C'est seulement par le processus de cette âpre lutte idéologique et politique que nous avons arrêté la position d'aujourd'hui. Après la rectification et l'examen des années 70, le PW avait émergé et il a dû faire face à une crise interne grave sous forme de 1. sectarisme et dogmatisme pendant le milieu des années 80, et 2. l'obstacle posé par la conduite de Cam. Kondapalli Seetharamiah au début des années 90.
Là aussi, les désaccords entre le MCC et le PW ont été une expérience amère et inoubliable, un chapitre noir dans l'histoire. Afin de relever les défis idéologiques et politiques, le Parti a tactiquement évolué sur deux approches : discussion et revue et lutte. Les trois fois le Parti a émergé avec succès de la crise.
Le MCC également a de la même manière émergé de sa propre crise interne. Une section prévoyait de continuer le combat, ils y avait également des divergences concernant le maoïsme et le dogmatisme dont il a émergé avec succès. Le Party Unity a aussi lutté contre les forces qui se sont opposées à la guerre populaire prolongée et à la révolution agraire et ont émergé avec succès. Le PW et le MCC devenaient de même à ce stade plus petit tandis que les groupes de Vinod Mishra et de Satya Narain Singh devenaient plus forts et influents. Tandis que VM se déplaçait vers l'opportunisme de gauche, SNS est entré dans l'opportunisme de droite. Et dans la pratique, ils ont éclaté et finalement ont fait face à la liquidation virtuelle avec une présence uniquement nominale aujourd'hui.

Plus tôt, parallèlement avec le combat contre le révisionnisme, nous avons fait face au problème d'avoir une ligne qui parlait seulement de prendre le pouvoir d'État, et que les autres questions politiques comme la question des nationalités, la question de femmes, la question des dalits (les Intouchables ou basses castes) et la question des minorités religieuses seraient automatiquement abordées. Cependant, plus tard nous avons rectifié cette position et avons fusionné ensemble des slogans immédiats et des slogans finaux. C'était une nécessité pour le succès de la Nouvelle Révolution Démocratique et le développement vers celle-ci. Tandis que les divers autres groupes ML soulevaient seulement des slogans immédiats et entraient de ce fait dans le réformisme, nous avons pendant longtemps seulement donné le slogan final. Mais maintenant, en avançant ensemble des slogans immédiats et finaux nous avançons vers un meilleur développement.

Pour l'éducation du Parti, il y a plusieurs magazines du Parti au niveau central, d'état et de zone. Environ 25 d'entre eux sont du Parti. Plusieurs autres sont des magazines d'organisations de masse, par exemple u niveau central nous éditons People's War /Laal Pathaaka, un magazine idéologique et politique simultanément en anglais et en Hindi et dans d'autres langues ; Awami Jung, un magazine militaire dans différentes langues ; le Bulletin d'information maoïste en anglais. Dans le DK nous éditons les magazines 
 suivant : 1. Prabhath (Hindi, magazine politique)
 2. Viyyukka (idéologique et politique, en Gondi/Koyam)
 3. Padiyora Pollo (Magazine militaire, Gondi/Koyam)
 4. Sangharsharath Mahila (KAMS Magazine, en Hindi) 
5. Jhankar (culturel et littéraire, multi-langues)
.
Au niveau Division/District en Gondi/Koyam: South Bastar Division: Pituri (Rebellion); West Bastar Division: Midangur (Fireplace); Darbha Division: Moyil Gudrum (Thunder); divisions Nord et Sud de Gadichiroli: Poddhu (Sun); Maad and North Bastar Joint Division: Bhoomkal (Earthquake); East Bastar Division: Bhoomkal Sandesh (Rebellion Message). En dehors de cela le Janatana Sarkar a aussi fait un magazine nommé Janatana Raj (People’s State).

Il y a également des classes d'étude qui sont organisées avec des notes et un programme d'étude. Des classes politiques sont organisées à différents niveaux des Etat, des campagnes de rectification sont quelques fois organisées pendant 4-6 mois à une année où l'histoire des révolutions de Chine, de Philippines et du Pérou sont discutées pour la formation politique et idéologique. Il y a des équipes militaires d'instructeur pour les écoles militaires et de l'Awami Jung comme magazine militaire du Comité central.

Le Parti dans le secteur du DK fait face au problème de l'analphabétisme et du manque d'éducation primaire et ainsi nous avons organisé le MAS (éducation mobile) afin d'éducation scolaire primaire des cadres du Parti.
Des centaines de cadre ont été formées depuis son commencement. Les organismes de masse lancent également des programmes universitaires avec leur propre programme qui est fait en consultation avec la conduite et les membres du comité.

Introduction sur le développement de l'Armée populaire (actuellement appelée Armée de guérilla de Libération du Peuple)

Je vous demande de vous réfèrer à nos documents centraux pour l'image complète du développement de notre armée dans les Etats spécifiques du pays et dans quelle situation internationale elle est formé. Je vous invite à accorder une attention sur ce point en raison de sa vitalité dans n'importe quelle révolution

Introduction sur le développement du Front Uni

En termes d'organisations de masse, nous avons au cours des années, développé plusieurs fronts comprenant des groupes de paysan, de femmes, d'étudiants, de jeunes, des groupes de droits civiques, littéraires et culturels, d'enfants, de nationalités, d'ouvriers, d'employés et ainsi de suite. Plus le Parti dans un Etat est fort, plus les organisations et les fronts sont grands. Dans les secteurs plus faibles il y a moins d'organisations de masse au niveau d'Etat en accord à la force du Parti. En ce moment, le Parti a des organisations de masse au niveau d'Etat et de toute l'Inde, et l'idée est de représenter les organisations de quatre classes selon l'alliance de quatre classes et d'autres sections aussi.
Avec l'expansion qui gagne les organisations, nous en avons actuellement 30-40 fonctionnant dans divers fronts. Pendant les années 80 le MCC a eu peu d'organisations de masse, fonctionnant secrètement avec une portée limitée. Dans l'Andra Pradesh la paysannerie, les étudiants et les sections littéraire-culturelles avec la jeunesse ont fait exister une certaine influence mais maintenant avec le développement de nos différentes organisations de masse allant du niveau de village au niveau d'Etat et de toute l'Inde. Au 9ème congrès du PW on a décidé de développer des organisations de masse et des fronts unis qui basés sur une question et tactiques. Sur quelques questions même les classes ennemies et les chefs locaux ont pu s'y joindre en termes immédiats et moyens. Ceci s'est développé encore plus loin après la fusion. Ainsi la lutte de classe doit être menée à des niveaux sectionnel, souterrains aussi bien qu'ouverts. Les opportunités légales doivent être utilisées, il y a quelques organismes de masse fonctionnant avec le ligne générale du MLM, alors qu'il y en a qui fonctionnent sous couverture complète même avec d'autres.

Sur les relations internationales

Au début des années 80 le MCC et le PW étaient régionaux dans la portée, en raison de quoi nous avons échoué en grande partie à nous relier aux mouvements internationaux plus grands. Cependant au milieu des années 90 et après, les deux Partis et en particulier après la formation du CPI (maoïste) jouent maintenant un rôle internationalement aussi. Nous participons aux discussions internationales et envoyons des délégations aux forum internationaux bien que beaucoup de progrès doivent être accomplis sur ce front. C'est néanmoins meilleur que pendant les années 80 et les années 90. Concernant le MRI, le MCC l'avait rejoint en 2002. Le PW s'est cependant opposé à s'associer au MRI car il pensait que c'est seulement après des débats, des compréhensions et des discussions complètes qu'une plate-forme si internationale pourrait évoluer afin d'éviter une approche sectaire. Par conséquent le PW n'a pas rejoint le MRI, alors que le MCC avançait. Après fusion, il a été décidé que ce que le nouveau Parti déciderait soit mis en pratique. Et depuis lors selon la décision du Parti entier, il s'est maintenu hors du MRI. Nous sommes restés hors du MRI qui est devenu à ce jour pratiquement défunt.

Il est important que le succès de la révolution indienne comme partie inséparable de la révolution socialiste mondiale de défendre le MLM, de combattrel'impérialisme et de soutenir la lutte de classe dans le monde entier, et de prendre activement également l'appui des partis/organisations/forces maoïstes internationaux, du prolétariat et des peuples.
À cette fin, nous maintenons des relations fraternelles avec les forces maoïstes et anti-impérialistes. Nous croyons qu'il est à la fois important de prolonger l'aide aussi bien que de prendre l'aide internationale, pour le succès de n'importe quelle révolution mais aussi en raison de la répression continue. De façon générale, je dis de nouveau que nous avons collé aux bases du MLM. Nous invitons les suggestions critiques de n'importe quels partis/organisation maoïstes.

Nous croyons que le CPI (maoïste) est un détachement de la révolution de prolétariat mondial. S'il réussit, nous dirions qu'une partie du monde réussirait - ce n'est pas indépendant. Cela fonctionnerait comme une partie de la révolution socialiste mondiale et strictement relié au succès ou à l'échec de la révolution socialiste dans le monde. Plus de luttes de la classe ouvrière dans les pays impérialistes/capitalistes auront un impact favorable sur la révolution indienne.

Jan Myrdal est un auteur suédois, essayiste politique, journaliste, et avocat des mouvements anti-colonialistes, anti-impérialistes et populaires de libération ; Gautam Navlakha est conseiller éditorial de l'hebdomadaire (économique/politique) d'EPW et également un important activiste démocratique de droits attaché à l'Union Populaire pour les Droits Démocratiques (PUDR), Delhi.
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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Feb 2010 à 14:58
Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /2010 14:02

Southasiarev - Source : BBC News  - traduction SLP.

Au moins 24 hommes de troupe ont été tués quand les maoïstes armés ont attaqué un camp des forces paramilitaires dans l'Etat du Bengale-Occidental de l'Inde, ont déclaré les fonctionnaires. Près de 50 rebelles sur des motos ont encerclé le camp des Fusiliers de la frontière orientale (ERF) au village de Silda lundi et ont commencé à ouvrir le feu dessus. D'autres combattants ont rejoint l'assaut à pied, ouvrant le feu avec des armes automatiques.

Plus de 6.000 personnes sont mortes pendant les 20 ans de combat des rebelles pour le communisme dans plusieurs Etats indiens. Le Gouvernement Indien a récemment commencé une offensive importante contre les rebelles dans plusieurs Etats. Le premier ministre indien Manmohan Singh a décrit l'insurrection maoïste en tant que "plus grand défi pour la sécurité intérieure" de l'Inde. Les rebelles ont maintenant une présence dans 223 de 600 districts de l'Inde.

Mines terrestres

Le camp a été débordé par les maoïstes après que les troupes aient opposé une brève résistance initiale, a déclaré à la BBC le magistrat de la zone occidentale NS Nigam de Midnapore.  "Les maoïstes mis le feu au camp et ont planté des mines terrestres sur la longueur entière de la route menant au camp. Les renforts avec des véhicules de vision nocturne et anti-mine terrestre ont atteint le camp tard dans la nuit", a dit M. Nigam. Au moins 24 corps ont été récupérés à l'intérieur et autour du camp et certains d'entre eux sont carbonisés, a-t-il dit.

Les troupes sérieusement blessées ont été transportées à la capitale de l'État, Calcutta, pour traitement. Les fonctionnaires ont déclaré qu'au moins 12 soldats manquaient toujours.

Cela a pris quatre heures pour que les renforts atteignent Silda car il y avait des mines terrestres plantées sur le tronçon entier de la route.

Les fonctionnaires de police menant les renforts qui ont atteint Silda tard la nuit ont dit que plusieurs des troupes paramilitaires ont été abattues par les rebelles pendant qu'elles essayaient d'échapper au feu. Le chef de police du Bengale-Occidental, Bhupinder Singh a dit qu'il y avait presque 50 troupes de l'ERF dans le camp quand l'attaque a eu lieu.

Les maoïstes se sont retiré de Silda après le pillage d'un montant considérable d'armes de l'armurerie du camp.

Le chef de l'aile militaire de rebelles, Koteswara Rao - dit Kishenji - a revendiqué la responsabilité de l'attaque. Il a dit que cette attaque était le commencement de l'opération "Peace Hunt", la réponse maoïste à l'opération "Green Hunt" du gouvernement, lancée contre les maoïstes récemment.  "Nous recherchons la paix mais nous sommes forcés de combattre et tuer les pauvres troupes des forces du gouvernement. Nous pleurerons la mort de ceux tués mais le gouvernement est responsable de leur mort", a dit Kishenji à la BBC par le téléphone d'un lieu confidentiel.

Le chef maoïste a averti de plusieurs autres attaques à moins que l'opération Green Hunt soit arrêtée.

Plus tôt ce mois-ci le ministre de l'Intérieur P Chidambaram a tenu une réunion de quatre Etats affectés par les maoïste - le Bengale-Occidental, Jharkhand, Bihar et Orissa - à Calcutta. Il a menacé d'intensifier l'opération Green Hunt si les rebelles ne commençaient pas des négociations en abjurant la violence.

Les maoïstes ont dit qu'ils seraient d'accord sur des entretiens si quatre de leurs chefs, maintenant en prison, étaient libérés et l'opération Green Hunt arrêtée. Le gouvernement n'a pas répondu à cette ouverture conditionnelle.

LA GUERRE DU PEUPLE INDIEN VAINCRA !

QUAND L'INDE ROUGE SE LEVERA, LE MONDE IMPERIALISTE TREMBLERA !

http://img.aujourdhuilinde.com/media/photo/JUILLET/naxalites.jpg
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 10 Mar 2010 à 19:03
 
 
Le gouvernement indien a déployé cent mille soldats pour écraser la rébellion maoïstes en Inde. L’opération «Green Hunt » en cours dans la jungle en Inde, qui est parrainé et soutenu militairement par les Etats-Unis, a été confrontée à la résistance héroïque des peuples tribaux et des paysans de l’Inde et à la mobilisation internationale des démocrates contre les atrocités de la police.Il est urgent que se mette en place une mobilisation internationale pour défendre la «lutte des pauvres et des déshérités de la terre qui ont osé défier le pouvoir des monopoles et des corporations internationales »» en Inde.

Cela contient deux questions clés:

- L’exigence d’une cessation immédiate des opérations armées contre le peuple.
- La suspension immédiate du vol des terres et de l’expulsion des populations locales.

Sur la base de ces axes, une réunion a été convoquée à Londres pour discuter et planifier la meilleure façon d’exprimer une protestation contre les attaques sur les populations autochtones de l’Inde. Les résultats de cette réunion seront annoncés prochainement.

Le 19 Février, a été annoncé le lancement de la Campagne Internationale d’opposition à la guerre contre le peuple de l’Inde (ICAWPI – l’acronyme en anglais). La campagne vise à coordonner le soutien international à la résistance des peuples indiens contre l’offensive militaire de l’état indien nommé « Opération Green Hunt. »

La première déclaration de la campagne de l’organisation, dit «ICAWPI est un prolongement des initiatives internationales contre la guerre génocidaire qui vise à écraser la résistance héroïque des peuples tribaux de l’Inde et remettre leurs terres riches en minerais et en matières premières à des entreprises internationales, comme Vedanta, Rio Tinto, Posco et d’autres. ».

De nombreux intellectuels, écrivains, cinéastes, universitaires et d’autres professions comme des avocats et des médecins qui déteste les mensonges répandus par l’État indien et son mépris flagrant pour les droits de personnes ont rejoint les manifestations massives, rassemblements et divers forum en Inde afin d’élever leur voix et unir leurs forces pour s’opposer à l’État indien et pourdéfendre la juste cause du peuple opprimé de l’Inde. « 

La presse rapporte que plus d’une centaine Adivasis et d’autres membres de tribu ont été tués dans le Chhattisgarh, Orissa, Jharkhand et le Bengale occidental, dans le cadre de cette guerre brutale, l’opération « Green Hunt» et des milliers ont été torturé, mutilé, et expulsé de leurs villages, des femmes ont été violées, des maisons ont été brûlées et des villages réduits en cendres.

Le Comité Organisateur a créé un site www.icawpi.org  pour toutes les données liées à la campagne et appelle « toutes les organisations démocratiques et progressistes à prendre l’initiative et à joindre efforts leurs à l’ICAWPI pour adresser des plaintes, des rapports sur les activités et les réunions et des lettres de soutien qui seront publié sur le site. « 

La liste des manifestations et des événements organisés pour la campagne seront diffusés sur Internet et toutes les activités prévues. Le contact avec la coordination de la campagne doit se faire par e-mail : info@icawpi.org .

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, le Vénézuela, la Bolivie, etc
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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Mar 2010 à 22:42

Article publié dans le Peninsula Observer et le Financial Times, 10 mars 2010


Il y a des slogans sur des murs disant  "Naxalites venez nous sauver", dit Arundhati Roy, l'auteure et activiste sociale. Les gens les prient, "venez et entraînez-nous".

Les tribus de l'Inde se dressent contre les grandes entreprises pour la terre.

Les conflits au-dessus des achats de force font rage à travers la nation, dit Amy Kazmin.  D'abord, les arpenteurs de terre sont venus. Puis les rumeurs se sont répandues à travers les villages : Tata, un des plus grands conglomérats d'Inde, construirait une aciérie dans la zone. Enfin les fonctionnaires de gouvernement sont venus pour demander aux villageois dans Lohandiguda dans l'Etat de Chhattisgarh, qui sont principalement des fermiers illettrés de la tribu Gond, d'abandonner leurs champs contre la promesse d'argent comptant, de travaux et d'un meilleur futur.

Pour Banga Ram, le patriarche de 65 ans d'une famille nombreuse, la demande était absurde. Que ferons-nous avec de l'argent ?" a-t-il demandé. Nous devons cultiver la terre pour nourrir nos enfants. Mais les fonctionnaires locaux ne considéraient pas "non" comme une réponse. Banga Ram a été arrêté. Après qu'il ait passé 13 jours en prison, il dit que ses fils ont signé la cession de la terre et ont accepté compensation.

Dans le village proche de Chindgaon, Sundar Kashyap, qui gagne 10,000 roupies ($219) par mois pour le département gouvernemental de la production animale , indique que ses patrons l'ont averti d'avoir des ennuis si son plus jeune frère refusait de signer pour plus de deux de leurs cinq acres. Ils ont également signé.

Pourtant cinq ans après que Tata Steel ait annoncé ses plans pour le complexe, les familles des deux hommes cultivent toujours leurs champs ancestraux. Les fonctionnaires luttent pour accomplir l'acquisition de terres controversée, avec 20 pour cent des 5.000 hectares demandés encore en suspens et un avocat local des droits civiques menaçant d'action judiciaire contre le processus. "Je vais le contester", indique Pratap Agrawal, un mandataire de la petite ville voisine de Jagdalpur.

Les villageois sont absolument contre remettre même pouce de leur terre. Les luttes contre l'acquisition de force des surfaces agricoles pour l'industrie font rage à travers l'Inde. Mais nulle part elles ne sont aussi chargées que dans la ceinture tribale de l'Inde, où les tribus animistes indigènes longtemps négligées, connues sous le nom d'Adivasis, ont dérangé les plans de groupes de sociétés tels que Vedanta, Tata Steel, Essar Steel et National Mineral Development Corp pour s'emparer de la richesse minière.

Environ 8,4% de la population d'Inde sont classifiés comme Adivasis, membres de centaines de tribus distinctes dont les langues n'ont aucune forme écrite. Vivant dans la grande pauvreté dans les contrées lointaines avec le gouvernement et les services limités, les communautés tribales ont les plus bas taux d'alphabétisation d'Inde et le taux le plus élevée de mortalité infantile et d'enfants sous-alimentés. En apparence, les communautés tribales ont une protection légale spéciale pour empêcher qu'elles soient involontairement expropriées de leur terre.

Pourtant les critiques disent que les fonctionnaires pro-entreprises du gouvernement, qui arguent du fait que les mines et d'autres industries à grande échelle apporteraient le développement économique et le progrès aux secteurs négligés, manoeuvrent les processus publics de consultation et utilisent les sentiments de la communauté pour prendre les terres tribales. "Les indigènes vivent dans des sociétés préindustrielles, ainsi si le gouvernement va acquérir leur terre pour l'exploitation minière ou les zones économiques spéciales, c'est une question de la vie et de mort pour eux", dit Prashant Bhushan, un nouvel avocat des droits civiques basé sur Delhi. "Mais tout ce qu'ils ont fait c'est un soi-disant processus formel de consultation dans lequel les points de vue des Adivasis ne sont pas sérieusement examinés".

Ces conflits, qui tendent à dresser les personnes les plus négligées de l'Inde contre ses entreprises les plus puissantes, aident à alimenter le mouvement radical de guérilla des Naxalites dans la ceinture tribale, de plus en plus considérée maintenant comme le "corridor rouge" de l'Inde. Il y a des slogans sur des murs indiquant "que les Naxalites viennent nous sauver", indique Arundhati Roy, l'auteure et activiste sociale. Les gens les prient, "venez nous entraîner". Parmi les projets d'exploitation les plus controversés de l'Inde, se trouve le plan d'exploitation par Vedanta (enregistrée en Grande-Bretagne) de la mine de bauxite d'une montagne que la tribu Dongria Kondh forte de 2.800 individus croit être la maison sacrée de sa divinité.

Dans un rapport récent, Amnesty International, l'organisation de défense des droits de l'homme, a indiqué que ni les fonctionnaires du gouvernement ni Vedanta n'ont fait la moindre tentative signicative d'informer les tribus illettrées vivant près de l'emplacement au sujet du projet, mais ont simplement édité des annonces pour une réunion publique.

Vedanta, qui dit que personne ne vit sur l'emplacement éventuel de la mine, dit que les services du gouvernement local ont été informés au sujet du projet et ont eu une chance de dire leur mot.
La Cour suprême de l'Inde a trouvé que toutes les conditions ont été remplies. "Le pouvoir réglementaire indien est robuste, il ne quitte pas la pièce pour que quiconque en profite", dit Mukesh Kumar, le Directeur des Opérations de l'aluminium de Vedanta.

Cependant, l'Eglise d'Angleterre et plusieurs autres investisseurs sociaux ont récemment vendu leurs actions dans Vedanta, citant le souci pour la manière dont la compagnie avait manipulé ses relations avec les communautés locales. A Lohandiguda, Tata Steel indique qu'il a été d'accord sur tout sauf une des 13 conditions établies par les villageois pour vendre leur terre.  En plus de l'argent comptant, Tata indique que les villageois recevront "la terre pour la terre", une formation qualifiante et la promesse d'un travail à un membre de chaque ménage affecté.

"Je pense que le développement est quelque chose que chacun, particulièrement s'il est apporté par une compagnie comme Tata, trouverait acceptable", indique Sanjay Choudhry de Tata Steel. Il dit que les mécanismes du processus d'achat de terre sont manipulés par les autorités de l'État. "Si et quand ils nous remettront la terre, nous développerons l'industrie de la meilleure manière que nous pouvons".

Cartographie des droits légaux

Le paragraphe V de la Constitution de l'Inde définit des terres tribales coutumières où les tribus animistes indigènes sont vues comme exigeant une protection spéciale contre la menace de l'exploitation et de la dépossession.
En 1996, l'Inde a adopté une loi exigeant des autorités de consulter les conseils de village avant de prendre la terre dans les secteurs tribaux pour le développement ou l'industrie. Les avocats des droits civiques disent que ceci devrait être interprété pour exiger le consentement des communautés locales.

La Cour suprême de l'Inde a ordonné dans un jugement de 1997 que le paragraphe V, combiné avec les lois de l'Andhra Pradesh, interdit le transfert de la terre tribale aux non-tribaux ou non-membres de la tribu pour un bail d'exploitation. Elle a également suggéré que 20% des bénéfices de l'exploitation dans les secteurs tribaux soient mis de côté pour les membres de la tribu. Elle a invité New Delhi à clarifier les politiques au sujet de l'exploitation dans les zones tribales pour assurer l'uniformité entre les Etats. Cependant, d'autres Etats avec de grands secteurs tribaux ont indiqué que le jugement ne s'applique pas à eux.

http://cms.outlookindia.com/Uploads/outlookindia/2009/200910/20091026/maoist_jungle_bastar_20091026.jpg
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 21 Mar 2010 à 20:36
 
 
ARUNDHATI ROY est l’auteur de ‘The God of Small Things’ (Le Dieu des Petites Choses). Elle est connue car elle soutient courageusement les gens les plus pauvres en Inde dans leurs luttes croissantes contre le capitalisme de l’état et international. Ses derniers livres sont ‘The Checkbook and the Cruise Missile’ (Le chéquier et le Missile de Croisière) avec David Barsamian et ‘An Ordinary Person’s Guide to Empire’ (Le Guide de l’Empire d’une Personne Ordinaire)
DAVID BARSAMIAN l’a interviewée à New Delhi le 29 novembre 2007. David Barsamian est le producteur de ‘Alternative Radio’ basée à Boulder, dans le Colorado.

Toutes les nations ont des idées à propos d’elles-mêmes qui sont répétées sans beaucoup de vérification ni d’examen: les Etats-Unis – un phare de liberté et d’indépendance; l’Inde – la plus grande démocratie du monde, dédiée à la laïcité.
Ces dernières années, l’Inde a fait un meilleur travail que les Etats-Unis. Le mythe à propos des Etats-Unis phare de la liberté a été plus ou moins discrédité parmi la population qui n’est même que vaguement informée. L’Inde, de l’autre côté, s’est arrangée pour réussir un coup de relations publiques pratiquement miraculeux. Je pense que c’est réellement l’atmosphère de la décennie. C’est le type de destination de rêve pour le capital mondial. Tout cela se fait au nom de ‘l’Inde n’est pas l’Afghanistan’, ‘l’Inde n’est pas le Pakistan’, ‘l’Inde est une démocratie laïque’, et ainsi de suite.

L’Inde a entre autre, le plus grand nombre de morts en détention du monde. C’est un pays dont 25% du territoire est hors de contrôle du gouvernement. Mais le fait que ces régions sont tellement sombres, que ce soit le Cachemire, les états du nord-est, le Chhattisgarh ou des parties de l’Andra Pradesh. Il y a tellement de choses qui se passent là-bas, mais c’est juste un lieu divers et varié. Donc, pendant qu’il se déroulent des assassinats, disons, dans le Chhattisgarh, il y a un festival à Tamil Nadu ou un match de cricket entre l’Inde et l’Australie à Adelaïde. Là où la lumière brille, c’est là où le marché financier Sensex fait des bonds et où les investissements arrivent. Et là où l’on éteint la lumière, ce sont dans les états où les agriculteurs se suicident – je pense que le chiffre est actuellement de 136000 – et les assassinats, disons, au Cachemire, qui est de 68000 à 80000. Nous avons des lois telles que l’Armed Forces Specail Power Act (Loi des Pouvoirs Spéciaux des Forces Armées) qui autorisent même les sous-officiers à tirer sur base de la suspicion.

Ce qui se passe juste maintenant est assez intéressant, parce que nous sommes au point où la définition du terrorisme est en train de s’accroître. Sous le BJP, le Bharatiya Janat Party – c’est le gouvernement radical hindou précédemment au pouvoir – une grande partie de l’insistance était mise sur le terrorisme islamique. Mais aujourd’hui, le terrorisme islamique n’est pas suffisant pour prendre au filet ceux que le gouvernement veut attaquer, parce que la condition minimum est d’être musulman. Maintenant, avec ces énormes projets de développement, ces Special Economic Zones (Zones Economiques Spéciales) qui sont créées et le déplacement massif, les personnes qui protestent, celle-là doivent être appelées terroristes aussi.

Et elles ne peuvent pas être des terroristes islamiques, donc aujourd’hui, nous avons les maoïstes. Le fait est que tant dans le cas du militantisme au Cachemire que dans l’expansion des cadres maoïstes, qui sont toutes les deux des réalités – ce n’est pas qu’elles ne le sont pas – mais ce sont des réalités dont les deux côtés tirent un bénéfice à les exagérer. Donc quand le Premier Ministre Manmohan Singh dit que c’est la plus grande menace de la sécurité interne, cela permet à divers gouvernements d’états d’adopter toutes sortes de lois qui permettent d’appeler n’importe qui terroriste. Disons que demain, ils viennent dans ma maison ici. Rien que les livres que j’ai leur permettraient de me qualifier de terroriste. Dans le Chhattisgarh, si j’avais ces livres et que je n’étais pas Arundhati Roy, je pourrais être mise en prison. Les militants pour les droits humains comme, disons, un docteur très réputé, Binayak Sen, vient juste d’être incarcéré accusé d’être maoïste. On fait de lui un exemple pour décourager les gens d’avoir toute association avec ceux qui résistent à cette sorte de prise de terre actuelle absolument illégale. Des milliers et des milliers d’acres sont remis aux entreprises. Donc aujourd’hui, nous sommes en quelque sorte, comme je l’ai dit, sur le point d’étendre la définition du terrorisme afin que beaucoup de gens qui ne sont pas d’accord avec ce mode de développement puissent être vraiment emprisonnés, et sont emprisonnés.

Jusqu’à récemment, même après les années 90, lorsque le type de modèle néolibéral était importé en Inde, nous parlions encore de la privatisation de l’eau, de la privatisation de l’électricité, de la dévastation des rivières. Mais quand on regarde la privatisation de l’eau et de l’électricité, ces sociétés en nom collectif devaient encore trouver leur marché ici, même si c’était pour l’élite indienne, même si c’était juste pour faire de l’eau et de l’électricité beaucoup trop chère pour la population locale. Mais avec l’ouverture du secteur du minerai et la découverte d’énormes dépôts de bauxite et de minerai de fer dans des états tels que l’Orissa et le Chattisgarh, nous voyons ces lieux se transformer comme c’était le cas en Afrique, comme c’est le cas au Moyen-Orient, où il ne faut pas trouver de marché local. On prend simplement toute la montagne de bauxite, on l’entrepose dans le désert en Australie et on vend le bauxite dans les marchés futurs. Donc les entreprises sont ici et leurs fusils sont dressés sur ces minéraux.
Si vous regardez une carte géographique de l’Inde, vous verrez que les seules régions où il y a des forêts sont celles où les adivasis, les tribaux, vivent et sous les forêts se trouvent les minéraux. Ce sont ces parties d’Inde les plus vulnérables écologiquement et socialement qui sont aujourd’hui dans la ligne de mire des gros fusils. Ainsi, on a une dévastation absolue qui se passe dans le Chhattisgarh et dans l’Orissa. Le Chhattisgarh est comme la Colombie. Les Tatas, qui jusqu’à il y a quelques années essayaient d’être une sorte de société de bon père, ont maintenant décidé de devenir agressives et d’entrer sur le marché mondial. Ainsi, par exemple, ils ont signé un MOU, Memorandum of Understanding (Note d’Accord) avec le gouvernement du Chhattisgarh pour l’exploitation minière du minerai de fer. Et en quelques jours, ce qui n’est pas une coïncidence, j’en suis sûre, a eu lieu l’annonce de ce qui est connu comme la Salwa Judum, une milice populaire, qui est soi-disant un mouvement spontané né pour combattre la menace des maoïstes. La Salwa Judum est armée par le gouvernement. Quelque chose comme 400 villages ont été évacués et déplacés dans des camps de la police. Le Chhattisgarh est dans la situation d’une sorte de guerre civile, ce qui est exactement ce qui s’est passé en Colombie. Et pendant que nos yeux sont rivés sur cette guerre civile supposée, bien sûr l’exploitation minière, les minéraux, tout peut être simplement emmené.

Si l’on regarde ce qui se passe dans l’Orissa, la situation est similaire. L’Orissa a des montagnes de bauxite, qui sont magnifiques et densément forestières, avec des sommets plats comme des champs aériens. Ce sont des montagnes poreuses, qui sont en fait des réservoirs d’eau qui la stockent pour les champs dans les plaines. Et l’ensemble des montagnes viennent juste d’être prises par des entreprises privées qui bien sûr, détruisent les forêts, déplacent les tribaux et dévastent la terre.

Ce qui se passe aujourd’hui en Inde est vraiment intéressant. Il est difficile de savoir que dire ou comment y penser. Nous sommes tous versés dans la thèse de la fabrique du consentement de Noam Chomsky, mais en fait, ce qui se passe maintenant ici est que nous vivons dans l’ère de la fabrique du désaccord, où l’on a des entreprises qui font tellement d’argent. Par exemple, la manière avec laquelle le business du bauxite fonctionne est que les sociétés payent simplement des droits au gouvernement de l’Orissa, un petit pourcentage, et ils font des billions. Avec ces billions, ils peuvent mettre en place une ONG. Quelqu’un dit qu’ils vont créer la Vedanta University dans l’Orissa. Ils vont éponger tous les intellectuels et les environnementalistes. Alcan a offert un prix environnemental d’un million de dollar à un des principaux militants pour l’environnement en Inde. Les Tatas ont le Jamsetjl Tata Trust et le dorabji Tata Trust, qu’ils utilisent pour financer les militants, pour présenter des événements culturels et ainsi de suite, au point où ces personnes financent la dissidence ainsi que la dévastation. La dissidence est tenue en laisse, elle n’est qu’apparente. C’est une situation fabriquée dans laquelle tout le monde joue son type de théâtre. C’est complètement fou.

Manifestement, l’Etat doit permettre à ce type de situations de se produire et de continuer.
C’est le génie de l’Etat indien. C’est un Etat extrêmement sophistiqué. Il a beaucoup à apprendre aux américains à propos de l’occupation, il a beaucoup à apprendre au monde à propos de la manière de gérer la dissidence. Il suffi d’épuiser la population, il suffi d’attendre la fin des choses. Quand ils veulent faucher la population, quand ils veulent tuer et mettre en prison, il fait cela aussi. Qui ne croit pas que c’est un pays spirituel où tout le monde pense simplement que si tout n’est pas OK dans cette vie, ce le sera dans la prochaine? Cependant, c’est une des sociétés les plus ravageuses et cruelles. Quelle autre culture pourrait rêver d’un système de caste? Même les talibans ne peuvent pas s’approcher de la manière dont la civilisation indienne a créé les dalits.

Expliquez qui sont les dalits?
Les dalits sont les ‘intouchables’ d’Inde

Ils sont au bas de l’échelle économique et sociale.
Ils sont au bas de tout, de tout. Ils sont systématiquement matraqué, massacré et tué. Je ne sais pas si cela a été rendu par la presse américaine, mais par exemple, les dalits, parce qu’ils se sont trouvés au bas de la société hindoue, se sont souvent convertis et sont devenus musulmans, sont devenus chrétiens, sont devenus sikhs. Mais ils continuent à être traités comme des intouchables, même dans ces religions. C’est tellement omniprésent.

Récemment, il y avait un homme appelé Bant Singh, qui était un dalit sikh. Même en Inde, les gens feraient des bonds à l’idée d’être une telle chose qu’un dalit sikh. Mais actuellement, 30% des sikhs sont des dalits, et 90% d’entre eux sont sans terres. Parce qu’ils sont sans terres, bien sûr, ils travaillent comme main-d’oeuvre dans les fermes d’autres personnes. Leurs femmes sont très vulnérables. Les castes supérieures partout en Inde pensent qu’elles ont le droit de prendre une femme dalit et de faire l’amour avec elle ou de la violer. La soeur cadette de Bant Singh a été violée par un membre d’une caste supérieure dans son village. Bant Singh était un membre du CPI (ML), ce qui est le Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste), connu en tant que naxalites, et a déposé une affaire au tribunal. Ils l’ont prévenu. Ils ont dit «si vous ne laissez pas tomber l’affaire, nous vous tuerons». Il n’a pas abandonné l’affaire, donc ils l’ont attrapé et lui ont coupé les bras et les jambes.

Il était à l’hôpital de Delhi. Je suis allée le voir là-bas. Ca a été une leçon pour moi car c’est le fait d’être une personnalité politique qui l’a sauvé. Il a dit: «Penses-tu que je n’ai ni bras ni jambes? C’est vrai. Parce ce que tous mes camarades sont mes bras et mes jambes.» C’est un chanteur, donc il a chanté une chanson à propos du père d’une jeune fille préparant sa dot juste avant son mariage, son trousseau. Et elle lui dit: «je ne veux pas de ce sari et de ces bijoux. Que ferai-je avec ça? Donne moi juste un fusil». Malheureusement, de plus en plus, à cause de, je pense, ce qui s’est passé avec le mouvement Narmada et le fait que ce mouvement non-violent, dans lequel les gens se sont battus durant 15 ans et ont été simplement mis de côté comme de la paille menue, et qui a entraîné beaucoup de gens à dire: «Je ne veux pas de bracelets, je ne veux pas Gandhi. Donnez-moi juste un fusil».

Vous étiez une participante active, une observatrice et une reporter du NBA, le Narmada Bachao Andolan. Il essayait, bien sûr, de combattre beaucoup de ces damnés grands projets en Inde centrale. Bien, que s’est-il passé exactement? Quelle direction a-t-il pris et où en est-il aujourd’hui? Est-il toujours actif? Je pense qu’une fois, vous l’avez décrit comme le plus grand mouvement non-violent depuis l’indépendance (de l’Inde).

Oui, je l’ai fait. Mais je pense que les gens, y compris moi-même, sont très désillusionnés par ce qui s’est passé. Et je pense personnellement que nous devons vraiment faire une sorte d’autopsie. L’Etat a fait ce qui est dans sa nature et il a gagné cette bataille. Le jugement de la Cour Suprême qui est tombé en 2001 a été un souffle dévastateur. Mais, à mon avis, cela aurait dû être le moment où les gens commencent à interroger ces institutions telles que la Cour Suprême. Au lieu de ça, ils ont continué encore et encore à essayer de trouver quelques braises d’espoir et n’ont pas brisé leur confiance. J’ai brisé la confiance. Je ne compte plus sur le tribunal pour aucune sorte d’aide réelle, ce qui ne veut pas dire que chacun des jugements prononcés est terrible, mais il y a un problème systémique avec la Cour Suprême en Inde, avec ses visions, avec ses idéologies. Ceci est un énorme sujet à part de cette question, et pour moi, l’une des choses les plus importantes qui doit être discutée.

Mais le mouvement Narmada refuse actuellement de se questionner, et je pense que c’est un problème. Parce que c’était un effort merveilleux et magnifique, mais il n’était pas impeccable. A moins que nous essayions et réfléchissions à propos de ce qui n’était pas juste, nous ne pouvons pas vraiment avancer vers quelque chose d’autre. En fait comme je l’ai dit, je pense que les gens ont ressenti qu’il y a une futilité dans ces types de grèves de la faim et des dharnas, d’occupations et de rassemblement sur le pavé pour chanter, parce que le gouvernement adore ça. Maintenant, Sonia Ghandi parle de la satyagraha (‘étreinte de la vérité’ – principe de non-violence par la désobéissance civile instauré par Ghandi) et de Ghandi à Davos. Nous avons des foires de la satyagraha à Connaught Place où ils vendent des shampooings aux herbes. Et quand le gouvernement commence à promouvoir la satyagraha, il est temps pour nous d’y réfléchir.

Je pense qu’il est temps d’interroger radicalement beaucoup de choses, y compris en quoi consistait cette sorte de mouvement joyeux pour la liberté en 1947 et à qui il a bénéficié, et si c’était vraiment une révolution de la classe moyenne, qui, comme d’habitude, a fait feu avec ses canons sur les épaules des pauvres; ce que c’était.

Parlez-nous de Narendra Modi et de Gujarat. En décembre 2007, lui et son parti ont été réélus. C’est Modi qui en 2002, a présidé un pogrom entraînant la mort de quelques 2000 personnes, principalement musulmanes, à Gujarat. Qu’est-ce qui explique sa capacité à être réélu malgré ce record de la promotion de la violence communautaire?
Non, ce n’est pas malgré, c’est à cause de ça. Ce pogrom dans lequel entre 1500 et 2000 musulmans ont été massacrés dans les rues, les femmes violées, 150000 musulmans chassés de leurs maisons et qui vivent aujourd’hui dans des conditions de ghetto, mais au bon économiquement et socialement à Gujarat, tout cela était une campagne électorale. Donc je pense que nous devons vraiment interroger, de manière structurelle, ce qu’est cette démocratie. Il est en quelque sorte vain de simplement diaboliser Modi, parce qu’il y aura des gens comme Modi, qui comprennent qu’il y a eu un lien vraiment fondamental entre la démocratie et le majoritarisme et entre le majoritarisme et le fascisme. Comme je ne cesse de le dire, il y a le feu dans les canalisations. Cela doit être ce qui va se passer, parce que qu’est-ce qu’un politicien engendré par ce type de société complexe va faire? Il va essayer de se forger une majorité pour lui-même, en utilisant le plus petit dénominateur commun, qui sera alors une sorte de banque de votes de confiance. C’est ce que Modi a fait. Modi est un politicien brillant, et les entreprises lui mangent dans la main. Ainsi, ce rapport – juste comme nous savons qu’il s’est déroulé durant l’ère nazi en Allemagne – le rapport entre les fascistes et les grosses sociétés, ce n’est pas différent ici. Tata, Reliance, tous ces gens disent que Gujarat est la destination de rêve pour le capital.

Le RSS, qui est le Rashtriya Swayamisevak Sangh, l’association culturelle qui a engendré le BJP (qui est seulement son aile politique) a été fondé en 1925, et a travaillé durant toutes ces années parfois clandestinement, parfois ouvertement. Fondamentalement, il a été créé sur les principes du fascisme italien de Mussolini – très ouvert pour dire que les musulmans en Inde sont comme les juifs en Allemagne. Ce sont les libéraux indiens qui ont tenté de dire que le RSS n’est pas fasciste, alors qu’eux-mêmes sont très à l’aise avec l’idée du fascisme. En fait, il y a eu un moment ridicule durant les élections à Gujarat, quand Sonia Gandhi, faisant campagne pour le Congrès, a appelé Modi ‘maut ka saudagar’, ce qui signifie marchant de mort. Et Advani, qui est le dirigeant du BJP, et Modi sont apparus et ont dit «Cela ne nous dérange pas qu’on nous appelle Hitler, c’est acceptable, mais ne l’appelez pas marchand de mort». En fait, dans les manuels d’histoires et des choses à Gujarat, Hitler obtient des assez bons points.

Donc ce que nous voyons à Gujarat est une sorte de fascisme, parce que je continue à dire qu’avoir un dictateur fasciste est une chose, mais qu’avoir un fasciste démocrate élu au pouvoir, engraissé par l’approbation de millions de personnes, est une chose différente. Parce que maintenant, nous avons des millions de petits Modi qui courent partout à Gujarat. Récemment, juste avant les élections, le magazine d’informations ‘Tehelka’ a fait une opération piquante. Elle a été diffusée sur une chaîne majeure en prime-time. Vous aviez des gens qui apparaissaient pour dire ouvertement comment ils avaient violé et transformé en pâte des femmes musulmanes, comment ils avaient tailladé des gens à mort et puis comment Modi leur avait donné un refuge ou les avait envoyé hors de Gujarat pendant un moment et les avait protégé.

Tout cela était bien documenté?
Très bien documenté. Tehelka a fait apparaître ces gars et le dire eux-mêmes. Toute la documentation très détaillée existe dans les groupes pour les droits humains, la People’s Union for Democratic Rights (Union Populaire pour les Droits Démocratiques), Communalism Combat (Combat Communalisme). Mais quand cela est passé à l’antenne à la télévision, la réaction de tout le monde, sur toute la ligne, était: «Oh, quel timing horrible. Maintenant, Modi va gagner les élections». Parce que les gens se vantent de ce type de massacres. Cela va lui apporter des voix. Donc c’était ça que je voulais dire en disant que ce n’était pas malgré, mais à cause de ça.

Ayant dit cela, il est important, quand on examine en détail le résultat des élections, de voir que Modi, dans de nombreuses circonscriptions électorales, n’a gagné que de 300, 500, 1000 vois. C’était serré. Mais le fait est que si l’on regarde comment cette démocratie aujourd’hui a commencé à fonctionner, je trouve cela vraiment effrayant.

Par exemple, durant le pogrom, il y a eu un épisode – je ne vous raconte qu’un de ces nombreux épisodes – il y avait un MLA, un membre de l’assemblée législative du nom de Ehsan Jafari, un poète, qui vivait à Ahmedabad dans un logement de la société Gulbarga. Quand les foules ont commencé à se rassembler, quelque chose comme 60 musulmans de cette région y sont allés et ont commencé à aboyer pour son sang. Cet homme a passé 200 coups de téléphone ce jour-là, à Modi, au ministre de l’intérieur Advani, à la police, à Sonia Gandhi pour appeler à l’aide. La police est même venue, puis repartie. Ehsan Jafari a été emmené hors de sa maison et devant tout le monde, en plein jour, a été taillé en pièces. L’homme qui a organisé cela est maintenant devenu commissaire de police à Gujarat. Les avocats qui représentaient les musulmans étaient en fait les avocats qui avaient été ceux de l’accusé. Certains des survivants savaient qui étaient les tueurs. La police a refusé d’écrire leurs noms sur les FIR, First Information Reports (Premiers Rapports d’Information). Juste que c’était une violence générale de la foule.

La Cour Suprême a produit des sons très vertueux à ce moment-là, il y a cinq ans, disant que Modi était comme Néron: il magouillait pendant que Gujarat brûlait. Et puis ils se sont juste tus. Il ne s’est rien passé. Et puis on a ces hommes qui apparaissent et qui se vantent à la télévision en prime-time d’avoir violé, tué et pillé, disant des choses telles que «Nous savons que ces musulmans sont terrifiées à l’idée d’être brûlés. Ils auraient besoin d’être enterrés. C’est pourquoi nous avons décidé de les brûler». Et rien ne s’est passé.
Ainsi, tout continue simplement, chaque institution a été pénétrée par ces personnes et fonctionne, aussi longtemps qu’on est prêt à investir, aussi longtemps que tous les Tatas, Reliance et les gens riches sont contents. Nous observons quelque chose qu’un dictateur ne pourrait pas faire. Ce niveau de pénétration de toutes ces diverses institutions rend complètement fou. On est assis là, et on ne sait simplement pas quoi penser. Et même les partis politiques comme, disons le Parti Communiste d’Inde, qui s’opposait à Modi, y va alors et fait un Nandigram.

On est vraiment laissé à être une personne folle dans le désert. Les gens sont tellement désillusionnés avec ce système. Ils font leur propre combat. Ils prennent les armes, ils ont leurs propres systèmes judiciaires, leur propre compréhension de ce qui est juste et de ce qui est mauvais, et tournent le dos à ce pays avec la plus grande publicité du monde.

Vous venez de mentionner Nandigram, qui est un petit village du Bengale occidental, un état dirigé par le Parti Communiste (Marxiste). En 2007, il y a eu des assassinats là-bas. Vous êtes allée à Nandigram. Pouvez-vous expliquer ce qui s’est passé et ce qui s’y passe?
Nandigram n’est pas un petit village. Nandigram est un district qui consiste en beaucoup, beaucoup de village. Le Parti Communiste d’Inde (Marxiste) – CP(M) – qui est la gauche parlementaire principale et qui forme aujourd’hui une coalition avec le centre-droit, jouit d’un pouvoir incontesté depuis 30 ans au Bengale occidental. J’ai grandi dans le Kerala, qui avait aussi un gouvernement communiste, mais il est tout le temps au pouvoir et puis en dehors. Lorsque je suis allée au Bengale, j’ai réalisé que la première chose qu’on fait, c’est de se demander comment, dans ce lieu tumultueux, un parti peut rester incontesté au pouvoir durant trente ans. Il y a quelque chose de terriblement mauvais là. C’est difficile à expliquer. Je vais essayer de l’expliquer simplement, parce que manifestement, cela a entraîné beaucoup de confusion dans le monde. Ce Parti Communiste (Marxiste) particulier ne s’est en quelque sorte pas lui-même appelé comme ça, mais a été au niveau de l’organisation, disons du Forum Social Mondial en Inde, en disant «Un Autre Monde est Possible» et en essayant de s’aligner avec tous les divers mouvements populaires qui existent en Inde depuis des années. Le Parti Communiste (Marxiste), excepté au Bengale et dans une certaine mesure dans le Kerala, n’a aucun cadres ailleurs en Inde, donc il essayait consciemment de s’associer en quelque sorte avec ces divers mouvements populaires, raison pour laquelle il était tellement grand au Forum Social Mondial.

Il s’est tenu à Mumbai en 2005
Mais même pour ceux qui se sont tenus à Porto Allegre, beaucoup de personnes qui étaient associés au CP(M) y étaient impliqués. Et puis il y a un an et demi, deux ans, le gouvernement indien a annoncé ceci. Et bien sûr, le CP(M) a toujours eu son cri de guerre anti-USA, anti-impérialisme et tout ça, et contre l’ensemble du projet néolibéral.

Mais alors le gouvernement a annoncé toute cette politique de SEZ, qui sont des Special Economic Zones (Zones Economiques Spéciales), un acronyme qui a donné naissance à de nombreuses formes sarcastiques, telles que Slavery Enabled Zones (Zones Permettant l’Esclavage). Ces SEZ sont d’énormes enclaves économiques, je ne connais pas les chiffres exacts, mais il y en a des centaines. L’Inde était une société féodale, avec d’énormes zamindars (propriétaires terriens à l’époque féodale) féodaux.

Gros propriétaires terriens
Et puis il y a eu le processus raté de réforme foncière dans des états comme – actuellement, l’état où les réformes foncières les plus réussies sont arrivées, assez curieusement, était le Cachemire, et les habitants du Cachemire jouissent encore des bénéfices de cela. Mais dans des endroits comme le Bengale et ailleurs, il y a eu certaines réformes foncières. Et maintenant, tout le business des SEZ est pratiquement en train d’inverser l’ensemble du processus, soustrayant la terre et la donnant aux grandes sociétés, telles que Reliance et Tata.

Ce que le Parti Communiste (Marxiste) a fait, c’est de s’opposer bruyamment aux SEZ et puis soudainement, dans le Bengale occidental, il s’est retourné pour créer l’une des plus grandes SEZ, ce qui deviendra ce centre chimique dans le district de Nandigram. Une société indonésienne appelée Salim Group était en quelque sorte son front, et elle allait faire un centre chimique. Nandigram est juste à côté du port de Haldia.

Le trouble a commencé dans le Bengale occidental avec les Tatas dans un lieu du nom de Singur, où le gouvernement a donné aux Tatas quelque chose comme près de 1000 hectares de terre pour faire des petites voitures, la voiture du peuple. Vous savez qui d’autre fabriquait la voiture du peuple. Ainsi, il y a eu une fusillade. Les gens ont été tués à Singur. Il y a eu une énorme résistance.

Mais alors, il a annoncé ce centre chimique dans le Nandigram et des affiches sont sorties pour l’acquisition de la terre. C’était quelque chose comme 18000 hectares. Des milliers et des milliers de personnes allaient être affectées. Et le Nandigram était un bastion du CP(M). Je pense que c’était l’affaire d’un parti tellement inhabitué à ce type d’opposition qu’il a simplement mal interprété la situation et a pensé qu’il pouvait faire exactement ce qu’il voulait. Au fond, cela a entraîné le fait que le parti a fait ce que les gens de Nadigram appellent les cadres de la police, ce qui consiste en des personnes du parti habillés avec des uniformes policiers qui entrent et commettent des actes de violence et même des meurtres.

Le premier soulèvement a eu lieu en mars. Ca a été un désordre de toutes sortes de politiques, mais fondamentalement, ça a été une résistance fantastique. Ils ont creusé les routes, ils ont refusé l’entrée de la police et ils ont dit «Vous ne pouvez pas entrer, et vous ne pouvez pas avoir notre terre».

Je vous raconterai juste ce qui s’est passé quand j’étais là-bas. Le gouvernement ne cessait pas de dire que les gens avaient barricadé Nandigram et «Ils ne nous autorisent pas à entrer pour faire un travail de développement, ils ne permettent pas à la police d’entrer, nous ne pouvons pas donner de gouttes contre la polio». Ils ne cessaient de dire ces choses à propos des gouttes contre la polio. Il n’y a pas un seul centre de santé dans tous ces villages. L’hôpital le plus proche se trouve dans la ville de Nandigram, ce qui est très très loin pour quel les gens s’y rendent. Toutes ces années, pas d’électricité, rien de tout ça. Et soudainement, on parle de gouttes contre la polio. En réalité, ce dont il est question, c’est de regagner un contrôle complet.

La deuxième fois que j’y suis allée, ce qui était juste la semaine dernière, les personnes que j’avaient rencontrées la première fois m’ont envoyé des messages disant «S’il vous plaît, ne venez pas vers nous, s’il vous plaît, ne nous reconnaissez pas, parce que nous serons simplement éliminés». Ils osent tout, et quiconque qui pointe la tête, s’en est la fin. Donc, en fait, il y a juste quelques jours, la dernière chose que j’ai faite lorsque je suis sortie de Nandigram est que j’étais présente à l’exhumation d’un corps dans un champ dont les jambes étaient brisées et qui avait deux balles dans le dos, et sa femme avait identifié le corps. Le voisin m’a dit que cet homme était membre du Bhoomi Ucched Pratrirodh Committee, qui est une organisation de résistance, et on lui avait dit plusieurs fois qu’il devait rejoindre le CP(M), sinon, il serait tué. Et quand il ne l’a pas fait, on en a fait un exemple.

Je salue vraiment la résistance là-bas. Je pense qu’il est tellement important pour tous les autres en Inde qu’ils obligent le gouvernement à dire qu’il ne construira pas le centre, même si personne ne le croit. Mais même si c’est une victoire temporaire, c’est une grande chose. Il est tellement important pour le gouvernement CP(M) de continuer à dire: «Oh, c’était les maoïstes. Ce n’était pas la population locale, c’était des étrangers». Et toute cette merde à propos des étrangers. Comment un parti communiste ose-t-il venir et dire les étrangers. Que veut-il dire par étrangers? Au-delà du district ou à l’extérieur du Bengale? S’ils croient à ce type de rhétorique, qu’est-ce qui leur donne le droit de faire des commentaires à propos de Gujarat, ou du fascisme, du BJP ou tout autre chose?

Le Cachemire est une région de conflit, mais est largement non déclarée, particulièrement aux Etats-Unis. La structure du peu d’information qui est disponible est habituellement que ce sont des extrémistes islamiques, des terroristes. Maintenant, depuis le 11 septembre, ils sont étiquetés de talibans, et d’Al Quaeda. Vous vous êtes rendue au Cachemire. Qu’avez-vous appris?

Le Cachemire est un de ces endroits où à chaque fois que j’entends des gens dire: «Oh, c’est plus compliqué que ça», j’ai une éruption, parce qu’il suffi de sortir de l’aéroport pour voir qu’il y a une petite vallée où ils sont – je ne cesse de dire que pour mener une guerre à grande échelle en Irak, les américains ont 135000 troupes, et dans le Cachemire il y a quelque chose comme 700000 personnels de sécurité de différentes sortes: l’armée, la police, les paramilitaires, la contre-insurrection, tous les divers types de personnes qui travaillent ici. Il est certain que la situation a été rendue compliquée par les espions, les agents doubles, les informateurs et l’argent versé par les agences de renseignements d’Inde et du Pakistan.

Mais l’essentiel, c’est que c’est la volonté des gens que les gouvernement indien cherche à subvertir. Pourquoi est-il si effrayé d’un référendum? Premièrement, comment peut-on dire qu’on tient des élections démocratiques, libres et justes dans un endroit où une personne n’est même pas autorisée à respirer sans avoir un AK-47 pointé sur son nombril? Donc qu’est-ce qui effraye tant le gouvernement indien qu’il ne souhaite pas évaluer ce que la population veut vraiment? D’une certaine manière, cela a été compliqué par le contrat d’adhésion, sincère ou pas. En supposant qu’il était sincère. Supposons qu’il l’était.

Le transfert des états princiers de Jammu et du Cachemire à l’union indienne en 1947?
Exact. Je me demande simplement si c’est ça que la population veut maintenant? Si nous allons parler de démocratie comme étant le fondement, la clé de voûte d’une démocratie qui est la volonté du peuple, tout le monde semble croire qu’il peut parler au nom de la volonté de la population, mais personne ne veut établir ce qu’est cette volonté. Pourtant, bien sûr, je pense que nous n’aurons pas de solution idéaliste pour le problème du Cachemire. L’Inde ne laissera jamais rien tomber. Là, maintenant, elle est plus forte qu’elle ne l’a jamais été. Ainsi, comment ce combat, comment cette bataille sont reliés, cela reste encore à voir. Mais il est clair qu’après avoir perdu pratiquement tout une génération de jeunes gens, la population du Cachemire n’est pas loin de dire «Nous laissons tomber». Bien sûr, il y a une élite qui a été cooptée et qui est faite pour que l’on sente que ses intérêts pour la paix sont énormes. Mais je pense que l’Inde est aussi loin d’une solution au Cachemire que ne le sont les Etats-Unis pour une solution en Irak ou en Afghanistan.

La J&K Coalition of Civil Society (Coalition J&K de la Société Civile) a publié de nombreux rapports à propos des violations des droits humains, des disparitions, de la torture, d’attentat à la pudeur et des viols des femmes et des exécutions extrajudiciaires. Quelle type d’attention ont-ils attiré dans la société civile du reste de l’Inde?
Pratiquement aucune.

Parce que?
Parce que toute cette rhétorique à propos du terrorisme musulman et tout ça, est très profonde. Ainsi, on pourra voir passer des camions qui à l’arrière disent: «Doodh mango to kheer deingay, Kashmir mango to cheer deingay». Cela signifie «Demandez du lait, nous vous donnerons de la crème. Demandez le Cachemire, nous vous éventrerons». Chaque partie de la machinerie étatique, y compris la presse, est entièrement dans la propagande. Au moins les gens du Cachemire ont l’espoir, même si cela ne se réalise jamais, de la liberté à l’intérieur d’eux-mêmes. Au moins, ils ont la dignité qu’ils font la bataille. Que faites-vous pour la population du Chhattisgarh ou les musulmans du Gujarat. Où vont-ils aller? Le Cachemire est en quelque sorte une bataille classique et désuète pour la liberté, comme l’Algérie.

J’ai vécu un des plus beaux moments de ma vie récemment dans le Kerala. J’ai entendu que 4000 familles dalits et adivasis avaient capturé la propriété d’une société de caoutchouc, environ à deux heures d’où vit ma mère. Donc j’y suis allée. C’était ahurissant pour moi de voir cet endroit dans lequel j’avais grandi, de voir devant moi une sorte de nation de personnes qui ont tout simplement disparues de notre société se soulever. C’était une vision simplement étonnante. C’était l’opposé de Nandigram, où les sociétés saisissent la terre des gens. Ici, les gens saisissent la terre de la société. Chacun d’eux a une petite feuille en plastique bleu qu’ils ont fait dans une cabane sous un arbre à caoutchouc. Ils ont été là pour quelque chose comme 300 jours. Ils sont 20000 personnes, femmes et enfants, et chacun d’eux dit qu’ils ont un bidon de cinq litres de pétrole dans leurs maisons et disent «si la police vient, nous nous immolerons, parce que nous n’avons nulle part ailleurs où aller».

Lorsque je les ai entendu parler et que j’ai vu la rage civilisationnelle en eux, cela rend les choses très simples. Ils ont juste dit: «Regardez, cette compagnie a 33 propriétés. Elle possède de 55000 à 60000 hectares de terre. Je n’ai nulle part où dormir. Je la prend». Et soudainement, je me suis dit, quelqu’un comme moi – j’écris, j’ai tous ces chiffres, ces notes de bas de page et ces statistiques, suis-je en train de devenir une employée de bureau? ESt-ce de cette manière que je veux me battre? Parce qu’en fin de compte, qui est celle qui tente de convaincre? Ces personnes, qui lisent ces choses, ne laisserons jamais tomber ce qu’ils ont. On doit les y obliger.

Ceci est la bataille qui arrive ici en Inde. Le gouvernement engendre ces milices privées. Dans le Chhattisgarh, on a la Salwa Judum. A Gujarat, on a le Bajrang Dal. Dans le Bengale occidental, il a la structure policière du CP(M). Dans l’Orissa, les sociétés ont leurs propres brutes. Ca, c’est ce qui se passe. Et peu importe qu’ils ne parlent même pas de ce qui se passe dans le nord est de l’Inde, une situation en cours depuis 1947, qui est pire que celle du Cachemire. Un jour, Frederick Douglass a dit: «le pouvoir ne concède rien sans qu’il y ai une exigence. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais».

Pour ma part, je pense qu’il est très important pour nous de continuer également de nous interroger et sur ce que nous faisons et sur notre rôle là-dedans. Aujourd’hui en Inde, il est très facile pour tout le monde de continuer à dire que les maoïstes sont terribles, que le gouvernement est aussi terrible, que toute la violence est mauvaise, que l’un est l’autre côté de la médaille, toutes ces banalités qui sont mises en bouche. Mais aujourd’hui, à moins que je ne sois prête à prendre les armes, je ne suis pas en position pour dire aux autres de prendre les armes. Mais à moins que je ne sois dans une position où je suis à l’autre bout de ce bélier, je ne vais pas non plus m’asseoir en disant «Faisons une grève de la faim» et «Allons-y et chantons des chansons à l’extérieur du Ministère de l’Eau». J’en ai fini avec tout ça.

Au Tribunal Mondial sur l’Irak à Istanbul en juin 2005, vous avez fait des commentaires à propos de la résistance et du droit à la résistance qui ont fait se hausser quelques sourcils. Vos visions à ce propos se sont-elles développées depuis lors?
Mes vues à ce propos n’ont pas changé depuis lors. Peut-être se sont-elles développées. Je pense qu’il est très important pour nous de comprendre qu’actuellement, des gens sont décimés tous les jours. J’étais une de ces personnes qui ont dit que la globalisation de la dissidence était la façon de combattre la globalisation du capital d’entreprise. Mais ça, c’était à l’ère du Forum Social Mondial. Mais je pense que les choses ont changé depuis lors, parce que le Forum Social Mondial a été repris. Donc ce qui s’est passé est une sorte de corporatisation de la dissidence. Et la globalisation de la dissidence abouti alors à la création de hiérarchies dans lesquelles on choisi son génocide, ou la pire chose qui se passe. Est-ce que ce qui se déroule dans le Nandigram est pire que ce qui s’est passé au Congo? Bien sûr que non. Tout est fendu et la population devient localement déresponsabilisée.

Tout le monde cherche des recommandations vedettes de la part des super stars de la résistance. Même quelqu’un comme moi. On me demande toujours de dire quelque chose à propos de choses que je ne connais pas assez. Je sens qu’il est très important de ne pas déresponsabiliser les gens qui se battent et de ne pas leur dire comment ils doivent le faire. Par exemple, en Inde, on en est venu à un stade où la seule chose que le peuple peut faire, c’est de faire vraiment ce que la population de Nandigram a fait, creuser les routes et dire «Vous ne pouvez pas entrer», parce que dès le moment où ils entrent, où ils commencent à prendre, où ils coopèrent, où ils ramassent les dirigeants, où ils achètent quelqu’un, c’est fini. Il y a une certaine quantité de brutalité maintenant que même la résistance doit avoir, parce que la coopération est ahurissante, la ONG-isation est étonnante.

Je vais vous raconter une histoire très intéressante. Je mets une grande partie des droits d’auteur de mon travail dans un cartel. Quelques-uns d’entre nous, des amis, des militants, le gère. Le seul argent qui y entre est l’argent de mes écrits,…, parce que le but n’est pas de récolter des fonds mais d’essayer de le donner par solidarité aux gens qui ne savent pas comment rédiger des propositions et comment fonctionne le système. Il se nomme Zindabad. Qu’il vive. Nous avons récemment reçu une lettre de l’Institut Tata des Sciences Sociales, qui est un institut qui est parfois comme un bureau de poste pour distribuer les fonds donnés par les fiducies Tata à divers militants et mouvements. Donc, d’un côté, on a Tatas, les capitalistes, et de l’autre, on a ces trusts, comme je vous l’ai dit, qui financent tous ces militants, etc. La lettre dit: «Cher Zindabad Trust, Les tribaux de Madhya Pradesh sont reconnaissants envers Tatas d’avoir soutenu leur lutte pour leurs droits et leur gagne-pain.» Et maintenant, afin de développer leur base, ils veulent avoir un séminaire au Centre International d’Inde, auquel des juges, des fonctionnaires, des militants et des adivasis seront invités.

Et il y a un budget dans lequel, manifestement, les indemnités de voyage des bureaucrates et des juges sont énormes, et celle des militants et des adivasis sont petites. Et il y a une liste d’activistes et d’adivasis qui tous sont financés par Tatas. Ils nous demandent de financer ce séminaire. C’est comme une grenouille ouverte sur une table de dissection. On voit comment le monde fonctionne. Et j’ai dit, Ecrivons-leur et disons que fondamentalement, nous n’avons pas les moyens de financer ce séminaire, mais pourquoi ne pas appeler les survivants des gens qui ont été tués à Kallingnagar et à Singur pour les projets de Tata pour faire comprendre leurs visions et les disséminer.

Durant ces deux dernières années, l’Inde a élargi sa relation militaire avec les Etats-Unis et Israël. Quelles en sont les implications?
Après avoir fait partie du mouvement des non-alignés, l’Inde fait maintenant complètement partie du mouvement des alignés. Le gouvernement indien ne se fatigue jamais de dire qu’Israël et les USA sont ses alliés naturels. Ainsi, l’accord nucléaire, les exercices militaires conjoints, l’échange indo-américain, sont autant de manières de se lier étroitement à l’Amérique par des gouvernements qui n’ont aucune idée de ce qu’a été l’histoire des alliés américains non-blancs. Je trouve ça juste fou qu’ils ne fassent pas simplement une rapide recherche Google sur les divers régimes despotiques qui ont été soutenus et puis déserté par les Etats-Unis.

Mais le fait est, En Inde nous savons cela, par exemple, avant le coup d’Etat au Chili, les américains avaient en fait un détachement entier de jeunes étudiants chiliens à l’école de Chicago selon Milton Friedman à qui l’on apprenait les économies de libre-marché. En Inde, ils ne doivent pas le faire. Nous voulons le faire. L’élite indienne remue juste la queue et fait la file. Parce que, comme je ne cesse de le dire, le mouvement sécessionniste qui a eu le plus de succès en Inde a été la séparation de l’élite dans ce type de communauté globale. Pratiquement chaque fonctionnaire, chaque politicien, chaque membre haut placé de la classe judiciaire, industrielle, financière et académique, tout le monde aurait un très très proche parent, comme un fils, une fille ou un frère en Amérique. Donc, nous sommes organiquement liés et attachés.

Manmohan Singh, le premier ministre de l’Inde, n’a jamais gagné d’élection de sa vie et n’a aucune imagination en dehors de celle du FMI et de la Banque Mondiale. Il ne me semble pas qu’il ait jamais lu un manuel basique d’histoire. Il est probablement le seul premier ministre d’une ancienne colonie de l’histoire du monde qui soit allé à Cambridge et qui dans son discours, remercie le colonialisme pour la démocratie et qui remercie les britanniques pour chaque institution de répression étatique que possède l’Inde aujourd’hui – la police coloniale, la bureaucratie, tout. Donc c’est un pays qui fonctionne dans les lignes d’un état colonial, aussi extractif, sauf que les colonisateurs sont la classe supérieure.

C’est quelque chose que Franz Fanon a écrit dans ‘Les damnés de la terre’, que les anciens maîtres coloniaux seraient remplacés par leurs équivalents natifs.
Absolument. Par ici, c’est juste comme une bande dessinée.

Quel est cet accord nucléaire auquel vous avez fait allusion et qui attacherait l’Inde aux Etats-Unis? Et vous n’avez pas mentionné Israël sur le plan de sa relation croissante avec l’Inde également.
Nous savons qu’Israël est le plus grand bénéficiaire de l’aide américaine, et en quelque sorte l’avant-poste américain au Moyen-Orient, donc je ne pense pas qu’il faut voir les deux, Israël et Amérique, comme étant conceptuellement distincts. Je pense que c’est un ensemble. Et cela aide également à le comprendre au vu de l’énorme sentiment anti-musulman dans la majorité en Inde, l’énorme animosité commune vis à vis des musulmans et du terrorisme, qui coïncide juste magnifiquement avec tout cela.

L’accord nucléaire, pour le dire simplement, lie entièrement le programme nucléaire civil indien à l’Amérique. L’énergie nucléaire en tant que solution aux problèmes énergétiques de l’Inde n’est pas quelque chose qui ait jamais été étudié en aucun genre de détail. Là, maintenant, la contribution de l’énergie nucléaire civile au réseau électrique et presse aussi bonne que zéro. Donc, ce dont nous sommes en train de parler est une situation dans laquelle l’Inde investi énormément pour des réacteurs nucléaires civiles, et puis est détenue en otage. Même si l’accord nucléaire prétend seulement faire face à l’offre de matériel fissile etc, en fait, ce qu’il fait, c’est de mettre l’Inde elle-même dans une position où elle est totalement prise en otage pour tout. Si vous ne signez pas ceci, nous allons reprendre cela. Quelle absurdité de se mettre soi-même dans une telle position.

Malheureusement, toute la critique de cet accord a été très peu scrupuleuse, même au sein de l’Inde, même, disons, le Parti Communiste, qui s’est jadis opposé aux armes nucléaires. Maintenant, sa critique est de dire que nous sommes un Etat nucléaire et que nous ne devons pas renoncer à notre souveraineté. Il se tient pratiquement sur sa tête.

Je me souviens que vous avez dit qu’il est dangereux d’être un haut coquelicot. Hrant Dink était un de ces hauts coquelicots, un journaliste turco-arménien assassiné par un nationaliste dans les rues d’Istanbul en janvier 2007. On vous a demandé de parler à l’occasion de l’anniversaire de sa mort (discours publié dans l’ISR 58, mars-avril 2008). Je sais que vous êtes bombardée de demandes venant du monde entier. Quels sont les facteurs qui vous permettent de prendre une décision? Pourquoi aller à Istanbul?
Premièrement, le plus gros bombardement d’interviews avait récemment à voir, d’une manière baveuse ou d’une autre, avec la promotion de l’Inde, et juste par principe, je ne suis pas prête à faire ça. Nous recréons l’Inde dans telle ou telle ville, dans tel ou tel endroit. Et tout ça à à voir avec le capital d’entreprise et avec ce jouet en peluche, cet ours en peluche que nous avons, cette nation magnifique, colorée et empoté où nous avons le cricket et Bollywood, et même la reine de la dissidence, Arundhati Roy. Nous sommes actuellement en quelque sorte une famille vraiment heureuse.

Mais à propos de ce pourquoi j’ai accepté d’aller à Istanbul. En partie parce que je pense, une fois encore, avoir un penchant à aller dans des endroits qui ne sont pas juste l’Europe et l’Amérique, parce que ça aussi, peut devenir un spectacle de supermarché – que nous avons tout, et que tout le monde vient à nous. Deuxièmement, je pense que la Turquie est fascinante, parce qu’elle est tellement semblable à l’Inde sur le plan de son élite laïque agressive, son fondamentalisme religieux, son nationalisme hideux. Je pense qu’elle est d’une certaine manière beaucoup moins subtile dans sa forme actuelle. Elle doit prendre certaines leçons des Brahmanes. Mais elle n’a pas cette sorte de morceau de paradis hippie.

Cela me fascine. Comment peut-on survivre en tant qu’écrivain dans une société telle que celle-ci? Récemment en Inde, lorsque toute la question du Nandigram a éclaté, une des choses la plus intelligente que le CP(M) pense avoir fait a été d’évoquer une manifestation contre Taslima Nasrin, dont le livre ‘Dwikhondita’ a été publié il y a quatre ans et était sur les listes des best-sellers et personne n’a rien à en dire.

La romancière bengladeshi?

Elle a été en quelque sorte éjectée du Bangladesh et a déménagé à Calcutta. Le premier à demander une interdiction a été le PC(M). Puis la haute cour a levé l’interdiction. Le livre a été publié. Rien ne s’est passé. Et puis juste au moment où des manifestations massives ont éclaté contre le PC(M) pour la première fois en 35 ans – à cause de Nandigram, où le plus gros des paysans à être déplacés étaient musulmans, soudainement, on a cherché à détourner l’attention, en disant «Taslima Nasrin insulte l’Islam» et «Sors d’ici». C’était simplement une pièce de monnaie insérée dans les négociations démocratiques qui avaient lieu.

Donc comment fonctionne-t-on dans des sociétés comme la Turquie et l’Inde en tant qu’écrivain? Comment continue-t-on à dire les choses qu’on dit? Comment fait-on de son mieux pour ne pas se faire tuer? Comment découvre-t-on que les pays qui parlent le plus fort, le plus longtemps, et qui ont la législation la plus complexe à propos de la liberté d’expression, tels que l’Amérique, n’ont aucune vraie liberté d’expression mais se sont arrangés pour hypnotiser la population pour qu’elle y croit. Toutes ces choses m’intéressent.

Peut-être cela a-t-il une certaine analogie avec la position du gouvernement indien vis à vis du Cachemire?
Je ne pense pas qu’il y ait une analogie, parce que le gouvernement est assez fier de ce qu’il fait au Cachemire. Je ne pense pas que nous sommes arrivés à un stade où le gouvernement se sent mal à ce propos.

Je voulais dire en termes de nier l’histoire, de nier l’auto-détermination et ce genre de questions.

Le gouvernement ne nie pas ses cruautés au Cachemire. La presse n’en parle pas beaucoup, et n’en sait pas beaucoup, mais il y a une parade très fière sur la façon dont nous gérons les terroristes, même parmi la population en Inde. Par exemple, je parlais de Gujarat. Il y a un aveu fier à propos de cette tuerie. Il y a une chose fière dans «C’est ce que ces musulmans méritent». Donc c’est assez intéressant, la psyché de ces choses. C’est ce que je disais. Quand on nie quelque chose, en soi, ce déni est l’acceptation qu’il y a une chose terrible, qui est la raison pour laquelle on le nie. Mais à Gujarat, on n’y pense pas aujourd’hui comme à une chose terrible. On y pense comme à une grande chose.

Vous continuez à écrire des essais politiques. Qu’en est-il de la fiction? Y êtes-vous retournée?

J’essaye. Comme je l’ai dit, je ne veux pas vraiment continuer à faire la même chose tout le temps. Et je me sens un peu prisonnière du département des notes actuellement. On est constamment coopté. Je pourrais être pour toujours sur la télévision principale en Inde pour débattre et pour faire comprendre mon point de vue, amis en fait, on ne fait qu’augmenter le bruit. Cela fait partie du racket ici maintenant, ce truc magnifique, compliqué, bruyant, ergoteur et mignon qui se passe. Je ne nie pas le fait que nous avons besoin de séries de choses incisives, mais personnellement, en tant qu’écrivain, je sens que beaucoup de mes écrits étaient pour moi-même, pour comprendre comment ça marche. Et maintenant, si je devais écrire, ce serait une répétition de ma compréhension. Je veux faire quelque chose qui fait quelque chose de cette compréhension plutôt que simplement la collationner. Donc je pense que la fiction est cet endroit. Je veux me surprendre moi-même. Je veux voir ce qui sort sans le savoir à l’avance.

Quel était ce commentaire que vous avez fait à propos de la fiction et de la réalité?
Que la fiction est la chose la plus vraie qui ait jamais été.
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, le Vénézuela, la Bolivie, etc
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Apr 2010 à 02:37
 
Suite de la première partie :
Xinjiang et Gujarat : Tintin Reporter (1)…

 
Démocratie de la Misère – Misère de la Démocratie

 

J’éprouve affection, admiration pour l’Inde. La gentillesse, le dynamisme de son peuple.

La richesse de sa civilisation. Le courage de ses militants, leur combat pour la défense de la Dignité Humaine, leur lutte contre l’injustice sociale et économique, la pauvreté, la misère. Dont la figure emblématique : Arundhati Roy.

 

Par contre, aucune, pour sa caste au pouvoir.

 

Caste d’affairistes effrénés, obsédés par l’enrichissement immédiat. Politiciens, pour la plupart, cyniques, hypocrites, avides et corrompus. Dans un pays où le niveau de pauvreté de la majorité de la population est sidérant. Où, la paysannerie se trouve, après soixante années d’indépendance et de “libéralisme économique”, dans un état catastrophique.

 

Les chiffres édulcorés, au maximum, de la Banque Mondiale ne peuvent dissimuler l’information : 456 millions d’Indiens, soit 42% de la population vivent en dessous d’un seuil de pauvreté estimé à USD $1,25 par jour.

 

D’autres institutions, plus sérieuses dans leurs études que la Banque Mondiale, fournissent des statistiques encore plus atterrantes. Ainsi l’organisme étatique Indien, National Commission for Enterprises in the Unorganised Sector (NCEUS), estimait en 2007 que 77% des Indiens, soit 836 millions, vivaient avec moins de 20 roupies (environ USD $0.41) par jour (10).

 

Le rapport précise que la majorité de ceux qui travaillent, tout particulièrement dans le secteur informel, vivant dans les conditions “d’extrême pauvreté”, sont les castes inférieures et les Musulmans. Parmi eux, les plus accablés de misère, sont les femmes, les travailleurs “journaliers” et les enfants. N’hésitant pas, dans le texte, à employer l’expression de “pauvreté abjecte”, “living in abject poverty. (11)

 

Dans les Etats d’Orissa, Madhya Pradesh, Bihar et Jharkhand, ce sont dans les campagnes des niveaux de désolation sociale, humaine, inconnus ailleurs.

 

On le sait, des paysans pour rembourser la location de leur arpent de terres, et leurs crédits, aux riches propriétaires des villes, usuriers sans scrupules, sont amenés à vendre un de leurs reins. L’Inde représente ainsi le centre mondial d’approvisionnement et de trafic d’organes.

 

L’enfance est particulièrement touchée. Le magnifique film “Slumdog millionaire”, en donne un petit aperçu. L’Inde détient le record mondial du taux de malnutrition des enfants de moins de trois ans, avec 46% de cette tranche d’âge. Pire qu’en Ethiopie (12).

 

D’après l’OMS, en tête de toutes les statistiques mondiales concernant le traitement réservé à l’enfance (13), l’Inde concentre : 49% des enfants malnutris, 34% des enfants rachitiques, 46% des enfants atrophiés. De la planète…

 

Formidable développement économique. Mais, pas social. Une petite oligarchie, avec ses seconds couteaux, s’en met plein les poches et les comptes dans les paradis fiscaux, au détriment de la collectivité. En conséquence, l’inégalité des revenus ne fait que croître. Le nombre de pauvres, vivant sous le seuil de USD $1,25 par jour, a augmenté de 421 millions en 1981 à 456 millions en 2005. (14)

 

En comparaison, d’après la Banque Mondiale (ses dirigeants en avalent leurs cravates…), la Chine, considérée comme le pays le plus pauvre du monde en 1981, a vu le nombre de personnes vivant avec moins de USD $ 1,25 par jour, diminuer (en 24 ans) de 835 millions de personnes à 207 millions  en 2005… (15)

 

Colossal succès des efforts de la Chine dans la lutte contre la pauvreté. Mais cela, les médias de la propagande occidentale et leurs “sinologues” patentés ne le mentionneront jamais… Jamais !

 

Les propagandistes occidentaux ne sont pas les seuls à accabler la Chine, pour encenser l’Inde. Des intellectuels Indiens, singeant les Bons Apôtres euro-américains, prétendent donner, eux aussi, des leçons à la Chine ! Parfaite illustration de la parabole de la paille et de la poutre.

 

Ainsi, à la suite des évènements du Xinjiang, Sreeram Chaulia professeur de sciences politiques à la Faculté de Droit de Jindal, située à Sonipat (Etat d’Haryana - nord de l’Inde), avant de fustiger la Chine dans un article, se demande cyniquement :

Comment un volcan de cette échelle a-t-il pu entrer en éruption ? ” (How could a volcano of this scale erupt ? ). (16)

 

En termes “d’échelle”, Sreeram Chaulia a la mémoire courte et l’exactitude brumeuse…

 


Gujarat (Inde) – Musulmane pleurant et priant pour sa famille disparue dans l’incendie de sa maison par les extrémistes hindous

 


Pogroms et contrats

 

La population Indienne de confession musulmane représente environ, d’après les recensements, 12 à 15% de la population globale. Dépassant les 150 millions de personnes. Soit, 6 fois plus qu’en Chine.

 

Cette communauté, victime d’une islamophobie quotidienne, est sous-représentée dans les institutions fédérales et la fonction publique, puisqu’elle ne dépasserait pas, d’après les statistiques officielles, 3% des effectifs.

 

Des pogroms antimusulmans explosent à intervalles réguliers, avec massacres, tueries, destructions de mosquées, incendies d’habitations et de commerces. L’Inde est actuellement le pays où une religion subit, à “grande échelle”, la violence des persécutions et un racisme permanents. (17)

 

La plupart encouragés par les autorités qui y nourrissent un exutoire détournant frustration et colère de la population devant la corruption, la misère et le désespoir. L’Inde détient, aussi, le record mondial des suicides, notamment dans les campagnes.

 

Au moment de l’indépendance en 1947, des musulmans ont été massacrés par centaines de milliers quand ils n’ont pas eu le temps de s'enfuir. Dans ce qui allait devenir le Pakistan à l’Ouest de l’Inde, et le Bengladesh à l’Est. Dans ce qui restera le plus grand “nettoyage religieux” (les origines “ethniques” entre hindous et musulmans étant similaires) de l’Histoire.

 

Rappelons que Gandhi, admirable de courage et de sagesse, a lutté jusqu’au bout pour la protection des musulmans. Au point de périr, lui hindou, assassiné par un extrémiste hindou.

 

Occultés par les médias occidentaux et la Communauté Internationale, les pogroms antimusulmans se sont donc poursuivis dans l’impunité. Durant un demi siècle. Un des plus violents a eu lieu, à Bombay, en 1993.

 

Depuis 2001, et l’encouragement donné aux théories racistes du Choc des Civilisations par les occidentaux, les persécutions antimusulmanes se sont accentuées. Les partis et organisations extrémistes hindous, composés de fanatiques antimusulmans, se retrouvent subitement avec des financements et des moyens importants. Multipliant propagandes, mobilisations, manifestations, intimidations, sur la population et les autorités censées assurer l’ordre.

 

C’est ainsi que dans l’Etat de Gujarat, voisin du Pakistan, s’est déroulé un des plus sanguinaires pogroms de l’histoire de l’humanité, sur quatre mois, de février à mai 2002. Quatre mois d’horreur.

                                                                                                             

Dans le silence médiatique occidental absolu…

 

Provoquant au sein de la communauté musulmane qui représente environ 12% de la population de l’Etat de Gujarat, la mort de plus de 2.000 personnes, beaucoup brûlées vives, des milliers de blessés. Un niveau de destruction difficilement imaginable : 298 mausolées musulmans (dargahs : tombeaux de saints soufis), 205 mosquées (dont certaines datant du 16° siècle), 20.000 commerces.

 

A cela s’ajoute, sans “cellule de soutien psychologique”, la terreur de 150.000 sans abris, à la suite des incendies de leurs demeures, qui ont dû être regroupés dans 104 “camps”. Tenant plus du “dépotoir” que du camp de camping. Sans compter les centaines de personnes “disparues”… (18)

 

Les femmes ont été particulièrement visées dans ces violences, sous forme de viols collectifs et autres tortures sexuelles. “Pire qu’en Bosnie”, selon le rapport d’un comité international de femmes (US, UK, France Allemagne, Sri Lanka). Parlant d’une véritable planification stratégique de terreur par la violence sexuelle (sexual violence was being used as a strategy for terrorising women…). Mettant en cause le parti au pouvoir dans l’Etat de Gujarat et son leader, Modi. (19)

 

Encore plus choquant que ces statistiques officielles, les massacres dans beaucoup d’endroits étaient encadrés par des policiers en civil et des fonctionnaires de l’Etat de Gujarat (20). Avec, évidemment l’impunité à la clef, puisqu’à ce jour aucun instigateur, meneur ou exécutant n’a été sérieusement inquiété...

 

Même après ces férocités antimusulmanes, l’islamophobie et la  propagande raciste se poursuivent. Dans l’Etat de Gujarat, mais aussi dans les autres Etats de la fédération indienne (21). Répandant rumeurs délirantes, provocations les plus absurdes, pour exciter la haine.

 

Par exemple en 2005, dans le Gujarat, des extrémistes ont attaqué des villages, brûlant 40 habitations, provoquant la mort de 3 personnes et des dizaines de blessés. Au prétexte que lors de la fête de l’Aïd Kabîr célébrant le sacrifice d'Abraham, les musulmans auraient sacrifié une vache, au lieu d'un mouton. Après enquête, ces rumeurs se sont révélées évidemment fausses.

 


Gujarat (Inde) – Famille musulmane terrorisée par la violence des extrémistes hindous

 

 

Mais Tintin investigateur n’a jamais entendu parler du Gujarat. Peut-être connaît-il le Cachemire ?... Bref détour, avant de quitter l’Inde…

 

Région de hautes montagnes, nous sommes dans la partie ouest de l’immense Himalaya, frontalière de pays en pleine évolution : Inde, Pakistan, Afghanistan et Chine. Un des plus vastes châteaux d’eau de la planète où naissent glaciers, rivières et fleuves.

 

Près de 15 millions d’habitants. Enjeu d’une lutte fratricide entre Pakistan et Inde, depuis l’indépendance de ces pays après la deuxième guerre mondiale.

 

En 1947, la mise en forme de l’indépendance des Indes britanniques avait pour fondement l’Indian Independence Act, laissant le choix aux hindous et aux musulmans d’une autodétermination. La Grande-Bretagne administrait cette partie de son empire avec la collaboration de principautés (565 !...), plus ou moins  vastes et riches. Avec à leurs têtes les fameux Maharadjas. Empilements de princes, suzerains et vassaux.

 

Entre ces deux entités nouvelles en cours de création, Inde et Pakistan (le Bengladesh fera sécession plus tard), le Cachemire, avec ses différentes principautés composées pour la quasi-totalité de musulmans, souhaitait son rattachement intégral au Pakistan limitrophe.

 

Par un habile artifice de procédure, l’Inde bloqua ce processus d’autodétermination avec la complicité d’un maharadja hindou dont l’autorité administrative s’étendait sur les 2/3 de cette région, le Jammu Kashmir (en anglais).

 

Sans consulter ses administrés, il signa des accords d’annexion avec la fédération indienne, bloquant ainsi le rattachement au Pakistan souhaité par la population. Ce petit malin s’appelait Maharaja Hari Singh. On imagine le deal sous la table, assurant les beaux jours de sa descendance sur plusieurs générations…

 

Hold-up réussi. L’Inde récupéra ainsi la majeure partie du Cachemire. A présent : 10 millions d’habitants sur environ 100.000 km2. Le restant, 5 millions d’habitants sur près de 80.000 km2, réussissant son ancrage au Pakistan. (22)

 

Depuis, c’est une guerre larvée entre Inde et Pakistan avec, à plusieurs reprises, des batailles d’artilleries à plus de 5.000 mètres d’altitude, conduisant ces pays au bord de la guerre atomique. La population musulmane du Cachemire “Indien” ne cesse pourtant de réclamer son intégration au Pakistan, ainsi que l’explique un des leaders, pacifique, Sardar Attique Ahmad Khan (23).

 

Loin de vouloir organiser un référendum d’autodétermination réclamé par la population, l’Inde se livre à des répressions massives contre les musulmans. Accompagnées de la spoliation des meilleures terres de ce pays montagneux, notamment dans les plaines et vallées, accaparées par des propriétaires fonciers hindous.

 

Les forces militaires indiennes, fortement noyautées par les extrémistes hindous (24), exercent, au Cachemire, un rôle écrasant d’armée d’occupation raciste. Avec la concentration d’un effectif de 150.000 hommes, sur un petit territoire : autant que l’ensemble de l’armée française actuelle.

 

Se livrant à des campagnes de terreur suivant la pratique habituelle des forces d’occupation : massacres, tortures, enlèvements, assassinats de leaders, etc. Toute velléité d’indépendance étant considéré comme du terrorisme. Ce sont 100.000 musulmans tués depuis 1947, début de cette colonisation armée.

 

Dans cette terrible répression, les femmes musulmanes du Cachemire, comme dans le Gujarat, sont les premières visées. Régulièrement victimes de violences sexuelles de la part des troupes d’occupation indiennes. Au point que  même l’association Médecins Sans Frontières, en général mesurée dans ses propos, qualifie ces violences sexuelles, dans un rapport de 2005, de “pires dans le monde” (… the worst sufferers of sexual violence in the world…). (25)

 

Musulmanes du Cachemire “Indien” manifestant contre la répression des forces d’occupation indiennes à la suite de massacres de civils



Encenser l’Inde

 

Bizarrement le sort des femmes musulmanes du Gujarat ou du Cachemire n’intéresse pas les Belles Ames, en Occident. Pas plus, celui des résistants à cette occupation. De ce racisme, cette férocité, cette hyperviolence, ce refus du droit à l’autodétermination, cette négation permanente des droits de l’homme, tout cela vous n’en entendrez jamais parler dans les médias occidentaux. Jamais !

 

Pour Tintin, cela ne se passe pas en Chine…

 

L’association Ni Putes Ni Soumises, spécialisée dans la “défense des femmes musulmanes”, n’ouvrira pas un étal dans le Gujarat ou le Cachemire (par contre, au Maroc et en Afghanistan…). Tahar Ben Jelloun ne se posera pas de question existentielle sur le rapport des Hindous avec le sexe de la femme musulmane. Et, les Précieuses Ridicules ne bavasseront pas sur le “corps des femmes musulmanes en Terre d’Hindouisme”…

 

Chut ! Ne pas déranger notre “allié stratégique” dans ses œuvres !...

 

La propagande de la Communauté Internationale nous vend, ainsi, une “Inde démocratique”. Un “grand pays démocratique”, îlot de stabilité, de liberté et de prospérité, presque de bonheur champêtre. Au libéralisme économique radieux.

 

On se croirait sur la Lune : La Mer de La Tranquillité, dans une région qualifiée de “bordel”, pour reprendre le terme, entendu il y a quelques jours, d’un chroniqueur de la chaîne “d’information économique” BFM TV…

 

Ce distingué journaliste désignant par ce vocable : Pakistan, Afghanistan, Iran et autres pays voisins. Occultant misère, corruption, désespoir, dans une société indienne viscéralement injuste et raciste. Occultant le simulacre des élections “libres” organisées par les membres d’une oligarchie indienne richissime, s’attribuant la légitimité de représentants élus du peuple.

 

Comme si les centaines de millions d’Indiens vivant avec moins de USD$ 1,25 par jour, dans le dénuement, l’analphabétisme et la malnutrition, sous la pression d’usuriers implacables et d’autorités locales corrompues, étaient en état de choisir librement entre programmes et élus politiques.

 

Qui peut croire pareilles fables, une seule seconde ?...

 

Comme chacun sait, cette propagande est le résultat d’un basculement d’alliances intervenu à la chute de l’URSS. L’Inde est devenu effectivement  “l’allié stratégique” de l’Occident. Sous-entendu : contre la Chine et le monde musulman.

 

Tous les traîneurs de sabre de la planète Occident, ses vendeurs d’armes et de grands travaux, se précipitent, se marchent sur les pieds pour placer leurs juteux contrats. Groupes industriels et financiers qui détiennent la quasi totalité des médias, et les robinets des subventions ou autres libéralités pour ONG et “experts” à la chasse au “cash” (fundraising comme disent les anglo-saxons…). La France est ainsi un des premiers fournisseurs d’armes et d’installations atomiques de l’Inde, derrière Israël et les USA.

 

Oui… Alors que son peuple crève de misère et de malnutrition, l’Inde se lance dans des achats d’armement pharaoniques. Pas plus tard que cette semaine, sa nomenklatura vient de signer un contrat d’achats de technologies atomiques et d’armement de 20 milliards (!...) de dollars avec les USA. (26)

 

Un de plus.

 

Dans un océan de misère…

 

Totale osmose. Affairisme, bellicisme, racisme. Mépris de la dignité humaine et des peuples. Ruissellement de “grands contrats”, avec commissions et “rétrocommissions” alimentant les superbes cascades des comptes secrets dans les paradis fiscaux…

 

Les castes prédatrices au pouvoir, en Inde et en Occident, partagent de profondes affinités…

 

 


 

Gujarat (Inde) – Enfant musulman brûlé à la suite des incendies organisés par les extrémistes hindous

 

 

Critiquer l’Inde au profit de la Chine ?... Diaboliser l’un, encenser l’autre ?…

 

Trop facile.

 

Rechercher “La Vérité” ?... Certainement pas ! Trop complexe. Illusoire. Laisser cela aux bons soins du “Deus ex Machina”.

 

Simplement, ramener le curseur de l’information et de son analyse à un plus juste équilibre. A l’échelon d’un continent, mettre les évènements en perspective, historique et régionale. Se souvenir de la caverne de Platon.

 

Ne pas sombrer dans l’obscurantisme d’une idéologie, se fanatiser selon les plans médias manipulateurs du “marketing des bonnes causes”, dans la pensée binaire du culte “laïc” du Diable et du Bon Dieu 

 

Le “Bon Dieu” étant, bien sûr, l’Occident dans l’autosatisfaction de sa mégalomanie de prédateur jamais repu. Quant au “Diable”, un épouvantail constitué d’un patchwork pour cauchemars infantiles au gré des saisons : Chine, Iran, Soudan, Syrie, Cuba, Russie, Castro, Ahmadinejad, Chavez, Poutine, Assad, Moralès…

 

Surtout, s’amuser, rire au spectacle de Guignol offert par ces propagandistes, manipulateurs de l’information, de l’Histoire et de la géopolitique, voulant nous faire prendre un grille-pain pour une imprimante laser. Belles Ames et Bons Apôtres, matamores et tartufes, se bousculant, se tirant par la manche ou le T-shirt “Reporters Sans Frontières”, sur les estrades des médias.

 

Se donnant bonne figure, soulageant leur conscience, à la recherche de sponsor, de financement, de notoriété, pour engraisser leur business et leur ego dans le mensonge, en bastonnant, crachant à répétition, ce n’est pas cher et ça peut rapporter gros…

 

… sur la Chine.

 

Mais, j’en oubliais ma noix de coco !...

 

 

 

 

 

 

 

(10) Nearly 80 pct of India lives on half dollar a day, Reuters, 10 août 2007.

(11) Reuters, 10 août 2007, Op. Cit.

(12) Jeremy Page, Indian children suffer more malnutrition than in Ethiopia, The Times, 22 février 2007.

(13) India has highest number of underweight children, Indian Express, 14 avril 2009.

(14) Number of poor in India has gone up : World Bank, 27 août 2008, Thaindian News.

(15) The World Bank, 26 août 2008.

(16)  Sreeram Chaulia, Inside China's unquiet west, Asia Times, 8 juillet 2009.

(17) http://en.wikipedia.org/wiki/Persecution_of_Muslims#Persecution_of_Muslims_in_India

(18) "III. Massacres In Godhra And Ahmedabad", Human Rights Watch, http://www.hrw.org/legacy/reports/2002/india/India0402-02.htm#P241_39157

(19)  Intl experts spoil Modi’s party, say Gujarat worse than Bosnia, Express India, 19 décembre 2002.

(20)  Gujarat Officials Took Part in Anti-Muslim Violence -Human Rights Watch & Police officials led Hindu attackers: HRW report on Muslims’ massacre in Gujarat, Dawn, 30 avril 2002.

(21) Imran Ali & Yogender Sikand, Ghettoisation of Muslims in India : Trends and Consequences, The MilliGazette on Line, 12 février 2006.

(22) Une partie de cet Himalaya a donné lieu aussi à des redéfinitions de frontières entre la Chine et l’Inde suite à un conflit armé, et entre le Pakistan et la Chine, suite à des négociations.

(23)  Kashmiris want accession to Pakistan: Attique, Azad Jammu and Kashmir, 26 mai 2005.

(24) Indian Army's Penetration by Hindou Zionists & Fascists - Hitherto Unkown Sinister Nexus, BrassTacks Policy Paper, 9 févrirer 2009.

(25)  Cf.: The Mask of Democracy – Repression and the Rule of Law, Ashok Agrwaalhttp://www.combatlaw.org/information.php?issue_id=36&article_id=997

(26)  Anwar Iqbal, US to sign $20 billion defence accords with India, Dawn, 17 juillet 2009.

(24) Indian Army's Penetration by Hindou Zionists & Fascists - Hitherto Unkown Sinister Nexus, BrassTacks Policy Paper, 9 févrirer 2009.

Note 24 (qui n'apparaît pas bizarrement sur le texte : les mystères de la censure électronique !...): BrassTacks Policy Paper, 9 février 2009, "Indian Army's Penetration by Hindou Zionists & Fascists - Hitherto Unknown Sinister Nexus".


Photos des pogroms antimusulmans de Gujarat (Inde) en 2002 : Pictures of Gujarat Riots

Photos des musulmanes de Srinagar (Cachemire "Indien") : The Christian Science Monitor

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  Citer Vladimir Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Apr 2010 à 21:44

Bonne nouvelle

"Les maoïstes sont considérés comme la plus grande menace pesant sur l'Inde"


LEMONDE.FR | 06.04.10 | 19h36  •  Mis à jour le 06.04.10 | 19h36

Des rebelles maoïstes ont tué 75 membres des forces de l'ordre indiennes lors d'une attaque dans la jungle, mardi 6 avril. Il s'agit du pire "massacre" perpétré par les "terroristes rouges", selon le gouvernement indien. Né en 1967, ce mouvement, qui prospère dans les zones les plus déshéritées du pays, n'a cessé de se développer ces dernières années, comme l'explique Olivier Guillard, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques.

Les rebelles maoïstes indiens existent depuis une quarantaine d'années. Qui sont-ils et quel est l'objet de leur lutte ?

L'Inde a redécouvert il y a seulement quatre ou cinq ans qu'elle n'était pas seulement guettée par des menaces extérieures (relation avec le Pakistan, mouvements terroristes, etc.) mais qu'un véritable péril intérieur menaçait son développement et son unité dans certaines régions : les maoïstes. On les appelle également les naxalistes en référence au village de Naxalbari, dans le Bengale-Occidental, à partir duquel ils se sont développés. Le gouvernement indien prend désormais ce mouvement très au sérieux et le premier ministre, Manmohan Singh, a récemment déclaré qu'il s'agissait de la plus grande menace pesant sur le pays.

Ces maoïstes se développent depuis les années 60-70 sur le mécontentement des plus déshérités vivant dans les zones les moins développées. Ces populations – paysans sans terre, populations tribales – sont peu pris en compte par le pouvoir central : les maoïstes leur ont proposé de muscler leur discours afin de faire entendre leur cause. Ils sont devenus les champions des sans-voix.

Sur quoi prospère ce mécontentement ?

Il est difficile de beaucoup demander aux autorités indiennes, car c'est un pays émergent qui a encore d'importantes carences en termes d'infrastructures, de ressources humaines. L'Inde reste un pays en voie de développement aux deux tiers rural. C'est dans les zones les moins touchées par le développement que le creuset maoïste est le plus fertile.

S'ajoute à cela des ressources minérales considérables dans certaines de ces régions. Ces ressources sont exploitées par de grandes compagnies indiennes mais les populations locales n'en profitent pas, quand elles ne sont pas purement et simplement expropriées. Les maoïstes, qui sont plutôt athées, ont également tendance à séduire ceux qui se trouvent à l'extrémité la plus basse de l'architecture religieuse : les basses castes, les sans castes et les intouchables.

Quel est leur poid dans le pays ?

Ils sont aujourd'hui présents dans une vingtaine d'Etats sur trente-cinq et dans près de deux cents districts sur 640. Ils y ont développé leur propre administration parallèle, avec collection d'impôt révolutionnaire, écoles et tribunaux maoïstes. C'est parfois assez surréaliste. Il y a un fort sentiment d'injustice dans les zones où l'autorité de l'Etat est faible : les tribunaux maoïstes jugent les différends de façon rapide et plutôt en faveur des plus pauvres. Ce discours est discutable, mais ça marche. Ils comptent aujourd'hui entre 10 000 et 20 000 combattants et se sentent assez forts pour défier l'Etat.

Ils profitent en outre du "modèle" de leurs cousins du Népal. Entre 1996 et 2006, les maoïstes népalais ont mené une insurrection comparable à ce qui se passe en Inde qui a fait entre 10 000 et 15 000 morts. Cette rébellion a réussi à porter les maoïstes au pouvoir. Cette réussite militaire puis politique a inspiré les maoïstes indiens et les échanges entre les deux mouvements sont réguliers.

Cette attaque est la plus meurtrière visant les forces de l'ordre depuis des décennies. Est-ce le signe que le mouvement s'est renforcé ces dernières années ?

En Inde, tout met du temps à se mettre en place, on est dans l'excès de réflexion. Le mouvement maoïste n'est officiellement considéré par le gouvernement comme un mouvement terroriste que depuis une ou deux semaines. Il a fallu attendre la 2 500e victime. Fin 2009, le gouvernement a lancé une opération militaire, baptisée "chasse verte". Mais ces dernières années, ce sont les maoïstes qui ont le plus rationalisé leur démarche. Ils ont mis en place des protocoles d'attaque souvent couronnés de succès.

Ils se sont professionnalisés grâce notamment à l'expertise de leurs cousins népalais. Les troupes indiennes de l'opération "chasse verte" sont au contraire sous équipées et mal formées. L'attaque dont elles ont été victimes est éloquente : les 80 soldats rentraient d'une patrouille de quatre jours dans la jungle sous 40 degrés. Ils étaient exténués, et les naxalistes qui leur ont tendu une embuscade étaient plusieurs centaines...

Propos recueillis par Soren Seelow




Edité par Vladimir - 06 Apr 2010 à 21:46

Évoque l’ombre des Gracchus, Des Publicola, des Brutus,
Qu’ils te servent d’enceinte !
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Reçu de Dave Pugh

 

Business Week, 7 avril 2010

 

L'attaque maoïste meurtrière éclaire les challenges de Mittal et Posco en Inde

 

L'attaque la plus meurtrière sur les forces de sécurité indiennes en quatre décennies de lutte armée de gauche souligne les challenges auxquels les compagnies comprenant Arcelor Mittal, Posco et NMDC Ltd. font face dans l'investissement dans les États riches en minerai.

Les rebelles maoïstes ont tué 76 dirigeants dans une embuscade hier dans l'État oriental de Chhattisgarh, où NMDC exploite sa plus grande mine de fer. Dans les États voisins, Arcelor Mittal, le plus grand sidérurgiste du monde, et Posco de Corée du Sud n'ont pas encore lancé leurs projets de 32 milliards de $ en raison des protestations sur la terre.

La résistance des propriétaires, certains soutenus par des rebelles maoïstes ou naxalites, et les retards dans les approbations pour la terre et les mines ont bloqué plus de 80 milliards de $ de projets en Inde,  qui doubleraient le rendement national en acier. Les attaques d'hier sont un recul des efforts de l'Inde de débarrasser les États orientaux des guérilleros de gauche et d'ouvrir des régions riches en minerai de fer, charbon, bauxite et manganèse à l'investissement.

"Si les acteurs globaux avaient une implantation en Inde ils pourraient vraiment faire un bon retour sur investissement", dit Abhisar Jain, analyste en métaux et exploitation mining pour ICICI Securities Ltd. à Bombay. "L'Inde dans son ensemble sera perdante si aucun acteur global ne peut installer son exploitation ici".

Les rebelles naxalites, baptisés du nom du soulèvement paysan de 1967 dans le village du Bengale-Occidental de Naxalbari, ont mené une campagne violente contre le gouvernement, la police et les propriétaires fonciers pendant plus de quatre décennies pour installer un régime communiste. Elle a été saluée comme "coup de tonnerre de printemps" par le Quotidien du Peuple chinois à sa naissance, pendant les purges politiques de la Révolution culturelle de Mao Zedong.

À haut risque

"La plupart des capitaux d'exploitation en Inde sont présentes dans la ceinture maoïste, qui est une menace car plus d'exploitation ne peut avoir lieu et de nouveaux baux ne peuvent pas être exécutés", dit Santha Sheela Nair, secrétaire au ministère des mines, dans une entrevue du 5 mars.

Arcelor Mittal, qui visait à construire deux usines, dans les États de Jharkhand et d'Orissa, doit encore acquérir les terres requises pour installer l'usine de 12 de millions de tonnes dans le Jharkhand, a dit un directeur au département des industries de l'État, demandant à ne pas être identifié car il n'est pas autorisé à parler aux médias. La compagnie n'a pas non plus acquis la terre dans l'Orissa. Arcelor Mittal dont le siège est à Luxembourg a refusé de faire des commentaires sur les attaques d'hier.

 

"Contenir le mouvement naxalite est primordial à pour mener l'Inde à l'autosuffisance énergétique et en minerai", ont écrit Abhay Laijawala et Anuj Singla de Deutsche Bank AG dans un rapport du 2 avril. "À moins que la résistance naxalite diminue, les hauts niveaux de risque liés à faire des affaires dans des secteurs infestés de naxalites décourageront l'investissement".

Opposition locale

L'unité d'acier  de $12 milliards de Posco et la mine de fer dans l'Orissa a été retardées pendant cinq ans car la compagnie ne peut pas acquérir presque 90 pour cent de la terre nécessaire pour le projet à cause de l'opposition de la population locale. La compagnie n'a également pu sécuriser aucune mine.

"Quand vous installez des projets de cette taille il y aura forcément des gens qui s'opposeront", a dit hier le directeur général de Posco Inde, Simanta Mohanty, dans une entrevue. "Le défi devant nous est de mobiliser l'appui des personnes et d'obtenir la terre nécessaire".

NMDC basé à Hyderabad, Andhra Pradesh, troisième plus grand producteur de minerai du fer d'Asie, a signalé un déclin de 40% dans le bénéfice de troisième trimestre après qu'un pipeline de boue utilisé pour transporter le minerai ait été endommagée par les maoïstes. La compagnie, à laquelle le gouvernement a vendu une part de 8,38% le mois dernier, a mentionné les attaques rebelles comme un des facteurs de risque dans le document de vente. La compagnie a des plans pour élever la capacité productive de 67%, à 50 à millions de tonnes d'ici 2015.

Tours de guet, patrouilles

NMDC a indiqué que l'incident d'hier n'avait pas perturbé sa plus grande mine, car la compagnie protège ses équipements avec des barrières et des patrouilles de sécurité.

"Les travaux dans la mine de Bailadila sont normaux", a indiqué le Président de NMDC Rana Som hier dans une entrevue par téléphone. "Le secteur de mine est entouré par plusieurs lignes de clôture et nous surveillons le secteur avec des tours de guet".

L'Inde doit parer la tactique de terreur qui risque d'entraver la croissance industrielle, a dit la Fédération des chambres de commerce et d'industrie indiennes, ou Ficci, dans un rapport de novembre.

 

"Au moment même où l'Inde doit construire sa machine industrielle pour assurer la croissance et quand les entreprises étrangères rejoignent la partie, les naxalites s'opposent à l'exploitation et aux aciéries essentielles au succès à long terme de l'Inde", dit le rapport.

Dans les collines de Niyamgiri dans l'Orissa, la population et les organisations non gouvernementales tribales s'opposent à une mine de bauxite prévue par Vedanta Aluminium Ltd., une unité de ressources de Vedanta PLC, entreprise basée à Londres. La construction a été retardée pour plus de quatre ans.

"Ce que la compagnie peut nous donner ?" dit Niranjan Acharya, qui vit dans le secteur et s'oppose "absolument" à la mine de Vedanta, dans une entrevue avec Bloomberg UTV : "Combien d'emplois peuvent-ils probablement créer ? Notre vie est à Niyamgiri, nous tirons tout de là. Si l'exploitation se produit, d'ici 10 à 20 ans cet endroit deviendra un désert, que ferons les personnes ici alors ?"

Pour gagner contre la population, le gouvernement fédéral propose des lois pour activer l'attribution de mines et l'acquisition de terres. La loi permettra à des compagnies de donner des annuités aux familles déplacées des secteurs d'extraction, en plus d'une compensation première.

"Le but est de faire participer la population locale dans les activités de développement de la région afin qu'ils ne se sentent pas abandonnés et rejoignent l'opposition" a indiqué le secrétaire aux mines Nair.

 

Le Grand Capital commence à faire dans son froc !


Quand l'Inde rouge se lèvera, le monde tremblera !


VICTOIRE AU PEUPLE INDIEN !

 

http://www.secoursrouge.org/index/naxal.jpg

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 09 Apr 2010 à 21:22

INDE: Nouvelle attaque de la guérilla à Chhattisgarh-La bataille de Mukram


AUTEUR:   Bjönbrum

Traduit par  Fausto Giudice



Le « A » indique le district de Dantewada dans le sud de Chhattisgarh

Il ya quelques jours le ministre de l'Intérieur  indien s’est rendu Lalgarh dans le Bengale occidental. Il a accusé les maoïstes d'être lâches et de es cacher dans les forêts. Lui-même s’est déplacé d'une piste d'atterrissage pour hélicoptères à un poste de police, bien caché derrière plus d'un millier de policiers, puis il a rapidement quitté les lieux. Mais dans une interview il a admis que la guerre contre les maoïstes ne se passe pas vraiment bien.

Du point de vue de l’État indien, on serait plus tranquille si les maoïstes restaient cachés dans les forêts et ne se montraient pas. Mais ils viennent de mener une nouvelle attaque de grande envergure dans leur zone centrale de Dantewada dans le sud de Chhattisgarh, assez importante pour se retrouver en première page du New York Times. Le Times of India a également rapporté l’événement, bien sûr.

On n’a pas de chiffres exacts, mais il semble que 70 à75 membre d’une une force paramilitaire de quelque 80 hommes aient été tués. Cela semble avoir été une opération surprise bien préparée de la part des maoïstes, caractéristique de leur façon méthodique de travailler. Vraisemblablement, du côté du gouvernement, on a également fait des erreurs que la guérilla a pu exploiter. Peut-être qu'il fait trop chaud en ce moment pour courir dans la jungle et faire la chasse à des guérilleros qui connaissent la forêt comme leur poche. On se fatigue et on perd sa vigilance.
Les maoïstes ayant participé à l’attaque auraient été 1 000, mais qui les a comptés ? Ils sont sûrement restés cachés. Mais on peut supposer qu’aussi bien des soldats de l’armée maoïste PLGA que des membres de leurs milices ont participé. Le nombre de paramilitaires morts suite à l’explosion d’une mine dans l’État voisin d’Orissa s’élève maintenant à onze.

La dure leçon est que  les «véhicules antimines » ne  sont pas si sûrs que ça. Les véhicules peuvent rendus plus résistants aux explosions, mais la guérilla peut aussi frabriquer des mines plus puissantes. Les patrouilles automobiles, ainsi que les patrouilles plus petites à pied, ont du mal à se déplacer dans les zones contrôlées par la guérilla. Là, on peut compenser par l'envoi de troupes importantes à pied, mais la question est de savoir si elles sont gérables contre ce type d'adversaire. Et des unités régulières blindées de l'armée ne pourraitent peut-être pas non plus être efficaces dans la jungle dense.

Je suis un peu surpris qu'il y ait déjà des combats si importants si rapidement après le déclecnhement de l’offensive gouvernementale ; je pensais que la guérilla s’esquiverait encore un certain temps et essaierait peut-être de mener des opérations à quelque distance de ses zones centrales. Mais il se peut qu’une offensive mal menée  offre des occasions que la PLGA ne peut surtout pas rater (on peut balayer une force gouvernementale et récupérer ses armes), ou alors on trouvait que les troupes gouvernementales avaient approché de trop près des objets que l’on souhaitait protéger. La direction du parti maoïste se trouvait peut-être dans cette zone. Ou bien les maoïstes veulent montrer à la fois aux amis et aux ennemis ce qu’ils peuvent faire s’ils veulent. En tout cas, on a vu le résultat. Pour les maoïstes, il s’agit avant tout d’un combat politique, même s’il est mené avec des armes automatiques et parfois des arcs.

Le moral des gouvernementaux ne va pas être élevé après ça.  En revanche la position des maoïstes dans le « couloir «rouge» va être encore renforcées. Peut-être cela affectera-t-il aussi la situation troublée à Telengana dans le nord de l'État d'Andhra Pradesh. Cette zone est voisine de  la zone de combat, et une vive agitation en cours pour que Telengana devienne un État propre  avec Hyderabad comme capitale. Les maoïstes appuient cette revendication.


 Cliquez sur l'image pour l'agrandir. Elle vient
d'ici.

L'image ci-dessus prétend montrer à peu près comment s'est passée à la "Bataille de Mukram". Mukram est un petit village qui se trouve à quelques kilomètres de l'endroit en Inde, où une force de 82 soldats paramilitaires a été anéantie par la guérilla maoïste il ya quelques jours. L'incident a a mis l’establishment indien dans tous ses états, mais nous ne savons pas encore quelle signification il pourra réellement avoir. Comme ce n'est pas la première fois que les maoïstes ont réusi une opération de grande envergure, cela peut se répéter, mais des combats singuliers  ne devraient pas déterminer l’issue de la guerre.

On évoque ça et là des  négociations entre les maoïstes et le gouvernement, mais ça a l’air d’être du vent. À l'heure actuelle, le gouvernement doit faire montre d’une main de fer pour ne pas perdre la face  (ce qui est de toute façon le cas), tandis que l'Armée populaire de guérilla de libération peut continuer à s’esquiver quand elle ne veut pas aller à la bataille - et frapper quand des occasions en or s’offrent, comme à Mukram. Et on ne peut pas croire que le gouvernement et les grandes entreprises vont renoncer à leurs plans de prise de contrôle des ressources naturelles dans les zones où vivent les populations tribales. Les tribaux sont la principale base politique des maoïstes. Donc, la violence devrait continuer.

L'article dit, à propos de l’ «Opération Green Hunt » (Chasse verte…) du gouvernement : « Le chasseur n’est pas seulement devenu le chassé. Dans ce chapitre de l'opération Green Hunt, les forces de l'État ont également servi àapprovisionner l’arsenal des rebelles. »  En d'autres termes,  beaucoup de matériel que les paramilitaires avaient avec eux, armes, gilets pare-balles et autres, a fini entre les mains de la guérilla. Comme on pouvait s’y attendre.

L’interview de l'un des rares survivants montre comment tout cela a été chaotique pour les paramilitaires. La guérilla avait pu poser des mines aux endroits appropriés et a tiré à partir de positions préparées. Elle avait la situation bien en main tandis que les hommes du gouvernement ont été presque complètement désorientés. C'était peut-être cette supériorité tactique qui a amené les paramilitaires à voir des  guérilleros partout, mille et plus. Maintenant, ils se sont enfermés dans leur camp et refusent de parler aux journalistes. C'est sans doute plus cool pour eux de rester là.



Source : le blog de l'auteur Ny stor attack i Chhattisgarh / Slaget vid Mukram

Article original publié le 8 avril 2010


Edité par T 34 - 09 Apr 2010 à 21:23
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(source : Secours Rouge)

La Police du Chhattisgarh a confirmé ce lundi 12 avril qu’elle enquête actuellement sur une plainte déposée contre l’écrivain Arundhati Roy pour violation des dispositions du CSPSA (Loi Spéciale de Sécurité Publique du Chhattisgarh). Selon la plainte déposée par un certain Viswajit Mitra (qui se défini comme un citoyen ordinaire), le récent essai ’Walking With The Comrades’ d’Arundhati Roy, dans lequel elle raconte abondamment son voyage avec une compagnie maoïste, tombe sous la compétence de la loi vu que le texte pourrait être interprété comme visant à créer un soutien envers les maoïstes. Ce texte (dont vous trouverez une traduction par nos soins en fin d’article) a été publié dans l’édition du 29 mars 2010 du magazine hebdomadaire Outlook. Le plaignant affirme qu’il a déposé plainte parce que rencontrer ou s’engager avec une organisation hors la loi est clairement interdit par le CSPSA. De plus, il a ajouté que l’auteur cherchait non seulement à ’glorifier’ les maoïstes, mais aussi à dénigrer le système établi de l’Etat, y compris le système judiciaire. De son côté, l’écrivain Arundhati Roy a réagit ’Ceci est clairement une tentative pour barrer le théâtre de la guerre et pour étouffer le flux d’information critique qui sort de la forêt. Il y a très peu d’information et aucun enregistrement des adivasis qui ont été tués dans les villages forestiers éloignés, ni de la situation qui peut être décrite comme un Etat d’Urgence’. Réfutant l’accusation selon laquelle son article ’glorifie’ les guérilleros, elle le décrit comme un compte-rendu d’un écrivain de son voyage derrière ’les lignes de front’ de l’Opération Green Hunt. Elle dit également qu’il lui semble crucial que la population de son pays puisse savoir ce qui se passe, de l’autre côté, afin de prendre des décisions en connaissance de cause. Le Directeur Général de la Police a confirmé avoir enregistré la plainte qui a été envoyée au département judiciaire pour qu’une enquête soit menée. Il a par contre refusé de donner un quelconque délai.

Voir la Page Spéciale et lire la traduction du texte ’Walking with the Comrades’ du Secours Rouge/APAPC
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Arundhati Roy

’Ma marche avec les camarades’

Biographie d’Arundhati Roy

Arundhati Roy est née en 1961 d’une mère militante pour les droits de la femme et d’un père planteur de thé. Avant de pouvoir gagner sa vie de sa plume, elle a multiplié les petits boulots, notamment dans le monde du cinéma (grâce à son second mari) et de la télévision. Mais elle a également travaillé dans des hôtels de New Delhi, où elle vit toujours aujourd’hui. C’est en 1996 que Roy est projetée sur le devant de la scène internationale à la publication de son premier roman The God of Small Things, vainqueur de plusieurs prix littéraires et gros succès commercial, ce qui lui a permis de se consacrer totalement à l’écriture. Dès lors, elle décide de s’engager dans la rédaction d’essais politiques et de non-fictions, publiant deux collections de textes, tout en militant pour des causes sociales.

Elle est une des porte-parole du mouvement anti-globalisation et une critique véhémente de l’impérialisme. Elle critique également ouvertement l’actuelle approche de l’industrialisation et du développement rapide menée par le gouvernement indien, en ce y compris les grands projets des compagnies étrangères soutenues par le gouvernement de l’Etat. Son militantisme lui a notamment valu d’être condamnée en 2002 par la Cour Suprême alors qu’elle s’opposait publiquement à un projet de barrage qui allait exproprier un demi million de personnes sans aucune compensation. Engagée pour son peuple et la sauvegarde des minorités nationales, Roy se mobilise également au niveau international, notamment contre la politique étrangère des Etats-Unis et les prises de positions d’Israël.

’Ma marche avec les camarades’

En février 2010, de manière inopinée, Arundhati Roy a décidé de se rendre dans les circonscriptions interdites des forêts de Dandakaranya du centre de l’Inde, berceau d’un mélange de tribus, dont beaucoup de membres ont pris les armes les grandes sociétés minières, l’Etat et leurs diverses polices et milices. Elle a enregistré en détail la première ‘rencontre’ journalistique directe avec les guérilleros armés, leurs familles et camarades, avec lesquels elle a ratissé les forêts durant des semaines à ses propres risques et périls.

Cet essai a été publié le vendredi 19 mars 2010 dans le ‘Outlook Magazine’ de Delhi et traduit par les soins du Secours Rouge de Belgique. Toutes les notes de bas de page sont de la traductrice.

La note sommaire tapée à la machine glissée sous ma porte dans une enveloppe scellée a confirmé mon rendez-vous avec la Plus Grande Menace pour la Sécurité Intérieure de l’Inde [1]. Cela faisait des mois que j’attendais pour avoir de leurs nouvelles.

Je devais me trouver au temple Ma Danteshwari de Dantewara, dans l’Etat du Chhattisgarh, à n’importe quel des quatre moments donnés sur deux jours. C’était ainsi pour tenir compte du mauvais temps, des crevaisons, des blocus, des grèves du transport et de la pure malchance. La note disait : « L’écrivain devra avoir un appareil photo, un tilak (marque sur le front des hindous) et une noix de coco. La personne à rencontrer aura une casquette, le magazine ‘Hindi Outlook’ et des bananes. Mot de passe : Namashkar Guruji ».

Namashkar Guruji. Je me demandais si elle attendrait un homme. Et si je devais me procurer une moustache.

Il y a beaucoup de façons de décrire Dantewara. C’est un oxymore. C’est une ville frontalière posée violemment au cœur de l’Inde. C’est l’épicentre d’une guerre. C’est une ville renversée, à l’envers.

A Dantewara, la police porte des vêtements quelconques et les rebelles portent des uniformes. Le directeur de la prison est en prison. Les prisonniers sont libres (300 d’entre eux se sont échappés de la prison de la vieille ville il y a deux ans). Les femmes qui ont été violées se trouvent en garde à vue. Les violeurs font des discours au bazar.

En face de la rivière Indravati, dans la région contrôlée par les maoïstes se trouve l’endroit que la police appelle ‘Pakistan’ [2]. Là, les villages sont vides, mais la forêt est pleine de gens. Les enfants qui devraient être à l’école courent dans la nature. La guerre mortelle qui se déroule dans la jungle, est une guerre dont le gouvernement est à la fois fier et effrayé.

L’Opération Green Hunt a été proclamée ainsi que niée. P. Chidambaram, Ministre de l’Intérieur de l’Inde (et qui dirige cette guerre) dit qu’elle n’existe pas, que c’est une invention médiatique. Et cependant, des fonds considérables lui ont été attribués et des dizaines de milliers de policiers et paramilitaires sont mobilisées pour elle. Bien que le théâtre de la guerre soient les jungles du centre de l’Inde, elle aura des conséquences pour nous tous.

Si les fantômes sont les esprits persistants de quelqu’un, ou de quelque chose qui a cessé d’exister, alors peut-être que la nouvelle autoroute à quatre voies qui s’écrase dans la forêt est le contraire d’un fantôme. Peut-être que c’est le présage de ce qui doit encore arriver.

Les antagonistes dans la forêt sont différents et inégaux à presque tous les niveaux. D’un côté, il y a une force paramilitaire massive, armée au moyen avec l’argent, la puissance de feu, les médias et la démesure d’une superpuissance émergente.

De l’autre côté, il y a des villageois ordinaires armés avec des armes traditionnelles, soutenus par la force de combat d’une guérilla maoïste superbement organisée et grandement motivée, avec une histoire extraordinaire et violente de rébellion armée. Les maoïstes et les paramilitaires sont de vieux adversaires qui ont combattu leurs vieux avatars respectifs plusieurs fois dans le passé : à Telegana dans les années 50, dans le Bengale occidental, le Bihar, à Srikakulam dans l’Andhra Pradesh à la fin des années 60 et dans les années 70, et puis encore dans l’Andhra Pradesh, le Bihar et le Maharashtra depuis les années 80 et tout le temps jusqu’à aujourd’hui.

Ils connaissaient bien les tactiques des uns et des autres, et ont étudié de près les manuels de combat des uns et des autres. A chaque fois, il a semblé que les maoïstes (ou leurs avatars précédents) n’avaient pas seulement été battus, mais littéralement, physiquement exterminés. Chaque fois, ils sont réapparus, plus organisés, plus déterminés et plus influents que jamais. Aujourd’hui une fois encore, l’insurrection s’est répandue à travers les forêts riches en minéraux du Chhattisgarh, du Jharkhand, de l’Orissa et du Bengale occidental - patrie de millions de tribaux indiens, pays de rêve du monde de l’entreprise.

Il est plus facile pour la conscience libérale de croire que la guerre dans les forêts est une guerre entre le gouvernement et les maoïstes, qui qualifient les élections de comédie, le parlement de porcherie et qui ont ouvertement déclaré leur intention de renverser l’Etat indien. Il est commode d’oublier que les populations tribales du centre de l’Inde ont une histoire de résistance qui date de plusieurs siècles avant Mao (C’est bien sûr une banalité : si elles n’avaient pas cette histoire, elles n’existeraient plus !). Les Ho, les Oraon, les Kols, les Santhals, les Mundals et les Gonds se sont tous rebellés plusieurs fois, contre les britanniques, les zamindars (percepteurs de l’impôt à l’époque des empereurs [3] et les usuriers.

Les rébellions ont été cruellement écrasées, plusieurs milliers de personnes tuées, mais la population n’a jamais été conquise. Même après l’indépendance, les populations tribales ont été au cœur du premier soulèvement qui pourrait être qualifié de maoïste, dans le village de Naxalbari au Bengale occidental (où le mot naxalite - aujourd’hui utilisé de manière interchangeable avec ‘maoïste’ - trouve son origine). Depuis lors, les politiques naxalites ont été inextricablement mêlées aux soulèvements tribaux, ce qui en dit long sur les tribaux autant que sur les naxalites. L’héritage de cette révolte a laissé derrière lui une population furieuse qui a été délibérément isolée et marginalisée par le gouvernement indien. La Constitution indienne, la morale qui sous-tend la démocratie indienne, a été adoptée par le parlement en 1950. Cela a été un jour tragique pour les peuples tribaux. La Constitution a approuvé la politique coloniale et a fait du gouvernement le gardien des patries tribales. Du jour au lendemain, elle a transformé l’ensemble de la population tribale en squatteurs de leur propre terre. Elle les a privés de leurs droits traditionnels sur les produits forestiers, elle a criminalisé toute une manière de vivre. En échange du droit de vote, elle a saisi leur droit à la subsistance et à la dignité. Les ayant dépossédés et poussés dans une spirale descendante de l’indigence, par un tour de passe-passe cruel, le gouvernement a commencé à utiliser leur propre misère contre eux. A chaque fois qu’il a eu besoin de déplacer une large population - pour des barrages, des projets d’irrigation, des mines - il a parlé ‘d’amener les tribaux dans la tendance générale’ ou de leur donner ‘les fruits du développement moderne’. La grande majorité des dizaines de millions de personnes déplacées (plus de 30 millions rien que pour les grands barrages), réfugiés du ‘progrès’ indien, sont des tribaux. Lorsque le gouvernement commence à parler de bien-être pour les tribaux, il est temps de s’inquiéter.

L’expression de la préoccupation la plus récente est venue du Ministre de l’Intérieur qui dit qu’il ne souhaite pas une population tribale vivant dans un ‘musée des cultures’. Le bien-être des tribaux ne semblait pas être une telle priorité durant sa carrière d’avocat des sociétés, représentant les intérêts de plusieurs entreprise minières majeures. Cela pourrait être une idée pour mieux comprendre les fondements de sa nouvelle angoisse. Au cours de ces cinq dernières années environ, les gouvernements du Chhattisgarh, du Jharkhand, de l’Orissa et du Bengale occidental ont signé des centaines de MOU (Memorandum of Understanding - Note d’Accord) avec des sociétés pour plusieurs milliards de dollars, tous secrets, pour des aciéries, des usines d’éponges de fer [4], des usines d’énergie, des raffineries d’aluminium, des barrages et des mines. Afin que ces MOU se transforme en argent, les tribaux doivent être déplacés.

Par conséquent, cette guerre.

Lorsqu’un pays qui s’appelle lui-même une démocratie déclare ouvertement la guerre au sein de ses propres frontières, à quoi ressemble cette guerre ? La résistance a-t-elle une chance ? Devrait-elle ? Qui sont les maoïstes ? Sont-ils simplement des nihilistes violents refilant une idéologie démodée aux populations tribales, les talonnant dans une insurrection sans espoir ? Quelles leçons ont-ils appris de leur expérience passée ? La lutte armée est-elle intrinsèquement non démocratique ? La Théorie du Sandwich - des tribaux ‘ordinaires’ coincés entre le feu de l’Etat et celui des maoïstes - est-elle une théorie exacte ? Les ‘maoïstes’ et les ‘tribaux’ sont-ils deux catégories totalement distinctes comme cela est affirmé ? Leurs intérêts convergent-ils ? Ont-ils appris quoi que ce soit l’un de l’autre ? Se sont-ils changés l’un l’autre ?

La veille de mon départ, ma mère a appelé, semblant somnolente. « J’ai pensé » a-t-elle dit, avec un instinct maternel étrange, « que ce dont ce pays a besoin, c’est d’une révolution ».

Un article sur internet dit que le Mossad   israélien est en train de former 30 officiers de police haut gradés indiens aux techniques des assassinats ciblés, pour décapiter l’organisation maoïste. Il y a une discussion dans la presse à propos du nouveau matériel qui a été acheté à Israël : détecteurs télémétriques à laser, équipement d’imagerie thermique et les drones si populaires grâce à l’armée américaine. Armes parfaites à utiliser contre les pauvres.

Le trajet de Raipur à Dantewara prend environ dix heures à travers des régions connues pour être ‘infestées de maoïstes’. Il n’y a pas de mots innocents. ‘Infester/infection’ suppose ‘maladie/parasites’. Les maladies doivent être soignées. Les parasites doivent être exterminés. Les maoïstes doivent être anéantis. De cette manière rampante et inoffensive, le langage du génocide est entré dans notre vocabulaire.

Pour protéger les autoroutes, les forces de sécurité ont ‘sécurisé’ une largeur de bande étroite de forêt de chaque côté. Plus loin à l’intérieur, il y a l’empire de ‘Dada log’. Les Frères. Les Camarades.

Dans la banlieue de Raipur, un énorme panneau d’affichage fait la publicité de l’hôpital du cancer de Vedanta (la compagnie pour laquelle notre Ministre de l’Intérieur à un jour travaillé). Dans l’Orissa, où elle extrait la bauxite, Vedanta finance une université. Par ces manières rampantes et inoffensives, les sociétés minières pénètrent nos imaginations : les Doux Géants qui se soucient vraiment de nous. Cela s’appelle la CSR, Corporate Social Responsibility (Responsabilité Sociale des Sociétés). Cela permet aux exploitations minières d’apparaître comme l’acteur légendaire et ancien Ministre en Chef, qui aimait jouer toutes les parties dans les mythologies Telugu - les bons gars et les mauvais gars, tout en une fois, dans le même film. Cette CSR masque les réalités économiques scandaleuses qui sous-tendent le secteur minier en Inde. Par exemple, selon le récent Rapport Lokayukta pour Karnakata, pour chaque tonne de minerai de fer extrait par une compagnie privée, le gouvernement reçoit une royaltie de 27 roupies et la compagnie minière s’en fait 5.000. Dans les secteurs de la bauxite et de l’aluminium, les chiffres sont encore pires. Nous parlons de vol à la lumière du jour à hauteur de milliards de dollars. Assez pour acheter des élections, des gouvernements, des juges, des journaux, des chaînes de télévision, des ONG et des agences d’aide. Qu’est-ce alors qu’un hôpital du cancer, ici et là ?

Je ne me souviens pas avoir vu le nom de Vedanta sur la longue liste des MOU signées par le gouvernement du Chhattisgarh. Mais je suis assez tordue pour soupçonner que s’il y a un hôpital du cancer, il doit y avoir une montagne au sommet plat pleine de bauxite quelque part.

Nous dépassons Kanker, réputé pour sa Counter Terrorism & Jungle Warfare Training School (Ecole de formation au contre-terrorisme et à la guerre de jungle) dirigée par le général de brigade B K Ponwar, Rumpelstiltskin (un personnage de conte) de cette guerre, chargé de la mission de transformer des policiers corrompus et peu soignés (de la paille) en des commandos de la jungle (en or). « Combattre la guérilla comme la guérilla », la devise de l’école de formation à la guerre, est peinte sur les pierres.

On apprend aux hommes à courir, à glisser, à monter et à descendre d’hélicoptères en vol, à monter à cheval (pour certaines raisons), à manger des serpents et à vivre de la jungle. Le général de brigade est très fier de former des chiens de rue à combattre les ‘terroristes’. 800 policiers sont diplômés de l’école de formation à la guerre toutes les six semaines. Vingt écoles semblables sont planifiées à travers toute l’Inde. La force de police est graduellement transformée en armée. (Dans le Cachemire [5], c’est l’inverse : l’armée est transformée en force de police bouffie, bureaucratique). A l’envers. A l’endroit. Quoi qu’il en soit, l’Ennemi est le Peuple.

Il est tard. Jagdalpur dort, excepté les nombreux panneaux d’affichages de Rahul Gandhi [6] demandant aux gens de se joindre au Congrès des Jeunes. Il s’est rendu dans le Bastar deux fois ces derniers mois, mais n’a pas dit grand chose à propos de la guerre. Elle est probablement trop désordonnée pour que le Prince du Peuple ne s’en mêle à ce stade. Ses gestionnaires médiatiques doivent avoir mis pied à terre. Le fait que la Salwa Judum [7] - le groupe d’autodéfense épouvantable parrainé par le gouvernement, responsable de viols, d’assassinats, d’incendies de villages et d’expulsion de centaines de milliers de personnes de leurs maisons - est dirigé par Mahendra Karma, membre du Congrès, ne joue pas un grand rôle dans la publicité soigneusement orchestrée autour de Rahul Gandhi. Je suis arrivée au temple Ma Danteshwari bien à l’heure pour mon rendez-vous (premier jour, première apparition). J’avais mon appareil photo, ma petite noix de coco et une tika de poudre rouge sur mon front. Je me suis demandée si quelqu’un me regardait et rigolait. Quelques minutes plus tard, un jeune garçon m’a approchée. Il avait une casquette et un sac à dos d’école. Du verni rouge ébréché sur les ongles de ses doigts. Pas de ‘Hindi Outlook’, pas de bananes. « Etes-vous celle qui entrez ? » m’a-t-il demandé. Pas de Namashkar Guruji. Je ne savais pas quoi dire. Il a sorti une note trempée de sa poche et me l’a donnée. Elle disait « Outlook nahi mila » (N’ai pas pu trouver d’Outlook). « Et les bananes ? » « Je les ai mangées » m’a-t-il dit, « j’ai eu faim ».

Une vraie menace pour la sécurité.

Son sac à dos disait Charlie Brown - pas votre imbécile habituel [8]. Il a dit que son nom était Mangtu. J’ai rapidement appris que Dandakaranya, la forêt dans laquelle j’étais prête à entrer, était pleine de gens qui avaient de nombreux noms et des identités changeantes. Cette idée était comme un baume pour moi. Quel bonheur de ne pas être coincé avec soi-même, de devenir quelqu’un d’autre pour un moment.

Nous avons marché jusqu’à l’arrêt de bus, seulement à quelques minutes du temple. Il était déjà bondé. Les choses se sont passées très vite. Il y avait deux hommes sur des motos. Il n’y a pas eu de conversation - juste un regard de reconnaissance, un déplacement du poids du corps, la montée en régime des moteurs. Je n’avais aucune idée d’où nous allions. Nous avons dépassé la maison du commissaire de police, que j’ai reconnue de ma précédente visite. Le commissaire était un homme franc. « Vous voyez m’dame, pour parler franchement, ce problème ne peut pas être résolu par nous, policiers et militaires. Le problème avec ces tribaux, c’est qu’ils ne comprennent pas l’avidité. A moins qu’ils ne deviennent gourmands, il n’y a aucun espoir pour nous. J’ai dit à mon chef, enlevez la force, et à la place, mettez une TV dans chaque maison. Tout se règlera automatiquement ».

En un rien de temps, nous roulons hors de la ville. Pas de file. Ca a été un long trajet, trois heures selon ma montre. Nous nous sommes arrêtés brutalement au milieu de nulle part, sur une route vide longée par la forêt des deux côtés. Mangtu est descendu. Moi aussi. Les motos sont parties et j’ai ramassé mon sac à dos pour suivre la petite menace pour la sécurité intérieure dans la forêt. C’était une journée magnifique. Le sol de la forêt était un tapis d’or.

Après un moment, nous avons émergé sur les rives blanches et sableuses d’une large rivière calme. Elle était manifestement alimentée par la mousson, et donc maintenant, c’était plus ou moins du sable plat, avec au centre un courant ne dépassant pas la cheville, facile à traverser. De l’autre côté se trouve le ‘Pakistan’. « Là-bas m’dame » m’avait dit le policier franc, « mes hommes tirent pour tuer ». Je me suis souvenue de ça comme nous commencions à traverser. Je nous ai vus dans le viseur d’un fusil d’un policier - minuscules silhouettes dans le paysage, faciles à abattre. Mais Mangtu semblait assez peu inquiet, et j’ai pris modèle sur lui. Nous attendant sur l’autre rive, dans une chemise vert citron se trouvait Chandu, qui a dit Horlicks ! Une menace pour la sécurité légèrement plus vieille. Peut-être 20 ans. Il avait un sourire mignon, un vélo, un bidon avec de l’eau bouillie et de nombreux paquets de biscuits au glucose pour moi, de la part du Parti. Nous avons repris notre souffle et recommencé à marcher de nouveau. Il s’est avéré que le vélo était un moyen pour brouiller les pistes. Le chemin était pratiquement entièrement non-cyclable. Nous avons escaladé des collines abruptes et descendu des chemins empierrés le long de corniches vraiment précaires. Lorsqu’il ne pouvait pas le pousser, Chandu soulevait le vélo et le transportait au-dessus de sa tête comme s’il ne pesait rien. J’ai commencé à m’interroger à propos de son air perplexe de garçon de village. J’ai découvert (beaucoup plus tard) qu’il pouvait manier n’importe quel type d’arme, « excepté le LMG [9] » m’a-t-il informé joyeusement.

Trois hommes magnifiques imbibés, avec des fleurs dans leur turban, ont marché avec nous durant environ une demi-heure, avant que nos chemins ne se séparent. Au coucher du soleil, leurs sacs en bandoulière ont commencé à chanter. Ils avaient des coqs dedans, qu’ils avaient apportés au marché mais n’avaient pas réussi à vendre.

Chandu semble être capable de voir dans le noir. Je dois utiliser ma lampe électrique. Les grillons se mettent en marche, et bientôt il y a un orchestre, un dôme de son au-dessus de nous. Il me tarde de regarder le ciel nocturne, mais je n’ose pas. Je dois garder mes yeux au sol. Un pas à la fois. Concentrée.

J’entends des chiens. Mais je ne peux pas dire à quelle distance ils sont. Le terrain s’aplani. Je vole un coup d’œil vers le ciel. Cela me met en extase. J’espère que nous allons nous arrêter bientôt. « Bientôt » dit Chandu. Cela s’avère être un peu plus d’une heure. Je vois les silhouettes d’énormes arbres. Nous arrivons.

Le village semble spacieux, les maisons sont très éloignées les unes des autres. La maison dans laquelle nous entrons est magnifique. Il y a un feu, autour duquel quelques personnes sont assises. Plus de gens dehors, dans l’obscurité. Je ne peux pas dire combien. Je peux juste plus ou moins les discerner. Un murmure circule. Lal Salaam Kaamraid (Salutations rouges, Camarade). Lal Salaam, je dis. Je suis au-delà de la fatigue. La femme de maison m’appelle à l’intérieur et me donne du poulet au curry cuit dans des haricots verts et du riz rouge. Fabuleux. Son bébé est endormi à côté de moi, ses bracelets de cheville argentés brillent à la lumière du feu.

Après le dîner, j’ouvre la fermeture éclair de mon sac de couchage. C’est une intrusion étrange de son, cette grosse tirette. Quelqu’un allume la radio. Service BBC Hindi. L’Eglise anglicane a retiré ses fonds du projet Niyamgiri de Vedanta, invoquant la dégradation de l’environnement et les violations des droits de la tribu Dongria Kondh. Je peux entendre les clochettes du bétail reniflant, traînant, pétant. Tout va bien dans le monde. Mes yeux se ferment.

Nous sommes debout à 5 heures. Sur la route à 6. Après deux heures, nous traversons une nouvelle rivière. Nous marchons à travers de magnifiques villages. Chaque village a sa famille de tamariniers qui le surveille, comme une étreinte d’énormes dieux bienveillants. Doux tamarinier du Bastar. A 11 heures, le soleil est haut, et la marche moins amusante. Nous nous arrêtons dans un village pour dîner.

Chandu semble connaître les gens dans la maison. Une sublime jeune fille flirte avec lui. Il a l’air un peu timide, peut-être parce que je suis là. Le dîner est composé de papaye crue avec du masoor dal et du riz rouge. Et de la poudre de chili rouge. Nous allons attendre que le soleil perde un peu de son intensité avant de recommencer à marcher. Nous faisons une sieste dans le belvédère. Il y a une maigre beauté dans le lieu. Tout est propre et nécessaire. Pas de désordre. Une poule noire parade de haut en bas du petit mur de boue. Une grille de bambou stabilise les chevrons du toit de chaume et se double comme un casier de rangement. Il y a un balai d’herbe, deux tambours, un panier tissé rouge, un parapluie cassé et toute une pile de boîtes en carton ondulé aplaties et vides. Quelque chose me saute aux yeux. J’ai besoin de mes lunettes. Voici ce qui est imprimé sur le carton : Puissance Idéale 90 Emulsion à Haute Energie Explosive (Classe-2) SD CAT 22.

Nous recommençons à marcher vers deux heures. Dans le village où nous nous rendons, nous allons rencontrer Didi (Soeur, Camarade) qui sait ce que sera la prochaine étape du voyage. Chandu ne le sait pas. Il y a aussi une économie de l’information. Personne n’est supposé tout savoir. Mais quand nous atteignons le village, Didi n’est pas là. Il n’y a aucune nouvelle d’elle. Pour la première fois, je vois un petit nuage d’inquiétude s’installer chez Chandu. Un très gros s’installe chez moi. Je ne sais pas quels sont les systèmes de communications, mais que faire s’ils ont mal tourné ? Nous sommes stationnés à l’extérieur d’un immeuble scolaire déserté, un peu en dehors du village. Pourquoi toutes les écoles de village du gouvernement sont-elles construites comme des bastions en béton, avec des volets en fer aux fenêtres et des portes en accordéon coulissantes en fer ? Pourquoi pas comme les maisons du village, avec de la boue et de la chaume ? Parce qu’elles se dédoublent en casernes et en bunkers. « Dans les villages du Abhujmad » dit Chandu « les écoles sont comme ça... » Il gratte le plan d’un immeuble avec une brindille dans la terre. Trois octogones attachés les uns aux autres comme les alvéoles d’une ruche. « Ainsi ils peuvent tirer dans toutes les directions ». Il dessine des flèches pour illustrer son propos, tel un graphique de cricket - la roue du chariot du batteur. Il n’y a aucun professeur dans aucune école, dit Chandu. Ils se sont tous enfuis. Où les avez-vous chassé ? Non, nous ne chassons que la police. Mais pourquoi les professeurs devraient-ils venir ici, dans la jungle, alors qu’ils reçoivent leurs salaires assis à la maison ? Un bon point. Il m’informe que ceci est une ‘nouvelle région’. Le Parti n’y est entré que récemment.

Environ vingt jeunes personnes arrivent, filles et garçons. Adolescents ou au début de la vingtaine. Chandu explique que c’est la milice au niveau du village, le rang le plus bas de la hiérarchie militaire maoïste. Je n’avais jamais vu personne comme eux avant. Ils sont vêtus de saris et de lungis [10], certains en uniforme vert olive effiloché. Les garçons portent des bijoux, des coiffures. Certains ont aussi des couteaux, des haches, un arc à flèche.

Un garçon transporte un mortier grossier fabriqué à partir d’un lourd tuyau en acier galvanisé de trois pieds. Il est rempli de poudre à canon et de mitraille et prêt à être mis à feu. Cela fait un grand bruit, mais ne peut être utilisé qu’une seule fois. Tout de même, cela effraye la police, disent-ils en gloussant.

La guerre ne semble pas être la plus grande préoccupation dans leurs esprits. Peut-être parce que cette région est en dehors de l’espace vital de la Salwa Judum. Ils viennent juste de terminer une journée de travail, pour aider à construire une clôture autour de certaines maisons du village pour garder les chèvres hors des champs. Ils sont pleins d’amusement et de curiosité. Les filles sont en confiance et naturelles avec les garçons. J’ai un détecteur pour ce genre de chose, et je suis impressionnée. Leur job, dit Chandu, est de patrouiller et de protéger un groupe de quatre ou cinq villages et d’aider dans les champs, de nettoyer les puits ou de réparer les maisons - faire tout ce qui est nécessaire.

Toujours pas de Didi. Que faire ? Rien. Donner un coup de main pour découper et éplucher.

Après le souper, sans beaucoup de discussion, tout le monde se met en rang. Manifestement, nous bougeons. Tout se déplace avec nous, le riz, les légumes, les marmites et les casseroles. Nous quittons l’enceinte de l’école et marchons en file indienne dans la forêt. En moins d’une demi-heure, nous arrivons dans une clairière où nous allons dormir. Il n’y a absolument aucun bruit. En quelques minutes, tout le monde a déplié son drap en plastique bleu, l’omniprésent ‘jhilli’ sans lequel il n’y aurait pas de révolution. Chandu et Mangtu s’en partagent un et en étalent un pour moi. Ils me trouvent la meilleure place, près de la meilleure pierre grise. Chandu di’ qu’il a envoyé un message à Didi. Si elle le reçoit, elle sera là dès le début de la matinée. Si elle le reçoit.

C’est la plus belle chambre dans laquelle j’ai dormi depuis longtemps. Ma suite privée dans un hôtel 1000 étoiles. Je suis encerclée par ces enfants étranges et magnifiques avec leur curieux arsenal. Ils sont à coup sûr tous maoïstes. Vont-ils tous mourir ? Est-ce que l’Ecole de formation à la guerre dans la jungle est pour eux ? Et les hélicoptères de combat, l’imagerie thermique et les télémètres laser ?

Pourquoi doivent-ils mourir ? Pour quoi ? Pour transformer tout ceci en une mine ? Je me souviens de ma visite aux mines de minerai de fer à ciel ouvert de Keonjhar, dans l’Orissa. Un jour, il y avait là une forêt. Et des enfants comme ceux-ci. Maintenant, la terre ressemble à une blessure rouge et froide. La poussière rouge empli les narines et les poumons. L’eau est rouge, l’air est rouge, les gens sont rouges, leurs poumons et leurs cheveux sont rouges. Toute la journée et toute la nuit, les camions grondent à travers leur village, pare-choc contre pare-choc, des milliers et des milliers de camions, amenant le minerai de fer au port de Paradip d’où il partira vers la Chine. Là, il sera transformé en voitures, en fumée et en villes champignons. En un ‘taux de croissance’ laissant les économistes hors d’haleine. En armes pour faire la guerre.

Tout le monde est endormi, sauf les sentinelles qui prennent la relève toutes les heures et demi. Enfin, je peux regarder les étoiles. Quand j’étais enfant, grandissant sur les rives de la rivière Meenachal, je pensais que le son des grillons - qui commençait toujours au crépuscule - était le son des étoiles pétaradant, se préparant à briller. Je suis surprise à quel point j’adore être ici. Il n’y a nulle part ailleurs dans le monde où j’aimerais mieux être. Qui devrais-je être ce soir ? Kamraid Rahel, sous les étoiles ? Peut-être Didi viendra-t-elle demain ?

Ils arrivent en début d’après-midi. Je peux les voir de loin. Une quinzaine d’entre eux, tous en uniformes vert olive, courant vers nous. Même de loin, de la façon dont ils courent, je peux dire que ce sont de solides combattants. La Peoples Liberation Guerilla Army (PGLA - Guérilla Armée de Libération du Peuple). A qui est destinée l’imagerie thermique et les armes guidées par laser. Pour qui est l’Ecole de formation à la guerre de jungle.

Ils transportent des armes sérieuses, INSAS [11], SLR [12], deux d’entre eux ont des AK 47 [13]. Le dirigeant de la brigade est le Camarade Madhav qui est dans le Parti depuis qu’il a 9 ans. Il est de Warangal, Andhra Pradesh. Il est désolé et se confond en excuses. Il y a eu un manque de communication majeur, dit-il encore et encore, ce qui d’habitude n’arrive jamais. J’étais supposée être arrivée au camp principal dès la première nuit. Quelqu’un a laissé tomber le témoin dans le relais de la jungle. La descente de moto aurait du avoir lieu dans un endroit tout à fait différent. « Nous vous avons fait attendre, nous vous avons fait marcher tellement. Nous avons couru tout le chemin quand le message est arrivé que vous étiez ici ». J’ai dit que c’était OK, que j’étais venue en étant prête à attendre, à marcher et à écouter. Il veut partir immédiatement, parce que les gens du camp attendaient et se tracassaient.

C’est une marche de quelques heures jusqu’au camp. Il commence à faire noir quand nous arrivons. Il y a plusieurs niveaux de sentinelles et des cercles concentriques de patrouille. Il doit y avoir une centaine de camarades alignés en deux rangs. Tout le monde a une arme. Et un sourire. Ils commencent à chanter : Lal lal salaam, lal lal salaam, aane vaaley saathiyon ko lal lal salaam (Salutations rouges aux camarades qui sont arrivés). C’était chanté mélodieusement, comme s’il s’agissait d’une chanson populaire à propos d’une rivière et de la floraison de la forêt. Avec la chanson, le salut, la poignée de main et le poing fermé. Tout le monde salue tout le monde, murmurant lalslaam, mlalslaa mlalslaam... Hormis un grand jhilli bleu étalé par terre, sur environ 15 pieds carrés, il n’y a aucun signe de ‘camp’. Celui-ci a aussi un toit jhilli. C’est ma chambre pour la nuit. C’était soit pour me récompenser de mes jours de marche, soit pour me dorloter par avance de ce qui nous attendait. Ou les deux. De toute manière, c’était la dernière fois de tout le voyage que j’allais avoir un toit au-dessus de ma tête. Au cours du souper, j’ai rencontré la Camarade Narmada chargée du Krantikari Adivasi Mahila Sangathan (KAMS) dont la tête est mise à prix, la Camarade Saroja de la PLGA qui est aussi grande que son SLR, la Camarade Maase (ce qui signifie Fille Noire en Gondi) dont la tête est aussi mise à prix, le Camarade Roopi, assistant technique, le Camarade Raja qui est en charge de la Division [14] à travers lequel j’avais marché et le Camarade Venu (ou Murali ou Sonu ou Sushil ou tout ce que vous voulez l’appeler), clairement le plus ancien de tous. Peut-être du Comité Central, peut-être même du Bureau Politique. On ne me le dit pas, je ne le demande pas. Entre nous, nous parlons Gondi, Halbi, Telugu, Punjabi et Malayalam. Seule Maase parle anglais (donc, nous communiquons tous en Hindi !). La Camarade Maase est grande et tranquille et semble devoir nager à travers une couche de douleur pour entrer dans la conversation. Mais à la manière dont elle me prend dans ses bras, je peux dire que c’est une lectrice. Et qu’elle regrette de ne pas avoir de livres dans la jungle. Elle ne me racontera son histoire que plus tard. Quand elle aura confiance en moi avec sa douleur.

De mauvaises nouvelles arrivent, comme c’est le cas dans cette jungle. Un contrebandier, avec des ‘biscuits’. Des notes manuscrites sur des feuilles de papier, pliées et agrafées en petits carrés. Il y en a un sac entier. Comme des jetons. Des nouvelles de partout. La police a tué cinq personnes dans le village d’Ongnaar, quatre de la milice et un villageois ordinaire : Santhu Pottai (25 ans), Phoolo Vadde (22), Kande Potai (22), Ramoli Vadde (20), Salsai Kuram (22). Ils auraient pu être les enfants dans mon dortoir étoilé de la nuit dernière.

Puis les bonnes nouvelles arrivent. Un petit contingent de personnes avec un jeune homme grassouillet. Il est aussi en treillis, mais il semble neuf. Tout le monde l’admire et en commente l’ajustement. Il semble timide et heureux. C’est un docteur qui est venu pour vivre et travailler avec les camarades dans la forêt. La dernière fois qu’un docteur a visité Dandakaranya, c’était il y a de nombreuses années.

A la radio, il y a des nouvelles de la réunion du Ministre de l’Intérieur avec les Ministres en Chef des Etats affectés par ‘l’extrémisme de gauche’, pour discuter de la guerre. Les Ministres en Chef du Jharkhand et du Bihar sont réservés et n’y ont pas assisté. Tout le monde assis autour de la radio rigole. Autour du moment des élections, disent-ils, tout au long de la campagne et puis peut-être un mois ou deux après la formation du gouvernement, les politiciens disent tous des choses comme « les naxalites sont nos enfants ». On peut régler sa montre sur l’agenda de quand ils changeront d’avis et montreront leurs crocs.

Je suis présentée à la Camarade Kamla. On me dit que je ne dois en aucun cas m’éloigner de cinq pieds de ma jhilli sans la réveiller. Tout le monde est désorienté dans le noir et pourrait sérieusement se perdre. (Je ne la réveille pas. Je dors comme une buche). Durant la matinée, Kamla me présente un paquet en polyéthylène jaune dont un coin est coupé. Un jour, il a été utilisé pour contenir de la Abis Gold Refined Soya Oil (huile de soja). Maintenant, c’était ma grande tasse pour aller au petit coin. Rien n’est gaspillé sur la route de la révolution. (Encore aujourd’hui, je pense à la Camarade Kamla tout le temps, chaque jour. Elle a 17 ans. Elle porte à la hanche un pistolet fait main. Et quel sourire. Mais si la police vient vers elle, elle la tuera. Elle pourrait la violer d’abord. Aucune question ne sera posée. Parce qu’elle est une Menace pour la Sécurité Intérieure). Après le petit-déjeuner, le Camarade Venu (Sushil, Sonu, Murali) m’attend, assis les jambes croisées sur le jhilli, cherchant le monde comme un frêle professeur de village. Je vais recevoir une leçon d’histoire. Ou plus précisément, une conférence sur l’histoire des trente dernières années dans la forêt de Dandakaranya, qui a abouti dans la guerre qui tourbillonne en elle aujourd’hui. Il ne fait aucun doute que c’est une version partisane. Mais quelle histoire ne l’est pas ? Dans tous les cas, l’histoire secrète doit être rendue publique pour être contestée, débattue au lieu que l’on mente simplement à son propos, comme cela se passe actuellement.

Le Camarade Venu a une attitude rassurante et calme, et une voix douce qui fera surface, dans les jours à venir, dans un contexte qui me troublera complètement. Ce matin, il parle durant plusieurs heures, pratiquement de manière continue. Il est comme un petit gérant de magasin qui a un énorme trousseau de clés avec lesquelles il peut ouvrir un labyrinthe de casiers remplis d’histoires, de chansons et d’idées.

Le Camarade Venu était dans un des sept bataillons armés qui a traversé le Godavari depuis l’Andhra Pradesh et est entré dans la Forêt de Dandakaranya (DK) en juin 1980, il y a trente ans. Ils appartenaient au Peoples War Group (PWG - Groupe ‘Guerre Populaire’), une faction du Parti Communiste d’Inde - Marxiste-Léniniste (CPI-ML), les premiers naxalites. Le PWG a été officiellement annoncé en tant que parti distinct indépendant en avril cette année-là, sous Kondapalli Seetharamiah. Le PGW a décidé de construire une armée permanente, pour laquelle il aurait besoin d’une base. DK allait devenir cette base, et ces premiers bataillons y ont été envoyés pour reconnaître la région et pour commencer le processus de construction de zones de guérillas. Quant à savoir si les partis communistes devaient avoir une armée permanente et si oui ou non une ‘armée populaire’ est une contradiction dans les termes, c’est un vieux débat. La décision du PWG de construire une armée est venue de son expérience dans l’Andhra Pradesh, où sa campagne « La terre aux paysans » a conduit à un affrontement direct avec les propriétaires terriens et a abouti au type de répression policière à laquelle le Parti a trouvé impossible de résister sans sa propre force combattante entrainée.

En 2004, le PGW a fusionné avec d’autres factions CPI(ML), le Party Unity (PU - Parti Unité) et le Maoist Communist Center (MCC - Centre Communiste Maoïste), qui fonctionne en grande partie en dehors du Bihar et du Jharkhand. Pour devenir ce qu’il est maintenant, le Parti Communiste d’Inde. (Maoïste).

Dandakaranya est une part de ce que les Britanniques, à leur manière d’hommes blancs, ont appelé Gondwana, terre des Gonds. Aujourd’hui, les frontières des Etats de Madhya Pradesh, du Chhattisgarh, de l’Orissa, de l’Andhra Pradesh et du Maharashtra coupent à travers la forêt. Fractionner un peuple gênant en unités administratives distinctes est un vieux procédé. Mais ces maoïstes et Gonds maoïstes ne font pas beaucoup attention à des choses comme les frontières d’Etats. Ils ont des cartes différentes dans leurs têtes, et comme d’autres créatures de la forêt, ils ont leurs propres chemins. Pour eux, les routes ne sont pas conçues pour qu’on marche dessus. Elles sont faites pour être traversées, ou comme c’est de plus en plus le cas, pour tendre des embuscades. Bien que les Gonds (divisés entre les tribus des Koyas et des Dorlas) soient de loin majoritaires, il y a de petites colonies d’autres communautés tribales aussi. Les communautés non-adivasis [15], de marchands et de colons vivent aux bords de la forêt, près des routes et des marchés. Le PGW n’a pas été le premier à venir évangéliser le Dandakaranya. Baba Amte, le célèbre partisan de Gandhi a ouvert son ashram et sa léproserie à Warona en 1975. La mission Ramakrishna avait commencé à ouvrir des écoles de village dans les forêts éloignées d’Abhujmad. Dans le Bastar Nord, le Baba Bihari Das a commencé une campagne agressive pour ‘ramener les tribaux dans le bercail hindou, ce qui impliquait une campagne pour dénigrer la culture tribale, provoquer la haine de soi et introduire le beau cadeau de l’hindouisme - la caste [16]. Les premiers convertis, les chefs de village et les gros propriétaires terriens - des gens comme Mahendra Karma, fondateur de la Salwa Judum - se sont vus conférer le statut de dwij, né deux fois, brahmanes [17]. (Bien sûr, c’était un peu une arnaque, parce que personne ne peut devenir brahmane. Si c’était possible, ne serions aujourd’hui devenu une nation de brahmanes). Mais ce faux hindouisme est considéré comme assez bon pour la population tribale, juste comme les marques contrefaites de tout le reste - biscuits, savon, allumettes, huile - qui sont vendues sur les marchés villageois. Dans le cadre de la campagne d’hindouisation, les noms des villages ont été changés dans les registres fonciers, ce qui entraîne que la plupart d’entre eux ont deux noms aujourd’hui, les noms du peuple et les noms du gouvernement. Par exemple, le village d’Innar est devenu Chinnari. Sur les listes électorales, les noms tribaux ont été changés en noms hindous (Massa Karma est devenu Mahendra Karma). Ceux qui ne sont pas venus rejoindre le bercail hindou ont été déclarés ‘katwas’ (par quoi ils voulaient dire intouchables Les ‘dalits’ ou ‘intouchables’ sont les membres de la caste la plus basse), ce qui est devenu plus tard la circonscription électorale naturelle pour les maoïstes.

Le PGW a d’abord commencé à travailler dans le Bastar Sud et le Gadchiroli. Le Camarade Venu décrit ces premiers mois en détail : comment les villageois étaient suspicieux vis à vis d’eux, et ne les laissaient pas entrer dans leurs maisons. Personne ne leur aurait offert de la nourriture ou de l’eau. La police répandait des rumeurs qu’ils étaient des voleurs. Les femmes cachaient leurs bijoux dans les cendres de leur poêle à bois. Il y avait une répression terrible. En novembre 1980, à Gadchiroli, la police a ouvert le feu dans une réunion de village et a tué un bataillon entier. Ca a été le premier ‘combat’ [18] meurtrier du DK. Ca a été une retraite traumatisant et les camarades se sont retirés à travers le Godavari et sont retournés à Adilabad.

Mais en 1981, ils y sont revenus. Ils ont commencé à organiser les populations tribales pour exiger une augmentation du prix qu’on leur donnait pour les feuilles de tendu (qui sont utilisées pour fabriquer les beedis [19]). A l’époque, les commerçants payaient trois paises pour un fagot d’environ 50 feuilles. C’était un travail formidable d’organiser les gens complètement non familiers avec ce type de politique, de les diriger vers la grève.

Finalement, la grève a été un succès et le prix doublé, à six paises [20] le fagot. Mais le vrai succès pour le Parti était d’avoir été capable de prouver la valeur de l’unité et une nouvelle manière de conduire une négociation politique. Aujourd’hui, après plusieurs grèves et agitations, le prix d’un fagot de feuilles de Tendu est d’une roupie. (Cela semble un peu improbable à ces tarifs, mais le chiffre d’affaire du business du tendu se compte en centaines de milliards de roupies) Chaque saison, le gouvernement glisse des offres et donne à des entrepreneurs la permission d’extraire un volume fixé de feuilles de Tendu - habituellement entre 1500 et 5000 sacs standards connus sous le nom de manak boras. Chaque manak boras contient environ 1000 fagots. (Bien sûr, il n’y a aucune manière de s’assurer que les entrepreneurs n’extraient pas plus que ce qu’ils sont supposés). Au moment où le tendu entre sur le marché, il est vendu en kilos. L’arithmétique glissante et le système rusé de mesure qui converti les fagots en manak boras puis en kilos est contrôlé par les entrepreneurs, et laisse beaucoup de place à la manipulation de la pire sorte. L’estimation la plus prudente place leur profit par sac standard à environ 1.100 roupies. (Cela après avoir payé au Parti une commission de 120 roupies par sac) Mais par cette voie, un petit entrepreneur (1.500 sacs) fait environ 160.000 roupies par saison et un gros (5.000 sacs) jusqu’à 550.000 roupies.

Une évaluation plus réaliste serait plusieurs fois ce montant. Pendant ce temps, la Plus Grave Menace pour la Sécurité Intérieure fait juste assez pour rester en vie jusqu’à la saison suivante.

Nous sommes interrompus par des rires et par la vue de Nilesh, un des jeunes camarades de la PLGA, marchant rapidement vers la zone de cuisine, se giflant lui-même. Quand il arrive plus près, je vois qu’il transporte un nid en feuilles de fourmis rouges en colère qui ont rampé partout sur lui et qui le mordent aux bras et au cou. Nilesh rigole aussi. « As-tu déjà mangé un chutney ? » me demande le Camarade Venu. Je connais bien les fourmis rouges, de mon enfance dans le Kerala, j’ai été mordue par elles, mais je n’en ai jamais mangé. (Le chutney s’avère être bon. Aigre. Beaucoup d’acide folique)

Nilesh est de Bijapur, qui est au cœur des opérations de la Salwa Judum. Le plus jeune frère de Nilesh a rejoint la Judum lors d’un de ses pillages et incendies fous et a été fait Special Police Officer (SPO - Officier de Police Spécial [21]). Il habite dans le camp de Basaguda avec sa mère. Son père a refusé d’y aller et est resté au village. En fait, c’est une querelle familiale sanglante.

Plus tard, quand j’ai eu l’occasion de lui parler, j’ai demandé à Nilesh pourquoi son frère avait fait ça. « Il était très jeune » a dit Nilesh, « Il a eu l’opportunité de se déchaîner, de blesser les gens et de brûler des maisons. Il est devenu fou, il a fait des choses terribles. Maintenant, il est coincé. Il ne pourra plus jamais rentrer au village. Il ne sera jamais pardonné. Il le sait ».

Nous retournons à la leçon d’histoire. La grande lutte suivante du Parti, dit le Camarade Venu, a été contre Ballarpur Paper Mills. Le gouvernement aurait donné aux Thapars un contrat de 45 ans pour extraire 15000 tonnes de bambou à un taux extrêmement subventionné. (De la petite bière comparé à la bauxite, mais tout de même). Les tribaux étaient payés dix paisas pour un fagot qui contenait vingt chaumes de bambou (je ne céderai pas à la tentation vulgaire de comparer cela aux profits que faisaient les Thapars). Une longue agitation, une grève, suivie de négociations avec les fonctionnaires de Paper Mill en présence de la population, ont triplé le prix à trente paisas le fagot. Pour les peuples tribaux, c’étaient des énormes réussites. D’autres partis politiques avaient fait des promesses, mais n’ont montré aucun signe pour les tenir. Les gens ont commencé à approcher le PWG, demandant s’ils pouvaient s’y joindre. Mais la politique du Tendu, du bambou et d’autres produits forestiers était saisonnière. Le problème permanent, le vrai fléau des vies des gens était le plus grand propriétaire terrien de tous, le Département Forestier. Chaque matin, les représentants des services forestiers, même les plus subalternes, pouvaient apparaître dans les villages comme un cauchemar, empêchant les gens de labourer leurs champs, de ramasser le bois de chauffage, de cueillir les feuilles, de ramasser les fruits, de faire paître le bétail, de vivre. Ils amenaient des éléphants pour occuper les champs et dispersaient des graines de babul pour détruire le sol sur leur passage. Les gens étaient battus, arrêtés, humiliés, leurs récoltes détruites. Bien sûr, du point de vue du Département Forestier, ceux-ci étaient des gens illégaux engagés dans une activité anticonstitutionnelle et le Département ne faisait qu’appliquer la Règle de la Loi (Leur exploitation sexuelle des femmes était juste un avantage supplémentaire dans une mission difficile). Enhardi par la participation populaire dans ces luttes, le Parti a décidé d’affronter le Département Forestier. Il a encouragé les gens à reprendre la terre de la forêt et à la cultiver. Le Département Forestier s’est vengé en brûlant les nouveaux villages qui avaient surgis dans les zones forestières. En 1986, il a annoncé un Parc National à Bijapur, ce qui signifiait l’expulsion de 60 villages. Plus de la moitié d’entre eux avaient déjà été déplacés et la construction de l’infrastructure du Parc National avait commencé quand le Parti y est entré. Il a démoli la construction et a stoppé l’expulsion des villages restants. Il a empêché le Département Forestier d’entre dans la zone. A quelques occasions, des fonctionnaires ont été capturés, attachés aux arbres et battus par les villageois. C’était une vengeance cathartique de générations d’exploitation. Finalement, le Département Forestier a fui. Entre 1986 et 2000, le Parti a redistribué 300000 acres de terre forestière. Aujourd’hui, dit le Camarade Venu, il n’y a aucun paysan sans terre dans le Dandakaranya.

Pour la génération actuelle de jeunes gens, le Département Forestier est un souvenir distant, la chose des histoires que les mères racontent à leurs enfants, à propos d’n passé mythologique de servitude et d’humiliation. Pour la génération plus vieille, la libération du Département Forestier signifiait l’authentique liberté. Ils pouvaient la toucher, la sentir. Cela signifiait beaucoup plus que ce que n’a jamais signifié l’indépendance de l’Inde. Ils ont commencé à se rallier au Parti qui avait lutté avec eux. L’équipe de sept bataillons avait parcouru un long chemin. Son influence couvrait maintenant une étendue de 60.000 kilomètres carrés de forêt, des milliers de villages et des millions de personnes.

Mais le départ du Département Forestier a annoncé l’arrivé de la police. Elle a déclenché un cycle de carnage. Fausses ‘combats’ de la police, embuscades par la PWG. Avec la redistribution de la terre sont arrivées d’autres responsabilités : irrigation, productivité agricole et le problème d’une population croissante dégageant arbitrairement la terre forestière. La décision a été prise de séparer le ‘travail de masse’ et le ‘travail militaire’.

Aujourd’hui, le Dandakaranya est administré par une structure complexe de Jantana Sarkars (gouvernements populaires). Les principes d’organisation venaient de la révolution chinoise et de la guerre du Vietnam. Chaque Jantana Sarkar est élu par un groupe de villages dont la population totale peut varier de 500 à 5000. Il a neuf départements : Krishi (agriculture), Kyapar-Udyog (commerce et industrie), Arthik (économie), Nyay (justice), Raksha (défense), Hospital (santé), Jan Sampak (relations publiques), School-Riti Rivaj (éducation et culture) et Jungle. Un groupe de Janatana Sarkars se trouve sous le Comité Régional. Trois Comités Régionaux forment une Division. Il y a dix Divisions dans le Dandakaranya.

« Nous avons un département Save the Jungle (Sauver la Jungle) maintenant » dit le Camarade Venu « tu dois avoir lu le Rapport Gouvernemental que la forêt a augmenté dans les régions naxales ? » Ironiquement, dit le Camarade Venu, les premières personnes à bénéficier de la campagne du Parti contre le Département Forestier ont été les Mukhiyas (chefs de village) - la brigade Dwij. Ils ont utilisé leur main-d’œuvre et leurs ressources pour saisir autant de terre qu’ils le pouvaient, tant que les conditions étaient bonnes. Mais alors, la population a commencé à aborder le Parti avec ses ‘contradictions internes’, comme le dit bizarrement le Camarade Venu. Le Parti a commencé à tourner son attention vers les questions d’équité, de classe et d’injustice au sein de la société tribale. Les grands propriétaires terriens ont senti les ennuis à l’horizon. Vu que l’influence du Parti s’étendait, ils avaient commencé à faiblir. De plus en plus, les gens amenaient leurs problèmes au Parti au lieu des Mukhiyas. Les vieilles formes d’exploitation ont commencé à être questionnées. Le jour de la première pluie, les gens étaient traditionnellement sensés labourer la terre des Mukhiyas au lieu de la leur. Cela s’est arrêté. Ils ne leur ont plus offert les premiers jours de ramassage de mahua ou d’autres produits forestiers. Manifestement, quelque chose devait être fait.

Entre en scène Mahendra Karma, un des plus grands propriétaires terriens de la région et à ce moment, membre du Parti Communiste d’Inde (CPI) [22]. En 1990, il a rassemblé un groupe de Mukhiyas et de propriétaires terriens et a commencé une campagne appelée à Jan Jagran Abhiyan (Public Awakening Campaign - Campagne Public de Réveil). Leur façon de ‘réveiller’ le ‘public’ était de former un parti de chasse d’environ 300 hommes pour passer la forêt au peigne fin, tuant les gens, brûlant les maisons et attentant à la pudeur des femmes. Le Gouvernement du Madhya Pradesh d’alors - le Chhattisgarh n’avait pas encore été créé - a fourni le soutien de la police. Dans le Maharashtra, quelque chose de similaire, appelé ‘Front Démocratique’ a commencé son assaut. La Guerre Populaire a répondu à tout cela dans son vrai style de Guerre Populaire, en tuant quelques-uns des propriétaires terriens les plus notables. En quelques mois, la Jan Jagran Abhiyan, la ‘terreur blanche’ - le terme du Camarade Venu pour elle - s’est effacée. En 1998, Mahendra Karma, qui avait alors rejoint le Parti du Congrès, a tenté de raviver la Jan Jagram Abhiyan. Cette fois, elle s’est éteinte encore plus vite qu’avant.

Puis, durant l’été 2005, la chance l’a favorisé. En avril, le gouvernement BJP [23] du Chhattisgarh a signé deux MOU pour créer des aciéries intégrées (dont les termes sont secrets). Un pour 70 milliards de roupies avec Essar Steel à Bailadila, et l’autre pour 100 milliards de roupies avec Tata Steel à Lohandiguda. Le même mois, le Premier Ministre Manmohan Singh a énoncé sa fameuse déclaration à propos des maoïstes étant la ‘Menace la Plus Grave pour la Sécurité Intérieure’ de l’Inde. (C’était une chose étrange à dire à ce moment-là, parce qu’en fait, c’était l’opposé qui était vrai. Le Gouvernement du Congrès de l’Andhra Pradesh venait juste de mettre les maoïstes sur la touche, de les décimer. Ils avaient perdu environ 1.600 de leurs cadres et étaient dans le plus complet désordre). La déclaration du Premier Ministre a fait monter en flèche la valeur des actions des sociétés minières. Elle a également envoyé un signal aux médias que les maoïstes était une proie facile pour quiconque qui choisissait de courir après eux. En juin 2005, Mahendra Karma a appelé à une réunion secrète de Mukhiyas dans le village de Kutroo et a fondé la Salwa Judum. Un charmant mélange de truculence tribale et de sentiment Nazi.

Contrairement à la Jan Jagran Abhiyan, la Salwa Judum était une opération de nettoyage de la terre, destinée à déplacer les personnes de leurs villages vers des camps en bordure de route, où ils pouvaient être policés et contrôlés. En termes militaires, cela s’appelle Hameaux Stratégiques. Cela a été conçu par le général Sir Harold Briggs en 1950 quand les Britanniques étaient en guerre contre les communistes en Malaisie. Le Plan Briggs est devenu très populaire avec l’armée indienne qui l’a utilisé dans le Nagaland, le Mizoram et le Telengana. Le Ministre en Chef BJP du Chhattisgarh, Raman Singh a annoncé que tant que son gouvernement était concerné, les villageois qui n’avaient pas déménagé dans les camps seraient qualifiés de maoïstes. Donc dans le Bastar, pour un villageois ordinaire, simplement rester à la maison, vivre une vie ordinaire, est devenu l’équivalent que de se permettre une activité terroriste dangereuse.

Avec une tasse en acier de thé noir, comme un plaisir spécial, quelqu’un me tend une paire d’écouteurs et allume un petit lecteur MP3. C’est un enregistrement rayé de Mr D S Manhar, le commissaire de police de Bijapur d’alors, briefant un officier subalterne à la radio à propos des récompenses et des primes que les gouvernements de l’Etat et de l’Etat central offrent aux villages ‘jagrit’ (réveillé) et aux gens qui acceptent de déménager dans les camps. Et puis il donne les instructions claires que les villages qui refusent de ‘se rendre’ devraient être brûlés et que les journalistes qui veulent couvrir les naxalites devraient être abattus à vue. (J’avais lu ça dans les journaux il y a longtemps. Quand l’histoire s’est répandue, comme punition – pour punir qui, ce n’est pas clair - le SP a été transféré à la Commission des Droits Humains de l’Etat).

Le premier village que la Salwa Judum a brûlé (le 18 juin 2005) était Ambeli. Entre juin et décembre 2005, elle a brûlé, tué, violé et pillé sur son chemin à travers des centaines de villages du Dantewara Sud. Le centre de ses opérations était les districts de Bijapur et de Bhairamgarh, près de Bailadila, où la nouvelle usine Essar Steel était en projet. Ce n’est pas une coïncidence, il y avait aussi des bastions maoïstes, où les Jantan Sarkars avaient fait beaucoup de travail, surtout pour construire des structures de récupération d’eau. Les Janata Sarkars sont devenus la cible spéciale des attaques de la Salwa Judum. Des centaines de personnes ont été assassinées avec les manières les plus brutales. Environ 60.000 personnes ont déménagé dans les camps, certaines volontairement, d’autres sous la terreur. Parmi elles, environ 3.000 ont été nommés Special Police Officer (SPO) pour un salaire de 1.500 roupies.

Pour ces miettes dérisoires, des jeunes gens, comme le frère de Nilesh, se sont condamnés eux-mêmes à une peine à vie dans une enceinte de barbelés. Cruels comme ils l’ont été, ils pourraient finir en étant les pires victimes de cette horrible guerre. Aucun jugement de la Cour Suprême ordonnant le démantèlement de la Salwa Judum ne pourra changer leur destin.

Les centaines de milliers de personnes restantes sont sorties de l’écran radar du gouvernement. (Mais pas les fonds de développement pour ces 644 villages. Qu’advient-il de cette petite mine d’or ?) Beaucoup d’entre eux ont fait leur chemin vers l’Andhra Pradesh et l’Orissa où ils migraient d’habitude pour travailler comme contractuels durant la basse saison de la cueillette. Mais des dizaines de milliers ont fui dans la forêt, où ils vivent encore, sans abri, revenant dans leurs champs et leurs maisons uniquement dans la journée.

Dans le sillage de la Salwa Judum, un essaim de commissariats et de camps sont apparus. L’idée était de fourni un tapis de sécurité pour une ‘réoccupation rampante’ du territoire contrôlé par les maoïstes. La supposition était que les maoïstes n’oseraient pas attaquer une si grande concentration de forces de sécurité. Les maoïstes pour leur part, ont réalisé que s’ils ne brisaient pas ce tapis de sécurité, cela reviendrait à abandonner le peuple dont ils avaient gagné la confiance et avec qui ils avaient vécu et travaillé durant 25 ans. Ils ont contre-attaqué par une série d’attaques au cœur du dispositif de sécurité.

Le 26 janvier 2006, la PLGA a attaqué un camp de police de Gangalaur et a tué sept personnes. Le 17 juillet 2006, le camp de Salwa Judum à Erabar a été attaqué, vingt personnes ont été tuées et 150 blessées. (On a pu lire à ce sujet : « Les maoïstes ont attaqué un camp d’assistance créé par le gouvernement d’état pour fournir un abri aux villageois qui avaient fui leur village à cause de la terreur déchaînée par les naxalites ») Le 13 décembre, ils ont attaqué le camp ‘d’assistance’ de Basaguda et ont tué trois SPO et un agent de police. Le 15 mars 2007 est venue la plus audacieuse d’entre elles. 120 guérilleros de la PLGA ont attaqué la Rani Bodili Kanya Ashram, un foyer de filles qui avait été converti en caserne pour 80 policiers du Chhattisgarh (et SPO) pendant que les filles y vivaient encore comme boucliers humains. La PLGA a pénétré l’enceinte, a barré l’annexe où vivait les filles et ont attaqué la caserne. 55 policiers et SPO ont été tués. Aucune des filles n’a été blessée. (Le commissaire de police franc de Dantewara m’avait montré sa présentation Power Point avec des photos horribles des brûlés, les corps éventrés des policiers au milieu des ruines de l’immeuble scolaire explosé. Elles étaient si macabres, il était impossible de ne pas détourner le regard. Il semblé content de ma réaction).

L’attaque de Rani Bodili a causé un tumulte dans le pays. Les organisations pour les Droits de l’Homme ont condamné les maoïstes, pas seulement pour leur violence, mais également pour être anti-éducation et pour attaquer les écoles. Mais dans le Dandakaranya, l’attaque de Rani Bodili est devenue une légende : des chansons, des poèmes et des pièces ont été écrites à son sujet.

La contre-offensive maoïste a brisé le tapis de sécurité et a donné un répit à la population. La police et la Salwa Judum se sont retirées dans leurs camps, desquels elles émergent maintenant - habituellement dans le milieu de la nuit - seulement en paquets de 300 ou 1.000 pour mener des opérations Cordon et Recherche dans les villages. Graduellement, excepté les SPO et leurs familles, le reste des gens dans les camps de la Salwa Judum ont commencé à retourner dans leurs villages. Les maoïstes les ont accueillis et ont annoncé que même les SPO pouvaient revenir s’ils regrettaient sincèrement et publiquement leurs actions. Les jeunes gens ont commencé à affluer à la PLGA (La PLGA a été officiellement constituée en décembre 2000). Ces trente dernières années, ses brigades armées se sont très graduellement étendues en sections, les sections ont grandi en pelotons et les pelotons en compagnies. Mais après les ravages de la Salwa Judum, la PLGA a été rapidement capable de déclarer une force de bataillon.

La Salwa Judum n’avait pas simplement échoué, elle s’était gravement retournée.

Comme nous le savons maintenant, ce n’était pas juste une opération locale d’un petit loubard. Sans tenir compte du double discours dans la presse, la Salwa Judum était une opération conjointe par le gouvernement de l’Etat du Chhattisgarh et du Parti du Congrès qui était au pouvoir à l’Etat central. Elle n’avait pas le droit d’échouer. Pas alors que tous ces MOU étaient en attente, comme le flétrissement d’espoirs sur le marché du mariage. Le Gouvernement subissait une pression terrible pour présenter un nouveau plan. Il est venu avec l’Opération Green Hunt. Les SPO de la Salwa Judum sont maintenant appelé Commandos Koya. Il a déployé la Chhattisgarh Armed Force (CAF - Force Armée du Chhattisgarh), la Central Reserve Police Force (CRPF  ), la Border Security Force (BSF - Force de Sécurité Frontalière), la Indo-Tibetan Border Police (ITBP - Police Frontalière Indo-Tibétaine), la Central Industrial Security Force (CISF - Force Centrale de Sécurité Industrielle), les Grey Hounds, les Scorpions, les Cobras. Et une police affectueusement appelée WHAM - Winning Hearts and Arms (Gagnant les Cœurs et les Esprits) Les guerres importantes sont souvent livrées dans des endroits improbables. Le capitalisme de libre marché a battu le communisme soviétique dans les montagnes lugubres d’Afghanistan. Ici, dans les forêts de Dantewara, une bataille fait fureur pour l’âme de l’Inde. Beaucoup de choses ont été dites à propos de l’aggravation de la crise dans la démocratie indienne et la complicité entre les grandes entreprises, les partis politiques principaux et l’établissement de sécurité. Si quelqu’un veut faire une vérification par sondage, Dantewara est le lieu où aller.

Une ébauche de rapport sur les Relations Agraires de l’Etat et la Tâche Inachevée de la Réforme de la Terre (Volume 1) a dit que Tata Steel et Essar Steel étaient les premiers financiers de la Salwa Judum. Vu que c’était un Rapport du Gouvernement, il a créé une vague quand il a été dévoilé à la presse. (Le fait a été par la suite exclu du rapport final. Etait-ce une erreur sincère, ou quelqu’un a-t-il reçu une gentille petite tape de fer sur l’épaule ?)

Le 12 octobre 2009, l’audience publique obligatoire pour l’aciérie Tata, sensée se tenir à Lohandigua où les locaux auraient pu aller, a en fait eu lieu dans une petite salle a l’intérieur du Collectorat de Jagdalpur, éloigné de plusieurs miles et avec un cordon massif de sécurité. Un public loué de cinquante tribaux a été amené dans un convoi escorté de jeeps du gouvernement. Après la réunion, le Percepteur du District a félicité ‘le peuple de Lohandiguda’ pour sa coopération. Les journaux locaux ont rapporté le mensonge, même s’ils savaient. (Les publicités ont afflué) Malgré les objections des villageois, l’acquisition de la terre pour le projet a commencé.

Les maoïstes ne sont pas les seuls à chercher à renverser l’Etat indien. Il a déjà été renversé plusieurs fois, par le fondamentalisme hindou et le totalitarisme économique.

Lohandiguda, un trajet de cinq heures depuis Dantewara, n’a jamais été une région naxalite. Mais maintenant, elle l’est. La Camarade Joori qui était assise à côté de moi pendant que je mangeais le thé et le chutney, travaille dans la région. Elle a dit qu’ils avaient décidé d’y entrer après que des tags aient commencé à apparaître sur les murs des maoïstes des villages, disant Naxali Ao, Hamein Bachao (Naxalites, venez et sauvez-nous !) Il y a quelques mois, Vimal Meshram, Président du panchayat (gouvernement local) du village était abattu au marché. « C’était un homme de Tata » dit Joori « Il obligeait les gens à laisser tomber leur terre et à accepter la compensation. C’est bien qu’il ait été tué Nous avons aussi perdu un camarade. Ils l’ont abattu. T’veux un peu plus de chapoli ? » Elle a seulement vingt ans. « Nous ne laisserons pas Tata venir ici. Le peuple ne les veut pas. » Joori n’est pas de la PLGA. Elle est dans la Chetna Natya Manch, l’aile culturelle du Parti. Elle chante. Elle écrit des chansons. Elle vient de Abhumad. (Elle est mariée avec le Camarade Madhav. Elle est tombée amoureuse de ses chants quand il a visité son village avec une troupe de la CNM.

A ce stade, je sens que je devrais dire quelque chose. A propos de la futilité de la violence, à propos du caractère inacceptable des exécutions sommaires. Mais que devrais-je suggérer de faire ? Aller en justice ? Faire un sit-in à Jantar Mantar, à New Delhi ? Une manifestation ? Un relais de grève de la faim ? Cela semble ridicule. On devrait demander aux organisateurs de la Nouvelle Politique Economique - qui trouvent si facile de dire « Il n’y a Pas d’Alternative » - de suggérer une Politique de Résistance alternative. Une qui soit spécifique, à ces gens spécifiques, dans cette forêt spécifique. Ici. Maintenant. Pour quel parti voteraient-ils ? Quelle institution démocratique de ce pays aborderaient-ils ? A quelle porte Narmada Bachaor Andolan n’a-t-il pas frappé durant ces années et ces années où il a combattu contre les Grands Barrages de Narmada ? Il fait noir. Il y a beaucoup d’activité dans le camp, mais je ne peux rien voir. Juste des points de lumière qui bougent. Il est difficile de dire si ce sont des étoiles, ou des lucioles, ou des maoïstes en mouvement. Le petit Mangtu apparaît de nulle part. Je découvre qu’il fait partie d’un groupe de dix enfants du premier lot de la Young Communist Mobile School (Ecole Mobile des Jeunes Communistes) à qui l’on apprend à lire et à écrire, et les principes de base du communisme. (« Endoctrinement des jeunes esprits ! » hurle notre entreprise médiatique. Les publicités à la TV qui lavent le cerveau des enfants avant même qu’ils ne puissent penser, n’étant pas vue comme une forme d’endoctrinement) Les jeunes communistes ne sont pas autorisés à porter des fusils ou des uniformes. Mais ils suivent les bataillons de la PGLA avec des étoiles dans les yeux, comme des groupies d’un groupe de rock.

Mangtu m’a adoptée avec un doux air de propriétaire. Il a rempli ma bouteille d’eau et dit que je devrais faire mon sac. Un coup de sifflet. La tente bleue jhilli est démantelée et repliée en cinq minutes. Un autre coup de sifflet et toute la centaine de camarades se met en ligne. Cinq rangs. Le Camarade Raju est le Directeur des Opérations. Il y a un appel. Je suis dans la file aussi, criant mon numéro quand la Camarade Kamla, qui est en face de moi, me le souffle. (Nous comptons jusque vingt et puis recommençons à un, parce que les Gonds ne peuvent compter que jusque là. Vingt, c’est assez pour eux. Peut-être devrait-ce être assez pour nous aussi.) Chandu est en treillis maintenant et porte une mitraillette Sten. D’une voix grave, le Camarade Raju briefe le groupe. Tout est en Gondi, je n’y comprends rien, mais j’entends continuellement le mot RV. Plus tard, Raju me dit qu’il veut dire Rendez-vous. C’et maintenant un mont Gondi. « Nous faisons des points RV de telle manière que si nous sommes sous le feu et que les gens doivent se disperser, ils savent où se regrouper ». Il lui est impossible de savoir le type de panique que cela provoque en moi. Pas parce que j’ai peur qu’on me tire dessus, mais parce que j’ai peur d’être perdue. Je suis une dyslexique directionnelle, capable de me perdre entre ma chambre et ma salle de bain. Que ferai-je dans 60.000 kilomètres carrés de forêt ? Contre vents et marées, je m’accrocherai au pallu [24] du Camarade Raju. Avant que nous ne commencions à marcher, le Camarade Venu vient vers moi « Okay Camarade. Je prends congé de toi ». Je suis décontenancée. Il a l’air d’un petit moustique avec un capuchon de laine et des sandales, entouré par ses gardes du corps, trois femmes, trois hommes. Lourdement armés. « Nous te sommes très reconnaissants camarade, d’avoir fait tout le chemin jusqu’ici » dit-il. Une fois encore, la poignée de main, le poing serré. « Lal Salaam Camarade ». Il disparait dans la forêt, le Gardien des Clés. Et en un moment, c’est comme s’il n’avait jamais été là. Je me sens un peu dépossédée. Mais j’ai des heures d’enregistrement à écouter. Et comme les jours se transforment en semaines, je vais rencontrer beaucoup de gens pour remplir de couleurs et de détails la grille qu’il a dessinée pour moi. Nous commençons à marcher dans la direction opposée. Le Camarade Raju, sentant l’iodex à un mile à la ronde, dit avec un sourire joyeux « Mes genoux sont finis. Je ne peux marcher que si j’ai pris une poignée d’anti-douleurs ».

Le Camarade Raju parle parfaitement l’hindou et a une façon pince-sans-rire de raconter les histoires les plus drôles. Il a travaillé comme avocat à Raipur durant 18 ans. Tant lui que sa femme, Malti, étaient membres du Parti et faisaient partie de son réseau dans la ville. A la fin de 2007, l’une des personnes clé du réseau de Raipur a été arrêtée, torturée et finalement transformée en informateur. Elle a été conduite dans Raipur dans un véhicule de police fermé et a dû désigner ses anciens collègues. La Camarade Malti était l’un d’eux. Le 22 janvier 2008, elle a été arrêtée avec d’autres. L’accusation principale contre elle est qu’elle a envoyé des CD contenant des preuves vidéos des atrocités de la Salwa Judum à plusieurs membres du Parlement. Son affaire ne vient que rarement à l’audience parce que la police sait que son cas est très léger. Mais la nouvelle Chhattisgarh Special Public Security Act (CSPSA - Loi Spéciale de Sécurité Publique du Chhattisgarh) autorise la police à le retenir sans caution durant plusieurs années. « Maintenant, le Gouvernement a déployé plusieurs bataillons de la police du Chhattisgarh pour protéger les pauvres membres du Parlement de leur propre courrier » dit le Camarade Raju. Lui ne s’est pas fait arrêter parce qu’à ce moment là, il était à Dandakoranya, où il assistait à une réunion. Il y est resté depuis. Ses deux enfants en âge scolaire qui étaient restés seuls à la maison ont été abondamment interrogés par la police. Finalement, ils ont fait leurs bagages et sont partis vivre chez un oncle. Le Camarade Raju n’a reçu de leurs nouvelles pour la première fois il y a seulement quelques semaines. Qu’est-ce qui lui donne cette force, cette capacité à garder son humour acide ? Qu’est-ce qui les fait tous avancer, malgré tout ce qu’ils ont enduré ? Leur confiance et leur espoir - et l’amour - dans le Parti. Je le rencontre encore et encore, de façon plus profonde et plus personnelle.

Nous avançons maintenant en une seule file. Moi et une centaine d’insurgés ‘stupidement violents’ et avides de sang. J’ai regardé le camp avant que nous ne le quittions. Il n’y a aucun signe que pratiquement cent personnes ont campé ici, excepté quelques cendres là où se trouvaient les feux. Je ne peux pas croire cette armée. En ce qui concerne la consommation, elle est plus de Gandhi que tout partisan de Gandhi, et a une empreinte carbone plus légère que n’importe quel évangéliste du changement climatique. Mais pour l’instant, elle a même une approche ‘gandhienne’ du sabotage ; avant qu’un véhicule de police ne soit brûlé, par exemple, il est déshabillé et chaque partie est cannibalisée. Le volant est redressé et transformé en canon, la garniture intérieure en rexine est enlevée et utilisée comme petits sacs à munitions, la batterie pour la charge d’énergie solaire. (Les nouvelles instructions du haut commandement sont que les véhicules capturés doivent être enterrés et non brûlés. De cette manière, ils peuvent être ressuscités quand on en a besoin). Je me demande si je devrais écrire une pièce de théâtre - Gandhi Prend Ton Fusil. Ou serai-je lynchée ?

Nous marchons dans le noir et dans un silence de mort. Je suis la seule qui utilise une lampe électrique, pointée vers le bas et donc tout ce que je peux voir dans son cercle de lumière, ce sont les talons nus de la Camarade Kamla dans ses sandales noires éraflées, me montrant exactement où je dois mettre mes pieds. Elle transporte dix fois plus de poids que moi. Son sac à dos, un fusil, un énorme sac de provisions sur sa tête, un des grands plats de cuisine et deux sacs en bandoulière remplis de légumes. Le sac sur sa tête est parfaitement équilibré et elle peut descendre des pentes et des chemins de pierres glissants sans même le toucher. Elle est un miracle. Cela s’avère être une longue marche. Je suis reconnaissante à la leçon d’histoire parce qu’en plus de tout le reste, elle a donné du repos à mes pieds durant toute une journée. (C’est la plus belle chose que de marcher dans la forêt pendant la nuit. Et je vais le faire nuit après nuit).

Nous nous rendons à une célébration pour le centenaire de la rébellion du Bhumkal en 1910 durant laquelle les Koyas se sont soulevés contre les Britanniques. Bhumkal signifie tremblement de terre. Le Camarde Raju dit que les gens marcherons pendant des jours ensemble pour venir à la célébration. La forêt doit être remplie de gens en mouvement. Il y a des célébrations dans toutes les divisions du DK. Nous sommes privilégiés parce que le Camarade Leng, le Maître de Cérémonie, marche avec nous. En Gondi, Leng signifie ‘la voix’.

Le Camarade Leng est un grand homme d’âge moyen originaire de l’Andhra Pradesh, un collègue du chanteur-poète légendaire et bien aimé Gadar, qui a fondé l’organisation culturelle radicale Jan Natya Manch (JNM) en 1972. Finalement, JNM est devenu une partie officielle de la PWG et dans l’Andhra Pradesh pouvait attirer des foules de dizaine de milliers de personnes. Le Camarade Leng s’est joint en 1977 et est devenu un célèbre chanteur dans son propre droit. Il a vécu à Andhra durant la pire répression, l’ère des ‘combats’ assassines dans lesquelles des amis mourraient pratiquement chaque jour. Il a lui-même été ramassé une nuit dans son lit d’hôpital, par une femme Commissaire de Police se faisant passer pour un médecin. Il a été amené dans la forêt à l’extérieur de Warangal pour être ‘combattu’. Mais par chance pour lui, dit le Camarade Leng, Gadar a appris la nouvelle et s’est arrangé pour donner l’alarme. Lorsque la PWG a décidé de commencer une organisation culturelle dans le DK en 1998, le Camarade Leng a été envoyé pour diriger le Chetana Natya Manch. Et il est ici maintenant, marchant avec moi, vêtu d’une chemise vert olive, et pour une raison quelconque, d’un pyjama mauve avec des lapins roses dessus. « Il y a 10.000 membres dans le CNM maintenant » m’a-t-il dit. « Nous avons 500 chansons, en Hindou, en Gondi, en Chhattisgarhi et en Halbi. Nous avons imprimé un livre avec 140 de nos chansons. Tout le monde en écrit ».

La première fois que je lui ai parlé, il semblait très sérieux, très tenace. Mais quelques jours plus tard, assis autour du feu, toujours avec son pyjama, il nous parle d’un réalisateur de film important et à succès de Tulugu (un ami à lui), qui joue toujours un naxalite dans ses propres films. « Je lui ai demandé » a dit le Camarade Leng dans son Hindou teinté d’un agréable accent de Telugu « pourquoi penses-tu que les naxalites sont toujours comme ça ? » - et il a fait une caricature adroite d’un homme accroupi, trottant, semblant recherché, émergeant de la forêt avec un AK-47 et nous a fait hurler de rire.

Je ne suis pas sûre de savoir si je me réjouis des célébrations du Bhumkal. Je crains de voir des danses traditionnelles tribales teintées de propagande maoïste, des discours provoquant et rhétoriques et une assistance docile aux yeux vitreux. Nous arrivons sur le terrain assez tard dans la soirée. Un monument provisoire, un échafaudage de bambou enveloppé d’un drap rouge, a été érigé. Au sommet, au-dessus du marteau et de la faucille du Parti maoïste, se trouve l’arc et la flèche de la Janata Sarkar, enveloppés d’une feuille argentée. La hiérarchie appropriée. La scène est énorme, également provisoire, sur un échafaudage robuste recouvert par une épaisse couche de boue de plâtre. Il y a déjà de petits feux dispersés sur le terrain, les gens ont commencé à arriver et se cuisinent leur repas du soir. Ce ne sont que des silhouettes dans le noir. Nous faisons notre chemin à travers eux, (lalsalaam, lalsalaam, lalsalaam) et continuons durant environ 15 minutes avant de ré-entrer dans la forêt.

A notre nouveau terrain de camping, nous devons encore former les rangs. Un nouvel appel. Et puis les instructions pour les positions des sentinelles et les ‘arcs de tir’ - décisions de qui couvrira quelle zone dans l’éventualité d’une attaque policière. Des points RV sont à nouveau fixés.

Un détachement est arrivé en avance et a déjà préparé le souper. Pour le dessert, Kamla m’apporte une goyave sauvage qu’elle a cueilli pendant la marche et a gardé pour moi.

A l’aube, il y a le sentiment de plus en plus de gens qui se rassemblent pour la célébration du jour. Un bourdonnement d’excitation augmente. Des gens qui ne se sont pas vus depuis longtemps se retrouvent. On peut entendre le son des micros qui sont testés. Les drapeaux, les bannières, les affiches, les guirlandes se montent. Une affiche avec les photos des cinq personnes qui ont été tuées à Ongnaar le jour où nous sommes arrivés est apparue.

Je bois le thé avec les Camarades Narmada, Maase et Rupi. La Camarade Narmada parle des nombreuses années durant lesquelles elle a travaillé à Gadchiroli avant de devenir la dirigeante du Krantikari Adivasi Mahila Sanghatha (KAMS) du DK. Rupi et Maase ont été des militantes urbaines dans l’Andhra Pradesh et me racontent les longues années de lutte des femmes au sein du Parti, pas seulement pour leurs droits mais également pour que le Parti se rende compte que l’égalité entre les hommes et les femmes est centrale dans le rêve d’une société juste. Nous parlons des années 70 et des histoires des femmes au sein du mouvement naxalite qui étaient désillusionnées par les camarades masculins qui se croyaient grands révolutionnaires mais étaient entravés par le même vieux patriarcat, le même vieux chauvinisme. Maas dit que les choses ont beaucoup changé depuis lors, bien qu’ils aient encore un long chemin à faire. (Le Comité Central du Parti et le Bureau Politique ne comptent toujours pas de femmes). Aux alentours de midi, un autre contingent de la PLGA arrive. Celui-ci est dirigé par un homme grand, souple, avec un air gamin. Ce camarade a deux noms - Sukhdev et Gudsa Usendi - dont aucun n’est le sien. Sukhdev est le nom d’un camarade très aimé qui a été martyrisé. (Dans cette guerre, seuls les morts sont assez en sécurité pour utiliser leurs vrais noms) Comme pour Gudsa Usendi, beaucoup de camarades ont été Gudsa Usendi à un moment ou à un autre. (Il y a quelques mois, c’était la Camarade Raju) Gudsa Usendi est le nom du porte-parole du Parti pour le Dandakaranya. Ainsi même si Sukhdev passe le reste du voyage avec moi, je n’ai aucune idée de comment je pourrais le retrouver. Cependant, je reconnaîtrais son rire n’importe où. Il dit qu’il est venu dans le DK en 1988, quand la PWG a décidé d’envoyer un tiers de ses forces du Telengana Nord vers le DK. Il est joliment habillé, en ‘civil’ (Gondi pour ‘vêtements civils’) opposé à ‘l’habit’ (‘uniforme’ maoïste) et pourrait se faire passer pour un jeune cadre. Je lui demande pourquoi pas d’uniforme. Il dit qu’il a voyagé et qu’il revient juste de Keshkal Gats près de Kanker. Il y a des rapports de gisements de bauxite - trois millions de tonnes - sur lesquels une compagnie appelée Vedanta à un œil.

Bingo, dix sur dix pour mon instinct.

Sukhdev dit qu’il est allé là pour prendre la température du peuple. Pour voir s’il était préparé à se battre. « Ils veulent des brigades maintenant. Et des fusils ». Il penche la tête en arrière et se tord de rire. « Je leur ai dit que ce n’était pas si facile ». Grâce à ses brins perdus de conversation et la facilité avec laquelle il porte son AK-47, je peux dire qu’il est aussi très haut placé dans la PLGA.

La poste de la jungle arrive. Il y a un biscuit pour moi ! C’est de la part du Camarade Venu. Sur un minuscule morceau de papier, plié et replié, il a écrit les paroles d’une chanson qu’il avait promis de m’envoyer. La Camarade Narmada souri quand elle les lit. Elle connait cette histoire. Elle renvoie aux années 80, au moment où les gens ont commencé à faire confiance au Parti et à venir vers lui avec leurs problèmes - leurs ‘contradictions intimes’ comme les qualifie le Camarade Venu. Les femmes ont été parmi les premières à venir. Un soir, une vieille femme assise près du feu, s’est levée et a chanté une chanson pour le carnet Dada. C’était une Maadiya tribu indienne, parmi lesquels c’était une coutume pour les femmes d’enlever leur chemisier et de rester seins nus après s’être mariées.

Jumper polo intor Dada, Dakoniley

Taane tasom intor Dada, Dakoniley

Bata papam kitom Dada, Dakoniley

duniya kadile maata Dada, Dakoniley

Ils disent que nous ne pouvons pas garder nos chemisiers, dada, Dakoniley

Ils nous les font enlever, Dada,

De quelle manière avons-nous pêché, Dada,

Le monde change n’est-ce pas, Dada,

Aatum hatteke Dada, Dakoniley

Aada nanga dantom Dada, Dakoniley

Id pisval manni Dada, Dakoniley

Mava koyaturku vehat Dada, Dakoniley

Mais quand nous allons au marché Dada,

Nous devons y aller à moitié nues Dada,

Nous ne voulons pas cette vie Dada,

Dites cela à nos ancêtres Dada,

Ceci a été la première question féminine contre laquelle le Parti a décidé de faire campagne. Cela devait se faire délicatement, avec des instruments chirurgicaux. En 1986, il a mis en place le Adivasi Mahila Sanghathana (AMS) qui a évolué vers le Krantikari Adivasi Mahila Sanghatan (KAMS) et a aujourd’hui 90.000 membres enregistrés. Cela pourrait bien être la plus grande organisation de femmes du pays. (D’ailleurs, ils sont tous maoïstes, tous les 90.000. Seront-ils ‘ratissés’ ? Et qu’en est-il des 10.000 membres du CNM ? Eux aussi ?) Les campagnes du KAMS contre les traditions adivasis du mariage forcé et de l’enlèvement. Contre la coutume de faire vivre les femmes réglées en dehors du village dans une hutte dans la forêt. Contre la bigamie et la violence domestique. Il n’a pas gagné toutes ses batailles, mais quelles féministes les ont toutes gagnées ? Par exemple, encore aujourd’hui dans le Dandakaranya, les femmes ne sont pas autorisées à semer les graines. Dans les réunions du Parti, les hommes approuvent que c’est injuste et cela devrait être supprimé. Mais dans la pratique, ils ne l’autorisent simplement pas. Donc le Parti a décidé que les femmes allaient semer les graines sur les terres communes, qui appartiennent à la Janata Sarkar. Sur cette terre, elles sèment les graines, cultivent les légumes et construisent les barrages de retenue. Une demi victoire, pas une entière.

Comme la répression policière a grandi dans le Bastar, les femmes du KAMS sont devenues une force formidable et se rassemblent par centaines, parfois par milliers pour faire physiquement face à la police. Le simple fait que le KAMS existe a changé radicalement les attitudes traditionnelles et a diminué beaucoup des formes traditionnelles de discrimination contre les femmes. Pour de nombreuses jeunes femmes, rejoindre le Parti, en particulier la PLGA, est devenu une manière d’échapper à la suffocation de leur propre société. La Camarade Sushila, une ancienne titulaire de bureau de haut rang du KAMS parle à propos de la rage de la Salwa Judum contre les femmes KAMS. Elle dit qu’un de leurs slogans était Hum Do Bibi layenge ! Layenge ! (Nous aurons deux femmes ! Nous les aurons !) Un grand nombre de viols et de mutilations sexuelles bestiales étaient dirigés contre les membres des KAMS. Beaucoup de jeunes femmes qui ont été témoins de cette sauvagerie ont alors rejoint la PLGA et maintenant, les femmes constituent 45% de son cadre. La Camarade Narmada en envoie certains d’entre eux et nous rejoint de temps en temps.

La Camarade Rinki a les cheveux très courts. Un Bob-cut comme ils disent en Gondi. C’est courageux de sa part, parce qu’ici, ‘bob-cut’ signifie ‘maoïste’. Pour la police, c’est plus qu’assez comme preuve pour justifier une exécution sommaire. Le village de la Camarade Rinki, Korma, a été attaqué par le Bataillon Naga et la Salwa Judum en 2005. A ce moment là, Rinki faisait partie de la milice du village. Tout comme ses amis Lukki et Sukki, qui étaient également membres du KAMS. Après avoir brûlé le village, le Bataillon Naga a arrêté Lukki et Sukki et un autre fille, les ont violées collectivement et les ont tuées. « Ils les ont violées sur l’herbe », dit Rinki, « mais quand ça a été fini, il ne restait pas d’herbe ». C’était il y a des années maintenant, le Bataillon Naga est parti, mais la police vient toujours. « Ils viennent dès qu’ils ont besoin de femmes, ou de poulets ». Ajitha a aussi un bob-cut. La Judum est venue à Korseel, son village, et a tué trois personnes en les noyant. Ajitha était avec la milice et a suivi la Judum à distance jusqu’à un endroit proche du village appelé Paral Nar Todak. Elle les a regardés violer six femmes et tirer dans la gorge d’un homme.

La Camarade Laxmi, qui est une fille magnifique avec une longue tresse, me raconte qu’elle a regardé la Judum brûler trente maisons dans son village Jojar. « Nous n’avions pas d’armes alors » dit-elle « nous ne pouvions rien faire sauf regarder ». Elle a rejoint la PLGA juste après. Laxmi était une des 150 guérilleros qui ont marché à travers la jungle durant trois mois et demi en 2008, de Nayagarh dans l’Orissa, pour faire une descente dans un arsenal de la police où ils ont saisi 1.200 fusils et 200.000 cartouches.

La Camarade Sumitra a rejoint la PLGA en 2004, avant que la Salwa Judum ne commence à tout saccager. Elle dit qu’elle l’a rejointe parce qu’elle voulait s’enfuir de sa maison. « Les femmes sont contrôlées dans tous les sens » me dit-elle. « Dans notre village, les filles n’étaient pas autorisées à grimper dans les arbres et si elles le faisait, elles auraient à payer une amende de 500 roupies ou d’une poule. Si un homme frappe une femme et qu’elle le frappe en retour, elle doit donner une chèvre au village. Les hommes s’en vont ensemble dans les collines durant des mois pour chasser. Les femmes ne sont pas autorisées à s’y rendre, la meilleure partie de la viande est pour les hommes. Les femmes ne peuvent pas manger d’œufs ». Une bonne raison pour rejoindre une armée de guérilla ? Sumitra raconte l’histoire de deux de ses amies, Telam Parvati et Kamla qui travaillaient avec le KAMS. Telam Parvati venait du village de Polekaya dans le Bastar Sud. Comme tout le monde là, elle a aussi regardé la Salwa Judum brûler son village. Elle a alors rejoint la PLGA et est allée travailler sur les marches de Keshal. En 2009, elle et Kamla venaient juste de terminer d’organiser les célébrations de la journée des femmes du 8 mars dans la région. Elles étaient ensemble dans une petite hutte juste à l’extérieur d’un village appelé Vadgo. Durant la nuit, la police a encerclé la hutte et a commencé à tirer. Kamla a risposté mais a été tuée. Parvati s’est échappée, mais a été retrouvée et tuée le jour suivant. C’est ce qui est arrivé l’an dernier lors de la Journée des Femmes. Et voici un reportage de presse d’un journal national à propos de la Journée des Femmes cette année.

Les rebelles du Bastar se battent pour les droits des femmes, Sahar Khan, Mail Today, Raipur, 7 mars 2010. Le gouvernement peut avoir mis tous les stops pour combattre la menace maoïste dans le pays. Mais une section de rebelles du Chhattisgarh a des questions plus urgentes en main que la survie. Avec la Journée Internationale des Femmes au coin de la rue, les maoïstes de la région du Bastar ont appelé à une semaine de ‘célébrations’ pour préconiser les droits des femmes. Des affiches ont également été apposées à Bijapur, une partie du district de Bastar. L’appel de ces soi-disants champions des droits des femmes a laissé la police d’état étonnée. L’inspecteur général (IG) du Bastar T.J. Longkumer a dit « Je n’ai jamais vu un tel appel venant des naxalites, qui ne croient qu’à la violence et au carnage ».

Et puis le reportage continue en disant :

« Je pense que les maoïstes essayent de riposter à notre Jan Jagran Abhiyaan (campagne de sensibilisation de masse) très réussie. Nous avons commencé la campagne en cours avec l’objectif de gagner un soutien populaire pour l’Opération Green Hunt, qui a été lancée par la police pour déraciner les extrémistes d’extrême gauche » a dit l’IG.

Ce cocktail de méchanceté et d’ignorance n’est pas inhabituel. Gudsa Usendi, chroniqueur du Parti actuellement en sait plus à propos de ceci que la plupart des gens. Son petit ordinateur et son enregistreur MP3 sont remplis de déclarations de presse, de démentis, de corrections, de littérature du Parti, de listes des morts, de clips vidéos et audio et de matériel vidéo. « La pire chose en étant Gudsa Usendi » dit-il « est d’émettre des clarifications qui ne sont jamais publiées. Nous pourrions sortir un épais livre de nos clarifications non publiées, à propos des mensonges qu’ils disent à propos de nous ». Il parle sans trace d’indignation, en fait avec un certain amusement.

« Quelle est l’accusation la plus ridicule que vous avez dû nier ? »

Il réfléchi. « En 2007, nous avons dû sortir une déclaration disant « Nahi bhai, humney gai ko hathode say nahin mara » (Non frère, nous n’avons pas tué les vaches avec des marteaux). En 2007, le Gouvernement Raman Singh a annoncé un Gai Yojana (plan vache), une promesse électorale, une vache pour chaque Adivasi. Un jour, les chaînes de télévision et les journaux ont rapporté que les naxalites avaient attaqué un troupeau de vaches et les avaient matraquées à mort - avec des marteaux - parce qu’ils étaient anti-hindou, anti-BJP. On peut imaginer ce qui est arrivé. Nous avons sorti un démenti. Presque personne ne l’a reproduit. Plus tard, il s’est avéré que l’homme qui avait reçu les vaches pour les distribuer était une crapule. Il les a vendues et a dit que nous l’avion pris en embuscade et tué les vaches ».

Et la plus grave ?

« Oh, il y en a des douzaines. Ils mènent une campagne après tout. Quand la Salwa Judum a débuté, le premier jour, ils ont attaqué un village appelé Ambeli, l’ont brûlé et puis l’ensemble d’entre eux, les SPO, le Bataillon Naga, la police, a bougé vers Kotrapal... vous devez avoir entendu parler de Kotrapal ? C’est un célèbre village qui a été brûlé 22 fois pour avoir refusé de capituler. Quand la Judum a atteint Kotrapal, notre milice l’attendait. Ils avaient préparé une embuscade. Deux SPO sont morts. La milice en a capturé sept, le reste s’est enfui. Le lendemain, les journaux ont rapporté que les naxalites avaient massacré de pauvres Adivasis. Certains ont dit que nous en avions tué des centaines. Même un magazine honorable tel que ‘Frontline’ a dit que nous avions tué 18 adivasis innocents. Même K. Balagopal, le militant pour les droits humains, qui est habituellement méticuleux à propos des faits, a dit cela. Nous avons envoyé une clarification. Personne ne l’a publiée. Plus tard, dans son livre, Balagopal a reconnu son erreur ... Mais qui l’a noté ? »

J’ai demandé ce qui était arrivé aux sept personnes qui avaient été capturées.

« Le Comité Régional a appelé un Jan Adalat (Tribunal Populaire), 4.000 personnes y ont assisté. Ils ont écouté toute l’histoire. Deux des SPO ont été condamnés à mort. Cinq ont été avertis mais pas punis. Le peuple a décidé. Même avec des indicateurs - ce qui est en train de devenir actuellement un problème énorme - les gens ont écouté l’affaire, les histoires et les confessions et ont dit « Iska hum risk nahin le sakte » (Nous ne sommes pas prêts à prendre le risque de faire confiance à cette personne) ou « Iska risk hum lenge » (Nous sommes prêts à prendre le risque de faire confiance à cette personne). La presse parle toujours des informateurs qui sont tués. Jamais des nombreux que nous laissons partir. Jamais des gens que ces informateurs ont tués. Donc, tout le monde pense que c’est une procédure sanguinaire durant laquelle tout le monde est toujours tué. Cela n’est pas une revanche, cela concerne notre survie et la sauvegarde de nos vies futures. Bien sûr, il y a des problèmes, nous avons fait des erreurs terribles, nous avons même tué les mauvaises personnes dans nos embuscades, pensant que c’était des policiers, mais ce n’est pas la façon dans c’est raconté dans les médias ».

Les redoutés ‘Tribunaux Populaires’. Comment pouvons-nous les accepter ? Ou approuver cette forme de justice grossière ?

D’un autre côté, qu’en est-il des faux ‘combats’ et autres - la pire forme de justice sommaire - qui rapportent aux policiers et aux soldats des médailles de bravoures, des récompenses pécuniaires et des promotions de la part du gouvernement indien ? Au plus ils tuent, au plus ils sont récompensés. Ils sont appelés ‘Cœurs Courageux’, les ‘spécialistes des combats’. Nous sommes appelés ‘anti-nationaux’, ceux d’entre nous qui osent leur poser des questions. Qu’en est-il de la Cour Suprême qui a crânement admis ne pas avoir assez de preuves pour condamner Mohammed Afzal (accusé dans l’Attaque du Parlement en décembre 2001) à mort, mais l’a fait quand même, parce que ‘la conscience collective de la société ne sera satisfaite que si la peine capitale est décernée au coupable’.

Au moins, dans l’affaire du Kotrapal Jan Adalat, le collectif était physiquement présent pour prendre sa propre décision. Elle n’a pas été prise par des juges qui avaient perdu tout contact avec la vie ordinaire il y a très longtemps, supposant parler au nom d’un collectif absent. Je me demande ce que devrait avoir fait la population de Kotrapal ? Envoyé à la police ?

Le son des tambours est devenu vraiment fort. C’est l’heure de Bhumkal. Nous marchons vers le terrain. Je peux difficilement en croire mes yeux. Il y a une mer de gens, la plupart sauvages et beaux, vêtus des façons les plus fantaisistes et magnifiques. Les hommes semblent avoir fait beaucoup plus attention à eux-même que les femmes. Ils ont des coiffures à plumes et des tatouages peints sur leur visage. Beaucoup ont les yeux maquillés et les visages poudrés en blanc. Il y a beaucoup de miliciens, de filles en saris de couleurs à couper le souffle avec des fusils suspendus négligemment à leurs épaules. Il y a des vieux, des enfants et des arcs de guirlandes rouges à travers le ciel.

Le soleil est haut et vif. Le Camarade Leng parle. Ainsi que plusieurs titulaires de bureau des diverses Janatana Srakars. La Camarade Niti, une femme extraordinaire qui est avec le Parti depuis 1997, est une telle menace pour la nation, qu’en janvier 2007, plus de 700 policiers ont encerclé le village d’Innar parce qu’ils avaient entendu qu’elle était là. La Camarade Niti est considérée comme tellement dangereuse, et est chassée avec un tel désespoir, pas parce qu’elle a mené de nombreuses embuscades (ce qu’elle a fait), mais parce qu’elle est une femme adivasi aimée par les gens dans le village et est une réelle inspiration pour les jeunes. Elle parle avec son AK à l’épaule. (C’est un fusil qui a une histoire. Le fusil de pratiquement chacun a une histoire : à qui il a été saisi, comment, et par qui)

Une troupe CNM présente une pièce à propos du soulèvement de Bhumkal. Les méchants colonialistes blancs portent des chapeaux et des cheveux de paille dorée, et tyrannisent et frappent les adivasis comme plâtre - entraînant un délice sans fin dans le public. Une autre troupe venant du Gangalaur Sud présente un spectacle appelé Nitir Judum Pito (Histoire de la Chasse Sanguinaire). Joori traduit pour moi. C’est l’histoire de deux vieilles personnes qui s’en vont à la recherche du village de leur fille. Alors qu’ils marchent à travers la forêt, ils se perdent parce que tout est brûlé et méconnaissable. La Salwa Judum a même brûlé les tambours et les instruments de musique. Il n’y a pas de cendres parce qu’il a plu. Ils ne peuvent pas trouver leur fille. Dans son chagrin, le vieux couple commence à chanter, et les entendant, la voix de leur fille venant des ruines leur chante en retour : le bruit de notre village a été réduit au silence, chant-t-elle. Il n’y a plus de battement de riz, plus de rires. Plus d’oiseaux, plus de chèvres qui bêlent. La corde tendue de notre bonheur a été cassée net. Son père chante en retour : Ma fille magnifique, ne pleure pas aujourd’hui. Tous ceux qui naissent doivent mourir. Ces arbres autour de nous tomberons, les fleurs fleuriront et se flétriront, un jour ce monde vieillira. Mais pour qui mourons-nous ? Un jour, nos pillards apprendront, un jour la Vérité l’emportera, mais notre peuple ne t’oubliera jamais, pour des milliers d’années.

Quelques discours supplémentaires. Puis les tambours et des danses commencent. Chaque Janatana Sarkar a sa propre troupe. Chaque troupe a préparé sa propre danse. Elles arrivent une par une, avec d’énormes tambours et elles dansent des histoires sauvages. Le seul personnage que toutes les troupes ont en commun est Bad Mining Man, avec un casque et des lunettes sombres, qui fume habituellement une cigarette. Mais il n’y a rien de rigide ou de mécanique dans leurs danses. Comme elles dansent, la poussière s’élève. Le son des tambours devient assourdissant. Petit à petit, la foule commence à se balancer. Et puis elle commence à danser. Ils dansent en petite lignes de six ou sept, les hommes séparés des femmes, avec leur bras autour de la taille l’un de l’autre. Des milliers de gens. Ceci est ce pourquoi ils sont venus. Pour ça. La joie est prise très au sérieux ici, dans la forêt de Dandakaranya. Les gens marcheront des kilomètres, durant des jours ensemble pour fêter et chanter, pour mettre des plumes dans leurs turbans et des fleurs dans leurs cheveux, pour se serrer l’un l’autre dans les bras et boire la mahua [25] et danser toute la nuit. Personne ne chante ou ne danse tout seul. Ceci, plus que tout le reste, indique leur mépris vis à vis d’une civilisation qui cherche à les anéantir. Je ne peux pas croire que tout ceci se déroule sous le nez de la police. En plein milieu de l’Opération Green Hunt.

D’abord, les camarades de la PLGA regardent les danseurs, debout à côté de leurs fusils. Mais alors, un par un, comme des canards qui ne peuvent pas supporter de rester sur le bord et regarder les autres canards nager, ils entrent et commencent aussi à danser. Bientôt, il y a des lignes de danseurs vert olive, tourbillonnant avec toutes les autres couleurs. Et puis, alors que des sœurs et des frères, des parents et des enfants et des amis, qui ne se sont pas rencontrés depuis des mois, parfois des années, se rencontrent les uns les autres, les lignes se brisent et se reforment et le vert olive est réparti parmi les saris tourbillonnants et les fleurs, les tambours et les turbans. C’est sûrement une Armée Populaire. Pour l’instant, du moins. Et ce que le Président Mao a dit à propos des guérilleros étant le poisson, et la population l’eau dans laquelle ils nagent est, à ce moment, littéralement vrai.

Le Président Mao. Il est ici aussi. Un peu solitaire peut-être, mais présent. Il y a une photo de lui, sur un écran en toile rouge. Marx aussi. Et Charu Majumdar, le fondateur et le théoricien en chef du mouvement naxalite. Sa rhétorique acerbe fétichise la violence, le sang et le martyre, et emploie souvent un langage tellement grossier qu’il est presque génocidaire. Debout ici, le jour de Bhumkal, je ne peux m’empêcher de penser que son analyse, si vitale pour la structure de cette révolution, est si éloignée de son émotion et de sa texture. Quand il a dit que seule ‘une campagne d’anéantissement’ pourrait produire ‘le nouvelle homme qui défiera la mort et sera libre de toute pensée d’intérêt personnel’ - aurait-il pu imaginer que ce peuple ancien, dansant dans la nuit, serait celui sur les épaules duquel reposeraient ses rêves.

Cela rend un mauvais service à tout ce qui se déroule ici que la seule chose qui semble aller vers le monde extérieur est la rhétorique rigide et inflexible des idéologues d’un parti qui a évolué par rapport à son histoire problématique. Quand Charu Mazumdar a dit cette phrase célèbre « Le Président de la Chine est notre Président et le Chemin de la Chine est notre Chemin », il était prêt à l’étendre juqu’au point où les naxalites sont restés silencieux pendant que le général Yahya Khan a commis un génocide dans l’est du Pakistan (Bengladesh) parce qu’à ce moment, la Chine était un allié du Pakistan.

Il y avait le silence aussi sur le Khmers Rouges et leurs champs de mort au Cambodge. Il y avait eu le silence sur les excès énormes des Révolutions chinoise et russe. Silence sur le Tibet. Au sein du mouvement naxalite aussi, il y a eu des excès violents et nombre de choses qu’ils ont faites sont impossible à défendre. Mais on peut comparer tout ce qu’ils ont fait avec les réalisations sordides du Congrès et du BJP dans le Bunjab, le Cachemire, Delhi, Mumbai, Gujarat,... Et cependant, malgré ces contradictions terrifiantes, Charu Mazumdar était un visionnaire dans beaucoup de ce qu’il a dit et écrit. Le parti qu’il a créé (et ses nombreux groupes dissidents) a gardé présent et réel le rêve de la Révolution en Inde. Imaginez une société sans ce rêve. Rien que pour ça, nous ne pouvons pas le juger trop sévèrement. Particulièrement pas pendant que nous nous emmaillotons nous-mêmes avec l’hypocrisie pieuse de Gandhi à propos de la supériorité de la ‘manière non violente’ et sa notion de curatelle. « L’homme riche gardera la possession de sa richesse, dont il utilisera ce dont il a nécessairement besoin pour ses besoins personnelles et agira en tant que fiduciaire pour que le reste soit utilisé pour le bien de la société ». Comme il est étrange cependant, que les tsars contemporains de l’Establishment indien - l’Etat qui a écrasé les naxalites si impitoyablement - doivent maintenant dire ce que Charu Mazumdar a dit il y a si longtemps : le chemin de la Chine est notre chemin.

A l’envers, la tête en bas.

Le chemin de la Chine a changé. La Chine est devenue une puissance impérialiste maintenant, rongeant les ressources d’autres pays et d’autres populations. Mais le Parti est toujours debout, simplement, le Parti a changé d’avis.

Quand le Parti est un soupirant (comme il l’est maintenant dans le Dandakaranya) courtisant la population, attentif à chacun de ses besoins, alors il est sincèrement un Parti Populaire, son armée authentiquement une Armée Populaire. Mais après la Révolution, cette histoire d’amour peut si facilement se transformer en mariage amer. L’Armée Populaire peut tellement facilement se retourner sur le peuple. Aujourd’hui, dans le Dandakaranya, le Parti veut garder la bauxite dans les montagnes. Demain, changera-t-il d’avis ? Mais pouvons-nous, devons-nous laisser les inquiétudes à propos du futur nous immobiliser pour le présent ?

Les danses continueront toute la nuit. Je retourne en marchant au camp. Maase est là, réveillée. Nous discutons tard dans la nuit. Je lui donne mon exemplaire des ‘Neruda’s Captain’s Verses (Vers du Capitaine Neruda) (Je l’avais prise avec, juste au cas où). Elle demande encore et encore « Que pensent-ils de nous à l’extérieur ? Que disent les étudiants ? Raconte-moi le mouvement des femmes, quelles sont les grandes questions maintenant ? » Elle me pose des questions sur moi, mes écrits. J’essaye et lui donne un compte-rendu honnête de mon chaos. Puis, elle commence à me parler d’elle, de comment elle a rejoint le Parti. Elle me raconte que son partenaire a été tué en mai dernier, dans un faux combat. Il a été arrêté à Nashik et emmené à Warangal pour être tué. « Ils doivent l’avoir sérieusement torturé ». Elle était en route pour aller le retrouver quand elle a entendu qu’il avait été arrêté. Elle est restée dans la forêt depuis lors. Après un long silence, elle me raconte qu’elle a été mariée une fois avant, il y a des années. « Il a aussi été tué dans un combat » dit-elle et ajoute avec une exactitude à briser le cœur « mais dans un vrai ».

Je suis couchée éveillée sur mon jhilli, pensant à la tristesse prolongée de Maase, écoutant les tambours et les sons de la joie prolongée sur le terrain et pensant à propos de l’idée de Charu Mazumdar de guerre prolongée, précepte central du Parti maoïste. C’est ce qui fait que les gens pensent que l’offre d’entrer dans des ‘dialogues de paix’ des maoïstes est un canular, une ruse pour obtenir un répit pour se regrouper, se ré-armer et retourner mener la guerre prolongée. Qu’est-ce que la guerre prolongée ? Est-ce une chose terrible en soi, ou dépend-elle de la nature de la guerre ? Qu’en serait-il des gens ici dans le Dandakaranya s’ils n’avaient pas mené leur guerre prolongée ces trente dernières années, où seraient-ils maintenant ?

Et les maoïstes sont-ils les seuls à croire à la guerre prolongée ? Pratiquement dès le moment où l’Inde est devenue une nation souveraine, elle s’est transformée en puissance coloniale, annexant des territoires, menant la guerre. Elle n’a jamais hésité à faire usage des interventions militaires pour aborder les problèmes politiques - Cachemire, Hyderabad, Goa, Nagaland, Manipur, Telengana, Assam, Punjab, le soulèvement naxalite au Bengale occidental, Bihar, Andhra Pradesh et maintenant à travers les régions tribales de l’Inde centrale. Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées impunément, des centaines de milliers torturées. Tout ceci derrière le masque bienveillant de la démocratie. Contre qui ces guerres sont-elles menées ? Contre les musulmans, les chrétiens, les sikhs, les communistes, les dalits, les tribaux et plus que tout contre les pauvres qui osent interroger leur sort au lieu d’accepter les miettes qui leur sont lancées. Il est difficile de ne pas voir l’Etat indien comme étant essentiellement un Etat hindou de caste supérieure (sans tenir compte de quel parti est au pouvoir) qui entretient une hostilité réfléchie vis à vis de ‘l’autre’. Quelqu’un qui, à la vraie mode coloniale, envoie les Nagas et les Mizos pour se battre dans le Chhattisgarh, les Sikhs dans le Cachemire, les Cachemiris dans l’Orissa, les Tamilians dans l’Assam, etc. Si cela n’est pas la guerre prolongée, qu’est-ce ?

Pensées déplaisantes durant une nuit étoilée magnifique. Sukhdev se sourit à lui-même, son visage éclairé par son écran d’ordinateur. C’est un bourreau fou de travail. Je lui demande ce qui est drôle. « J’étais en train de penser aux journalistes qui étaient venus l’an dernier aux célébrations de Bhumkal. Ils sont venu un jour ou deux. L’un d’eux a posé avec mon AK, s’est fait photographié et puis est reparti et nous a appelé Machines à Tuer ou quelque chose comme ça ». Les danses ne se sont pas arrêtées et il fait jour. Les lignes continuent encore, des centaines de jeunes gens dansent encore. « Ils ne s’arrêteront pas » dit le Camarade Raju « pas avant que nous commencions à plier bagages ».

Sur le terrain, je cours vers le Camarade médecin. Il a fait fonctionner un petit camp médical au bord de la piste de danse. Je veux embrasser ses grosses joues. Pourquoi ne peut-il pas être au moins trente personnes au lieu d’une ? Pourquoi ne peut-il pas être des milliers de gens ? Je lui demande à quoi elle ressemble, la santé du Dandakaranya. Sa réponse me glace le sang. La plupart des gens qu’il a vu, dit-il, y compris ceux de la PLGA, ont un taux d’hémoglobine entre 5 et 6 (alors que le taux standard des femmes indiennes est de 11). Il y a la tuberculose, causée par plus de deux années d’anémie chronique. Les jeunes enfants souffrent d’une malnutrition protéino-énergétique au stade deux, appelée en termes médicaux Kwashiarkar (Je l’ai cherché plus tard. C’est un mot dérivé du langage Ga de la région côtière du Ghana et qui signifie ‘la maladie que l’enfant attrape quand le nouveau bébé arrive’. En fait, le vieux bébé ne reçoit plus le lait maternel, et il n’y a pas assez de nourriture pour fournir sa nutrition). C’est une épidémie ici, comme au Biafra, dit le Camarade médecin. « J’ai travaillé dans des villages avant, mais je n’ai jamais rien vu de tel ».

A côté de cela, il y a la malaria, l’ostéoporose, le ver solitaire, de graves infections de l’oreille et des dents et l’aménorrhée précoce - ce qui arrive quand la malnutrition durant la puberté entraîne la disparition du cycle menstruel de la femme, ou fait qu’il n’apparaît jamais en premier lieu. « Il n’y a aucune clinique dans cette forêt, excepté une ou deux à Gadchiroli. Aucun médecin. Aucun médicament ».

Il part maintenant, avec sa petite équipe, pour un trek de huit jours jusqu’à Abhujmad. Il est en ‘habit’ aussi, le Camarade médecin. Donc, s’ils le trouvent, ils le tueront.

Le Camarade Raju dit qu’il n’est pas sûr de continuer à camper ici. Nous devons bouger. Quitter Bhumkal implique beaucoup d’adieux étalés dans le temps.

Lal lal salaam, Lal lal salaam.

Jaane waley Sathiyon ko Lal Lal Salaam (Salut Rouge aux camarades sur le départ)

Phir milenge, Phir milenge

Dandakaranya jungle mein phir milenge

Nous nous rencontrerons encore, un jour, dans la Forêt de Dandakaranya. La cérémonie d’arrivée et de départ ne sont jamais prises à la légère, parce que tout le monde sait que quand il dit « nous nous reverrons encore », il veut en fait dire « nous pourrions ne jamais nous revoir ». La Camarade Narmada, la Camarade Maase et la Camarade Roopi prennent des chemins séparés. Les verrai-je encore un jour ?

Donc une fois encore, nous marchons. Il fait plus chaud chaque jour. Kamla cueille le premier fruit de tendu pour moi. Il goûte le sapodilla. Je suis devenue mordue du tamarin. Cette fois, nous campons près d’un ruisseau. Les femmes et les hommes se lavent tour à tour en lot. Durant la soirée, la Camarade Raju reçoit un paquet entier de ‘biscuits’. Nouvelles :

60 personnes arrêtées dans la Division de Manpur à la fin de janvier 2010 n’ont toujours pas comparu au Tribunal.

D’énormes contingents de police sont arrivés dans le Bastar Sud. Des attaques au hasard ont lieu.

Le 8 novembre 2009, dans le village de Kachlaram, Bijapur Jila, Dirko Madka (60 ans) et Kovasi Suklu (68) ont été tués.

Le 24 novembre, Madavi Baman (15) a été tué dans le village de Pangodi.

Le 3 décembre, Madavi Budram de Korenjad également tué.

Le 11 décembre, village de Gumiapal, Division de Darba, 7 personnes tuées (noms encore à venir).

Le 15 décembre, village de Kotrapal, Veko Sombar et Madavi Matti (tous les deux des KAMS) tués.

Le 30 décembre, village de Vechapal, Poonem Pandu et Poonem Motu (père et fils) tués.

En janvier 2010 (date inconnue), Chef de la Janatana Sarkar du village de Kaika, Gangalaur tué.

Le 9 janvier, 4 personnes tuées dans le village de Surpangooden, Région de Jagargonda.

Le 10 janvier, 3 personnes tuées dans le village de Pullem Pulladi (pas encore de noms).

Le 25 janvier, 7 personnes tuées dans le village de Takilod, Région d’Indrivadi.

Le 10 février (Jour de Bhumkal) Kumli violée et tuée dans le village de Dumnaar, Abhujmad. Elle venait d’un village appelé Paiver.

2.000 hommes de troupe de la Indo Tibetan Border Patrol (ITBP - Patrouille Frontalière Indo-Tibétaine) sont campés dans les forêts de Rajnandgaan.

5.000 hommes supplémentaires de la BSF sont arrivés à Kanker.

Et puis :

Quota PLGA rempli

Quelques anciens journaux sont également arrivés. Il y a beaucoup de presse à propos des naxalites. Un titre perçant résume parfaitement le climat politique : Khadedo, Maaro, Samarpan Karao (Eliminer, Tuer, Les faire Capituler). En dessous de ça : Varta ke liye loktantra ka dwar khula hai (La porte de la démocratie est toujours ouverte aux discussions). Un deuxième dit que les maoïstes font pousser du cannabis pour se faire de l’argent. L’éditorial du troisième dit que la région dans laquelle nous avons campé et marché est totalement sous contrôle policier.

Les jeunes communistes prennent les extraits pour s’entraîner à lire. Ils marchent autour du camp en lisant très haut les articles anti-maoïstes avec des voix de présentateurs radio. Nouveau jour. Nouveau lieu. Nous sommes stationnés dans la banlieue du village d’Usir, sous d’énormes arbres mahua. Le mahua vient juste de commencer à fleurir et laisse tomber ses pâles fleurs vertes comme des bijoux sur le sol de la forêt. L’air est baigné de son odeur légèrement capiteuse. Nous attendons les enfants de l’école de Bhatpal qui a été fermée après le ‘combat’ d’Ongaar. Elle a été transformée en camp de police. Les enfants ont été renvoyés chez eux. Ceci est aussi vrai pour les écoles de Nelwad, Moojmetta, Edka, Vedomakot et Dhanora.

Les enfants de l’école de Bhatpal ne se montrent pas.

La Camarade Niti (la plus recherchée) et le Camarade Vinod nous mènent dans une longue marche pour voir les séries de structures pour récolter l’eau et les étangs d’irrigation qui ont été construits par la Janatana Sarkar locale. La Camarade Niti parle de l’éventail des problèmes agricoles qu’ils doivent gérer. Seuls 2% de la terre sont irrigués. A Abhujmad, le labour était impensable jusqu’à il y a 10 ans. De l’autre côté de Gadricholi, les graines hybrides et les pesticides chimiques font tout doucement leur chemin. « Nous avons besoin de gens qui connaissent les graines, les pesticides organiques, la permaculture. Avec un peu d’aide, nous pourrions faire beaucoup ».

Le Camarade Ramu est le fermier en charge de la région de la Janatana Sarkar. Il nous montre fièrement les champs, où ils cultivent le riz, l’aubergine, le gongura, l’oignon, le kohlrabi. Puis avec la même fierté, un énorme, mais totalement sec, étang d’irrigation. Qu’est-ce que c’est ? « Celui-ci n’a même pas d’eau durant la saison des pluies. Il est creusé au mauvais endroit » dit-il, un sourire enveloppant son visage, « ce n’est pas le nôtre, il a été creusé par la Lotti Sarkar » (Le Gouvernement qui Pille). Il y a deux systèmes de gouvernement parallèles ici, Janatana Sarkar et Looti Sarkar. Je pense à ce que le Camarade Venu m’a dit : Ils veulent nous écraser, pas seulement à cause des minéraux, mais parce que nous proposons un modèle alternatif au monde.

Cette idée de Gram Swaraj avec ‘un Fusil n’est pas encore une Alternative’. Il y a trop de famine, trop de maladie ici. Mais elle a certainement créé les possibilités pour une alternative. Pas pour le monde entier, pas pour l’Alaska, ou New Delhi, ou même peut-être pour l’ensemble du Chhattisgarh, mais pour lui-même. Pour Dandakaranya. C’est le secret le mieux gardé du monde. Elle a posé les fondations pour une alternative à sa propre extermination. Elle a défié l’histoire. Contre les plus grandes bizarreries, elle a forgé un projet pour sa propre survie. Elle a besoin d’aide et d’imagination, elle a besoin de docteurs, de profs, de fermiers. Elle n’a pas besoin de guerre.

Mais si la guerre est tout ce qu’elle reçoit, elle combattra en retour.

Durant les quelques jours suivants, je rencontre des femmes qui travaillent avec les KAMS, divers titulaires de bureau des Janatana Sarkars, des membres du Dandakaranya Adivasi Kisan Mazdoor Sangathan DAKMS, les familles de personnes qui ont été tuées et simplement des gens ordinaires qui essayent de faire face à la vie en ces temps terrifiants.

J’ai rencontré trois sœurs, Sukhiyari, Sukdai et Sukkali, pas jeunes, peut-être dans la quarantaine, du district de Narainpur. Elles sont dans le KAMS depuis douze ans. Les villageois dépendent d’elles pour s’arranger avec la police. « La police vient en groupes de 200 ou 300. Ils volent tout, les bijoux, les poulets, les cochons, les casseroles et les poêles, les arcs et les flèches » dit Sukkali « ils ne laisseraient même pas un couteau ». Sa maison à Innar a été brûlée deux fois, une fois par le Bataillon Naga et une fois par le CRPF  . Sukhiary a été arrêtée et emprisonnée à Jagdalpur durant sept mois.

« Un jour, ils ont emmené l’ensemble du village, en disant que les hommes étaient des naxalites ». Sukhiari a suivi avec toutes les femmes et les enfants. Ils ont cerné le commissariat et ont refusé de partir jusqu’à ce que les hommes soient libérés. « A chaque fois qu’ils emmènent quelqu’un » dit Sukdai « il faut y aller immédiatement et le reprendre. Avant qu’ils n’écrivent un quelconque rapport. Une fois qu’ils écrivent dans leur livre, cela devient très difficile ».

Sukhiari qui enfant, a été enlevée et mariée de force à un homme plus âgé (elle s’est enfuie et est allée vivre avec sa sœur), organise maintenant des rassemblements de masse, parle à des meetings. Les hommes dépendent d’elle pour leur protection. Je lui ai demandé ce que le Parti signifie pour elle. « Naxalvaad ka matlab humaara Parivaar (Naxalvaad signifie notre famille). Quand nous entendons parler d’une attaque, c’est comme si c’était notre famille qui avait été blessée » dit Sukhiari.

Je lui ai demandé si elle savait qui est Mao. Elle a souri timidement. « C’était un dirigeant. Nous travaillons pour sa vision ».

J’ai rencontré la Camarade Somari Gawdi. Vingt ans, et elle a déjà purgé une peine de deux ans de prison à Jagdalpur.

Elle était dans le village d’Innar le 8 janvier 2007, le jour où 740 policiers ont disposé un cordon autour du village parce qu’ils avaient l’information que la Camarade Niti s’y trouvait. (Elle y était, mais l’avait quitté au moment où ils sont arrivés). Mais la milice du village, dont Somari était membre, était toujours là. La police a ouvert le feu à l’aube. Ils ont tué deux garçons, Suklal Gawdi et Kachroo Gota. Puis, ils en ont attrapé trois autres, deux garçons, Dusri Salam et Ranai, et Somari. Dusri et Ranai ont été attachés et abattus. Somari a été battue jusqu’à deux doigts de la mort. La police a obtenu un tracteur avec une remorque et y a chargé les corps morts. Ils ont fait asseoir Somari avec les corps et emmenée à Narainpur.

J’ai rencontré Chamri, la mère du Camarade Dilip qui a été abattu le 6 juillet 2009. Elle dit qu’après l’avoir tué, la police a attaché le corps de son fils à un mât, comme un animal, et l’ont transporté avec eux. (Ils doivent présenter les corps pour recevoir leurs récompenses en argent, avant que quelqu’un d’autre n’intervienne dans la mort). Chamri a couru derrière eux toute la route jusqu’au commissariat. Au moment où ils l’ont atteint, il n’y avait plus une bribe de vêtements sur le corps. Sur le chemin, dit Chamri, ils ont laissé le corps le long de la route pendant qu’ils s’arrêtaient dans un dhaba pour prendre le thé et des biscuits. (Pour lesquels ils n’ont pas payé) Imaginez cette mère un instant, suivant le cadavre de son fils à travers la forêt, s’arrêtant à distance pour attendre que ses meurtriers aient fini de prendre le thé. Ils ne l’ont pas laissée récupérer le corps de son fils afin qu’elle puisse lui donner des funérailles convenables. Ils l’ont seulement laissé jeter une poignée de terre dans le trou dans lequel ils avaient enterré les autres personnes qu’ils avaient tuées ce jour-là. Chamri dit qu’elle veut une vengeance. Badla ku badla. Sang pour sang.

J’ai rencontré les membres élus de la Marskola Janatana Sarkar, qui gère six villages. Ils ont décrit une descente de police : Ils viennent la nuit, 300, 400, parfois 1.000 d’entre eux. Ils disposent un cordon autour d’un village et guettent. A l’aube, ils attrapent les premières personnes qui sortent pour aller aux champs et les utilisent comme boucliers humains pour entrer dans le village, pour qu’elles leur montrent où sont les pièges. ‘Booby traps’ (pièges) est devenu un mot Gondi. Tout le monde souri toujours quand ils le disent et l’entendent. La forêt est pleine de pièges, de vrais et de faux. Même la PLGA doit être guidée dans les villages). Une fois que la police entre dans le village, ils pillent, volent et brûlent les maisons. Ils viennent avec des chiens. Les chiens attrapent ceux qui tentent de s’enfuir. Ils poursuivent les poulets et les cochons et la police les tue et les emmène dans des sacs. Les SPO viennent avec la police. Ce sont eux qui savent où les gens cachent leur argent et leurs bijoux. Ils attrapent les gens et les emmènent. Ils leur arrachent de l’argent avant de les libérer. Ils transportent toujours quelques ‘habits’ naxals en plus avec eux, dans le cas où ils trouvent quelqu’un à tuer. Ils reçoivent plus d’argent pour tuer les naxals, donc ils en fabriquent. Les villageois sont trop effrayés pour rester à la maison.

Dans cette forêt apparemment tranquille, la vie semble maintenant complètement militarisée. Les gens connaissent des mots tels que Cordon et Recherche, Fusillade, Progression, Retraite, Abattre, Action ! Pour récolter leur culture, ils ont besoin que la PLGA fasse une patrouille de sentinelles. Aller au marché est une opération militaire. Les marchés sont remplis de mukhbirs (informateurs) que la police a attiré depuis leur village avec de l’argent (1.500 roupies par mois). On me dit qu’il y a une mukhbir mohallah - colonie d’informateurs - à Narainpur où se trouvent au moins 4000 mukhbirs. Les hommes ne peuvent plus aller au marché. Les femmes y vont, mais elles sont surveillées de près. Si elles achètent régulièrement un petit extra, la police les accuse de l’acheter pour les naxals. Les pharmaciens ont des instructions pour ne pas laisser les gens acheter des médicaments excepté en très petites quantités. Les rations à bas prix du Public Distribution System (PDS - Système de Distribution Publique), le sucre, le riz, le kérosène sont entreposés dans ou près des commissariats, rendant impossible leur achat pour la plupart des gens. L’article 2 de la Convention des Nations Unies sur la Prévention et la Répression du Crime et du Génocide le défini comme ceci : Chacun des quelconques actes suivants commis avec l’intention de détruire, dans son ensemble ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel : tuer des membres du groupe ; causer de graves dommages physiques ou mentaux à des membres du groupe ; infliger délibérément au groupe des conditions de vie calculées pour provoquer sa destruction physique totale ou en partie ; imposer des mesures visant à empêcher les naissances dans le groupe : (ou) transférer par la force des enfants du groupe dans un autre.

Toutes les marches semblent avoir eu raison de moi. Je suis fatiguée. Kamla me trouve une casserole d’eau chaude. Je me baigne derrière un arbre dans le noir. Mais je ne peux pas manger le souper et je me traîne dans mon sac pour dormir. Le Camarade Raju annonce que nous devons bouger.

Ceci arrive fréquemment bien sûr, mais ce soir, c’est difficile. Nous campions dans un champ ouvert. Nous avions entendu des bombardements au loin. Nous sommes 104. Une fois encore, une file indienne à travers la nuit. L’odeur de quelque chose comme de la lavande. Il devait être 11 heures passées quand nous sommes arrivés à l’endroit où nous allions passer la nuit. Un affleurement de pierres. Formation. Appel. Quelqu’un allume la radio. La BBC dit qu’il y a eu une attaque sur un camp des Eastern Frontier Rifles (Fusils de la Frontière Orientale) à Lalgarh dans le Bengale occidental. 60 maoïstes sur des motos. 14 policiers tués. 10 disparus. Armes saisies. Il y a un murmure de plaisir dans les rangs. Le dirigeant maoïste Kishenji est interviewé. Quand cesserez-vous cette violence et viendrez-vous pour discuter ? Quand l’Opération Green Hunt sera annulée. N’importe quand. Dites à Chidambaram que nous discuterons. Question suivante : il fait noir maintenant, vous avez posé des mines terrestres, des renforts ont été appelés, les attaquerez-vous aussi ? Kishenji : Oui bien sûr, sinon le peuple me battra. Il y a des rires dans les rangs. Sukhdev le clarificateur dit, « Ils disent toujours mines terrestres. Nous n’utilisons pas de mines terrestres. Nous utilisons des I [26] ».

Une autre suite luxueuse dans un hôtel 1000 étoiles. Je me sens malade. Il commence à pleuvoir. Il y a de petits gloussements. Kamla me lance un jhilli sur moi. Qu’ai-je besoin de plus ? Tous les autres s’enroulent dans leurs jhillis.

Le lendemain matin, le décompte des morts est monté à 21, 10 disparus. Le Camarade Raju est prévenant ce matin. Nous ne bougeons pas avant le soir.

Une nuit, les gens sont amassés comme des papillons de nuit autour d’un point de lumière. C’est le petit ordinateur du Camarade Sukhdev, alimenté par un panneau solaire, et ils regardent Mother India [27] les canons de leurs fusils se détachant du ciel. Kamla ne semble pas intéressée. Je lui demande si elle aime les films. « Nhai didi. Sirf ambush video » (Non didi. Uniquement des vidéos d’embuscades). Plus tard, je demande au Camarade Sukhdev ce qu’il en est des vidéos d’embuscades. Sans un clignement de paupière, il m’en montre une. Elle commence par des vues du Dandakaranya, rivières, cascades, gros plan d’une branche d’arbre nue, le cri d’un oiseau. Puis soudainement, un camarade fait l’installation électrique d’un IED, le cachant avec des feuilles sèches. Un cortège de motos explose. Il y a des corps mutilés et des motos qui brûlent. Les armes sont saisies. Trois policiers, sous le choc, ont été attachés.

Qui la filme ? Qui dirige les opérations ? Qui rassure les policiers capturés, qu’ils seront relâchés s’ils se rendent ? (Ils ont été libérés, je l’ai confirmé plus tard).

Je connais cette douce voix rassurante. C’est le Camarade Venu. « C’est l’embuscade de Kudur » dit le Camarade Sukhdev. Il a également l’archive vidéo de villages brûlés, les témoignages de témoins visuels et de parents des morts. Sur le mur roussi d’une maison brûlée, il est écrit ‘Nagaaa ! Né pour Tuer !’ Il y a des séquences du petit garçons dont les doigts ont été coupés pour inaugurer le chapitre Bastar de l’Opération Green Hunt. (Il y a même une interview télé de moi. Mon étude. Mes livres. Etrange)

Durant la nuit, à la radio, il y a des nouvelles d’une autre attaque naxale. Celle-ci à Jamui, Bihar. Elles disent que 125 maoïstes ont attaqué un village et tué dix personnes appartenant à la tribu Kora en représailles d’information donnée à la police ayant entraîné la mort de six maoïstes. Bien sûr, nous savons que le reportage peut être vrai, ou pas. Mais si c’est vrai, celle-ci est impardonnable. Les Camarade Raju et Sukhdev ont l’air nettement mal à l’aise.

Les nouvelles qui sont venues du Jharkhand et du Bihar sont inquiétantes. L’horrible décapitation du policier Francis Induvar reste fraîche dans tous les esprits [28]. C’est un rappel de la facilité avec laquelle la discipline de la lutte armée peut se dissoudre en actes grossiers de violence criminalisée ou en laides guerres d’identités entre les castes, les communautés et les groupes religieux. En institutionnalisant l’injustice comme il le fait, l’Etat indien a transformé ce pays en une poudrière de troubles massifs. Le gouvernement se trompe complètement s’il pense qu’en effectuant des ‘assassinats ciblés’ pour ‘décapiter’ le CPI(Maoïste), il arrêtera la violence. Au contraire, la violence se répandra et s’intensifiera, et le gouvernement n’aura personne à qui parler.

Durant mes quelques derniers jours, nous serpentons à travers la luxuriante et magnifique vallée d’Indravati. Comme nous marchons le long d’un flanc de colline, nous voyons une autre file de gens marchant dans la même direction, mais de l’autre côté de la rivière. On me dit qu’ils sont en route pour la réunion anti-barrage du village de Kudur. Ils sont sur le terrain mais sans armes. Un rassemblement local pour la vallée. J’ai quitté le navire et les ai rejoints. Le barrage de Bodhghat submergera la totalité de la région dans laquelle nous avons marché durant des jours. Toute cette forêt, toute cette histoire, toutes ces histoires. Plus de cent villages. Est-ce donc ça le plan ? De noyer les gens comme des rats, afin que l’aciérie intégrée à Lohandiguda et la mine de bauxite et la raffinerie d’aluminium sur les marches de Kashkal puissent avoir la rivière ?

A la réunion, des gens qui sont venus de loin, disent la même chose que ce que nous entendons depuis des années. Nous nous noierons, mais nous ne bougerons pas ! Ils sont ravis que quelqu’un de Delhi soit avec eux. Je leur dit que Delhi est une ville cruelle qui ne les connaît pas et ne s’intéresse pas à eux.

Juste quelques semaines avant de venir à Dandakaranya, j’ai visité Gujarat. Le barrage Sardar Sarovar a plus ou moins atteint toute sa hauteur maintenant. Et pratiquement chaque chose que le Narmade Bachao Andolan (NBA) avait prédit s’est produit. Les gens qui ont été déplacés n’ont pas été réinsérés, mais cela va sans dire. Les canaux n’ont pas été construits. Il n’y a pas d’argent. Donc l’eau de Narmada est détournée vers le lit vide de la Sabarmadi (sur laquelle on a fait un barrage il y a longtemps). Une grande partie de l’eau est lampée par les villes et la grande industrie. Les effets en aval - l’entrée d’eau salée dans un estuaire sans rivière - deviennent impossibles à atténuer.

Il fut un temps où croire que les grands barrages étaient ‘les temples de l’Inde Moderne’ était peu judicieux, mais peut-être compréhensible. Mais aujourd’hui, après tout ce qui s’est passé, et alors que nous savons tout ce que nous faisons, il doit être dit que les grands barrages sont un crime contre l’humanité.

Le barrage de Bodhghat a été mis au frigo en 1984 après la protestation de la population locale. Qui l’arrêtera maintenant ? Qui empêchera que soit posée la pierre fondatrice ? Qui arrêtera le vol de l’Indrivati ? Quelqu’un doit le faire.

Pour la dernière nuit, nous avons campé au pied de l’abrupte colline que nous allions escalader durant la matinée, pour émerger sur la route où une moto me prendrait. La forêt à même changé depuis que j’y suis entrée. Les arbres de chironjee, de soie de coton et de mangue ont commencé à fleurir.

Les villageois de Kudur envoient une énorme casserole de poisson fraîchement pêchés au camp. Et une liste pour moi, de 71 variétés de fruits, de légumes, de légumes secs et d’insectes qu’ils prennent dans la forêt et cultivent dans leurs champs, ainsi que le prix du marché. C’est juste une liste. Mais c’est aussi une carte de leur monde.

La poste de la jungle arrive. Deux ‘biscuits’ pour moi. Un poème et une fleur séchée de la Camarade Narmada. Une très jolie lettre de Maase. (Qui est-elle ? Le saurai-je jamais ?)

Le Camarade Sukhdev demande s’il peut télécharger la musique de mon Ipod sur son ordinateur. Nous écoutons un enregistrement de Iqbal Bano chantant ‘Hum Dekheige’ (Nous assisterons à la journée) de Faiz Ahmed Faiz au célèbre concert de Lahore au sommet de la répression durant les années Zia-ul-Haq.

Jab ahl-e-safa-Mardud-e-haram,

Masnad pe bithaiye jayenge

Quand les hérétiques et les honnis

Seront assis en haut

Sab taaj uchhale jayenge

Sab takht giraye jayenge

Toutes les couronnes seront arrachées

Tous les trônes renversés

Hum Dekhenge

50.000 personnes du public dans ce ‘Pakistan’ commencent un chant de défi : Inqilab Zindabad ! Inqilab Zindabad ! Toutes ces années plus tard, ce chant retenti autour de cette forêt. Etrange, ces alliances qui se font. Le Ministre de l’Intérieur a émis des menaces voilées à ceux qui ‘offrent par erreur un soutien intellectuel et matériel aux maoïstes’. Est-ce que partager Iqbal Bano rempli ces conditions ?

A l’aube, je dis au revoir aux Camarades Madhav et Joori, au jeune Mangtu et aux autres. Le Camarade Chandu est parti pour organiser les motos et viendra avec moi jusqu’à la route principale. Le Camarade Raju ne vient pas (L’escalade serait un enfer pour ses genoux). La Camarade Niti (la Plus Recherchée), les Camarades Sukhdev, Kamla et cinq autres m’emmèneront en haut de la colline. Comme nous commençons à marcher, Niti et Sukhdev détachent avec désinvolture, mais simultanément, les crans de sûreté de leurs AK. C’est la première fois que je les ai vu faire ça. Nous approchons de la ‘frontière’. « Tu sais quoi faire si nous nous retrouvons sous le feu ? ». Sukhdev demande ça avec désinvolture, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. « Oui » dis-je « déclarer immédiatement une grève de la faim indéfinie ». Il s’est assis sur une pierre et a rigolé. Nous avons escaladé durant environ une heure. Juste en-dessous de la route, nous nous sommes assis dans une alcôve pierreuse, complètement dissimulées, comme un parti en embuscade, guettant le son des motos. Quand il arrive, l’adieu doit être rapide. Lal Salaam Camarades.

Quand j’ai regardé en arrière, ils étaient toujours là. Agitant la main. Un petit attroupement. Des gens qui vivent avec leurs rêves, alors que le reste du monde vit avec ses cauchemars. Chaque nuit, je pense à ce voyage. Ce ciel nocturne, ces chemins forestiers. Je vois les chevilles de la Camarade Kamala dans ses sandales éraflées, éclairés par la lumière de ma lampe électrique. Je sais qu’elle doit être en mouvement. Marchant, pas seulement pour elle-même, mais pour garder l’espoir en vie pour nous tous.

Plainte du 12 avril 2010 contre Arundhati Roy

Le 12 avril 2010, un ’citoyen ordinaire’ dépose plainte contre Arundhati Roy suite à la publication de son texte Walking With The Comrades. Celui-ci est paru dans l’édition du 29 mars 2010 du magazine hebdomadaire Outlook. Dans le courant du mois de février, l’écrivain a eu l’occasion de passer plusieurs jours dans la forêt du Dandakaranya en compagnie des guérilleros maoïstes. Elle a donc franchi la ’frontière’ interdite pour vivre à l’intérieur et témoigner de ce qui se passe de l’autre côté de la ligne de front de l’Opération Green Hunt actuellement menée par le gouvernement indien pour éradiquer ceux qu’il qualifie de ’plus grande menace pour la sécurité intérieure du pays’. Dans son compte-rendu, Roy évoque son voyage, les mesures de précautions quant à sa venue, ses rencontres avec les combattants, de nombreuses femmes souvent très jeunes. Elle raconte également une grande fête traditionnelle populaire à laquelle elle a pu assister. Mais elle pointe aussi les conditions de vie déplorables des villageois de ces endroits reculés, l’absence totale d’infrastructures de soin, d’écoles, et l’état de santé extrêmement mauvais de l’ensemble des personnes qu’elle a rencontré. Comme elle le dit, son objectif était de rapporter des informations à propos d’une situation qui est peut être qualifiée d’Etat d’Urgence. Sachant qu’aucune nouvelle ne filtre dans les médias bourgeois, elle affirme qu’il est crucial pour la population indienne, notamment dans les villes, de savoir ce qui se déroule de l’autre côté, et ce afin de prendre des décisions en connaissance de cause. Mais pour le plaignant Viswajit Mitra, ce texte n’est qu’une glorification du mouvement maoïste. En outre, il affirme que Roy cherche à dénigrer le système établi de l’Etat, y compris son système judiciaire. Et de la citer ’au moins, là, le collectif est présent pour prendre une décision. Elle n’est pas prise par des juges qui ont perdu tout contact avec la vie ordinaire’. Sa plainte a été déposée en vertu du CSPSA de 2005 (Loi Spéciale de Sécurité Publique du Chhattisgarh) qui interdit toute aide ou contribution à une organisation terroriste. Or pour lui, le texte peut être interprété comme visant à créer un soutien envers les maoïste. Cette loi, selon laquelle plusieurs militants ont déjà été condamnés et emprisonnés, est critiquée depuis son adoption. Elle l’est pour sa large définition de ce qui peut être qualifié d’activité illégale ainsi que pour les sanctions strictes qu’elle applique à ceux qu’elle condamne. Un avocat de la Cour Suprême parle du CSPSA en ces termes ’Le langage approximatif et large utilisé pour définir et criminaliser le soutien à une organisation terroriste peut et a été mal employé par le passé. En vertu de la Loi, même un avocat représentant un maoïste au tribunal ou un médecin ayant soigné un maoïste blessé peut être poursuivi’. Pour avoir rendu public le témoignage de ce qu’elle a vu et vécu dans les forêts retirées et isolées du Dandakaranya, Arundhati Roy se voit donc tomber sous l’application de cette loi vivement critiquée mais toujours d’application. Elle risque jusqu’à deux ans de prison.

L’affaire ’Binayak Sen’

Binayak Sen est un pédiatre et un spécialiste de la santé publique de renon. Il est connu pour oeuvrer à l’extension des soins de santé aux populations les plus pauvres, surveillant la santé et l’état nutritionnel des habitants du Chhattisgarh. Enfin, il milite pour la défense des droits humains des tribaux et des autres démunis indiens. Sen est le vice-président national de la PUCL (People’s Union for Civil Liberties) basée dans l’état du Chhattisgarh et secrétaire général de son unité de l’état. En sa qualité de membre de la PUCL, il a aidé à organiser de nombreuses missions d’enquête sur les violations des droits humains. Il a pris part à des recherches qui ont attiré l’attention sur de graves violations de droits humains, y compris le meurtre de personnes désarmées et de civils innocents par la Salwa Judum. Sen a été noté pour sa défense des méthodes pacifiques. Peu avant son arrestation, il disait ’Ces dernières années, nous constatons partout en Inde - et donc dans l’état du Chhattisgarh également - un programme concerté pour enlever à la population la plus pauvre de la nation indienne son accès aux ressources essentielles des propriétés communes et aux ressources naturelles en ce y compris la terre et l’eau... La campagne appelée Salwa Judum dans le Chhattisgarh est une partie de ce processus dans lequel des centaines de villages ont été dénudés de la population qui y vivait et des centaines de personnes - hommes et femmes - ont été tués. Des milices armées gouvernementales ont été déployées et les gens qui ont protesté contre de tels mouvements et ont essayé de montrer au monde la réalité de ces campagnes - des travailleurs pour les droits humains comme moi - ont également été visés par des actions d’état contre eux. Au moment présent, les travailleurs de la PUCL de la section du Chhattisgarh, dont je suis le secrétaire général, sont particulièrement devenus la cible de cette action d’état ; et moi, comme plusieurs de mes collègues, suis visé par l’état du Chhattisgarh sous forme d’action punitive et d’emprisonnement illégal. Et toutes ces mesures sont prises principalement sous l’égide du CSPSA’.

Le 14 mai 2007, Binayak Sen a été arrêté en vertu du CSPSA dans la ville de Bilaspur dans le Chhattisgarh. Les autorités l’accusaient d’agir en qualité de coursier entre le dirigeant maoïste emprisonné Narayan Sanyal et l’homme d’affaire Piyush Gutia, également accusé d’entretenir des liens avec les maoïstes. Dès son arrestation, les réactions ont été multiples et une campagne internationale a été mise en place pour exiger sa libération immédiate.

Affiche de la campagne internationale pour la libération de Binayak Sen

Un communiqué de presse émanant de personnalités importantes est publié le 16 mai : ’Les fausses ’rencontres’, les viols, les incendies de villages et le déplacement des adivasis (tribaux autochtones) par dizaine de milliers et la perte conséquente de leurs moyens de subsistance ont été rapporté abondemment dans plusieurs enquêtes indépendantes. L’arrestation de Sen est clairement une tentative pour intimider la PUCL et d’autres voix démocratiques qui se sont prononcées contre les violations des droits humains dans l’état’. Dès son incarcération, son avocat demande qu’il soit libéré sous caution. A chaque fois qu’il en a introduit la demande, celle-ci a été refusée et la garde à vue de Sen a été prolongée. Début juin, après avoir saisi et analysé le contenu de son ordinateur, la police affirme détenir des preuves compromettantes contre Sen et le 3 août, il est inculpé en vertu du CSPSA. Le 10 décembre, devant plusieurs juges, le militant affirme qu’il a été arrêté sur des accusations fabriquées de prétendus liens avec les naxalites, affirmant qu’il n’était qu’un militant de la PUCL et qu’il n’était d’aucune manière en liaison avec les maoïstes. Mais chacun de ses arguments est contré par les juges qui déclarent que le fait d’appartenir à la PUCL ne signifie pas qu’il est a l’abri. Le gouvernement d’état du Chhattisgarh doit alors statué sur le sort de Sen et abonde dans le sens du tribunal affirmant qu’il est évident qu’aucune affaire n’aurait été ouverte s’il n’y avait pas de preuve de son implication avec les maoïstes. Sen reste donc en prison et ce jusqu’au 25 mai 2009, jour où il est finalement libéré sous caution par la Cour Suprême au vu de la détérioration de son état de santé.

Qu’étaient ces preuves contre Binayak Sen, à cause desquelles il a passé deux années en prison, en grande partie à l’isolement ? Une carte postale datée du 3 juin 2006 destinée à Sen de la part du dirigeant maoïste Sri Narayan Sanyal emprisonné à Raipur, mentionnant son état de santé et son affaire, ornée du cachet de la prison ; une brochure jaune en hindou ’A propos de l’unité entre le CPI (Guerre Populaire) et le Centre Communiste Maoïste’ ; une lettre écrite par Madanlal Banjare (membre du CPI-maoïste) depuis sa prison et adressée au Camarade Binayak Sen ; un article photocopié en anglais intitulé ’Mouvement naxal, mouvements tribaux et des femmes’ ; une note écrite à la main photocopiée de quatre pages sur ’comment construire un front anti-impérialiste américain’ ; un article de huit pages intitulé ’Globalisation et le secteur des services en Inde’. Aujourd’hui, Binayak Sen n’est donc plus en prison, mais libéré sous caution, il n’est toujours pas entièrement libre.

En avril 2009, Arundhati Roy avait fait une déclaration publique afin de dénoncer l’emprisonnement du Dr Binayak Sen, et pour exiger sa libération.

[1] Allusion à la déclaration du Premier Ministre Manmohan Singh, désignant l’insurrection maoïste comme ‘la plus grande menace’ que connaissait l’Inde

[2] Le Pakistan est un pays traditionnellement ennemi de l’Inde

[3] Les empereurs moghols, dont le dernier est détrôné par les colonialistes Britanniques en 1858. Ceux-ci transformèrent la classe des zamindars en propriétaires terriens (aux dépens des communautés indigènes qui possédaient collectivement la terre) qui ont servi d’intermédiaires pour l’exploitation coloniale)

[4] Matériau créé à partir de minerai de fer par un processus de réduction grâce à l’usage d’un gaz émis par le charbon

[5] Le Cachemire est le théâtre d’une lutte armée séparatiste, et sous la loi martiale

[6] Fils de Rajiv et Sonia Gandhi, petit-fils d’Indira Gandhi (ex-premier ministre) et arrière-petit-fils de Jawaharlal Nehru (ex-premier ministre) est secrétaire général du Parti du Congrès depuis mars 2008

[7] ‘Chasse de Purification’, milice anti-guérilla, armée par les pouvoirs publics mais financées par les grands propriétaires et les enterprises minières, connue pour ses exactions

[8] Allusion à un politicien indien

[9] Mitrailleuse légère (généralement munie d’un bipied)

[10] Vêtement masculin : pièce de tissus que les hommes ceignent autour de la taille

[11] Fusil d’assaut nouvelle génération en service dans l’armée indienne depuis les années ’80

[12] Fusil d’assaut indien de la génération précédente (copie du FAL belge)

[13] C’est-à-dire des kalashnikovs

[14] La Division est une niveau de l’organisation politique des zones libérées (voir plus loin)

[15] Les adivasis sont les ‘peuples tribaux’

[16] Il existe quatre castes principales. Les castes sont héréditaires et la violence des castes dominantes contre les castes inférieures fait partie de la domination. Il n’est pas possible pour un ’brahmane’, un membre de la couche supérieure, de boire dans le même verre qu’un membre de certaines castes inférieures ; même le regard d’un inférieur peut ’salir’ un repas et il faudra le purifier

[17] C’est-à-dire membre de la caste le plus haute

[18] En anglais : ‘encounters’ (‘rencontres’). Il s’agit d’exécutions déguisées en combats que nous traduirons par ‘combat’ (entre guillemets)

[19] Les beedis sont de petit cigarillos indiens contenant un peu de tabac roulé dans une feuille de tendu (ou temburini)

[20] Le paise est le centième de roupie

[21] Il ne s’agit pas d’un officier au sens des armées occidentale : à peine d’un auxiliaire de police

[22] Il s’agit du Parti ‘communiste’ légaliste et réformiste, représenté au parlement

[23] Le Bharatiya Janata Party (BJP ; Parti du Peuple Indien) est l’un des principaux partis politiques en Inde, de tendance chauviniste hindouiste

[24] Partie du sari qui couvre la poitrine et retombe dans le dos

[25] Boisson très appréciée à base de fleur de mahua

[26] ED IED (pour engin explosif improvisé : improvised explosive device), il s’agit d’une bombe artisanale, posée le long d’une route. L’explosion de la charge principale (explosive artisanal ou empilement d’obus) est provoquée par une petite charge d’explosif déclenchée électriquement, à distance, au passage d’un véhicule

[27] Classique du cinéma indien (1957),

[28] Cf. http://www.secoursrouge.org/spip.ph...

Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 28 Apr 2010 à 22:30

Inde. la face cachée de l’Éden du high-tech

La crise économique n’a pas épargné les cités de verre de l’informatique et des services indiennes. Le miracle obtenu à coups de délocalisations tourne au mirage. Par 
dizaines de milliers, ingénieurs et techniciens se retrouvent éjectés. Avec la « tolérance zéro pour les salariés non performants », 
les suicides se multiplient…

Inde, envoyée spéciale.

En venant des faubourgs de New Delhi, au-delà des masures et des rues encombrées, le visiteur a du mal à le croire  : brusquement, la ville nouvelle de Gurgaon étale ses richesses avec ses immeubles de verre et ses « malls », temples du commerce à l’américaine. La cité « new-look » prend des allures de laboratoire de la future Inde ou au moins de celle qui brille, représentative de cette nouvelle caste que l’écrivain Pavan K. Varma dénonce pour son « cynisme » (1). Gurgaon comme Bangalore ou Hyderabad, pour les plus connues, sont des nouvelles Mecque du high-tech, îlots de prospérité vivant au rythme de la globalisation. Ingénieurs, informaticiens, hommes d’affaires et autres nababs dans des bureaux ultramodernes conversent avec Dallas, New York, Londres et Berlin. Le soir venu, des milliers de jeunes formés aux langues et aux accents de leurs lointains clients convergent vers les centres d’appels pour répondre aux demandes des Américains et des Canadiens qui commencent leur journée. Ils œuvrent pour Airbus, Alcatel, Adidas, Citibank, Singapore Airlines, pour ne citer que quelques enseignes planétaires. Cinquième ville de l’Inde, Bangalore, perchée sur le plateau du Deccan, est devenue en quelques années l’une des capitales mondiales des technologies de l’information et de la communication. Quelque 500 multinationales y ont implanté des bureaux ou des laboratoires, au côté des groupes locaux qui ont émergé, devenant des géants de la sous-traitance informatique.

Mais dans ces appendices verdoyants où les pelouses ne jaunissent jamais, le bonheur était-il dans le pré  ? On savait déjà que la crainte de la concurrence était largement invoquée pour que les « happy few » des différentes Silicon Valley indiennes entretiennent un secret pesant sur leur entreprise et surtout sur leurs conditions de travail. Dans les call-centers, gardés par des vigiles, les disquettes et les téléphones portables sont bannis. Avec interdiction d’échanger les mots de passe des ordinateurs ou d’évoquer avec les autres employés les « questions confidentielles des clients ». « On ne communique pas sur la société, ni sur les effectifs ou les salaires », me lançait une jeune cadre d’Oracle, à Bangalore. Mais dans toutes ces tours de verre, la loi de l’omerta s’est fissurée avec la crise économique. « Si, en quelques mois, environ cinq millions d’ouvriers ont perdu leur emploi (autant qu’aux États-Unis) et si l’industrie textile indienne s’est pratiquement effondrée, le secteur des services informatiques a vécu un véritable tsunami », estime H. Mahadevan, l’un des dirigeants du syndicat Aituc. « On estime entre 70 000 et 100 000 le nombre des licenciements dans les sociétés d’ingénierie informatique, dont 10 000 uniquement à Bangalore. » Au total, l’informatique indienne représente actuellement plus de deux millions d’emplois directs, et quatre à six millions d’emplois indirects. Un vrai bug.

Les géants du high-tech ont profité de la crise pour réduire leurs coûts et leurs effectifs. « D’autant plus facilement que les représentations syndicales sont interdites dans ces sociétés », relève Arun, vingt-sept ans, salarié dans une petite entreprise spécialisée dans les systèmes informatisés de surveillance électronique de Bangalore. Il a dû accepter une baisse de salaire de 10 %  : « C’était ça ou la porte. Et je ne me plains pas, d’autres salariés sont en attente d’affectation. » Chez Wipro – qui fait partie, avec Infosys et Tata Consultancy Services, des trois mastodontes des sociétés de service en ingénierie informatique (SSII) de l’Inde – on leur propose de ne venir au bureau que deux jours par semaine… en échange d’une réduction de salaire de 50 %  ! Sushil, la trentaine, a dû se plier aux demandes de la direction de sa société. Il recherche un nouvel emploi mais sans trop d’illusions. « Il faut attendre », dit-il avec philosophie. Sans charge de famille et avec quelques économies, il dit qu’il patiente en restreignant son train de vie. Et c’est justement leur regard sur cette vie qui a changé. Arun et Sushil font partie de ces jeunes privilégiés de l’informatique que les entreprises, depuis la percée indienne dans ce domaine, s’arrachent. Leur salaire pouvait grimper de 25 % ou 30 % en un an, et surtout, ils ne restaient pas en place, espérant toujours de meilleurs gains ailleurs. Avant la crise, le turnover dans l’informatique pouvait atteindre les 80 % par an. Depuis l’été 2008, le vent a tourné, et ils ont appris la peur du lendemain. D’autant plus que ces jeunes sont souvent endettés. Leurs revenus ont attiré les banques qui leur ont fait des offres de prêt tentant.

Le choc de la crise est allé au-delà  : les SSII indiennes, à la recherche d’économies, mettent leurs employés sous pression pour les faire déguerpir plus rapidement. Les avertissements pleuvent pour résultats insuffisants. « Pour ceux qui sont restés en poste, les conditions de travail se sont durcies », confie Arun, qui rappelle que le nouveau concept dans les SSII, c’est celui de « tolérance zéro pour les salariés non performants », selon l’expression du patron des ressources humaines d’Infosys. « Pour certains, c’est devenu un enfer », poursuit le jeune homme, qui avoue ne pas avoir été surpris par les suicides survenus ces derniers mois. Au mois d’août 2009, un ancien employé de Wipro, trente-sept ans, avait déjà révélé à la presse que la SSII l’avait harcelé et poussé vers la sortie. Quelques jours plus tôt, un de ses collègues, analyste, Vishal Yadav, vingt-neuf ans, avait sauté du douzième étage de l’immeuble de la société à Bangalore, dans la soirée. Il venait d’être licencié. Ce ne fut pas le seul  : un autre analyste de l’Hindustan Computers Limited (HCL), Vikas Kumar Sharma, âgé de vingt-six ans, mit fin à ses jours de la même façon.

Arun et ses amis ne veulent pas trop en parler. Mais ils savaient bien que les beautés de l’Eden High-tech avaient leur face cachée. Un article publié sur un site Internet indien de février 2008, avant même le séisme financier américain, s’interrogeait en ces termes  : « Pourquoi Bangalore est-elle la capitale indienne du suicide  ? » En juin 2009, une étude publiée dans India Today, l’un des grands hebdomadaires indiens enquêtant sur le sujet, avait même avancé qu’un informaticien sur vingt à Bangalore songerait régulièrement au suicide. Un psychologue y explique que plusieurs de ses patients, travaillant dans le secteur informatique ou du BPO, sont incapables de faire face au stress généré par leur travail. Dans la liste des facteurs aggravants, le praticien pointait les horaires à rallonge, l’esprit de compétition, l’insécurité au travail…

Alors qu’Infosys, Tata Consultancy Services et Wipro viennent de communiquer des résultats financiers sur le premier trimestre de l’année 2010 en nette hausse, dans les immeubles de verre se jouent toujours des tragédies. « L’activité reprend un cours normal », selon Wipro. « Le groupe de Bangalore a bénéficié d’un redémarrage sur les services IT en offshore. » Mais le 18 janvier dernier une jeune ingénieur de vingt-trois ans, Lakshmi Nair, s’est pendue dans son appartement de Bangalore…

Dominique Bari

(1) La Classe moyenne en Inde, naissance d’une nouvelle caste, Pavan K. Varma, 
Actes Sud.

Inde. Un quart du PIB pour cent riches

Le nombre de milliardaires indiens a quasiment doublé en un an, passant de 27 à 52, notamment grâce au rebond de la Bourse après une année 2008 difficile, selon le magazine américain Forbes dans sa liste 2009 des cent fortunes locales. Le fort rebond de la Bourse ces derniers mois et une croissance de 6 % ont enrichi les 100 Indiens les plus riches du pays, révèle Forbes, estimant leur fortune globale à 276 milliards de dollars, soit près du quart du PIB indien. Avec un bémol toutefois  : avant le début de la crise économique, l’Inde comptait 54 milliardaires avec des fortunes personnelles plus importantes.
 

Inde. L’agriculture en panne

La question alimentaire refait surface alors que le pays est devenu dépendant de l’extérieur pour le riz.

Le premier ministre Manmohan Singh a tiré la sonnette d’alarme. « Depuis un certain temps, il y a une fausse idée de sécurité selon laquelle la question de la nourriture n’est plus une préoccupation », a-t-il lancé aux fonctionnaires des 28 États indiens. L’Inde va manquer de riz et le gouvernement indien devrait en importer 30 000 tonnes pour compenser un sévère déficit de production dû à la pire mousson qu’ait connue le pays depuis près de quarante ans. Une mousson sèche suivie de violentes inondations. Il s’agit d’une première depuis une vingtaine d’années. L’introduction de nouvelles techniques agricoles et la forte hausse de la production de blé et de riz lors de la « révolution verte » dans les années soixante-dix avaient permis à l’Inde, importateur net de nourriture vingt ans plus tôt, d’accéder à l’autosuffisance en céréales et d’éloigner les menaces de famine.

Depuis les années 2000, la croissance de la production agricole s’est tassée, jusqu’à devenir une préoccupation majeure  : la production de riz ne représente qu’un tiers de celle de la Chine et environ la moitié de celle du Vietnam ou de l’Indonésie. Et le pays compte plus de 1,2 milliard d’habitants. Pour Usha Tuteja, qui dirige l’Institut économique d’agriculture à l’université de New Delhi, « l’Inde a un besoin urgent d’une deuxième révolution verte. Sinon, nous allons perdre jour après jour notre sécurité alimentaire ». Elle pointe le déséquilibre entre l’offre et la demande. « Il y a une pénurie des denrées de base sur le marché, comme les fruits ou les légumes parce que nous dépendons aujourd’hui des marchés internationaux et des prix élevés sur ces marchés. » La hausse des investissements dans l’agriculture devrait être une priorité, en particulier dans la recherche et le développement ainsi que les infrastructures, comme les systèmes d’irrigation, estime-t-elle relevant qu’environ 60 % des 140 millions d’hectares cultivables dépendent encore des pluies de la mousson.

La pénurie ne concerne pas seulement le riz. Le sous-continent est aussi confronté à un manque de sucre et de légumes. Les prix des denrées alimentaires ont du coup flambé de 19 % en 2009. Le prix du sucre a, lui, quasiment doublé depuis janvier 2009. Une situation qui fait le lit de l’opposition du Barathiya Janata Party (BJP, nationaliste hindou), battue aux élections législatives du printemps 2009. Le 22 avril, il organisait à Delhi l’un de ses plus grands rassemblements rassemblant des milliers de personnes venus de toute l’Inde.

Le Parti du Congrès qui a été reconduit au pouvoir reste toujours pris au piège entre une politique économique néolibérale ouvrant le pays aux grands capitaux étrangers et de timides mesures sociales dans les campagnes. Bien insuffisantes, comme le confirme une récente étude indienne selon laquelle le pays compte 100 millions de personnes de plus vivant en dessous du seuil de pauvreté. Chiffre à comparer aux résultats d’une enquête de 2004. Ce serait désormais quelque 410 millions d’Indiens, 37 % de la population, qui vivraient avec moins de 1,25 dollar par jour selon les normes des Nations unies.

D.B.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 01 May 2010 à 14:55

INDE : Observations et recommandations provisoires du Tribunal indépendant du peuple


AUTEUR:   Independent People's Tribunal

Traduit par  Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice


Le Tribunal indépendant du peuple a siégé du 9 au 11 avril 2010 au Club constitutionnel de New-Delhi. Cette audience a été organisée par un collectif de la société civile, des militants, des universitaires et des citoyens concernés venus de tout le pays. Le Jury du peuple, composé de Leurs Honneurs les juges P.B. Sawant et H. Surresh, des professeurs d’université Yash Pal, Dr V. Mohini Giri, Dr. P.M. Bhargava et Dr. K.S. Subramanian a entendu les témoignages de personnes concernées, de militants sociaux et experts des  États de l’Andra Pradesh, du Chattisgarsh, du Jharkand, de l’Orissa et du Bengale occidental.

Le Jury a entendu pendant trois jours les témoignages d’un grand nombre de personnes venues de l’Andra Pradesh, du Chattisgarsh, du Jharkand, de l’Orissa et du Bengale occidental ainsi que quelques experts sur l’acquisition des terres, les activités d’extraction minière et les violations des droits humains au cours de l’opération Green Hunt (Chasse verte). Voici les observations immédiates jury :

 Les communautés aborigènes1 constituent une part considérable et importante de la population et du patrimoine de l’Inde. Il y a moins de  dix pays au monde dont la population soit plus nombreuse que celle de nos peuples autochtones. Ils ne représentent pas seulement une composante essentielle de la biodiversité humaine du pays, qui est plus grande que dans la totalité du reste du monde, mais aussi une source de sagesse sociale, politique et économique, ce qui pourrait être précieux en ce moment et donner à l’Inde un certain avantage. De plus ils comprennent mieux que personne le langage de la nature et ont été les meilleurs gardiens de notre environnement, forêts incluses. Nous avons aussi beaucoup à apprendre d’eux dans des domaines aussi divers que l’art, la gestion des ressources, la médecine et la métallurgie. Ils sont aussi restés bien plus humains et plus respectueux des valeurs mondialement reconnues que nos sociétés urbanisées.

Il est clair que notre pays a été le théâtre de graves violations des droits des pauvres, et en particulier de ceux des peuples autochtones, qui n’ont jamais été aussi déniés que depuis la nouvelle politique économique menée depuis les années 90. Le 5ème ajout  sur les droits des populations autochtones répertoriées et en particulier  la Loi de 1996 sur les Panchayats (Extension aux zones répertoriées) (PESA) 2 et la Loi de protection des forêts  ont été grossièrement violés.  On est allé jusqu’à déclarer  des villages tribaux territoires non-indigènes. La totalité de l’appareil exécutif et judiciaire semble complètement indifférente à sa  responsabilité dans cette affaire.


Quand l’opération « Green Hunt (Chasse verte) sera finie, on pourra enfin démarrer la véritable opération « Greenback (= billet vert, dollar) ! »
Dessin de Hemant Morparia

Le modèle de développement en usage jusqu’ici, très facile à reconnaître dans la nouvelle politique économique de libéralisation, privatisation et mondialisation a, ces dernières années, énormément poussé l’État à remettre des ressources nécessaires aux populations autochtones pour se nourrir et survivre (en particulier la terre et la forêt ) entre les mains d’entreprises, SEZ (zones économiques spéciales) et autres projets industriels - dont la plupart sont extrêmement nuisibles pour l’environnement - en vue de l’exploitation des ressources minérales. Ces projets ont causé de graves torts à l’eau et à la terre, aux arbres et aux plantes et eu un effet dévastateur sur la santé des êtres humains et les fondements mêmes de leur vie. Les débats avec les Gram Sabhas (c’est à dire toutes les personnes de plus de 18 ans qui participent à l’administration locale au niveau du village et se réunissent quatre fois par an ; plusieurs Gram Sabhas constituent un Gram Panchayat, présidé par le Sarpanch), prévus par la loi PESA, ne sont plus que de la poudre aux yeux, tout comme l’Environment Impact Assessment (étude d’impact sur l’environnement, qui devait établir les retombées de la construction d’une usine sur l’environnement) imposé à ces projets. Résultat : les populations autochtones sont victimes d’une grave malnutrition, voire souffrent de la faim, au point d’être en danger d’extinction. Ce pourrait être le chef d’accusation le plus grave contre un État de toute l’histoire des démocraties, compte tenu seulement du nombre des personnes touchées (populations autochtones) et du caractère diabolique des cruautés dont elles ont été victimes de la part de l’État, en particulier des policiers, sans parler des dommages irréparables causés à l’environnement. C’est aussi un exemple éclatant de la corruption financière, intellectuelle et morale, encouragée et/ou encadrée par l’État qui caractérise l’Inde actuelle et se retrouve dans tous les partis.

On a tenté de briser par la force brutale les mouvements de résistance non-violente des communautés autochtones contre leur expulsion forcée et le vol de leurs ressources par les entreprises, en envoyant la police, les forces de sécurité et des milices financées et armées par l’État et les entreprises. La violence étatique s’est accrue de l’opération Green Hunt qui a lancé, essentiellement contre les populations autochtones, un très grand nombre de forces paramilitaires. La militarisation de l’État  en est au point que les écoles sont occupées par les forces de sécurité.

Même des militants pacifistes, qui manifestaient contre ces actions violentes de l’État, ont été pris à partie et brimés par la force publique. Ce qui a détourné les populations de l’État et leur a fait perdre confiance en leur gouvernement et dans les forces de sécurité publiques. Les gouvernements - aussi bien central que régionaux - doivent bien comprendre que de tels agissements, joints à une indifférence totale pour le sort des populations, peuvent parfaitement jeter les semences d’une révolution violente  à l’échelle du pays entier pour obtenir que règnent la justice et le droit. N’oublions pas les leçons de l’histoire française, russe et américaine,  sans parler de la nôtre.

Recommandations :

  1. Arrêter l’opération Green Hunt et entamer le dialogue avec la population locale.

  2. Stopper immédiatement tout rachat forcé de surfaces agricoles ou forestières  ainsi que le déplacement forcé des populations autochtones.

  3. Rendre publics les détails de tous les MOU [Memorandums of Understanding, protocoles d’entente entre gouvernements régionaux et entreprises sur des projets industriels, NdE], de tous les  projets d’infrastructures publiques et industrielles dans ces zones, et gel de tous les MOU et  des attributions de baux non-agricoles sur ces terres, ainsi que le Ministre de l’Intérieur l’a proposé.

   4.  Rendre leurs terres à toutes les populations autochtones expulsées par la force et les réhabiliter.

   5. Abandonner tous les projets industriels nuisibles pour l’environnement et ceux qu’on a implantés sur des terres acquises contre la volonté  des  Gram Sabhas qui les occupaient.

   6. Retirer les forces paramilitaires et policières des écoles et centres de santé et les pourvoir du personnel enseignant et des infrastructures nécessaires.

  7. Cesser toute brimade à l’encontre des dissidents et de ceux qui contestent les actions de l’État.

   8. Remplacer le modèle de développement actuel, basé sur l’exploitation et les atteintes à l’environnement, honteux et inadapté à notre pays, par un autre modèle radicalement différent, mettant l’accent sur la démocratie participative, l’agriculture et le secteur rural ainsi que sur le respect de l’équité et de l’environnement.

   9. Veiller à ce que toute action, en particulier l’utilisation de la terre et des ressources naturelles, soit soumise à l’accord des communautés indigènes et  menée avec leur participation, conformément à la Constitution.  Créer  des commissions citoyennes dignes de foi pour surveiller et garantir l’application de ce principe.

   10.  Créer des Commissions citoyennes habilitées à enquêter sur les violations des droits humains dans les communautés autochtones et engager des poursuites contre les responsables. Ces Commissions doivent aussi être habilitées à veiller à ce que les populations autochtones reçoivent vraiment les aides prévues pour elles dans les programmes gouvernementaux existants.

NdE

1 - Nous avons choisi de traduire par aborigènes ou autochtones le terme anglais tribals (tribaux), qui est la désignation officielle de ceux qui s'appellent eux-mêmes Adivasis (littéralement les premiers habitants)

2 – Loi sur l’autonomie tribale. D’un point de vue technique, cette législation unique porte le nom de Loi de 1996 sur les dispositions des Panchayats (extension aux zones répertoriées), plus connue sous le sigle PESA (Panchayats (Extension to Scheduled Areas) Act). La PESA cherche à habiliter l'organe de gouvernance le plus bas, le Gram Sabha ou assemblée villageoise, aux termes du système d’autonomie locale. Le 73ème amendement à la Constitution a introduit  le système Panchayati Raj (administration autonome locale) en 1992.

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La grande bagarre: MAOïstes contre MOUïstes. Dessin de Hemant Morparia

Source : ICAWPI.ORG-People's Tribunal Jury - Interim Observations And Recommendations

Article original publié le 12 avril 2010

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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 May 2010 à 19:21

 

1ère Partie

 

Frontlines of Revolutionary Struggle


Dans cette longue entrevue, Gopalji parle beaucoup de questions importantes comprenant : Le développement des efforts des Comités populaires révolutionnaires et des maoïstes afin d'établir des secteurs entièrement libérés ; l'agriculture, l'éducation et les projets pour la santé que les maoïstes ont construit ; comment ils conduisent des opérations militaires contre le mauvais traitement des populations locales ; l'Opération Green Hunt et mouvements vers un état policier fasciste ; le défi de développer le mouvement révolutionnaire dans les plaines et parmi la classe ouvrière et la petite bougeoisie des villes ; comment les maoïstes prévoient de défaire les militaires et l'Etat indiens puissants ; et à quel nouvel Etat démocratique ressemblerait l'Inde.

Entrevue avec Gopalji, porte-parole du Comité spécial de secteur du Parti communiste de l'Inde (maoïste) dans une forêt du Jharkhand, Inde orientale

par Alpa Shah

Le communisme dans le reste du monde semble s'être effondré.  Quel espoir avez-vous de réaliser un Etat socialiste en Inde ?

La proclamation qu'il n'y a aucun espoir pour le socialisme et le communisme, que ceux-ci sont morts, n'est que de la propagande lâchée par les impérialistes et les apologistes du capitalisme.  La 20ème siècle a vu le premier round des révolutions menées par les classes ouvrières et les masses laborieuses des Partis communistes dans diverses régions du monde - la révolution russe, la révolution chinoise, la révolution au Vietnam et beaucoup d'autres.  Le 21ème siècle verra une nouvelle vague des révolutions menées par les partis communistes tels que le nôtre en Inde.

La transformation socio-économique et politique massive prend du temps.  La bougeoisie a mis au moins 400 ans pour remporter la victoire sur le féodalisme et même alors, ils sont entrés dans des alliances profanes avec les féodaux afin de combattre les classes ouvrières.  Ces alliances sont
encore aujourd'hui répandues dans beaucoup de pays de l'Asie, l'Afrique et l'Amérique latine afin d'arrêter les révolutions des masses laborieuses menées par les Partis communistes.

Après la
IIe Grande Dépression, la récente crise économique, il reste très peu de preneurs de la philosophie bourgeoise TINA (there is no alternative), "il n'y a aucune alternative", au capitalisme.  Beaucoup d'intellectuels, beaucoup de personnes dans les pays développés, dans les pays capitalistes, se sont tournés vers Le Capital de Marx.  Les développements récents dans le monde ont prouvé la théorie de Marx, l'invincibilité du marxisme et l'inévitabilité du socialisme et du communisme.  Seuls le socialisme et le communisme peuvent supprimer la faim, la pauvreté et l'inégalité, et résoudre des problèmes, du type du changement climatique, auxquels notre planète fait face.  En Inde nous essayons de réaliser une Nouvelle révolution démocratique en tant qu'élément des révolutions socialistes du monde.

 

A quelle étape êtes-vous dans la révolution indienne ?

En général nous sommes pendant la phase de la guérilla.  Ceci signifie que la lutte armée contre l'Etat est la forme principale de lutte, et l'organisation armée est la forme principale d'organisation.

Dans quelques endroits, comme dans le Dandakaranya et dans quelques parties du Jharkhand, nous avons formé les Comités populaires révolutionnaires (RPCs) qui sont les organes du pouvoir populaire alternatif.  Si cela continue, nous pourrons établir des secteurs-bases.  Les secteurs-bases sont des endroits où l'ennemi, les classes dirigeantes (c'est à dire la grande bougeoisie indienne et les propriétaires) n'ont aucun organe de pouvoir - aucuns militaires, aucune force de police, aucun appareil administratif - et où les gens développent leurs propres organes de pouvoir, leur propre armée et leurs propres appareils administratifs pour mettre en application des politiques économiques du Peuple par le gouvernement populaire.  Notre objectif immédiat est d'établir des secteurs-bases dans certaines poches de notre pays.

Quelles sont les stratégies que vous employez pour réaliser un secteur-base ?


Notre idéologie guide est le Marxisme-Léninisme-Maoïsme.  Notre stratégie est la guerre populaire prolongée.  Le Camarade Mao nous a enseigné que les nations pauvres, les nations où les systèmes semi-coloniaux et semi-féodaux existent, doivent prendre le chemin de la guerre populaire prolongée - création de bases dans la campagne puis encerclement des villes par la campagne.  C'est la stratégie adoptée par le Parti communiste ici en Inde et c'est la stratégie adoptée par des maoïstes dans les pays semi-coloniaux et semi-féodaux partout dans le monde.  En Inde, il y a certains changements ; ce n'est pas exactement semblable à la pré-révolution en Chine.  Ainsi nous avons apporté certaines modifications dans notre tactique, pour nous adapter aux changements dans nos conditions concrètes.

Quelles sont les principales différences entre les conditions qui ont existé à l'époque de la guerre populaire prolongée en Chine et les conditions en Inde aujourd'hui ?

Internationalement, nous fonctionnons dans un monde où il n'y a aucun pays ou base socialiste pour chercher de l'aide.  Après la 2de GM, les diverses luttes
de libération nationales ont forcé les impérialistes à renoncer à la vieille forme de domination coloniale directe.  Ainsi, ils ont recouru aux formes néo-coloniales d'exploitation.  Intérieurement, l'Inde a maintenant un Etat centralisé et militarisé qui a atteint les parties les plus éloignées du pays.  Le transport et les communications sont bien plus développés.  Les chefs de clan qui avaient leurs propres armées dominaient la campagne chinoise.

 

En Inde nous n'avons pas une telle situation.  La hiérarchie écoeurante de caste avec un ordre brahmanique strict est l'épine dorsale du féodalisme indien et il y a développement inégal dans chaque aspect des domaines socio-économiques et culturels.  Les classes dirigeantes indiennes ont dirigé ce pays pendant plus de 60 années dans un cadre soi-disant "démocratique".  L'Inde a une classe petite bourgeoise urbaine beaucoup plus grande et une force énorme de la classe ouvrière.  C'est un pays de nombreuses nationalités aux divers niveaux de développement.  L'Inde a une longue histoire de la pratique révisionniste qui a toujours une influence considérable sur les masses travailleuses et ces révisionnistes se sont prouvés être des apologistes de ce régime réactionnaire.

Il y a également de grandes différences dans le processus de bâtir une armée et des secteurs-bases.  En Chine ils ont déjà eu un secteur-base et une armée.  Même avant la formation du Parti communiste, le Guomindang menait une révolution démocratique bourgeoise contre l'impérialisme et le féodalisme.  Nous n'avons eu ni un secteur-base ni une armée quand nous avons commencé.  Nous avons commencé par un petit peloton et avons pu former l'Armée de guérilla de libération du Peuple. 

Ainsi notre lutte sera plus longue et différente.  En plus, nous avons de vastes secteurs plats qui ont besoin d'un traitement quelque peu différent que les régions accidentées et couvertes de forêts.  L'importance du travail urbain et du besoin d'organiser la classe ouvrière est plus grande dans notre pays.  Indépendamment d'organiser un Front uni stratégique des quatre classes, nous faisons également un effort spécial pour organiser les adivasis, les dalits, les femmes, les minorités et les diverses nationalités.

La bougeoisie indienne existe sous une certaine forme même dans les régions reculées de l'Inde.  Nous voyons les effets du capitalisme dans tous les recoins des villages reculés ici - personnes qui veulent des