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La résistance

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    Envoyé : 08 Jun 2009 à 18:50

Hommage à JOSEPH BOCZOV – F.T.P-M.O.I.

(source : http://l-afficherouge-manouchian.hautetfort.com/)

 
Joseph Boczov de son vrai nom Ferenz Wolf est né en 1906 à Baja-Sprié, il était juif originaire de Transylvanie.

Lycéen, il se joignit au mouvement révolutionnaire. Après ses études secondaires, membre des jeunesses communistes, il partit à Prague ou il suivit ses études à l’Institut Polytechnique (il continue de militer avec d’autres étudiants).

Des 1936, il décide de partir en Espagne pour combattre en soldat antifasciste, il traverse clandestinement toutes les frontières. Arrêté en Autriche, il est emprisonné pour passage illégal de la frontière. Mais aucun obstacle ne peut l’arrêter, il arrive finalement au but. Pendant toute la guerre d’Espagne, il acquiert son expérience de combattant dans les rangs de l’armée.

Enfermé dans un camp d’internement, après la défaite de l’armée républicaine, il s’évade du camp d’Argeles en avril 1941, à la tête d’un groupe de volontaires roumains.

Arrivé à Paris, il s’engage avec les autres évadés, dans l’O.S (Organisation Spéciale), un certain nombre d’immigrés combattent déjà dans les rangs de cette organisation. Avec l’afflux des évadés, le Parti organise une formation M.O.I (Main-d’œuvre Ouvrier Immigré) au sein de l’O.S avec comme responsable Conrado Miret-Must, celui-ci est arrêté fin 1941, c’est Boczov qui est alors nommé à sa place.

En Mai-Juin 1942, Pseudo ” Pierre “, entre dans les F.T.P-M.O.I et devient chef du quatrième détachement (détachement des dérailleurs), il avait pour matricule 10003. Boczov était un excellent technicien du matériel, c’est grâce à lui et au commandant Patrick que les partisans doivent cette fameuse mèche blanche qui brûle sans flamme et d’une manière régulière (en effet, à l’époque ou la mèche Bickford était introuvable et incommode, ils eurent l’idée d’utiliser les lacets en coton des chaussures de football, ils les trempaient dans du salpêtre du Chili et les transformaient en de véritable mèche de guerre).

C’est aussi grâce à lui, qu’est due la transformation de la mine anti-char en mine anti-train. Il a également perfectionné le déclenchement électrique dans les explosions de dynamite contre la voie ferrée alors que les autres groupes F.T.P français produisaient l’explosion en assurant le contacte électrique à la main et devaient s’abriter à cent mètres de la voie ferrée, Boczov avait réussi un déclenchement automatique, de même, c’est lui qui a inventé la fameuse charge en cisaille des paquets de dynamite sur la voie ferrée…

Dans la nuit du 3 au 4 août 1943, un groupe a fait sauter un train militaire sur la ligne Paris-Reims causant de nombreuses victimes.

Dans la nuit du 17 au 18 août, un autre groupe fit dérailler un train de permissionnaires sur la ligne de Longueville, dont la locomotive et plusieurs wagons se renversèrent sur la voie, causant un désastre. Au cours d’une troisième opération analogue, dans la nuit du 26 au 27 août, l’explosion détruit la locomotive et 14 wagons chargés du matériel militaire. Toutes ces opérations étaient dirigées par l’ancien milicien juif d’Espagne Boczov… Leur bilan se soldait par des centaines d’Allemands tués ou blessés et par de lourds dégâts matériels.…

Dans le communiqué du mois de septembre, l’état-major M.O.I. enregistrait de nouveaux progrès dans l’action des combattants sans uniforme. Au cours de ce mois, les partisans détruisirent plus de 75 wagons des trains militaires avec leurs locomotives, transportant soit des troupes, soit du matériel militaire, sans compter la recrudescence des attaques ” courantes” contre des formations militaires allemandes dans les rues de la capitale.

Qui étaient-ils, ces hommes débordant de courage et de volonté de lutte ?

Leur chef, Boczov, âgé de 37 ans, enseignait à chacun de ses hommes l’art du maniement de différentes armes, par exemple du lancement de grenades à main explosant au bout de 6 secondes…

Il se déplaçait chaque fois, avec un groupe nouvellement constitué, chargé d’un acte de sabotage sur une ligne de chemin de fer, à l’endroit désigné, pour étudier avec ses hommes sur place le meilleur moyen de s’acquitter de leur tâche…

Il est arrêté en novembre 1943, condamné à mort lors du procès du 19 février 1944 et fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944.

Extrait de l’ouvrage Un franc-tireur juif raconte par Abraham Lissner. Édition Paris, 1969.

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  Citer Jef. Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 26 Aug 2009 à 14:13

« La population était prête pour l’insurrection »

août 1944 . À l’occasion du 63e anniversaire de la Libération (2007), entretien avec André Carrel, ancien rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche et président de l’Association nationale de la Résistance.

Comment s’est fait votre engagement au sein de la résistance ?

André Carrel. Ma mère était au Parti communiste et a fait partie de la première délégation qui s’est rendue en Union soviétique. Naturellement, après mon bac, j’ai adhéré aux jeunesses communistes en 1933 puis au Parti. Lorsque la guerre a éclaté, j’étais journaliste au Peuple, journal de la CGT, tiré à l’époque à 200 000 exemplaires. J’ai été mobilisé dans un régiment hippomobile. J’avais gardé des contacts avec le Mouvement mondial de la jeunesse, dont j’avais été un des dirigeants et j’ai eu la chance de rencontrer par hasard le Dr Victor Laffitte en septembre 1940. J’ai ainsi pu reprendre contact avec les membres du Parti et j’ai intégré l’office spécial pour surveiller les Allemands.

Quelles étaient les actions ?

André Carrel. Je diffusais les tracts et je surveillais les mouvements qui pouvaient s’opérer. Il venait d’y avoir une rafle monstre et de nombreuses arrestations en Seine-et-Marne. J’ai donc été transféré là-bas pour remettre sur pied le Front national de Lutte pour l'Indépendance de la France. À l’époque la Seine-et-Marne était un point névralgique. C’est là qu’arrivaient les trains d’Allemagne. J’y suis resté un an jusqu’au jour de l’arrestation par les Allemands de l’écrivain Streber. On m’a nommé à sa place pour représenter le Front national au Comité parisien de la Libération (CPL).

Quelle était la fonction du Front national (...de lutte pour l'indépendance de la France) ?

André Carrel. Le Front national a été constitué grâce à l’action d’André Tollet, son président. Ce dernier a également réussi à réunir les représentants de la plupart des organisations de résistance clandestines à Paris. Il y avait les républicains avec Léo Hamon, les gaullistes avec Mme Lefaucheux, dont le mari avait été déporté, Albert Rigal pour le PCF, Tollet pour les syndicats et moi pour le Front national. Il a ainsi monté le CPL en accord avec le Conseil national de la Résistance (CNR). La première réunion a eu lieu en 1943 dans un appartement, au-dessus duquel habitait Céline ! Nous avons eu beaucoup de discussions mais nous avons pu maintenir le CPL jusqu’au déclenchement de l’insurrection de la région parisienne. Pour ma part, j’avais comme charge essentielle les questions militaires ainsi que les liaisons avec les FFI, les FTP et le CNR.

De quoi étiez-vous chargé pendant ce mois d’août 1944 ?

André Carrel. Le bureau du CPL m’avait confié une mission très compliquée : transformer la police parisienne en police patriotique. Après toutes les arrestations qu’ils avaient faites, vous imaginez les difficultés ! Pour déclencher la grève générale de la police, il a fallu prendre contact avec des colonels de la gendarmerie et de la police. Nous avons pu transformer cette masse qui, jusque-là, avait comme seul objectif d’arrêter les patriotes et de les mettre dans les mains de la gestapo. Il ne faut pas oublier qu’en août 1944, les départs de déportés de la région parisienne continuaient. La grève a eu plus de succès dans les branches les plus « ouvrières » de la police. Puis elle s’est généralisée lorsque les Allemands ont volé des armes à des commissaires de police en Seine-Saint-Denis.

Ce mouvement s’est aussi cristallisé dans la manifestation du 14 juillet 1944 dont les flics n’ont pas empêché la tenue. Cet événement montrait à quel point la population était prête mentalement pour une insurrection. D’autant plus que le 6 juin 1944, il y avait eu le débarquement des alliées en Normandie et que de Gaulle était à Bayeux.

Concernant la mise en place de l’insurrection, quelles étaient les consignes ?

André Carrel. Le CPL a lancé un appel à toutes les entreprises de la région parisienne afin de créer des milices patriotiques pour neutraliser les Allemands. Nous avons eu de nombreuses discussions avec Rol-Tanguy pour savoir si nous étions prêts à lancer le mot d’ordre de l’insurrection. En tant que dirigeant des FFI, il était d’accord. Je me suis ensuite rendu avec Tollet à la réunion du CNR où unanimement le CPL et le CNR ont déclenché l’insurrection. À peine avait-on fini d’écrire l’appel, qu’on entendait déjà des coups de feu dans les rues. La reprise des mairies a été un événement considérable. Il y avait un double mouvement : mettre les Allemands à la porte et revenir sur Vichy.

Où étiez-vous le jour de l’insurrection ?

André Carrel. La direction du Front national, du Parti communiste et des FTP étions retranchés à Montfermeil. Nous avions décidé de ne pas prendre les zones officielles pour éviter la répression allemande. Sauf que Léo Hamon et quelques autres ont décidé de prendre l’Hôtel de Ville. Lorsqu’il est entré, d’autres s’y étaient déjà infiltrés. Il nous a appelés et nous sommes rentrés à quatre pattes avec Tollet dans l’Hôtel de Ville. Nous nous sommes installés là. Nous avons mis en place une série d’opérations pour garder des liens avec les mairies reprises, les policiers et les groupes de résistance. Les avant-gardes de l’armée Leclerc sont arrivées. J’ai accueilli le capitaine Dronne. L’insurrection a été ainsi dirigée depuis l’Hôtel de Ville. Cet élan national, exceptionnel, doit être raconté, en particulier aux jeunes générations. Il est essentiel de leur expliquer ce qu’a été la Résistance car elle fait partie de leur histoire et de l’histoire de France.

Au coeur de la Libération de Paris, André Carrel, Éditions sociales, 1994.

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte http://www.humanite.fr/2007-08-24_Politique_-La-population-etait-prete-pour-l-insurrection



Edité par Jef. - 26 Aug 2009 à 14:16
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Le site des Amis de la Résistance en Corse du sud

 
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Dec 2009 à 19:57
 
A l’heure de l’Identité Nationale, il est bon de se rappeller quelques pages d’histoire de la France, dont la résistance à laquelle ont participé les « étrangers »…
 
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  Citer Jef. Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 14 Dec 2009 à 17:40
Qui a trahi Manouchian ?
 
Un entretien avec Adam Rayski

Qui a trahi Manouchian et son groupe de résistants ? Le parti communiste est-il réellement en cause, même indirectement ? Adam Rayski apporte ici un précieux témoignage.

L’Histoire : Avant d’être fusillé, Manouchian, dans sa dernière lettre, pardonne à tous, « sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus ». Qui est le traître ?

Adam Rayski : Dans l’esprit de Manouchian il s’agissait de Joseph Davidovitch, commissaire politique des FTP-MOI [1] depuis juin 1943. Manouchian était son subordonné et ne l’a accepté qu’à contrecœur. En octobre, Davidovitch disparaît. Par une fuite de la préfecture, nous avons appris qu’un résistant dont le signalement correspondait à celui de Davidovitch avait craqué, était passé aux aveux. Il sillonnait Paris en voiture avec les policiers français pour piéger les camarades sur leurs lieux de rendez-vous. A la suite d’une évasion simulée, il devait infiltrer la MOI et remonter jusqu’à la direction clandestine du Parti. Après les coups de filet de mars 1943 – 140 camarades arrêtés –, la police s’était déjà bien infiltrée. En janvier 1944, ce sont deux adjoints de Duclos qui tombent. Davidovitch a contribué à mieux cerner l’organigramme clandestin. Sa trahison ne fait plus aucun doute.

Et quels sont ceux qui ont vendu ?

Adam Rayski : Une certitude : Manouchian ne pouvait soupçonner les communistes. Pour Mélinée, sa veuve, il est mort communiste. « Vendre » est le mot de la terminologie résistante et de la presse clandestine pour désigner la Collaboration et Vichy, surtout après Montoire. A son procès, quand Manouchian déclare : « Vous avez vendu votre conscience et votre âme à l’ennemi », il s’adresse avec mépris à un parterre de gestapistes français et de journalistes collaborateurs.

Il y a ce Tomasina, compagnon de cellule de Manouchian. Manouchian lui aurait dit qu’il accusait formellement un certain Roger d’être coupable, au même titre que Davidovitch. C’est en tout cas ce que déclare la veuve de Manouchian. Qu’en pensez-vous ?

Adam Rayski : Effectivement, Tomasina laisse planer le doute sur Roger - Boris Holban -, chef militaire parisien des FTP-MOI, d’être coresponsable de l’arrestation. Roger aurait insisté pour que Manouchian donne les vrais noms et adresses des camarades à Davidovitch. C’est fondamentalement méconnaître les réalités de la clandestinité. Les vrais noms, ça n’existait pas. Mélinée Manouchian dit, à propos du 16 novembre 1943 [2], que Manouchian ne connaissait pas les adresses. Cette déclaration de Tomasina n’est pas sérieuse. C’est offenser Manouchian que de le présenter comme un boy-scout alors qu’il était un résistant de première qualité.

Que pensez-vous de la thèse de la « tricolorisation » du Parti ? Certains historie ns prétendent que le PC, soucieux de redorer son blason cocardier, aurait sacrifié délibérément les combattants « Manouchian » aux noms trop juifs et à l’accent yiddish si peu national...

Adam Rayski : Le groupe Manouchian n’était pas comme ça. suspendu en l’air. Il était en interconnexion avec tous les rouages du Parti. On ne pouvait livrer sélectivement Manouchian sans mettre en danger toutes les organisations dans la mouvance du Parti. Dans l’hécatombe de mars 1943, il y avait beaucoup de Français de pure souche. Il n’y a qu’à lire le rapport de police du 3 décembre 1943, établi après la chute de Manouchian : « 67 arrestations, 14 Français aryens, 4 Français juifs, 19 étrangers aryens, 30 étrangers juifs. » Souvenez-vous de Joseph Epstein, responsable FTPF de l’Ile-de-France, exécuté en avril 1944 avec 18 Français « aryens ». Le PC ne manquait pas de noms bien français. L’appellation nazie de groupe « Manouchian », c’est la propagande raciste pour mieux discréditer la Résistance et la présenter comme non patriotique.

Le groupe a-t-il été abandonné sans armes ?

Adam Rayski : Le même rapport de synthèse énumère tout un arsenal trouvé dans une planque de Marcel Rayman et de Boczov qui appartenait au groupe des 23 condamnés de l’Affiche rouge : « 5 pistolets, 6 grenades, des lots de cartouches, une mitraillette Mauser, etc. » Que l’on s’y reporte.

Sans argent ?

Adam Rayski : La caisse du Parti ne fonctionnait pas comme une payerie générale. Fréquemment l’argent arrivait en retard, ou pas du tout quand le collecteur de fonds « tombait ». Tout le monde brandit la dernière lettre de Manouchian à sa femme, mais néglige bizarrement son post-scriptum : « J’ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène [3]. M[lissak] M[anouchian] » Si l’argent venait à manquer, c’était pour des raisons techniques et non politiques. La thèse de l’abandon ne tient pas debout.

Y a-t-il une responsabilité du PCF dans la chute du groupe Manouchian ?

Adam Rayski : En mai 1943, devant le bilan des pertes des organisations juives, j’ai demandé le repli. le transfert de notre direction dans la zone Sud. Le Parti a refusé, qualifiant cette attitude de « capitu1arde ». Le PC voulait continuer à frapper dans la capitale, avec ce qui restait son unique bras séculier : les FTP-MOI. Stratégiquement, la direction, pour affirmer sa suprématie vis-à-vis de Londres et du Conseil national de la Résistance, désirait capitaliser les actions d’éclat de la MOI. La direction nationale juive est partie in extremis pour Lyon, mais les FTP ont continué à lutter sur place avec acharnement. Le Parti a sous-estimé l’impératif de la guérilla urbaine – savoir décrocher – et a tiré un rendement politique maximum des coups d’éclat de la MOI. A terme, c’était donc bien une grave erreur politique. La part de responsabilité du PC dans les arrestations de résistants - dont les 23 de l’Affiche rouge - est indiscutable. Mais ne parlons pas à propos du Parti de trahison ; ne parlons pas non plus d’abandon et encore moins de sacrifice prémédité.

Adam Rayski était responsable national de la section juive du PCF de 1941 à 1949.

Article paru dans la revue L’histoire, n°81 Septembre 1985. Propos recueillis par Alain Rubens.

[1] Francs-tireurs partisans. Main-d’œuvre immigrée. Cf. L’Histoire numéro spécial 80. Résistants et collaborateurs. p. 38

[2] Date de l’arrestation de Manouchian

[3] Pour Adam Rayski, Armène désigne l’organisation arménienne de Paris.

 

En 1985, Adam Rayski, répondait aux affabulations scandaleuses de Stéphane Courtois et Mosco Boucault sur un soi-disant lachage de la part de la direction du Parti à des fins chauvines. Evidemment thèse relayée complaisamment et abondamment par tous les médias bourgeois depuis 25 ans, cela a pris une tournure d’histoire officielle.

 

Les travaux de l’historien Denis Peschanski en 2007, à la lumière des archives (enfin ouvertes) de la préfecture de police de Paris et de l’armée allemande ont démontrés une bonne fois pour toute la vérité déjà racontée par Adam et l’Histoire du PCF.

 

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Dec 2009 à 18:26

Camp de Beau Désert Les “politiques” internés à Mérignac

(source : http://aabdx.lescigales.org/ 15/12/09)

 
Arrêté en février 40, le militant Georges Durou a été interné pendant plus d’un an à Mérignac avant d’être déporté, parce qu’il était communiste.

J’avais seize ans lorsque j’ai été arrêté en février 40, rue Philippe Rameau à Bégles au domicile de mes parents. Le panier à salade était garé devant la maison. Deux gardiens de la paix et deux inspecteurs m’ont amené au commissariat. Je suis tombé entre les mains des hommes du commissaire Poinsot. Ils s’occupaient des questions politiques. Ils m’ont filé des gifles, m’ont assené des coups de poing. Ils voulaient que je balance le nom de mes copains.

Mon père était communiste depuis 1920. A onze ans, j’avais intégré les rangs du Secours rouge. Depuis le pacte germano-soviétique, le parti était interdit en France. Cela nous empêchait pas de continuer à militer. C’est en cuisinant un des camarades chez qui ils avaient trouvé des tracts que les policiers m’ont identifié. Je me suis retrouvé au tribunal pour reconstitution de ligue dissoute et propagation des mots d’ordre de la 3ème internationale. J’ai oublié le nom du procureur. Mais je sais qu’il a tiré prétexte des appréciations favorables de mon instituteur pour affirmer que je savais ce que je faisais. Il a réclamé le maximum contre moi : cinq ans de prison. Finalement je n’ai été condamné qu’à un an. J’ai purgé cette peine au fort du Hâ.

En février 41, le jour de ma libération, deux gendarmes m’attendaient. Ils m’ont transféré d’autorité à l’hôtel des immigrants, au 24 quai de Bacalan. Il n’y avait que des communistes dans ce bâtiment aux murs aveugles, aménagé comme un faux pont de navire. On dormait tous dans la même salle sur des lits superposés. On est resté la jusqu’à ce que le camp de Mérignac soit ouvert. J’ai fait partie de ceux qui l’ont inauguré quelques mois plus tard. Au début, il y avait sept baraquements en bois. A l’intérieur de chacun d’entre eux, une cloison séparait deux grandes pièces ou étaient alignés des lits en fer. “

“J’étais angoissé mais j’avais un idéal. S’il fallait se sacrifier, j’étais prêt.”

“Il ne faut pas noircir le tableau. On était en plein air, on avait de l’espace et on ne mangeait pas trop mal. Je jouais du banjo, la famille nous visitait une fois par semaine et nous amenait des provisions. On avait pu entrer un poste de radio. On écoutait radio Londres et radio Moscou. Les gardes civils français et les gendarmes qui nous gardaient nous laissaient assez libres de nos allées et venues à l’intérieur du camp. On ne voyait jamais les Juifs. Une palissade empêchait l’accès aux baraques qui leur étaient réservées.

Le climat s’est modifié à partir de l’été 41. Ils ont construit une autre édifice entouré de barbelés. C’est là qu’ils ont regroupé ce qu’on a appelé par la suite les otages. Je devais être considéré comme un révolutionnaire. J’en faisais partie au début, on a fait une grève de la faim pour que la porte soit ouverte la journée. Ils ont fini par céder. Jusqu’au 21 octobre 41, seule l’incertitude du lendemain nous minait. Tout a changé ce jour là.. Un officier allemand venait d’être abattu par la Résistance à Bordeaux.

Les hommes de Poinsot sont revenus. Ils nous ont pris un par un. ” Vous savez le sort qui vous attend : si vous ne donnez pas les noms de la direction clandestine du parti cinquante personnes seront fusillées “. Un peu plus tard, deux gendarmes sont venus chercher le Dr Nancel-Penard et Roger Allo, deux anciens des brigades internationales qui avaient combattu les franquistes en Espagne. On était inquiet, on a parlé toute la nuit.

Le 24 octobre, les Allemands sont arrivés. Ils avaient une liste. Ils ont pris 35 personnes. Je n’y étais pas. J’étais angoissé mais j’avais un idéal. S’il fallait se sacrifier, j’étais prêt. A un moment, l’instituteur Camille Maumey s’est exclamé : ” j’ai oublié mes cigarettes. ” ” – Ne faites pas attendre ces messieurs ” lui a lancé le chef des gardes civils ! Ils sont partis dans des camions pour le Camp de Souges où ils ont été passés par les armes.

“Les communistes ont le sens de l’organisation et de la solidarité”

Le lendemain matin, nous avons observé une minute de silence. Un gendarme présent dans le camp qui s’appelait Chautard s’est mis au garde à vous. Mal lui en a pris. Il est mort à Auschwitz. J’ai essayé de m’enfuir. Mais j’ai été dénoncé par un mouchard. Le garde qui m’a surpris m’a donné des coups de bâton pendant que j’étais empêtré dans les barbelés. Je crois que c’est cette tentative d’évasion qui m’a valu d’être transféré au Fort du Hâ où je suis resté plusieurs mois. Je m’attendais à mourir d’un moment à l’autre. C’est pour cela que j’ai toujours dévoré ce qui me tombait sous la main. Le jour où j’allais être conduit au poteau, je voulais avoir la force de cracher à la face des Allemands.

Je suis parti pour le camp de concentration de Sachsen-Hausen au début de l’année 43. Les nazis avaient besoin de main d’oeuvre. C’est la que j’ai appris à faire semblant de travailler en tenant une pelle. Beaucoup sont morts de fatigue, d’épuisement et de malnutrition. La mort se lisait dans le regard de certains. Ils n’avaient plus le moral. Les communistes ont le sens de l’organisation et de la solidarité. On se partageait le peu qu’on avait à manger.

J’ai eu beaucoup de chance. Les usines du camp ont été violemment bombardées par les alliés: j’ai survécu. Et les SS qui voulaient nous mettre sur des vieux rafiots dans le port de Lubeck avant de les couler n’ont pas eu le temps de parvenir à leurs fins. Ils nous ont abandonné pour ne pas tomber entre les mains des Russes.

Je suis revenu à Bordeaux en 45. Les copains m’ont dit que l’épuration avait été faite. Poinsot avait été exécuté. J’ai tourné la page. Je me suis préoccupé de reconstruire. Je me suis passionné pour l’avenir et ses grands mots.

Je ne pouvais pas évoquer cette période. La douleur était trop forte. La nuit, cela revenait. Je ne pouvais pas me débarrasser de mes cauchemars. Aujourd’hui, je n’ai pas de haine, sauf peut être contre les policiers français qui nous ont torturés et massacrés. Ils étaient pire que les Allemands.

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Raymond Aubrac « Il faut être optimiste, c’est cela, l’esprit de la Résistance »

Par Pascal Convert, artiste plasticien, auteur (*).

La trajectoire 
de Raymond Aubrac (Raymond Samuel), né dans une famille juive laïque et républicaine, témoigne d’une volonté exceptionnelle de justice et d’égalité, qui se prolongera
toute sa vie.

Âgé de quatre-vingt-seize ans, Raymond Aubrac fait partie de cette rareté statistique qui ne compte qu’un pour cent de la population mondiale et à laquelle on a donné le nom de grand âge. Celui qui entre dans ce territoire lointain se pose immédiatement la question de son utilité. Depuis 2007, sa compagne Lucie Aubrac l’a quitté et comme il le dit, celui qui reste est puni. Mais il a conscience que le simple fait de vivre plus longtemps que d’autres lui a permis de garder en mémoire des événements qui n’étaient désormais plus accessibles que dans les livres d’histoire. La Première Guerre mondiale, la grande dépression, la Seconde Guerre mondiale et la Résistance, les épreuves de la décolonisation, la guerre froide, la guerre du Vietnam, il a vécu ces périodes et parfois en a infléchi le cours. Il sait bien sûr que pour les jeunes générations et même pour leurs parents l’arrivée au pouvoir d’Hitler, la défaite de 1940, la préhistoire de la Résistance et la naissance des mouvements Libération ou Combat, les espoirs liés au programme du Conseil national de la Résistance, la disparition des empires coloniaux, la dislocation de l’URSS n’ont plus aujourd’hui aucun sens particulier et appartiennent au seul champ scolaire ou universitaire.

Depuis la disparition de Lucie, on ne compte plus le nombre de ses visites dans des établissements scolaires. Prenant le bus devant sa résidence, il se rend à la gare et prend un train pour une destination souvent lointaine. Quand on l’interroge sur les raisons d’un tel activisme, il élude la question.

«Vous savez mon système est très au point. Dès que l’on m’invite, j’accepte de venir. Comme cela, je ne suis pas seul. Et puis les salles de classe sont chauffées et la cantine agréable. Et je ne manque jamais de saluer le cuisinier !»

Il faut avoir assisté à une rencontre de Raymond Aubrac avec des collégiens ou des lycéens pour comprendre les enjeux d’un tel dialogue. Loin de procéder à une simplification hâtive ou à une héroïsation de la Résistance, Raymond Aubrac entreprend d’initier les jeunes à la complexité et à l’évolution d’une situation.

«À la fin de la guerre, le général de Gaulle a fait des discours dans lesquels il disait que les Français avaient été résistants. Dans la même période, les communistes disaient la même chose. Les uns et les autres ne disaient pas la vérité mais ils ne disaient pas non plus quelque chose d’erroné. Au printemps 1944, les résistants pouvaient demander du secours, de l’aide à peu près à tout le monde. L’opinion publique en France entre 1940 et 1944 avait beaucoup changé. Il faut en tenir compte.»

Les interventions de Raymond Aubrac dans les collèges et lycées peuvent parfois prend une tournure étrange et les enseignants en sortir quelque peu perturbés.

«Vous savez, quand je suis parti aux États-Unis, en 1937-1938, Roosevelt était détesté par le grand patronat américain. Avec le News Deal, il avait pris le parti des pauvres et des syndicats. Même les communistes avaient changé d’avis sur Roosevelt. À cette époque, il était possible d’approuver à la fois l’URSS et les États-Unis. J’aurais voté pour lui. Obama s’est inspiré du News Deal dans son programme.»

Un jour, invité dans un collège dit «sensible», adjectif utilisé pour désigner une population de banlieue aux origines multicolores, il a perçu que l’attention des élèves était flottante quand il a raconté sa première rencontre avec Jean Moulin. Et il leur a parlé de l’autre Résistance, la Résistance des peuples colonisés, de l’arrivée d’Hô Chi Minh chez lui, de leur amitié, de la manière dont il avait convaincu le pape d’intervenir pour faire arrêter les bombardements américains sur les digues du fleuve Rouge, de ses rencontres avec Kissinger ou Mac Namara quand il tentait d’éviter une escalade de la guerre au Vietnam, du 30 avril 1975 où, à Hanoï, il assista à la joie silencieuse d’un peuple qui s’était libéré. Le professeur d’histoire n’avait jamais vu une telle attention dans sa classe.

De manière rituelle, Raymond Aubrac termine ses visites en incitant ses jeunes interlocuteurs à l’optimisme.

«La Résistance était une action volontaire. C’est-à-dire qu’on pouvait y entrer et en sortir quand l’on voulait. Et on s’aperçoit que les gens qui sont entrés en Résistance y sont restés. Beaucoup d’entre eux ont été arrêtés, fusillés, déportés, mais ils sont restés… pourquoi ? À mon avis personnel, par solidarité avec leurs camarades. Les résistants sont liés par des liens très forts, comme des frères et sœurs. Il faut être optimiste, c’est cela l’esprit de la Résistance. C’est une chose qu’on ne dit pas assez. Tous les gens qui se sont engagés dans la Résistance sont des optimistes. Ils ne baissent pas les bras et sont persuadés que ce qu’ils vont faire va servir à quelque chose. Il faut avoir confiance en soi, être optimiste et croire que ses combats sont utiles.»

«Il faut être optimiste, c’est cela l’esprit de la Résistance.» Derrière cette phrase en apparence paradoxale, il y a toute la philosophie de Raymond Aubrac et le message qu’il veut délivrer à une jeunesse que l’on laisse souvent sans projets d’avenir.

 

(*) Il a publié en 2007 une biographie 
sur Joseph Epstein (Éditions Séguier).

Pascal Convert


Un engagement perpétuel

Après des études d’ingénieur à l’École des ponts-et-chaussées à Paris, puis 
à Harvard aux États-Unis, Raymond Aubrac crée avec sa compagne Lucie Aubrac et Emmanuel d’Astier de La Vigerie le mouvement de résistance Libération Sud. Arrêté par Klaus Barbie le 21 juin 1943 à Caluire avec Jean Moulin, il est libéré quelques mois après grâce à une opération spectaculaire montée par sa femme. Commissaire de la République à Marseille puis responsable du déminage 
de la France, il prend activement part à la décolonisation de l’Indochine après avoir accueilli Hô Chi Minh chez lui en 1946. Durant toute la guerre du Vietnam, il a joué un rôle majeur en établissant des contacts secrets entre Hanoï
et Washington. Ce canal secret baptisé Pennsylvania a posé les bases des accords de paix de 1975. Haut fonctionnaire à l’ONU, il a alors été en charge 
de l’aide à la reconstruction du Vietnam.

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Le colonel Fabien « Quand lutte sociale et lutte armée se confondent »

Par Ian Brossat, 
Conseiller de Paris (*).(*) Président du groupe communiste 
au Conseil de Paris

Les témoignages dont nous disposons aujourd’hui sur le colonel Fabien citent pêle-mêle son extrême jeunesse, sa détermination, ses cicatrices de la guerre d’Espagne et son incroyable courage. La fascination qu’il exerce encore dans l’imaginaire collectif tient à ce genre d’énumération, à un sentiment d’exception et de force.

Le colonel Fabien, de son vrai nom Pierre Georges, né le 21 janvier 1919 à Paris. À peine adolescent, il commence à travailler comme apprenti boulanger. À quatorze ans, il s’engage au Parti communiste, à dix-sept, il part rejoindre les Brigades internationales en Espagne. Interné à vingt et un ans en 1939, il s’évade au bout de quelques mois et devient le colonel Fabien. Il verse le premier sang allemand de la Résistance à vingt-deux ans, organise et combat l’occupant jusqu’à la libération de Paris en août 1944 où il joue un rôle important. Ayant rejoint avec ses partisans l’armée de De Lattre de Tassigny, il meurt lors de l’explosion d’une mine à seulement vingt-cinq ans. Cette trajectoire, fulgurante et sans pareille, est à l’image d’un Rimbaud en poésie, sauf qu’il s’agit de vie et de mort. L’impression demeure qu’il a vécu plusieurs existences. À ce point que son décès semble irréel.

Pour tous les jeunes militants communistes, le colonel Fabien est un exemple indépassable. De toutes les personnalités qui ont fait l’histoire de ce mouvement, c’est probablement la plus héroïque au sens classique du terme. Comme les personnages romanesques médiévaux, Lancelot ou Jeanne d’Arc, c’est un enfant du peuple. Comme eux, il vole au secours de sa patrie (ou de son seigneur, disons les choses sans détour), trahie par ses dirigeants ou occupée par l’ennemi. L’histoire excède pourtant le roman ou la légende dorée. Pierre Georges ne répond pas à un appel mystique et ne s’engage pas par sacrifice pour son roi.

Ce qui frappe, c’est qu’il s’agit avant tout d’un ouvrier et d’un militant, d’un homme pénétré de convictions politiques si fortes qu’il passe à l’acte, dans la continuité de ses idées et pour le salut du peuple. Entre 1940 et 1942, la naissance d’une résistance intérieure en France est très complexe, on le sait, et se fait selon des motivations très diverses. Amour de la patrie, haine de l’Allemagne, lutte contre le fascisme ou l’antisémitisme, valeurs républicaines, tout se mélange. La particularité de nombreux communistes et de Pierre Georges, c’est que son engagement n’est pas nouveau. Tout est dans tout, depuis les premiers combats syndicaux jusqu’à la guerre d’Espagne – et finalement, la Résistance.

Dès l’automne 1939, le Parti communiste français est dissous. En 1940, ce sera le tour des syndicats d’être interdits. Dans la clandestinité, cependant, les militants, dont Pierre Georges, sont déjà à l’œuvre. La droite française (et parfois la gauche) a souvent soutenu que les communistes n’avaient rejoint la Résistance qu’en juin 1941, au moment où Hitler lance ses blindés contre Staline. Rien n’est plus faux en ce qui concerne celui qui n’est pas encore le colonel Fabien. Comme de nombreux autres membres du Parti et des Jeunesses communistes, il est à pied d’œuvre dès 1940.

Il y a des manifestations et des sabotages contre l’occupant, un peu partout en France, et notamment à Paris. Des mouvements se montent dans les deux zones, libre et occupée, auxquels les communistes participent – certains seront arrêtés, et plusieurs, exécutés. Le fil ténu du courage qui mène Pierre Georges à l’assassinat de l’aspirant Moser, le 21 août 1941, sur le quai de la station de métro Barbès-Rochechouart, direction Porte d’Orléans, vient de cette histoire-là. La première victime militaire allemande de la Résistance est l’aboutissement de longs mois d’humiliations, de défis, de débats et de douleurs. Elle change radicalement le visage de l’occupation en France. C’est une nouvelle déclaration de guerre.

Tout comme il faut se méfier de la légende, cependant, et faire d’un militant communiste un chevalier de la Table ronde, il faut se méfier du symbole. La portée considérable des deux coups de feu tirés, ce 21 août 1941, tient au symbole. En revanche, l’action déterminante de Pierre Georges pendant la Seconde Guerre mondiale tient à tout autre chose : au courage, certes, mais aussi à la persévérance, à un don singulier pour l’organisation et à une vraie intelligence des hommes et des événements.

Il ne devient pas le colonel Fabien en pressant sur la gâchette. C’est quand il structure les premiers maquis en Franche-Comté puis dans les Vosges, en 1942 et 1943. C’est quand la police française l’arrête et le livre aux Allemands. Le colonel Fabien naît à ce moment-là, dans la solidarité et les difficultés de la clandestinité, dans la douleur et les humiliations de la torture qu’il subit pendant trois mois. En 1943, quand il s’évade du fort de Romainville, l’ouvrier est devenu soldat de la liberté.

La suite est solidement ancrée dans les mémoires. Au moment de la libération de Paris, le colonel Fabien mène une troupe de FFI à l’assaut du Palais du Luxembourg. Il est rejoint par la deuxième division blindée du général Leclerc, puis intègre avec ses camarades l’armée de De Lattre de Tassigny. On dit que celui-ci l’admirait tant qu’il aurait voulu qu’il soit général. Ce qui est certain, c’est que les hommes de ce que l’on appelait le «premier régiment de Paris», ou plus simplement la «colonne Fabien» ont été de tous les combats dans l’est de la France et le sud de l’Allemagne.

Je me demande parfois ce qu’aurait fait ce grand militant communiste s’il n’avait pas été tué par une mine en Moselle. Je suis certain qu’il n’aurait pas pris sa retraite. Les combattants comme lui ne se rangent pas. Et comme le sang et la sueur revenaient au même pour lui, comme les luttes sociales et armées se confondaient, je veux croire qu’il aurait continué à être un grand militant communiste. C’est dans ce rêve probablement que se retrouvent les jeunes membres du Parti aujourd’hui quand ils se rendent «place du Colonel-Fabien». Ils rêvent de cette suite qui n’est pas venue – et s’il faut se méfier des légendes et des symboles, il ne faut pas se méfier des rêves. C’est avec eux aussi que l’on construit la vie.

 

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Marcel langer « L’ouvrier métallo, héros de la 35e brigade FTP-MOI »

Par Alain Raynal

Immigré polonais et militant communiste, ancien lieutenant des Brigades internationales, 
il est guillotiné par 
les autorités de Vichy, condamné à mort 
par la section spéciale de la cour d’appel de Toulouse à l’issue d’un procès qualifié de « monument d’iniquité » (1) 
par les historiens.

Sortant de sa cellule pour être guillotiné, rapporte le procès-verbal d’exécution, il s’écrie : «Vive la France ! À bas les Boches ! Vive le Parti communiste !» Au même moment, les détenus des cellules voisines entonnent la Marseillaise. C’est au petit matin du 23 juillet 1943, à 5 h 40 précisément, que Marcel, Mendel de son prénom polonais, Langer est guillotiné dans la prison Saint-
Michel à Toulouse.

Cinq mois plus tôt, le 5 février 1943, il est arrêté gare Saint-Agne, à Toulouse, alors qu’il réceptionne une valise remplie de dynamite portée par une jeune étudiante résistante, Marie, arrivant d’Ariège. Durement interrogé, torturé, il ne fournit aucun nom et ne donne aucun renseignement à la police française sur l’origine et la destination de ces explosifs.

Lors du procès intenté par les services de Vichy, le procureur Lespinasse demande la peine de mort à l’issue d’un réquisitoire scandaleux de sévérité contre l’origine et les engagements de l’inculpé. L’accusateur français ajoute du zèle dans sa soumission à l’égard de l’occupant allemand. Ce Lespinasse insiste sur la nécessité de punir ce «sans-patrie» pour l’exemple. Pour « éviter » soi-disant des prises d’otage par les nazis. «Vous êtes juif, étranger et communiste, trois raisons pour moi de réclamer votre tête», aurait même déclaré le magistrat. Les frères de combat de Marcel Langer le vengent quelques mois plus tard en exécutant le procureur collabo. Jusqu’à la Libération, plus aucun magistrat toulousain ne va demander la peine de mort pour motif politique. Les autorités de Vichy restent sourdes aux demandes de grâce formulées par Me Arnal. L’avocat choisi par les membres de la MOI (Main-d’œuvre immigrée) assure une défense courageuse et tenace.

Dans une lettre de prison rédigée dans les derniers jours de mars 1943 à ses camarades, Marcel Langer indique que son moral est bon, qu’il est bien traité. «Sachez que 95% du personnel pénitentiaire me manifeste ouvertement leurs sentiments anti-hitlériens.» Il sait que l’exécution approche. «Si je dois mourir, écrit-il, je saurai dans mes derniers instants prendre une attitude digne d’un ouvrier révolutionnaire.» L’ouvrier antifasciste poursuit : «N’oubliez pas que le 1er mai qui approche est pour moi une date historique. Il y aura vingt ans que j’ai adhéré au mouvement révolutionnaire prolétarien. Toujours actif, dans les premiers rangs au combat, je n’ai jamais reculé devant aucun danger. Cela me donne à penser que je pourrais être un exemple pour d’autres.»

«Marcel Langer est le représentant exemplaire de ces combattants qui ont consacré une vie à la défense des libertés menacées par le fascisme», souligne Rolande Trempé en ouverture de la biographie consacrée au héros combattant de la MOI. Après l’exécution de son chef, la 35e brigade prend le nom de brigade Marcel-Langer. Elle va s’honorer par de très nombreux et courageux actes de résistance contre l’occupant à Toulouse et dans toute la région. Une cinquantaine de jeunes résistants communistes – pour la plupart juifs d’Europe centrale et orientale, antifascistes italiens, guérilleros espagnols – renforcent ses rangs jusqu’en avril 1944, avant que le groupe ne soit démantelé par la police française.

Retour sur un itinéraire de combat à travers le Proche-Orient et l’Europe pour l’émancipation humaine, pour la liberté, et contre le fascisme.

Mendel Langer naît en Pologne, à Szezucin, le 13 mai 1903. Il est le fils d’Alter Langer et de Rosa Eiger ; les persécutions antisémites marquent sa jeunesse.

La famille émigre en Palestine en 1920. Le père est membre du Bund, parti socialiste juif. Le frère aîné devient un militant actif du mouvement sioniste. Mendel adhère au Parti communiste palestinien. Arrêté puis emprisonné pour activité communiste par les Britanniques, il vient en France, à Paris, puis à Toulouse, à partir de 1931, où il travaille comme fraiseur-ajusteur. Militant communiste, il adhère à une section de la MOI, organisation alors créée au sein de la CGTU (Confédération générale du travail unitaire) pour réunir les travailleurs immigrés.

En 1936, c’est l’engagement en Espagne dans les Brigades internationales. D’abord dans une brigade polonaise, puis dans la 35e division de mitrailleurs, dans laquelle il est nommé lieutenant après un passage au quartier général d’Albacète.

Il épouse en juin 1937 une jeune Espagnole, Cecilia Molina. De cette union naît seize mois plus tard une petite Rosa. Avec la défaite des républicains, il retourne en France. Il est interné dans les camps d’Argelès puis de Gurs d’où il s’évade pour rejoindre Toulouse.

De nouveau ouvrier métallo aux Ateliers de construction mécanique du Midi, il reprend contact avec ses anciens camarades de la MOI, entrés dans la clandestinité. Avec l’occupation en 1942 de la zone Sud par les Allemands, la MOI devient un mouvement de résistance militaire affilié aux FTP (francs-tireurs et partisans). Marcel Langer dirige, le premier, la 35e brigade formée dans la région toulousaine et nommée ainsi en souvenir de la 35e division des Brigades internationales.

Marcel Langer a été un pionnier, souligne Serge Ravanel, ancien commandant des FFI de la région de Toulouse et compagnon de la Libération, pour le 40e anniversaire de la 35e brigade. «Son sang, que la guillotine française avait répandu, fut le levain qui fit germer dans la région de Toulouse des générations de résistants. Gloire à ces hommes audacieux qui surent créer l’espoir à une époque où le pays se trouvait dans une situation dramatique, ayant non seulement perdu la guerre et se trouvant occupé, mais ayant perdu son moral et doutant de lui-même, ils surent l’aider à relever la tête.»

Aujourd’hui, après des années de mobilisation du comité de quartier Saint-Michel et d’associations d’anciens résistants, la station de métro située à Toulouse devant la prison où il fut guillotiné porte désormais le nom de Marcel Langer.

(1) Sources : une biographie de Marcel Langer par l’historienne Rolande Trempé. Hommage à la 35e brigade FTP-MOI, Marcel Langer, ouvrage collectif édité par le Comité de quartier Saint-Michel à Toulouse. Toulouse, 1940-1944, de Jean Estèbe, Éditions Perrin.

Comité de quartier Saint Michel Toulouse

Par Alain Raynal, 
Journaliste.

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Portraits de résistants

Georges Guingouin « Le préfet du maquis »

Par Magali Jauffret, journaliste.

Chef de la Résistance du Limousin, maire 
de Limoges, décédé en 2005, il était 
un personnage 
de légende, héroïque et désobéissant. 
Il ne se soumettra pas, d’ailleurs, 
aux directives 
du Parti communiste lorsqu’elles lui sembleront injustifiées, ce qui lui vaudra d’être évincé pour n’être réhabilité qu’en 1998.

Nous sommes en février 1941. Il vient d’avoir vingt-huit ans. À quoi pense Georges Guingouin, caché dans la cabane souterraine d’une sapinière du mont Gargan, en ce Limousin boisé et peuplé de croquants, pour échapper aux Allemands et à la milice ? S’autorise-t-il même à penser, à rêver alors que le temps dicte de faire entrer les paroles dans la vie ? Il faut faire tourner la ronéo pour sortir l’Humanité clandestine, imaginer un plan pour nourrir le maquis, trouver de quoi imprimer de faux papiers, arriver à saboter les batteuses. Empêcher la livraison de blé à Hitler sera de la première importance…

Les soirs de combat, quand la mort rôde trop, après avoir assisté les blessés, accompagné les mourants, des vers de Victor Hugo, appris par cœur à l’école à Bellac, puis transmis aux enfants du temps où il était instituteur à Saint-Gilles-les-Forêts, remontent le fil de sa mémoire et calment son envie de hurler. Dans ces moments-là, toucher ainsi à la fragilité de l’humain le rapproche de son père qu’il n’a pas eu le temps de connaître et qui repose, avec sept cents de ses camarades, dans la fosse commune d’un village du Nord.

Évoquer Georges Guingouin, c’est explorer les qualités de désobéissance, d’héroïsme, de loyauté de l’homme, lorsqu’il est à son meilleur niveau. C’est aussi comprendre la singularité fondatrice de ce Limousin rouge qui, après avoir bercé de nombreux communards, offre à la nation de sacrés maquisards.

Juste après ce 18 juin 1940, blessé, mais déterminé à ne pas être fait prisonnier par les Allemands, Guingouin s’enfuit de l’hôpital Sainte-Madeleine de Moulins. Il est l’un des premiers à penser la nécessité de créer un réseau clandestin contre Vichy. Il n’a aucun mal à convaincre les paysans communistes de la région d’Eymoutiers, parmi lesquels Andrée Audouin, qui deviendra journaliste à l’Humanité, de grimper avec lui dans la montagne avec des fusils. «Tu as été le seul normalien de Limoges à participer à la grève du 12 février 1934, lui disent-ils. Tu es solide. On te suit.»

Les années passent. Le charisme, l’intelligence terrienne de Georges Guingouin s’affirment. Chef de la résistance civile dans la région, il est capable de diriger, à l’apogée de la lutte, des hommes aussi différents que 
8 750 FTP, 4 100 membres de l’Armée secrète, 1 000 membres de l’organisation Résistance armée, 300 républicains espagnols et 500 ex-Vlassov. Cerveau de nombreux sabotages, il multiplie les coups gagnants contre l’économie de guerre, contre les lignes de communication de l’armée allemande. Ce faisant, il ne néglige pas la lutte des classes et s’allie les paysans en leur permettant de garder le fourrage et le blé, en rémunérant correctement les produits agricoles, en faisant revenir le pain blanc sur les tables grâce à des décrets signés «le préfet du maquis».

Enfin, on le découvre stratège. La capture, le 9 juin 1944, du Sturmbannführer Kämpfe, «héros» de la division d’élite SS Das Reich, retarde cette dernière de deux jours, dans sa mise en mouvement vers la Normandie. Le général Eisenhower reconnaît que ce retard a sauvé la tête de pont alliée. Mais ce n’est pas tout. Le 3 août, procédant à une manœuvre d’encerclement de Limoges, il obtient sans effusion de sang la capitulation du général Geiniger. Mieux : des escadrons de gendarmes et de gardes mobiles, qui se terraient dans la campagne limousine, se rendent à lui après l’avoir pourchassé.

Les années passant, l’isolement gagnant, Georges Guingouin, sans contacts ni directives, prend insensiblement ses distances avec les décisions du Parti qui ne lui semblent pas opportunes. Lorsqu’il ne partage pas les mêmes analyses, lorsque les directives lui semblent aventureuses, lorsque le coût en vies humaines lui paraît trop élevé, il désobéit. Son personnage n’en finit pas de soulever la controverse. Prend-il conscience que pareilles libertés, insoumissions, prises de distance avec l’appareil sont inconcevables dans un contexte de guerre froide, d’adhésion à la IIIe Internationale, de culte de la personnalité ? En tout cas, le portrait dressé de lui, à l’époque, est terriblement schizophrénique. Surnommé affectueusement Lou Grand à l’intérieur du maquis, il est, à l’extérieur, traité de «fou qui vit dans les bois, se levant la nuit pour écraser des chiens».

Guingouin l’ignore, mais il est déjà diabolisé, pris dans les mâchoires d’une étrange et double tenaille, étranglé par les manœuvres conjointes de socialistes, de vichystes revanchards, mais aussi des siens, qui l’accusent de «travail fractionnel», d’«acceptation sans protestation des éloges de la presse américaine», de razzia sur les fonds secrets de la Résistance ! Deux exclusions valant mieux qu’une, un procès de Moscou est en marche dans le Limousin contre celui qui devient maire communiste de Limoges de 1945 à 1947 et que de Gaulle élève au grade de compagnon de la Libération. Un grave accident automobile, une machination judiciaire qui l’envoie en prison, dans le coma et en hôpital psychiatrique parachèvent ce tableau de l’indignité.

Georges Guingouin, finalement réhabilité par le secrétaire national du PCF d’alors, Robert Hue, en février 1998, est l’honneur des communistes français. Anticipant la déstalinisation, sa vie atteste que les valeurs communistes se valident à l’aune d’une liberté ressentie, questionnée en permanence et nourrie de l’humain. En 1964, il rédige une adresse aux membres du 17e Congrès du Parti communiste français. Se plaignant de la rupture entre les paroles et les actes au détriment de l’idéal proclamé, il conclut par ces mots  : «Au soir des combats, j’ai bercé dans mes bras des mourants (...), j’ai tenté des actions désespérées pour sauver ceux qui étaient destinés aux fours crématoires et au poteau d’exécution. Croyez-moi, c’est cette vertu de compréhension qu’il faut pratiquer pour trouver l’art d’avancer.»

Par Magali Jauffret

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Henri Krasucki « Fidèle, comme au premier jour, à l’idéal de sa jeunesse »

Par henri malberg, membre de la direction du pcf de paris.

Membre actif 
de la section juive 
des FTP-MOI, militant de la jeunesse communiste, il fut déporté à Auschwitz. C’est un homme public et infiniment proche 
des travailleurs.
Futur dirigeant de la CGT, Henri Krasucki, a fait de son nom d’enfant d’immigré
un des symboles 
de la grande histoire de la classe ouvrière.

Henri Krasucki, «Krasu» comme on l’appelait, est une grande figure du mouvement ouvrier. Avec sa casquette, la voix traînante et la gouaille du titi parisien, il semblait sorti d’un poème de Prévert.

Ses parents, ouvrier et ouvrière de la confection, juifs et communistes, avaient quitté la Pologne pour le «pays de la liberté» avec le petit garçon de six ans. Il allait à l’école sur la place qui porte désormais son nom dans le 20e arrondissement de Paris, allait aux manifs avec ses parents. Ceux-ci souhaitaient lui voir poursuivre des études, la guerre en a décidé autrement : il a préféré passer son CAP d’ajusteur. C’était l’époque où on était fier d’être prolétaire.

Vient la terrible année 1940, quand les armées allemandes entrent à Paris, Henri a seize ans. Un vieux maréchal à la voix chevrotante vient de vendre le pays à Hitler. À Londres, un général qui rompt avec l’obéissance militaire et en quelque sorte avec sa classe sociale lance le 18 juin un fameux appel. La veille, à Bordeaux, le communiste, Charles Tillon, futur chef d’état-major des Francs-tireurs et partisans français, avait aussi lancé un appel, moins connu malheureusement. À Paris, dès l’été 1940, des jeunes communistes de la Main-d’œuvre immigrée (MOI), organisation qui avait été créée par le Parti communiste pour ses adhérents étrangers, se regroupent.

À l’automne 1940, ils étaient plus de 50 jeunes communistes organisés clandestinement dans les 11e et 20e arrondissements de Paris. Que faisaient-ils ? Incroyable, sous la botte nazie, ils distribuaient à la volée des tracts devant des métros et des entreprises, collaient des papillons, prenaient la parole dans des cinémas, coupaient des câbles de transmission de la Wehrmacht dans les forêts d’Île-de-France, incendiaient des panneaux indicateurs en allemand et commençaient à aider les enfants juifs à se cacher.

Comme l’explique Roger Trugnan, l’ami de toujours : «C’était pour nous naturel, notre combat contre le fascisme continuait.»

Plus tard, Krasucki, devenu responsable parisien, était, comme il le raconte, le point de passage de la Jeunesse communiste vers la lutte armée, les FTP. Il écrit : «Nous n’avons jamais manqué de volontaires, mon problème était de faire preuve de discernement.»

Mais la traque s’organise. On connaît maintenant le grand panneau – surréaliste – sur lequel les policiers, de métro en métro, de planque en planque, notaient systématiquement les déplacements des uns et des autres, jusqu’au coup de filet du 23 mars 1943, quand sont arrêtés d’un seul coup une quarantaine de jeunes communistes MOI de Paris (*).

Les interrogatoires furent rudes, d’autant que Léa, la mère d’Henri, agent liaison de la Résistance, est arrêtée le même jour. Il raconte : «Je laisse à penser le parti que les sbires des brigades spéciales ont essayé de tirer l’un et de l’autre quand ils se sont aperçus qu’ils avaient le fils et la mère. Elle fut admirable…»

Ce furent les prisons, puis Drancy et le départ vers Auschwitz. À Auschwitz, le trio d’amis – Krasucki, Trugnan et Radzinski – fut sélectionné dans la colonne de ceux qui rentraient au camp. Les autres prenaient «le transport» vers les chambres à gaz. Puis ce fut le camp annexe de Jawischowitz et ses mines de charbon. Et tout de suite, la recherche du contact, en particulier avec des antifascistes allemands, anciens des Brigades internationales. On est en 1943. Henri a dix-neuf ans et raconte : «La question principale était de préserver la dignité, ne pas sombrer dans la sauvagerie et la dégradation morale.»

Le 18 janvier 1945, alors qu’approche l’armée soviétique, c’est la terrible marche de la mort vers Buchenwald. À pied et en wagons découverts sous la neige. Trugnan raconte : «La moitié des gens de notre wagon étaient morts de froid pendant le voyage.» À Buchenwald, une organisation fonctionne avec le communiste Marcel Paul et le gaulliste Frédéric Manhes. Le 11 avril 1945, à l’approche du général Patton, l’ordre de libérer le camp est lancé, des armes distribuées. Trugnan et Krasucki en sont. Le camp s’est donc libéré seul, comme Paris l’avait fait en août. Fierté…

Au camp, il s’était passé des choses inouïes.

Les communistes allemands qui travaillaient à la cuisine donnaient en cachette des bols de soupe chaude à ces jeunes Français sortant de la mine épuisés. Solidarité sans faille, la soupe était distribuée dans un ordre rigoureux, les faibles d’abord.

Et encore ceci : le soir de Noël 1943, une dizaine de jeunes Français ont décidé de manger ensemble et d’organiser une soirée culturelle. Il y eut une causerie sur Molière, Henri proposa un morceau de musique. Et il siffla l’allegretto de la Septième Symphonie de Beethoven, de la première à la dernière note.

À la Libération, plus tard, les jeunes communistes du 20e se réunissaient pour entendre Krasucki expliquer et commenter Beethoven, Mozart, Bach. Drôle de bonhomme, l’ouvrier cultivé, le syndicaliste, le communiste, le mélomane ne faisait qu’un.

De retour de Buchenwald vers la fin avril 1945, Henri défile le 1er mai dans Paris. On se souvient de cette manifestation, le premier 1er Mai de la liberté. À l’Est, l’armée rouge finissait, parfois maison par maison, de prendre Berlin. À l’Ouest, les armées américaine, anglaise, française, canadienne fonçaient à la rencontre des soldats soviétiques. Il y avait le programme du Conseil national de la Résistance, des temps nouveaux semblaient s’ouvrir.

Mais dès 1947, ce fut la guerre froide et ici commence une autre histoire.

Henri retourne à l’usine, devient secrétaire de l’union locale CGT du 20e, dirigeant de l’union départementale CGT de la Seine, puis dirigeant national de la CGT et membre de la direction du Parti communiste.

Parlant de sa vie, il a écrit : «J’ai perdu des illusions, cela vaut mieux même si c’est douloureux, mais j’ai conservé des convictions et je n’en finis pas de les enrichir. Au fond, je ne suis jamais blasé. Je demeure fidèle, comme au premier jour, à l’idéal et à l’élan de ma jeunesse.»

 (*) Roger Trugnan et Paulette Sarcey sont aujourd’hui les seuls survivants.



Edité par T 34 - 13 Jul 2010 à 13:21
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Olga Bancic « Malgré des tortures ignobles, elle ne céda jamais »

 

 
Par Max Weinstein, 
Vice-Président de l’association Mémoire des Résistants Juifs 
de la MOI (MRJ-MOI).

Juive, roumaine et communiste, Olga Bancic a toujours combattu le système fasciste. Seule femme du groupe Manouchian, engagée dans les FTP-MOI, elle fut parmi les premières à organiser des actes de résistance qui 
se transformèrent 
en lutte armée.

C’est un honneur pour la France d’avoir pu compter dans les rangs de la résistance à l’envahisseur nazi une femme de la trempe d’Olga (Golda) Bancic. Elle était d’un courage inébranlable, une grande figure féminine, une mère aimante, qui rehausse avec force le rôle qu’ont joué de très nombreuses femmes et jeunes filles avec l’ensemble des résistants. Et l’on sait que, malgré les tortures ignobles de ses geôliers, elle n’a pas cédé ni concédé le moindre renseignement pouvant les servir dans leurs tristes besognes. On sait aussi que, durant le laps de temps qui s’est écoulé entre la date de sa condamnation et son exécution en Allemagne elle fut de nouveau lourdement harcelée et torturée, sans jamais céder. Une véritable héroïne, communiste, juive et résistante.

Sixième enfant d’un petit fonctionnaire, à quatorze ans, elle a commencé à travailler comme ouvrière. Après une enfance et une jeunesse active et animée en Roumanie, pays où elle est née en mars 1912 dans la ville de Kichinev, alternant travail clandestin et séjours en prison pour ses activités syndicales et revendicatives, à seize ans et demi, elle se marie et part à Bucarest, où elle adhère aux Jeunesses communistes. Recherchée, traquée de toutes parts, elle quitte son pays et arrive en France en 1938 pour suivre des études à la faculté des lettres. Alors âgée de vingt-six ans, elle participe avec un de ses compatriotes, Jacob Salomon, à l’envoi d’armes aux républicains espagnols. Elle épouse Alexandre Jar, ancien des Brigades internationales et écrivain (1911-1988), et donne naissance en 1939 à une petite fille, Dolorès.

1940, c’est la guerre avec l’occupation allemande de la France. Sans la moindre hésitation, Olga s’engage et fait partie des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée) dans la lutte contre les nazis. Elle hésite d’autant moins que le système fasciste, sinistre ennemi, elle l’a vécu en Roumanie où elle fut persécutée. Elle fut parmi les premières à organiser et réaliser des actes divers de résistance qui se transformèrent assez rapidement en lutte armée.

Pour être libre de ses mouvements et pouvoir se consacrer entièrement à la Résistance, elle confie sa petite fille à une famille française qui en prendra bien soin.

Elle est chargée de l’assemblage de bombes et divers engins explosifs, de leur transport à destination et également du convoiement d’armes destinées aux opérations, armes qu’elle récupère après chaque opération pour les mettre en lieu sûr.

Le 16 novembre 1943, elle est arrêtée par les brigades spéciales de la préfecture de police de Paris, en même temps que Marcel Rayman et Joseph Sevec, combattants des FTP-MOI, en tout 23 d’entre eux qui donneront à la propagande nazie l’occasion de faire placarder la célèbre Affiche rouge, dite du groupe Manouchian, à Paris et dans toute la France.

Le 21 février 1944, les 23 sont condamnés à mort par une cour martiale allemande, réunie à Paris le 15 février 1944. Les 22 hommes du groupe sont fusillés le jour même de leur condamnation, au mont Valérien, dans la banlieue parisienne. Olga Bancic est transférée en Allemagne. Elle est incarcérée à Karlsruhe puis, le 3 mai 1944, dans la prison de Stuttgart où elle est décapitée le 10 mai, à trente-deux ans, le jour même de son anniversaire.

Avant d’être exécutée, elle fit parvenir à la Croix-Rouge le 9 mai 1944 la lettre à sa fille accompagnant une note rédigée (texte à l’orthographe corrigé) ainsi :

«Chère Madame, je vous prie de bien vouloir remettre cette lettre à ma petite fille Dolorès Jacob après la guerre. C’est le dernier désir d’une mère qui va vivre encore douze heures. Merci.»

Lettre à sa fille (1) :

«Ma chère petite fille, mon cher petit amour,

«Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.

« Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour.

« J’ai toujours ton image devant moi.

« Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur.

«Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est pour toi une mère aussi. Il t’aime beaucoup.

«Tu ne sentiras pas le manque de ta mère.

«Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde. Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup.

«Adieu mon amour.

«Ta mère. »

 

Olga Bancic est devenue le symbole des femmes et jeunes filles étrangères engagées dans la Résistance en France. En 1995, la Ville de Paris lui a rendu hommage en apposant une plaque à sa mémoire sur un des murs du carré des fusillés du cimetière d’Ivry, juste derrière les tombes de ses camarades de combat, Missak Manouchian et Marcel Rayman. Le 26 octobre 1999, sa mémoire fut à nouveau honorée par le Conseil supérieur de la mémoire, avec celle de quatre autres personnalités célèbres : Jean Moulin, Félix Éboué, Pierre Brossolette et Jacques Trolley de Prévaux.

Jamais elle n’inclina son visage devant les bandits tueurs de peuples. Jamais elle ne cessa de lutter. Elle est morte fièrement pour que l’abominable régime fasciste ne puisse triompher ni en France ni en Europe.

Pensons à elle et à toutes ses compagnes !

(1) Transcription de la dernière lettre d’Olga Bancic à sa fille. Extrait de la plaquette 
sur l’Affiche rouge d’Adam Rayski publiée 
par la Mairie de Paris/Comité d’histoire 
de la ville de Paris, septembre 2009.

olga bancic

Max Weinstein



Edité par T 34 - 16 Jul 2010 à 22:12
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Danielle Casanova « La conquête du bonheur est pour la femme liée à son libre épanouissement »

Par maurice Ulrich, journaliste.


Communiste, créatrice de l’Union des jeunes filles de France, Danielle Casanova fut aux premières heures 
de la résistance 
et de la lutte armée. Arrêtée en 
février 1942 lors 
d’un terrible coup 
de filet de la Gestapo, 
elle est déportée 
et meurt à Auschwitz-Birkenau le 9 mai 1943.

Le 27 janvier 1943, le jour se lève sur Birkenau, le deuxième camp de l’énorme complexe d’Auschwitz. C’est à son entrée que les nazis ont inscrit « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Un train de wagons à bestiaux entre en gare. Deux cent trente femmes y ont été entassées. Le voyage a duré trois jours depuis la France, pratiquement sans nourriture et sans eau. Les portes s’ouvrent sur une plaine glacée, sur les SS et leurs chiens, et les ordres claquent. Il faut descendre, vite, s’aligner sous la menace et les coups des matraques. Les résistantes françaises voient apparaître d’autres femmes, aux cheveux pratiquement rasés, aux robes rayées…

Danielle Casanova est à côté d’une de ses compagnes, Raymonde Salez. Celle-ci, membre de la direction des Jeunesses communistes, était en tête de la manifestation des étudiants de Paris le 14 juillet 1941, brandissant le drapeau tricolore. Il faut chanter, aurait dit Danielle Casanova. Elles entonnent la Marseillaise, reprise par les 230 déportées, et entrent ainsi dans le camp. Ces femmes sont ouvrières, paysannes, intellectuelles et lycéennes, communistes pour la moitié d’entre elles, gaullistes. Il y a parmi elles Marie-Claude Vaillant-Couturier, Maï Politzer… Quarante-neuf d’entre elles survivront. Danielle Casanova mourra du typhus, quatre mois plus tard. Entre-temps, la défaite des nazis à Stalingrad a marqué le premier grand tournant de la guerre.

Vincentella Perini, qui prendra en 1933 le nom de son époux, Laurent Casanova, naît en 1909 à Ajaccio dans une famille d’instituteurs laïques et républicains. Quatre filles, un garçon. Son frère, André, la décrit comme turbulente, tapageuse, toujours en mouvement et qui, lors même qu’elle ne sait que barbouiller, «veut toujours lire et écrire». Jeune fille, grande et un peu forte, elle pose sur les murs de sa chambre deux images. Une reproduction du Marat assassiné de David et Rouget de l’Isle chantant la Marseillaise. Ses parents la voient à Normale supérieure. Elle veut être dentiste et fera ses études à Paris où André, qui est journaliste, aux idées plutôt modérées, habite déjà. Très vite, le parcours de Danielle Casanova, en même temps que ses études qu’elle réussit sans difficulté, va être militant. Elle a dix-huit ans quand elle adhère à l’Union fédérale des étudiants, vingt et un quand elle adhère au Mouvement de la jeunesse communiste et rencontre Laurent qu’elle fait adhérer à son tour. Les années 1930 vont être celles de grandes politiques de rassemblement des communistes. Membre en 1934 de la direction du Mouvement, elle crée en 1936 l’Union des jeunes filles de France, avant l’Union des femmes françaises. Mais dès le début son objectif est large. Le premier éditorial de Jeunes filles de France, qu’elle signe, s’adresse aux jeunes socialistes et républicaines, aux jeunes filles chrétiennes. Au congrès de l’Union, quelques mois plus tard elle déclare : «Il n’est plus possible à la femme de se désintéresser des problèmes politiques, économiques et sociaux que notre époque pose avec tant de force (…), la conquête du bonheur est pour la femme liée à son libre épanouissement dans la société, cet épanouissement est une condition nécessaire du développement du progrès social.»

Montée du nazisme, guerre d’Espagne. Danielle, avec l’UJFF, organise l’aide aux enfants d’Espagne. En février 1939, alors que les républicains sont vaincus, elle écrit : «C’est notre propre destin qui se joue sur les champs de bataille de Catalogne.» Intellectuelle, féministe, Danielle Casanova est une dirigeante communiste lucide. Elle sait que des heures terribles vont venir : «Partout où il a passé, le fascisme a apporté la servitude et semé la mort (…), comme nos aînés de 1792, nous connaissons notre devoir et nous le remplirons.» Dès septembre 1939, alors que Laurent est mobilisé, elle prépare les dirigeantes de l’UJFF de la région parisienne à la lutte contre le nazisme, lors d’une réunion à Montreuil.

À partir de mai 1940, c’est la peine de mort qui menace les militants communistes, avant même la débâcle qui arrive en juin, comme l’avaient espéré ceux qui préféraient Hitler au Front populaire. Quel est le rôle alors de Danielle Casanova ? Organiser les femmes, les amener à revendiquer, d’abord. Il y aura à l’automne 1940 des centaines de manifestations de femmes. Mais très vite, aux heures les plus sombres, c’est de la lutte armée qu’il s’agit. «Ça y est, dit-elle à une camarade, Claudine Chomat, le 21 août 1941, Fred a réussi un gros coup.» Fred, c’est le colonel Fabien. C’est elle qui charge Albert Ouzoulias de former les Bataillons de la jeunesse qui deviendront les FTP.

Danielle Casanova a trente-deux ans et elle a changé. Curieusement, dans les souvenirs de ses camarades de combat d’alors, on relève plusieurs fois des remarques sur son élégance. Elle a minci, elle s’habille avec goût. Elle-même, déjà internée au fort de Romainville, alors qu’elle écrit : «Maintenant je connais ce que c’est que la haine», poursuit quelques lignes plus loin : «J’ai beaucoup maigri. Pas de trace en ma mémoire d’avoir eu une silhouette pareille, et juste au moment où il n’y a personne pour apprécier mon élégance.» L’élégance, aux heures les plus tragiques, comme ce qu’on se doit à soi-même, peut-être, face à la mort. On pense aussi à cette élégance, à Nuremberg (*), de Marie-Claude Vaillant-Couturier, faisant face, sans faillir, aux bourreaux nazis.

Le 15 février 1942, elle est arrêtée. Les nazis, après des semaines de filatures frappent un coup terrible. Arthur Dallidet, Félix Cadras, Georges et Maie Politzer, Jacques Decour, Marie-Claude Vaillant Couturier… Plus de cent arrestations en quelques jours. La Santé, puis le fort de Romainville. Le convoi de janvier 1943. Dentiste, Danielle sera requise pour soigner les dents des kapos et évitera les conditions les plus dures de détention, mais elle part, le 9 mai. Et il semble que retentisse encore ce cri vers elle, lorsqu’elle vivait encore, d’une jeune fille emmenée à bord d’un camion vers les chambres à gaz, après une sélection : «Danielle !…» (**).

(*) Le procès de Nuremberg se déroula de novembre 1945 à octobre 1946.

(**) Cet article doit beaucoup au livre 
de Pierre Durand, Danielle Casanova l’indomptable, Éditions Messidor.

Maurice Ulrich

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Madeleine Vincent. Dans les prisons de Ravensbrück à Mauthausen

Par Roger Bourderon, historien

Résistante 
de la première heure, ancienne déportée 
et grande figure du PCF, Madeleine Vincent fit partie 
de l’Union des jeunes filles de France, 
dès sa fondation. Responsable interrégionale 
de la JC, elle fut 
en charge 
de l’organisation de l’action en zone interdite.

Née le 4 mai 1920, dans une famille ouvrière à Asnières (Hauts-de-Seine), Madeleine Vincent suit une formation de mécanographe, puis est embauchée dans une boutique d’articles de Paris où elle travaille jusqu’au début de la guerre. Adhérente de la JC en 1935, elle passe à l’Union des jeunes filles de France (UJFF) lors de sa fondation, en 1936, à l’initiative de Danielle Casanova – création vécue à l’époque, alors que la mixité n’existe pas, comme un moyen pour les jeunes filles d’affirmer leur autonomie en participant elles-mêmes à la vie sociale, sportive, culturelle, et politique, ce que fait le foyer que Madeleine anime à ­Boissy-Saint-Léger où elle habite avec ses parents. Elle adhère en 1938 au Parti communiste, dont elle suit une école pour la formation des cadres de l’UJFF. Elle devient membre du bureau de la région Paris-Sud de celle-ci.

Sans état d’âme sur le pacte ­germano-soviétique, Madeleine ­Vincent conserve après la dissolution du Parti, en septembre 1939, des contacts avec l’UJFF, et notamment avec l’une de ses responsables nationales, Claudine Chomat. Dès le mois d’août 1940, au début de l’occupation, elle est envoyée dans le Nord, en zone interdite, pour remettre sur pied la Jeunesse communiste dans une région ouvrière essentielle pour l’activité du Parti. Madeleine ­Vincent rencontre Martha Desrumaux, cheville ouvrière de la reconstruction du Parti dans la région, et devient à l’automne 1940 responsable interrégionale de la JC, pour les Ardennes, l’Aisne, la Meuse, le Nord et le Pas-de-Calais, mais c’est surtout dans ces deux départements miniers qu’elle interviendra. Dans ce travail clandestin, Madeleine Vincent est en liaison avec des responsables communistes du bassin houiller, notamment Germinal Martel dans le Nord et Julien Hapiot dans le Pas-de-Calais. Les premiers objectifs sont modestes, ainsi qu’elle-même le dira plus tard : lutter contre la résignation et redonner confiance, démystifier Pétain et Vichy, aider à la manifestation des mécontentements dès qu’une occasion peut être saisie, appeler à des actes revendicatifs limités ; pour elle, c’est déjà une façon de lutter contre l’occupant.

Dans cette tâche, des jeunes femmes de l’UJFF jouent un rôle essentiel de liaison entre les militants, et pour la fabrication et la distribution des tracts et des journaux clandestins. Dans les départements miniers, la JC est à l’origine des premiers groupes de l’Organisation spéciale (OS) du Parti communiste. Commencent aussi des récupérations d’armes et d’explosifs. Durant ces mois décisifs de reconstruction, à laquelle s’emploie Madeleine Vincent et qui débouche sur la grève des mineurs du printemps 1941, s’amorce une composante majeure de la résistance communiste, la liaison et l’interaction entre lutte revendicative, lutte politique, lutte pour l’indépendance nationale.

Été 1941 : après l’agression contre l’URSS et le passage du Parti à ce qui deviendra la lutte armée, Danielle Casanova charge Madeleine Vincent de promouvoir l’action directe contre l’occupant. En juillet, Madeleine a rendez-vous à Escaudain, dans le canton de Douai, avec deux militants de la JC, Germinal Martel et Félicien Joly, pour envisager la création de groupes de la JC en vue du sabotage des voies ferrées, des écluses, des installations électriques. Des premiers groupes, noyau des futurs FTP, se constituent les semaines suivantes.

Pendant cette période, Madeleine Vincent – que ses camarades appellent plus volontiers la Parisienne que par ses pseudos, Mariette ou Paulette – voue sa vie à l’activité militante, dans l’insécurité permanente, la crainte des filatures, les risques de rafles, de contrôles policiers, notamment dans les lieux publics, comme les gares, alors qu’elle est amenée à se déplacer continuellement, à Lille, Valenciennes, Escaudain, Fenain, Loos-en-Gohelle…, et à Paris, ce qui est particulièrement dangereux car Nord et Pas-de-Calais étant en zone interdite, une véritable frontière les sépare de la zone occupée. En août 1940, le premier passage s’est fait avec la complicité de cheminots communistes du triage de Longueau, prévenus par le député Jean Catelas. Madeleine utilise cette filière, le plus souvent dans le tender de la locomotive, pour ses rendez-vous parisiens avec Danielle Casanova.

Janvier 1942 : Madeleine Vincent est rappelée à Paris pour d’autres tâches, qu’elle ignorera toujours. Avant son départ, elle doit rencontrer Germinal Martel qui devient « inter » à sa place. Mais le 9 janvier, en gare de Douai, reconnue par un homme qui a déjà « donné » un militant, elle tente de fuir, est rattrapée et arrêtée. Elle est emprisonnée à Loos, à Bruxelles, transférée en août en Allemagne, emprisonnée à Essen, Zweibrücken, à nouveau Essen, dont la prison atteinte par un bombardement allié est évacuée. Incarcérée à la prison de Kreutzburg en basse Silésie, Madeleine Vincent invoque avec une prisonnière belge les conventions internationales pour appeler les prisonnières à refuser de travailler au terrassement d’un terrain d’aviation. Elle est mise au cachot avec sa complice, tandis que leurs codétenues refusent effectivement ce travail. Toutes sont déportées à Ravensbrück en juillet 1944. Madeleine Vincent achève la déportation à Mauthausen, d’où elle est libérée par la Croix-Rouge en avril 1945. Elle recevra la croix de guerre au titre de la Résistance et deviendra officier de la Légion d’honneur.

Après-guerre, Madeleine Vincent rencontre Guy Ducoloné, résistant lui aussi déporté. Ils se marient le 23 novembre 1946 et ont un fils en 1963. Permanente du Parti communiste, Madeleine gravit les échelons de sa direction et est membre de son bureau politique de 1970 à 1990. Elle est décédée le 22 novembre 2005.

Bibliographie : Jacques Estager, Ami entends-tu la Résistance populaire dans le Nord-Pas-de-Calais, Messidor/Éditions sociales, 1986 ; les Femmes dans la Résistance, actes du colloque, Éditions du Rocher, 1977 ; Roger Bourderon, Des résistantes communistes : Madeleine Vincent et Cécile Rol-Tanguy, communication faite le 8 mars 2006 à l’hôtel de ville de Paris (journée d’étude « Des résistantes parisiennes 1940-1944 »), à paraître dans Cahiers d’histoire, revue d’histoire critique.

Roger Bourderon

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Marie-Claude Vaillant-Couturier L’élégance du parti pris

Roger Martelli, historien

Marie-Claude Vaillant-Couturier était ce que l’on appelle une grande dame. Des yeux d’un bleu profond, une diction remarquablement posée, une grande finesse de pensée et un courage inaltérable.

Marie-Claude Vogel naît à gauche, en novembre 1912, dans une famille de bonne bourgeoisie intellectuelle, protestante et dreyfusarde. Sa mère écrit des livres de cuisine et dirige le Jardin des modes. Son père est un grand journaliste et un esthète confirmé. Il est le créateur de Vu, le premier magazine qui, à partir de 1928, fait de la photographie un pivot de l’information distillée. André Kertesz, Gyula Halasz dit Brassaï, Robert Capa, Gerda Taro travaillent pour lui.

Marie-Claude suit des études de jeune fille de bonne famille, au collège Sévigné. Elle veut faire de la peinture : ce n’est pas un métier, lui rétorque-
t-on chez elle. Puisqu’il faut un métier, elle choisit la photographie… et travaille pour son père. En mai 1933, Vu publie les premières images de camps de concentration construits par les nazis dès leur prise de pouvoir, Dachau et Oranienburg notamment. Le texte du reportage est de Philippe Soupault, un des fondateurs du surréalisme. La photographie est… de Marie-Claude Vogel, qui parle parfaitement l’allemand et qui a servi de mentor à Soupault.

Lucien Vogel admire la révolution d’Octobre et s’entiche de la jeune Union soviétique. Singulièrement attiré par cette avant-garde que représente le constructivisme de Vladimir Tatline, d’Alexandre Rodtchenko et de Lazar Lissitsky, il accepte même d’être le commissaire du pavillon soviétique à l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1926. Il transmet sa passion révolutionnaire et moderniste à sa fille. Elle va très vite la partager avec d’autres. En 1932, elle rencontre chez son père le brillant journaliste et ancien combattant qu’est Paul Vaillant-Couturier. Elle l’épouse cinq ans plus tard, à Villejuif, dont Paul est devenu le maire. Pour des milliers de jeunes intellectuels, l’antifascisme et la révolution s’entremêlent alors pour constituer l’horizon du militantisme. Aux yeux de Marie-Claude, il passe par l’exercice de son métier. Elle participe comme photographe aux activités de l’Association des artistes et écrivains révolutionnaires, publie dans l’hebdomadaire Regards, un émule de Vu. C’est pour Regards qu’elle photographie les brigades internationales, honneur de l’Europe démocratique face à la conjonction des fascismes.

Paul-Vaillant Couturier meurt en octobre 1937. Marie-Claude prend sa relève en devenant reporter-photographe à l’Humanité, dont Vaillant fut le brillantissime rédacteur en chef. Un peu plus tard, elle assume la responsabilité de tout le service photographique du journal, tout en militant, aux côtés de Danièle Casanova, à l’Union des jeunes filles de France, qu’elle a rejointe en 1934, sans même en informer Paul.

Dès l’automne 1939, le quotidien interdit par les autorités de la République, voilà la jeune femme plongée dans la clandestinité. Une nouvelle vie commence, qu’elle partage avec Roger Ginsburger qui, sous le nom de Pierre Villon, va devenir un des chefs de la Résistance française. Marie-Claude lutte aux côtés de Danièlle Casanova, de Jacques Decour, de Georges Politzer et de Jacques Solomon. Elle participe à la rédaction de tracts, à celle de l’Humanité clandestine, à celle de l’Université libre à partir de novembre 1940. À partir de 1941, son action se diversifie. Elle fait le lien entre la résistance intellectuelle et la lutte armée ; comme tant d’autres femmes, elle va même jusqu’à transporter des explosifs.

Elle tombe le 9 février 1942, en même temps que Decour, Politzer et Solomon. Tous trois vont connaître le martyre suprême. Marie-Claude, elle, échappe à la mort. Arrêtée le 9 février 1942, elle va de prison en prison, avant d’être déportée en Allemagne, le 24 janvier 1943, avec Danièlle Casanova. Elle fait partie de ce convoi exceptionnel de 230 femmes qui entrent au camp de Birkenau en jetant la Marseillaise à la tête des bourreaux. Elle reste dix-huit mois à Auschwitz, puis est transférée à Ravensbrück en août 1944. Cette femme indomptable se dépense sans compter, auprès de ses camarades, contre la maladie, l’épuisement, le désespoir et la pente terrible de l’abandon. Son élégance et sa fermeté laisseront à ses compagnes de déportation une image ineffaçable.

Quand l’Armée rouge libère le camp, le 30 avril 1945, elle refuse d’être rapatriée immédiatement : elle reste au Revier, à l’infirmerie du camp, pour soutenir jusqu’au bout les plus affaiblies de ses compagnes. Elle ne regagne Paris que le 25 juin 1945. Son aura personnelle et le souvenir de Paul la propulsent aussitôt dans les rangs du comité central du PCF, qu’elle ne quittera qu’en 1985. Elle est désormais happée par l’action politique : députée en 1946, secrétaire générale de la Fédération démocratique internationale des femmes, responsable de l’Union des femmes françaises.

La mémoire de la Résistance et de la déportation sera jusqu’au bout le plus déterminé de ses combats. Quand elle revient du tribunal de Nuremberg où elle témoigne en 1946, elle explique. « En racontant les souffrances de ceux qui ne pouvaient plus parler, j’avais le sentiment que, par ma bouche, ceux qu’ils avaient torturés, exterminés, accusaient leurs bourreaux. » En 1987, elle témoigne contre Barbie, puis, en 1990, elle préside la Fondation pour la mémoire de la déportation.

À Nuremberg, elle s’était approchée des dignitaires nazis regroupés dans le box des accusés. Elle les avait longuement regardés dans les yeux. Au fond, ces yeux bleus ont été peut-être leur châtiment le plus cruel. Il fut en tout cas le plus pur.

 Roger Martelli



Edité par Jef. - 29 Jul 2010 à 10:55
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Jean Nicoli.

De la Vertu dans le combat antifasciste

Par Léo Micheli, 
secrétaire du Parti communiste dans la clandestinité, responsable aux cadres, dirigeant de la Résistance.

Exalter l’action des résistants, qui feront de la Corse le premier département français libéré à la suite 
de l’insurrection du 9 septembre 1943, c’est nécessairement revenir à Jean Nicoli, décapité le 30 août 1943 par les fascistes italiens parce qu’il refusait d’être fusillé dans le dos.

Ancien compagnon de combat de Jean Nicoli, Léo Micheli (1) souligne les enjeux et les raisons qui pouvaient conduire «ces hommes à se surpasser au point d’affronter la mort sereinement. Ils avaient la certitude d’agir conformément à leurs convictions. Leur combat était social et politique ». Après l’écrasement de la jeune République espagnole, dans le prolongement du Front populaire, il fallait rassembler sur le vécu quotidien. Ce seront les grandes manifestations des 22 et 23 mars 1943 avec pour mots d’ordre «le pain et la liberté». L’axe politique contre l’occupant fasciste (2) et le pouvoir de Vichy était fondé, lui, sur le thème patriotique et unificateur de la « Corse française» comme sur l’orientation majeure considérant que «la libération de la Corse ne pouvait être que l’œuvre du peuple corse lui-même ». L’appel au peuple corse du 1er mai 1943, imprimé à plusieurs milliers d’exemplaires dans la grotte de Porri, la reprendra.

Léo Micheli explique : «Dans certaines circonstances, nous étions amenés à nous servir de nos armes, mais nous n’avions pas le culte de la mitraillette, nous préférions l’arme de la conviction. Nous avions fait nôtre la devise de Paoli, à la une du journal Terre corse : “Forti seremu si seremu uniti.” Le mouvement de résistance prit un essor considérable englobant tous les milieux, gagnant les moindres villages où les patriotes, c’est ainsi que les habitants les appelaient, étaient accueillis, entourés et préservés des représailles des chemises noires. Ce mouvement populaire reposait sur une dynamique unitaire fondamentale. Elle trouva en Jean un promoteur efficace et disponible. À ses côtés, ils seront nombreux, les anciens des Brigades internationales, “ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas”, à arpenter la Corse pour préparer l’insurrection dès la capitulation italienne. »

L’ancien dirigeant de la Résistance précise : «Cette perspective n’était pas acceptée par les autorités d’Alger, qui préféraient une libération plus conventionnelle avec les militaires en tête et un peuple spectateur plutôt qu’acteur de sa propre destinée. Il en sera autrement grâce à ces hommes et ces femmes qui se tenaient debout face à l’occupant dans le refus de la barbarie et le combat antifasciste, quand d’autres se montraient “serviles” avec l’occupant et le pouvoir de Vichy. L’option militaire, voulue par de Gaulle et le général Giraud, partait du principe qu’il ne fallait pas faire le jeu des communistes. Au lieu d’analyser l’irruption communiste pour ce qu’elle pouvait signifier comme expression nécessaire d’un mouvement de société dans un pays aussi économiquement arriéré que la Corse, il disait sa fureur à ses ministres, eux-mêmes effrayés par le “coup de Corse” qui pouvait être réédité dans la France. Dans ses mémoires, de Gaulle dira sa hantise de voir reparaître (“comme durant la Commune de Paris”) les travailleurs sur le devant de la scène à la fois patriotes et révolutionnaires.

Si certains s’interrogent sur la permanence du message laissé par Jean et ses camarades, ils trouveront pour partie réponse dans le fait qu’ils se battaient pour une cause juste. C’est la raison pour laquelle nous pouvons dire encore aujourd’hui que nos morts restent vivants dans nos combats pour changer de monde. Il y avait une grande fraternité entre nous, forgée dans l’action et les épreuves, mais surtout il y avait la volonté partagée de privilégier en toutes choses l’intérêt supérieur de la cause, celle dont Jean parle dans sa dernière lettre en évoquant “tous les spoliés de la terre” au nom desquels il s’apprêtait à mourir. »

Léo Micheli évoque alors sa personnalité : «Il était un homme de son temps, qui avait vu en Afrique ce que pouvaient être les aspirations des peuples enchaînés alors qu’ils étaient sous l’administration coloniale. Dans ce cheminement, il découvre les communistes et le Parti auquel il adhéra avec enthousiasme. Quelques heures avant de mourir, il écrira à ses camarades : “Pourquoi ne vous ai-je pas connus plus tôt ?”. L’enseignant qu’il est lit, beaucoup, avec appétit, Romain Rolland et ses rêves humanistes d’une Europe de peuples fraternels, tandis que s’accumulent les signes annonciateurs de ce qui deviendra la Grande Guerre. Il étudie L’État et la révolution de Lénine, approche la Commune de Paris et les questions d’unité nationale par la démocratie communale. Il lira L’Éthique de Spinosa, pour lequel “le bonheur n’est pas la récompense de la vertu mais la vertu elle-même…”»

À ses enfants, il demandera de porter pour tout deuil «un œillet rouge et une tête de Maure». «“À cette heure suprême, je comprends le sourire des martyrs… si vous saviez le bonheur de mourir pour les spoliés de la terre.” Jean combattait le fascisme et entrevoyait cette perspective d’une vie meilleure pour les exploités. Elle était inscrite dans sa vision humaniste, internationaliste comme dans le programme du Conseil national de la Résistance. Plus d’un demi-siècle après, il semble bien que la manière la plus pertinente de garder vivant son exemple serait d’avoir une réflexion sur les raisons profondes qui ont pu déterminer un tel engagement. Pour autant que l’on veuille, en ce début de siècle si tourmenté, comprendre et poursuivre convenablement, en lui souriant, le combat de Jean Nicoli.»

 

(1) Extraits du discours prononcé lors du baptême du navire de la SNCM Jean-Nicoli. Lire également Jean Nicoli : un instituteur républicain de la colonie à la Résistance, 
1925-1943. Éditions Donniya.

(2) Le 11 novembre 1942, les troupes italiennes occupent la Corse, 85 000 soldats pour 220 000 habitants. En juin 1943, 12 000 soldats allemands se trouvent sur l’île.

 

 Précision. Le texte d’hommage de Léo Micheli
à Jean Nicoli, publié lundi, a été recueilli par 
Michel Stéfani, secrétaire départemental de Haute-Corse et conseiller à l’Assemblée territoriale.

Michel Stéfani http://www.humanite.fr/22_08_2010-jean-nicoli-de-la-vertu-dans-le-combat-antifasciste-451800

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  Citer Jef. Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 02 Sep 2010 à 12:01

René Andrieu : « Il faut libérer ce qu’on aime »

Par Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l’Humanité.

Celui qui fut pendant 
vingt-six ans rédacteur en chef de l’Humanité 
devint journaliste au sortir des maquis du Lot dont il était devenu le chef.

René Andrieu. La date était choisie : le 11 novembre 1942, René Andrieu, licence de littérature française et d’études grecques en poche, adhérait au PCF. Après avoir milité dans la résistance étudiante, il bascule dans la clandestinité. C’est les armes à la main qu’il poursuivra ses études. Réfugié d’abord dans une ferme perdue des Causses pour éviter le STO, il y éprouve la solidarité populaire. Celle des militants communistes du village, deux paysans et un électricien. Ou encore du fermier qui invite à partager un lapin de garenne. Mais tout féru de Stendhal qu’il est, il ne veut pas assister à la bataille sans rien y comprendre. Le premier rendez-vous avec le triangle de direction des FTP du Lot se déroule en pleine ville, près du champ de foire de Figeac. Au café, «ils sont attablés dans un coin, mais les revolvers qu’ils portent sont bien visibles. D’ailleurs, raconte-t-il (1), ils ont laissé devant la porte, leur voiture (…) Ils n’ont pas pris la peine de cacher les grenades et les mitraillettes Sten qui s’étalent sans pudeur derrière la vitre arrière».

Départ en voiture vers la région de collines et de châtaigneraies où est installé le PC. Près d’un an avant la Libération, la zone échappe au contrôle de l’occupant. Le maquis prend dans les perceptions et les banques l’argent dont il a besoin, reprend les bêtes réquisitionnées par Vichy et les rend aux paysans, trouve auprès des maires sympathisants les tickets de ravitaillement indispensables. L’armement est sommaire. Les FTP récupèrent celles qui dorment dans les planques d’autres organisations moins combatives ou s’emparent de celles des Groupes mobiles de Vichy en attaquant la prison de Figeac. Bilan : deux vieilles mitrailleuses Hotchkiss, des mousquetons et des munitions et trois blessés dont un maquisard. La ligne ferroviaire Toulouse-Paris est devenue quasiment impraticable d’attentats en sabotages. Les viaducs, les ponts stratégiques, les lignes téléphoniques sautent. Les routes nationales sont minées.

La guerre des partisans, avec leurs détachements disséminés, les rend presque invulnérables. René Andrieu y excelle. Il devient l’adjoint du responsable départemental, Georges, un ancien chef d’équipe du bâtiment, force de la nature et organisateur hors pair. Une amitié se forge dans les coups de main et sous les balles, qui résistera à l’exclusion du PCF de Georges après-guerre. Pour des raisons «parfaitement injustifiées », s’indignera René Andrieu. Des camarades tombent. D’autres en réchappent, quelques fois par miracle. Une fois mitraillé par les GMR, un autre par l’avant-garde de la division SS Das Reich qui remonte dans un sillon sanglant de Figeac à Brive. «Quelques fractions de seconde, quelques centimètres de plus ou de moins et le destin bascule», écrit-il.

Désormais, il s’appelle le capitaine Alain. Intraitable quant à la discipline et à la rectitude morale de ses combattants qui doivent gagner et conserver la confiance de la population. Il fait ainsi rendre une montre en argent dérobée à un pétainiste. Cela se sait et c’est apprécié. Mais il sait aussi plaider l’indulgence quand deux partisans en faction sur un pont miné, las d’attendre les Allemands, partent à la ferme voisine et laissent passer les troupes. Les conséquences auraient pu en être dramatiques et ils sont condamnés à mort. Il plaide l’indulgence et se fait sévèrement admonester pour « sentimentalisme hors de saison ». Les deux coupables d’abandon de poste seront cependant graciés.

Républicains espagnols, soldats russes déserteurs, médecin opérant au maquis, restauratrice qui offre planque et abri, communistes allemands, un médecin italien… se fondent dans le réseau de résistants qui irriguent les villes et les campagnes du Lot. C’est «le temps des monts enragés et des amitiés fantastiques», écrit René Char. Des amours aussi. Des jeunes femmes assurent les liaisons du maquis, transmettant les messages, les tracts, les informations sur les mouvements des troupes allemandes ou transportant des armes. Elles circulent à vélo et prennent de grands risques. «Trois ans plus tard, l’une d’elle deviendra ma femme», raconte-t-il.

Passionné de littérature, René Andrieu la croise dans les entrelacs de la clandestinité. Il fait la connaissance de Malraux qui, faisant retraite dans un château de Dordogne, sort de sa léthargie en 1944. Une imprimerie de Figeac est réquisitionnée (et l’imprimeur avec…) puis cachée en plein bois. Le poète Jean Marcenac, alias capitaine Walter, supervise l’opération pour tirer un journal, le Partisan du Lot. On y imprime aussi des poèmes d’Aragon :

« Il faut libérer ce qu’on aime, Soi-même, Soi-même, Soi-même ».

À la veille de la Libération, les FTP du Lot qui se fondent dans les FFI représentent 
3 000 hommes sur 5 000 au total, désormais bien armés et structurés. Une force qui en impose à la garnison allemande de Cahors qui préfère la retraite à l’assaut que préparent les résistants. Le 17 août 1944, la capitale départementale est libre et un préfet du maquis, Robert Dumas, est installé. René Andrieu, chef départemental des FFI, devient commandant de la place de Cahors tandis que son ami Georges reçoit l’ordre de marcher sur Toulouse où il devient commandant de la place. Mais les combats se poursuivent et l’on voit s’élever les fumées des villages incendiés. 800 personnes sont raflées par les nazis à Figeac et sont déportées. La plupart n’en reviendront pas. Ici des pendaisons, là des tortures, ailleurs des maquisards massacrés. À Cahors, un tribunal militaire composé des différents mouvements de résistance, présidé par le colonel Vincent puis par René Andrieu, juge les agents de l’ennemi. On n’oublie pas que le maquis Douaumont, l’un des premiers du Lot, a été décimé sur dénonciation d’un «collabo». René Andrieu rejoint ensuite l’armée de l’Atlantique avec le général Larminat, qui réduit les poches allemandes à la pointe du Grave.

Au lendemain de la guerre, le capitaine Alain devient rédacteur diplomatique au quotidien Ce soir, dirigé par Jean-Richard Bloch et Aragon. «C’était une autre manière de poursuivre le combat que j’avais commencé dans la Résistance. La différence était qu’au lieu de tenir une mitraillette, je me servais d’une plume. Le journalisme, pour moi, n’était pas seulement un métier. C’est un combat pour mon idéal», écrivait celui qui allait devenir, durant vingt-six ans, un flamboyant rédacteur en chef de l’Humanité.

 

(1) Un rêve fou ? Un journaliste dans le siècle, par René Andrieu. Éditions l’Archipel. 1996.

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